Mort de Raïssi: quel impact sur le Liban?

Des personnes se rassemblent pour écouter un discours télévisé du secrétaire général du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, lors d'un rassemblement pour pleurer la mort récente du président iranien Ebrahim Raisi et de son entourage, tués dans un récent accident d'hélicoptère, dans la banlieue sud de Beyrouth, le 24 mai 2024. (Photo Anwar Amro AFP)
Des personnes se rassemblent pour écouter un discours télévisé du secrétaire général du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, lors d'un rassemblement pour pleurer la mort récente du président iranien Ebrahim Raisi et de son entourage, tués dans un récent accident d'hélicoptère, dans la banlieue sud de Beyrouth, le 24 mai 2024. (Photo Anwar Amro AFP)
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Publié le Samedi 25 mai 2024

Mort de Raïssi: quel impact sur le Liban?

Mort de Raïssi: quel impact sur le Liban?
  • En ce qui concerne le pays du Cèdre, la scène politique ne sera pas directement affectée par les décès du président Raïssi et du ministre des Affaires étrangères Abdollahian
  • Ebrahim Raïssi et tous les membres de son gouvernement appartenaient à la faction ultraconservatrice soutenue par le Guide suprême

Alors que l’Iran retenait son souffle en l’attente de retrouver l’hélicoptère disparu qui transportait son président, Ebrahim Raïssi, ainsi que plusieurs hauts responsables, le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, a tenu à se montrer rassurant en indiquant que les affaires courantes de l’État ne seraient pas interrompues. Ces déclarations ont été faites avant même la confirmation définitive du décès de M. Raïssi et de son ministre des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, ainsi que celui de sept autres personnes. L’équipage de l’hélicoptère a trouvé la mort dans une région montagneuse iranienne au nord de Tabriz.

En ce qui concerne le pays du Cèdre, la scène politique ne sera pas directement affectée par les décès du président Raïssi et du ministre des Affaires étrangères Abdollahian. En effet, en Iran, la présidence relève principalement de la gestion interne du pays. En effet, les questions stratégiques relatives à la politique étrangère telles que le financement et l'armement des proxys iraniens ne font pas partie des compétences propres à la présidence et au gouvernement.

Plus particulièrement, on s’accorde à dire que l'élection d'Ebrahim Raïssi à la présidence a été la concrétisation d'une décision majeure qui visait à assurer l'homogénéité au sommet du pouvoir exécutif en écartant la faction réformatrice représentée par l'ancien président Hassan Rohani et son ministre des Affaires étrangères, Mohammed Javad Zarif. Ainsi, l'élection de Raïssi, qui avait joué un rôle crucial dans les années 1980 dans la répression de l'opposition en poursuivant des milliers de militants et en prononçant de nombreuses condamnations à mort, a conduit à la formation d'un gouvernement intégralement ultraconservateur.

Parallèlement, le rôle du ministère des Affaires étrangères est défini ainsi par l'ancien ministre Mohammed Javad Zarif: il ne représenterait – de manière consentie ou contrainte – qu'une façade officielle du Corps des Gardiens de la révolution. À l’inverse, sous le mandat de M. Zarif, le commandant de la force Al Qods, Qassem Soleimani ainsi que la direction du Corps des Gardiens de la révolution se divisaient l’administration de la politique étrangère, sur ordre du Guide suprême lui-même.

En tout état de cause, il serait intéressant de rappeler qu’Ebrahim Raïssi et tous les membres de son gouvernement appartenaient à la faction ultraconservatrice soutenue par le Guide suprême, Ali Khamenei. Ce dernier avait planifié avec une alliance de religieux fondamentalistes et de militaires radicaux, les préparatifs de sa succession. M. Raïssi faisait partie intégrante de cette équation, au point que beaucoup le considéraient comme un successeur potentiel de Khamenei.

Cependant, cela n'a pas occulté les ambitions d'un autre prétendant: le fils de Khamenei, Mojtaba, qui a accaparé une grande partie des pouvoirs de son père, bâtissant pour lui-même un empire financier et économique en collaboration avec de nombreux hauts dirigeants du Corps des Gardiens de la révolution, des services de sécurité et de l'armée.

Tout cela confirme que le Liban, en tant que théâtre d'opérations, ne sera pas affecté par les événements survenus en Iran. La scène libanaise, contrôlée par le Hezbollah, fait partie du domaine réservé au Corps des Gardiens de la révolution, en particulier de la force Al-Qods, dirigée par Ismael Qaani. Ce dernier se rend régulièrement à Beyrouth pour rencontrer le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, ou pour s'entretenir avec des leaders des factions alliées à l'Iran sous la bannière de «l'unité des champs de bataille».

Les opérations menées par les brigades Izz al-Din al-Qassam (branche libanaise du Hamas), le Djihad islamique et les forces Al-Fajr (branche militaire de la Jamaa Islamiya, parti de la mouvance des Frères musulmans) ne cessent de se déployer au Liban-Sud, en coordination avec le Hezbollah, qui opère au nom du régime iranien.

Le drame survenu dimanche dernier est un événement majeur sur le plan interne, car il dévoile des failles flagrantes dans les mécanismes de gouvernance du pays. Cependant, le fonctionnement de la politique expansionniste iranienne à l'étranger demeure intact et ne sera pas affecté par la mort de Raïssi ni par le choix de son successeur à la tête de l’exécutif.

 

 

Ali Hamade est journaliste éditorialiste au journal Annahar, au Liban. X: @AliNahar

NDLR: Les opinions exprimées dans cette rubrique par leurs auteurs sont personnelles, et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’Arab News.