Les Israéliens modérés peuvent contribuer à une solution à deux États

 Les intervenants débattent lors de la conférence J Street, les 18 et 19 avril 2021. (Crédit photo: jstreet.org)
Les intervenants débattent lors de la conférence J Street, les 18 et 19 avril 2021. (Crédit photo: jstreet.org)
Short Url
Publié le Vendredi 23 avril 2021

Les Israéliens modérés peuvent contribuer à une solution à deux États

Les Israéliens modérés peuvent contribuer à une solution à deux États
  • Ce n’est ni du monde arabe ni de la communauté arabo-américaine que vient la plus forte pression pour une solution à deux États au conflit israélo-palestinien, mais de la communauté juive
  • L’un des problèmes du mouvement en faveur de la paix réside dans le fait que les Israéliens et les Palestiniens sont divisés sur la manière de parvenir à la paix

Ce n’est ni du monde arabe ni de la communauté arabo-américaine que vient la plus forte pression pour une solution à deux États au conflit israélo-palestinien, mais de la communauté juive.

Toutes les conférences arabes et musulmanes qui se tiennent en Amérique abordent les souffrances du peuple palestinien et le besoin de justice, mais peu d’entre elles évoquent la manière d’atteindre cet objectif. Il est donc ironique que la voix la plus forte appelant à une solution à deux États soit J Street, qui prône les droits des juifs et la paix.

Évidemment, de nombreux Arabes ne soutiennent pas J Street, bien que ce groupe de pression reconnaisse les droits des Palestiniens et invite les militants d’entre eux à assister et à prendre la parole à ses conférences. De nombreux militants s'opposent aussi vigoureusement à J Street qu’au puissant Comité américain des affaires publiques d’Israël, qui coordonne les comités d'action politique pour concentrer les financements en faveur des élus pro-israéliens et s'opposer aux groupes qui critiquent la politique d'Israël. J Street est l'une des rares organisations à faire pression pour une paix basée sur le compromis, à l’instar de l’association New Israel Fund, qui était représentée lors de la conférence annuelle de J Street cette semaine.

J'ai moi aussi assisté, pour Arab News, à la conférence virtuelle. J'ai écouté l'ancien Premier ministre israélien Ehud Olmert et le président palestinien, Mahmoud Abbas, parler de la manière dont ils ont négocié la paix et expliquer qu’ils avaient échoué à cause des résultats de l’élection israélienne. En fin de compte, la majorité des électeurs israéliens se sont détournés du processus de paix et ont élu Benjamin Netanyahou, un extrémiste politique qui s'est ouvertement opposé à la solution à deux États et qui a, depuis près de vingt ans, adopté une politique d'annexion rampante.

L’un des problèmes du mouvement en faveur de la paix réside dans le fait que les Israéliens et les Palestiniens sont divisés sur la manière de parvenir à la paix.

De nombreux Palestiniens soutiennent la solution à un État, qui reposerait sur un «État laïque et démocratique» dans lequel «musulmans, chrétiens et juifs» vivraient «de manière égale». Telle était la définition longtemps assumée par l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et les nombreux membres de la coalition, jusqu'à ce que l'OLP et son président Yasser Arafat signent les accords d'Oslo en 1993.

Les Israéliens ne sont actuellement pas aussi divisés que les Palestiniens et ils se penchent de manière rigide vers la droite de l’échiquier politique, s'opposant à un État palestinien en vertu de leurs votes insistants pour réélire Netanyahou Premier ministre.

L’un des problèmes du mouvement en faveur de la paix est que les Israéliens et les Palestiniens sont divisés.

Ray Hanania

Au cours de la conférence de J Street, les intervenants ont fait observer que, bien que Netanyahu ait de nouveau reçu le mandat d'essayer de former un gouvernement de coalition, son successeur, s'il échoue, ne serait pas un défenseur de premier plan pour deux États, mais plutôt l'extrémiste Naftali Bennett, une personnalité comparable à Netanyahou. Bennett est tellement anti-palestinien que, au mois de février dernier, il a comparé le gouvernement de l'Autorité palestinienne à Daech.

Si le mouvement en faveur de la paix n’est peut-être pas assez fort pour reprendre le contrôle du gouvernement israélien, il n’a pas pour autant disparu. La conférence de J Street nous a montré que ce mouvement, contrairement à Netanyahou et à Bennett, n'avait pas abandonné l’idée d’une paix basée sur le compromis. En effet, de nombreux intervenants ont vu une lueur d'espoir dans les accords de paix récemment signés entre Israël et les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan, indiquant qu'ils rendaient plus probable une revitalisation de l'idée de paix basée sur le compromis et la solution à deux États.

Olmert a fait savoir qu'il croyait la paix encore possible et que toutes les actions israéliennes qui pouvaient la menacer pouvaient être infléchies, dans ce contexte favorable. Ce message a été relayé par Ayman Odeh, le leader palestinien de la Liste arabe unie, qui a remporté pas moins de 15 sièges à la Knesset israélienne. Il a ajouté, avec perspicacité, que rien n'était permanent en politique, que n'importe quelle loi pouvait être changée et qu'un État palestinien basé sur les frontières de 1967 pouvait être réalisé.

Les élections ne sont pas non plus décisives en permanence. Elles ne reflètent qu'un moment particulier dans le temps. Le pouvoir électoral des citoyens palestiniens d’Israël s’accroît, bien que cela ne soit peut-être pas suffisant pour provoquer des changements de sitôt.

De nombreux intervenants de la conférence de J Street ont conclu que, même si la solution à deux États n'est pas morte, il faudra sans doute un certain temps avant que l'environnement politique ne change suffisamment pour mettre de côté les militants et les dirigeants qui s’opposent à la paix et pour les voir remplacés par des dirigeants en faveur de la paix. Dans cette perspective, il faut que la diaspora palestinienne se rassemble, soutienne le programme de paix réalisable qu’est la solution à deux États et qu’elle accepte le pouvoir croissant des citoyens palestiniens d'Israël.

Plus important encore, les Palestiniens doivent en finir avec l’attitude xénophobe qui consiste à prétendre qu’ils ne peuvent pas s’associer ou traiter avec les Israéliens, ou que le fait de «normaliser» les relations avec eux en faveur de la paix est une erreur. Les Palestiniens doivent agir ensemble et s'associer à des groupes comme J Street et le New Israel Fund afin de créer une coalition soutenant la paix basée sur le compromis et la solution à deux États. La seule façon d’y parvenir est de faire taire les voix extrémistes de notre communauté et de donner du pouvoir aux modérés israéliens et palestiniens.

 

Ray Hanania est un ancien journaliste politique et chroniqueur plusieurs fois primé de l'Hôtel de ville de Chicago. Il peut être contacté sur son site Internet personnel à www.Hanania.com. Twitter : @RayHanania 

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com