Le livre d’Obama et les approximations de l’Amérique sur le Moyen-Orient

Dans son livre Une terre promise, l’ex-président des Etats-Unis Barack Obama évoque brièvement les printemps arabes (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 25 février 2021

Le livre d’Obama et les approximations de l’Amérique sur le Moyen-Orient

  • On s’attendrait à une analyse complète et fine de ces épisodes complexes de la part de celui qui les a vécus en direct, et il n’en est absolument rien
  • L’ancien président américain ne cite que l’Égypte, la Syrie et le Bahreïn, oubliant au passage la Tunisie, la Libye ou encore le Yémen et surtout en mettant tous les pays arabes dans un même ensemble

Le livre de Barack Obama, dont le vice-président vient d’accéder à la Maison-Blanche est passionnant à plus d’un titre et, notamment, car il nous permet en creux de constater à quel point les États-Unis ont une vision tronquée et réductrice du Moyen-Orient.

Dans Une terre promise, il parle un peu des printemps arabes de 2011, en plein dixième anniversaire. On s’attendrait à une analyse complète et fine de ces épisodes complexes de la part de celui qui les a vécus en direct, et il n’en est absolument rien: on a droit à une somme d’approximations pour le moins surprenantes. Entre les pages 776 et 778 de son livre, l’ancien président américain raconte notamment une discussion avec le leader émirati Mohammed ben Zayed et se livre à des commentaires qui, vus du Golfe, apparaissent ahurissants de naïveté. Il compare par exemple sans aucun recul les manifestations au Bahreïn avec celles en Syrie, mettant sur le même plan Bachar al-Assad et le roi Hamed al-Khalifa.

En lisant ces réflexions, on s’aperçoit du peu de nuance de l’ancien président américain qui ne cite que l’Égypte, la Syrie et donc le Bahreïn, oubliant au passage la Tunisie, la Libye ou encore le Yémen et surtout en mettant tous les pays arabes dans un même ensemble sans effectuer la moindre distinction.

Il évoque, toujours dans ce cours extrait, un roi du Bahreïn qui aurait fait venir l’armée saoudienne pour réprimer sa propre population… sauf que les forces étrangères ont été casernées ou affectées à la surveillance des installations sensibles et n’ont pas fait d’opération de maintien de l’ordre. On dit qu’un mensonge répété un certain nombre de fois finit par devenir une vérité, lorsque ce mensonge est écrit pas l’ancien président des États-Unis, il y a lieu de se poser la question sur les intentions de ce dernier.

L’autre raison de la présence de forces étrangères sur le sol Bahreïnien était un message adressé à l’Iran afin que ce dernier sache que toute tentative de déstabilisation contre ce petit royaume aurait des conséquences et que Bahreïn était soutenu par ses voisins (on oublie que des forces émiraties, mais aussi quelques policiers qatariens étaient également présents). Obama semble aussi complètement oublier l’après crise à Bahreïn avec la formation de la Bahrain Independent Commission of Inquiry. Cette Commission, formée d’anciens juristes internationaux qui ont été pour la plupart membres de missions d’enquête de l’Organisation des Nations unies, a reçu plus de 8 000 plaintes écrites, a mené des centaines d’auditions, mobilisant 51 personnes en permanence. Les recommandations de cette Commission, assez sévères avec le pouvoir Bahreïnien, ont été livrées en présence du roi en septembre 2011, qui les a acceptées et en a mis en place une bonne partie.

Barack Obama peut donc difficilement comparer le Bahreïn et la Syrie comme il le fait sans aucune retenue dans son livre qui montre une forme de légèreté qui nous aide aussi à comprendre comment les Américains voient le Moyen Orient.

Aujourd’hui, alors que l’ancien vice-président de Barack Obama tente de relancer des négociations avec un régime iranien qui n’a rien à perdre, tout en multipliant les signaux défavorables à l’égard des autres acteurs régionaux, on a l’impression que rien n’a vraiment changé. Les États-Unis flattent le mauvais élève de la classe, qui multiplie les opérations de déstabilisation depuis plusieurs années, et semblent réprimander ceux qui se sont engagés, par exemple, dans une relation plus adulte avec Israël pour privilégier le dialogue et la coopération plutôt que le rapport de force constant.

Ce paradoxe américain qui semble tenir absolument à favoriser l’élève le plus turbulent de la classe apparaît beaucoup plus logique quand on parcourt les mémoires de son ancien président : il s’agit aussi d’une illustration de la coupable légèreté de l’analyse américaine au plus haut niveau sur le Moyen Orient.

Arnaud Lacheret est Docteur en science politique, Associate Professor à l’Arabian Gulf University de Bahreïn où il dirige la French Arabian Business School, partenaire de l’Essec dans le Golfe. Il est l’auteur de « La femme est l’avenir du Golfe » paru aux éditions Le Bord de l’Eau.

Twitter: @LacheretArnaud

NDLR : L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.