En agressant ses critiques, les partisans d’Israël cherchent à contourner les problèmes

Les animateurs Colin Jost et Michael Che dans la rubrique «Weekend Update», le samedi 20 février 2021. (Getty Images)
Les animateurs Colin Jost et Michael Che dans la rubrique «Weekend Update», le samedi 20 février 2021. (Getty Images)
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Publié le Vendredi 26 février 2021

En agressant ses critiques, les partisans d’Israël cherchent à contourner les problèmes

En agressant ses critiques, les partisans d’Israël cherchent à contourner les problèmes
  • Les partisans d’Israël recourent aux accusations d’antisémitisme pour museler les critiques et éviter d’engager un débat public sur les problématiques
  • Les politiques foncièrement discriminatoires de ce pays ne lui permettent pas d’être considéré comme un véritable pays démocratique

Quand on critique Israël, on est immédiatement taxé d’«antisémitisme». La raison en est simple: les partisans d’Israël recourent aux accusations d’antisémitisme pour museler les critiques et éviter d’engager un débat public sur les problématiques.

Voici donc ce qui s’est passé cette semaine, lorsque Michael Che, un comédien de la célèbre émission américaine de divertissement et de comédie Saturday Night Live, a reproché à Israël de ne pas avoir fourni de vaccinations aux Palestiniens. Coanimateur de la rubrique satirique de l’émission, «Weekend Update», Che a déclaré: «Selon le gouvernement israélien, la moitié de la population a été vaccinée. Je suppose qu’il s’agit de la moitié juive.»

L’American Jewish Committee ainsi que d’autres groupes ont dénoncé la blague de Che en la qualifiant d’«antisémite». En Amérique, où la sensibilité à l’égard d’Israël l’emporte sur le souci de dire la vérité, cette accusation peut souvent détruire une carrière.

Mais où est donc la vérité dans tout cela? Eh bien, j’ai contacté une personne en qui j’ai confiance, une personne honnête qui aborde les questions controversées de manière équilibrée: Ahmad Tibi, un membre palestinien de la Knesset israélienne et leader de la Liste unifiée arabe. Il m’a expliqué qu’environ un tiers des citoyens palestiniens d’Israël avaient été vaccinés contre la Covid-19. Cependant, il a également précisé que de nombreux autres Palestiniens ne souhaitent pas être vaccinés. «Le problème, c’est que les Arabes hésitent à se faire vacciner, la communauté arabe est réticente à cette idée. Nous disposons pourtant d’une grande quantité de vaccins», explique M. Tibi.

Cependant, 1,8 million de citoyens palestiniens d’Israël ne représentent qu’une mince tranche des non-juifs vivant sous le contrôle de Tel-Aviv. Ainsi, près de 3 millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, en plus des 1,8 million de Palestiniens vivant dans la bande de Gaza. Pourquoi ces Palestiniens sont-ils si importants? En effet, Israël a placé plus de 400 000 personnes dans des colonies illégales en Cisjordanie, et près de 200 000 autres à Jérusalem-Est. L’État hébreu vaccine ces colons, mais pas les Palestiniens qui vivent sous son occupation.

La satire sert souvent à faire connaître la vérité au public à travers un labyrinthe de mensonges, de propagande et de communication. Nous devons être reconnaissants à Michael Che d’avoir eu le cran de soulever cette question par la satire et de nous aider à découvrir la vérité. Néanmoins, je doute que les défenseurs d’Israël, tels que l’American Jewish Committee, souhaitent que la vérité soit dévoilée au public, dans la mesure où elle présente un décalage hideux.

Par ailleurs, Israël a fait l’objet de critiques pour ses politiques discriminatoires à l’égard de ses citoyens non-juifs, mais aussi des non-juifs qui vivent sous son occupation. Les partisans d’Israël ne souhaitent pas débattre de ce sujet, dans la mesure où les politiques foncièrement discriminatoires de ce pays ne lui permettent pas d’être considéré comme un véritable État démocratique. Un pays qui pratique des discriminations à l’encontre de certains citoyens sur la base de leur race ou de leur religion ne peut être qualifié de «démocratique». En Israël, chrétiens et musulmans ne sont pas traités de la même façon que les juifs.

Il s’agit de la question abordée dans la satire de Michael Che: Israël prétend respecter les droits de l’homme, mais sa politique dit tout autre chose. Israël a soigneusement élaboré deux séries de lois et de politiques: une dédiée à ses citoyens juifs et une autre aux non-juifs. J’ai écrit antérieurement un article concernant ces 65 lois discriminatoires qui sont détaillées par Adalah, le Centre juridique pour les droits de la minorité arabe en Israël.

«Ces lois comportent des discriminations explicites – “une discrimination flagrante” – ou bien elles sont formulées de manière apparemment neutre, le plus souvent, mais leur application entraîne ou risque d’entraîner des conséquences différentes pour les Palestiniens», peut-on lire sur le site web du centre Adalah. «Ces lois restreignent les droits des Palestiniens dans tous les domaines de la vie, des droits de citoyenneté au droit à la participation à la vie politique, en passant par les droits à la terre et au logement, les droits à l’éducation, les droits culturels et linguistiques, les droits religieux ainsi que le droit à un procès équitable en cas de détention. Certaines de ces lois entraînent également une discrimination à l’égard d’autres groupes».

Ce sont précisément ces lois discriminatoires qui privent des familles comme la mienne, qui est originaire de Jérusalem, des droits fondamentaux de propriété. Toutefois, grâce à la satire de Michael Che, nous pouvons à présent évoquer la vérité en ce qui concerne les non-juifs vivant en Israël et sous l’occupation.

Michael Che n’est certes pas antisémite et il ne doit d’excuses à personne. Il a abordé une question importante, grâce à l’humour, pour aider le public à mieux cerner des problématiques complexes, déformées par des stéréotypes. Sa satire a braqué les projecteurs sur une question importante qui doit être débattue, sans pour autant diaboliser ceux qui l’abordent. Il a soulevé un sujet important que les groupes favorables à Israël souhaitent contourner.

En effet, les vraies questions méritent une réponse: Pourquoi et comment la discrimination se répercute-t-elle sur les gens qui vivent en Israël. Pourquoi Israël se soucie-t-il de la santé des colons qui vivent dans les Territoires occupés, mais pas de celle de leurs voisins palestiniens?

Ray Hanania est un éditorialiste et ancien journaliste politique primé auprès de l’hôtel de ville de Chicago. Il peut être joint sur son site Web personnel à l’adresse www.Hanania.com.

Twitter:@RayHanania

NDLR: Les opinions exprimées dans cette rubrique par leurs auteurs sont personnelles, et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’Arab News.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com