Quelles conséquences les élections auront-elles sur la politique étrangère des États-Unis ?

Des schémas discernables ont émergé tout au long des élections primaires, renforçant la probabilité d'un match retour Biden-Trump (AFP).
Des schémas discernables ont émergé tout au long des élections primaires, renforçant la probabilité d'un match retour Biden-Trump (AFP).
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Publié le Mardi 05 mars 2024

Quelles conséquences les élections auront-elles sur la politique étrangère des États-Unis ?

Quelles conséquences les élections auront-elles sur la politique étrangère des États-Unis ?
  • Malgré les aspirations au changement, le paysage politique semble ancré dans des visages familiers et des discours connus
  • L’attitude de chaque candidat à l’égard du conflit ukrainien et de l’aide militaire de Washington à Kiev fait apparaître leurs différentes stratégies de politique étrangère

Les dernières évolutions dans les élections primaires soulignent un déjà-vu préoccupant pour les citoyens américains, alors qu’ils s’attendent à un affrontement imminent entre le président démocrate sortant, Joe Biden, et l’ancien président républicain Donald Trump. L’impression prédominante parmi les observateurs est bien celle du déjà-vu, qui rappelle la confrontation controversée observée lors des élections de 2020. Sauf imprévu, la trajectoire dominante indique une répétition de l’expérience passée. 

De nouveaux scénarios ont été perçus tout au long des élections primaires, renforçant la probabilité d’une revanche entre Biden et Trump. Cette récidive programmée amène à réfléchir sur le désir de nouveauté et de nouvelles perspectives de l’électorat. Malgré les aspirations au changement, le paysage politique semble ancré dans des visages familiers et des discours connus. 

Le sentiment qui prévaut au sein de la population est le désir d’un nouveau et jeune dirigeant – un sentiment que les candidats en tête ne satisfont pas facilement. Alors que les citoyens aspirent à sortir du statu quo, la perspective d’une nouvelle confrontation électorale entre Biden et Trump met en évidence la persistance d’une dynamique politique bien enracinée face aux aspirations au renouveau. 

Alors que les préoccupations internes telles que l’inflation économique, les soins de santé et l’immigration sont au cœur des conversations des citoyens américains, la communauté internationale attend avec impatience des informations sur l’orientation future de la politique étrangère américaine. Le monde entier a les yeux rivés sur les candidats en lice pour l’investiture de leur parti et attend avec impatience leurs positions sur les questions mondiales soulevées lors des débats et des commentaires de la campagne. 

«Malgré les aspirations au changement, le paysage politique semble ancré dans des visages familiers.» 

Dalia al-Aqidi

L’importance de la politique étrangère américaine ne peut être surestimée. Ses décisions et ses actions se répercutent dans le monde entier, influençant l’économie, la sécurité et les relations diplomatiques. Ainsi, le monde examine attentivement les candidats à la présidentielle, à la recherche d’indices et de garanties sur la trajectoire de l’engagement américain auprès de la communauté internationale. 

Comprendre les nuances de la politique étrangère américaine est primordial pour les pays et les dirigeants qui évoluent dans un paysage géopolitique de plus en plus complexe. Le discours et la politique adoptés par les candidats à la présidence ont des implications sur les relations diplomatiques, les alliances stratégiques et les objectifs mondiaux. À mesure que se déroule la course à la présidentielle, la communauté internationale est à l’écoute des nuances du programme de politique étrangère de chaque candidat. Les enjeux sont élevés et le monde observe avec impatience, étant donné que le résultat de l’élection présidentielle américaine se répercutera bien au-delà de ses frontières. 

Les approches divergentes de Biden et de Trump en matière de politique étrangère mettent en évidence d’importantes différences dans la manière dont ils abordent les problèmes mondiaux vitaux. Ces différences reflètent les points de vue nuancés sur les relations internationales et les priorités stratégiques, qui façonnent la ligne d’action adoptée par leurs administrations. 

L’attitude de chaque candidat à l’égard du conflit ukrainien et de l’aide militaire de Washington à Kiev fait apparaître leurs différentes stratégies de politique étrangère. Biden donne la priorité à un soutien important qui vise à contrer l’influence russe. 

Par ailleurs, à plusieurs reprises au cours de sa campagne électorale, Trump a exprimé son soutien à une intervention de la Russie dans des États membres de l’Otan qui ne répondent pas aux exigences de dépenses en matière de défense. Il a ignoré la clause de défense collective de l’alliance, indiquant qu’il ne défendrait pas automatiquement les pays qui n’assurent pas leur contribution financière. Trump a également attribué l’amélioration de la situation financière de l’Otan à sa présidence. 

«Si Trump remporte la victoire, il est probable qu’il renforce l’engagement des États-Unis au Moyen-Orient.» 

Biden a rapidement répondu à ce discours en exprimant son inquiétude face aux propos de Trump relatifs la Russie, les qualifiant d’alarmants et de dangereux. Il a affirmé que les déclarations de Trump pourraient permettre au président russe, Vladimir Poutine, d’engager davantage de conflits et de violences. Il ciblerait principalement l’Ukraine, tout en étendant également la menace à la Pologne et aux pays baltes. Biden a dénoncé ces perspectives comme étant profondément inquiétantes. 

Lors de la Conservative Political Action Conference (CPAC) du mois dernier, Trump a exprimé une position dépourvue d’empathie envers les Palestiniens dans le contexte de la guerre israélienne contre Gaza, compte tenu de la reconnaissance de la menace posée par des groupes islamistes radicaux tels que le Hamas. Par conséquent, on ne s’attend pas à ce qu’il plaide en faveur de pressions sur Israël pour qu’il accepte un cessez-le-feu. 

Trump a également mis l’accent sur la sécurité en Israël au cours de son mandat à la Maison-Blanche, l’attribuant à la politique de son administration. Il a spécifiquement mis en évidence le soutien de l’Iran au Hamas et a affirmé que son approche envers Téhéran avait diminué sa capacité à soutenir de tels supplétifs. «L’Iran était au plus bas financièrement et n’avait pas d’argent pour le Hamas, ni pour le Hezbollah. Il n’avait pas d’argent pour quoi que ce soit», a déclaré Trump aux participants de la CPAC. 

Si Trump remporte la victoire en novembre, il risque de renforcer considérablement l’engagement américain au Moyen-Orient. Son administration s’impliquera probablement avec de nombreux pays arabes, aux côtés d’Israël, pour lutter contre l’extrémisme et contrer l’influence iranienne dans la région. En outre, l’approche de Trump à l’égard de l’Irak indique une volonté d’avoir en ligne de mire les hauts dirigeants du Corps des Gardiens de la révolution islamique iranienne, en réponse, entre autres, aux menaces contre les forces américaines dans la région. La possibilité d’un scénario semblable à l’assassinat ciblé du général de division Qassem Soleimani ne peut être écartée. 

Au sujet de la Chine, les tensions avec Washington se sont intensifiées au cours du premier mandat de Trump, notamment sur les questions commerciales. Sa décision d’imposer des droits de douane sur les produits chinois en 2018 et 2019 avait exacerbé ces tensions. 

Bien que l’administration Biden n’ait pas annulé ces droits de douane, elle a mis en place des restrictions supplémentaires. L'ancien président a promis à ses partisans de nouveaux droits douaniers imposés à Pékin dépassant potentiellement 60%. Quel que soit le futur occupant de la Maison-Blanche, il semble peu probable que les relations entre les deux plus grands pôles commerciaux du monde subissent des changements substantiels. 

En ce qui concerne Biden, on prévoit une continuité au niveau de son approche politique, sans aucun changement substantiel attendu. Bien que la composition de son Cabinet puisse subir quelques modifications, ces ajustements devraient exercer une influence minime sur la trajectoire politique globale. 

Dalia al-Aqidi est directrice exécutive du American Center For Counter Extremism. 

X: @DaliaAlAqidi 

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est celle de l’auteur et ne reflète pas nécessairement le point de vue d’Arab News en français. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 

Dalia al-Aqidi