Alors que les États-Unis et la Chine dominent le secteur de l’intelligence artificielle, la France tente de s’engager pleinement dans ce domaine en s’appuyant sur ses importants avantages énergétiques et humains.
Sur la voie d’une «start-up nation», idée chère au président Emmanuel Macron depuis 2017, le sommet international pour l’action sur l’IA, qui s’est tenu les 10 et 11 février à Paris, concrétise l’ambition française.
Malgré les atouts de la France, le chemin n’est pas déblayé à cause d’une réglementation toujours contraignante pour les investisseurs. De plus, la France tente à travers un partenariat d’innovation avec l’Inde d’aller plus loin dans ce secteur. Dans ce sillage, des pays européens affirment qu’ils pourraient être bien placés comme puissances alternatives. Parmi eux, figure la France. Mais a-t-elle les moyens de devenir une grande nation de l’IA?
Sommet pour l’action sur l’IA
La France est rassurée quant à sa place, puisqu’elle est le cinquième pays le plus important au monde en matière d'IA en 2024, grâce à une infrastructure scientifique adaptée vis-à-vis de l'IA et un investissement dans la recherche autour de l'intelligence artificielle.
Dans le cadre de la semaine de l’IA qui a débuté le 6 février, Paris organise et accueille le Sommet 2025 pour l’action sur l’IA, arrivé à un moment critique, alors que l’intelligence artificielle façonne de plus en plus l’économie mondiale, la gouvernance et la vie quotidienne.
Co-présidé par l’Inde, rassemblant plus de 800 participants (partenaires publics et privés, chercheurs, organisations non gouvernementales issus des cinq continents), le sommet a abordé les questions éthiques et la mise de l’IA au service de l’intérêt public. Il a visé à promouvoir des politiques d’IA équitables et inclusives qui répondent à des défis pressants tels que l’inégalité, la désinformation et la fracture numérique.
La philosophie des valeurs de l'intelligence artificielle a dominé la première journée du sommet, où de nombreuses voix se sont élevées pour défendre une technologie plus transparente et réclamer le renforcement de la position de l'Europe face à l'emprise des géants américains et chinois.
Il semble y avoir une corrélation évidente entre les systèmes d’intelligence artificielle et la qualité de la démocratie, car beaucoup pensent qu’une bonne gouvernance peut tirer le meilleur parti de cette technologie pour les humains et le cadre de vie. À son tour, une mauvaise gouvernance exacerbe les inégalités et la discrimination et remet en cause les valeurs démocratiques fondamentales.
Certains participants s’inquiètent des effets de la révolution numérique, car selon eux, l’intelligence artificielle s’avère probablement comme le secteur qui s’est le plus développé, sans tenir compte des droits de l’homme, de l’égalité ou du partage des gains.
Malgré les travaux de l’Unesco et d’autres organismes sur un code de conduite éthique et l’avènement de l’IA de confiance, les mesures prises ne sont pas à la hauteur des défis.
On constate à ce propos un défi démocratique dans l’utilisation et la distribution de cette technologie avancée. Et la crainte parfois que l’IA pourrait causer des dommages parce que les développeurs et les utilisateurs ont trop confiance dans la puissance des machines.
En conclusion des travaux, une déclaration finale sur l'intelligence artificielle n’a pas été signée par les États-Unis et le Royaume-Uni. Mais, elle a été approuvée par des dizaines de pays, dont la France, la Chine et l'Inde, stipulant l'engagement de suivre une approche «ouverte», «globale» et «éthique» pour développer ce type de technologie. Washington et Londres ont justifié leur décision en raison de préoccupations concernant la sécurité nationale et la «gouvernance mondiale».
En partant de ce bilan, la France s’affirme comme un acteur majeur dans le domaine de l’intelligence artificielle.
L’ambition française: atouts, moyens et limites
La France déployait depuis 2018 une stratégie nationale dans le domaine de l’intelligence artificielle. L’ambition se concrétise progressivement grâce à des atouts structurants: le pays détient de nombreux pôles d'excellence, de la formation aux infrastructures. Le pays héberge certaines des plus prestigieuses écoles d'ingénieurs au monde comme par exemple, Polytechnique. Concernant les infrastructures, d'une part, la France est bien lotie en énergie et dispose d'un large réseau en fibre optique et de nombreux terrains pour construire des sites de recherche. D'autre part, le pays s'est doté de trois supercalculateurs dédiés à l'IA, un quatrième sera mis en route fin juin.
Malgré ces avantages, la France n'a pas eu les moyens de ses ambitions, et notamment par rapport aux États-Unis et à la Chine. À titre d’exemple, Emmanuel Macron table sur 109 milliards d'euros d'investissement pour l'IA (provenant en particulier des Émirats arabes unis et des grands fonds d'investissement américains et canadiens, ainsi que des entreprises françaises) durant les prochaines années, alors que Donald Trump, lui, annonce 500 milliards de dollars (projet Stargate).
En revanche, les États-Unis ont notamment ChatGPT, la Chine DeepSeek et la France a aussi ses champions comme Mistral et LightOn.
Mais la France ne pourra pas porter seule cette dynamique, et cherche une fameuse troisième voie via un partenariat avec l’Inde, faute de trouver une collaboration dans un cadre européen uni.
En somme, Emmanuel Macron a affiché son optimisme, notamment dans les domaines de la médecine et de la création artistique, mais il a plaidé pour une «régulation mondiale» sur le sujet. Ainsi, le président français tente de se présenter comme le président de la start-up nation. Il s’intéresse aux acteurs extérieurs et aux médias internationaux dans l'espoir de démontrer aux Français sa force d'attractivité intacte et les bienfaits de sa politique, au risque de paraître loin de leurs préoccupations nationales.
Khattar Abou Diab est politologue franco-libanais, spécialiste de l'islam et du Moyen-Orient, Directeur du « Conseil Géopolitique -Perspectives».
X: @abou_diab
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