Mali et Chine: quel partenariat?

La Chine est certes un vieux partenaire commercial et économique pour le Mali et une communauté chinoise de taille s'est implantée depuis quelques années dans les sites névralgique des grandes villes maliennes. (AFP)
La Chine est certes un vieux partenaire commercial et économique pour le Mali et une communauté chinoise de taille s'est implantée depuis quelques années dans les sites névralgique des grandes villes maliennes. (AFP)
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Publié le Lundi 26 juin 2023

Mali et Chine: quel partenariat?

Mali et Chine: quel partenariat?
  • Le Mali a attisé durant les dernières décennies l'appétit des grandes firmes et entreprises occidentales, sans que cela n’ait pour autant un impact réel sur les conditions de vie de la population du pays
  • Le ministre des Affaires étrangères malien, Abdoulaye Diop, a décrit les relations entre son pays et la Chine de «rapports de coopération amicale entre frères»

Après avoir mis fin à la coopération militaire avec la France en 2022, la junte au pouvoir à Bamako vient de demander le retrait imminent de la mission des Nations unies pour le maintien de la paix au Mali, en place depuis 2013. Ce revirement stratégique s'inscrit dans une logique de repositionnement géopolitique entamé dès le push d'août 2020.

À l'heure du référendum constitutionnel qui devrait naturaliser la scène politique malienne après trois ans de transition longue et agitée, la ligne de rapprochement avec les puissances non occidentales se précise et s'accélère nettement. C'est ainsi que le Mali renoue clairement avec ses anciens partenaires russes et chinois, au grand dam des Occidentaux – les Français notamment.

Si l'intérêt pour la Russie est orienté essentiellement par les exigences de la lutte contre le terrorisme, en voie d'expansion et de radicalisation, la politique d'ouverture sur la Chine est d'abord le fruit d'un réajustement substantiel des orientations économiques - Seyid ould Abah

Si la politique d'alliance militaire et stratégique avec la Russie est largement évoquée et commentée, la récente présence chinoise au Mali est moins connue. La Chine est certes un vieux partenaire commercial et économique pour le Mali et une communauté chinoise de taille s'est implantée depuis quelques années dans les sites névralgique des grandes villes maliennes. Mais depuis la période postrévolutionnaire de 1991, les différents gouvernements civils issus des élections pluralistes démocratiques ont privilégié la coopération avec les pays occidentaux, et en premier lieu la France.

Le Mali, qui regorge de richesses minières et naturelles, a attisé durant les dernières décennies l'appétit des grandes firmes et entreprises occidentales, sans que cela n’ait pour autant un impact réel sur les conditions de vie de la population du pays – l'un des plus pauvres de la planète.

Les autorités militaires qui ont pris le pouvoir en 2020 ont fustigé la gestion calamiteuse des régimes précédents, taxés de corruption et d'accointances avec les milieux d'affaires et d'investissement occidentaux.

Si l'intérêt pour la Russie est orienté essentiellement par les exigences de la lutte contre le terrorisme, en voie d'expansion et de radicalisation, la politique d'ouverture sur la Chine est d'abord le fruit d'un réajustement substantiel des orientations économiques.

La Chine, déjà présente dans toute l'Afrique, a déjà fait preuve d'efficacité et de crédibilité quant à ses programmes de coopération avec les États africains, hors de tout esprit de domination ou d'exploitation. En investissant dans les grands projets d'infrastructure portuaire et routière, et dans les bâtiments publics en contrepartie des licences minières et forestières, la Chine s'accommode des impératifs du développement local en Afrique.

Le Mali  a attisé durant les dernières décennies l'appétit des grandes firmes et entreprises occidentales, sans que cela n’ait pour autant un impact réel sur les conditions de vie de la population du pays – l'un des plus pauvres de la planète - Seyid ould Abah

C'est ainsi que les entreprises chinoises sont déjà impliquées dans l'exploitation des sites aurifères et forestiers (le bois de vène) dans le sud-ouest malien. Le sous-sol du Mali, qui est le troisième producteur d'or africain, suscite un grand intérêt sur le plan international, ce qui explique la stratégie d'implantation massive chinoise dans cette région frontière du Sénégal et de la Guinée. Les Chinois déjà omniprésents en Guinée, affichent clairement leur intention de mettre la main sur l'essentiel des ressources minières dans l'espace ouest-africain.

Les relations entre la Chine et le Mali ne sont point cantonnées. Cependant, dans le volet économique ou commercial, elles commencent plutôt à prendre l'allure d'un partenariat stratégique solide et constant.

En janvier 2023, les hautes autorités chinoises ont interpellé la communauté internationale sur la nécessité d'aider le Mali à renforcer ses capacités de lutte contre le terrorisme face à la recrudescence de ce fléau qui a mis à genoux cet État fragile. En avril 2023, le gouvernement chinois a remis aux instances de défense maliennes des équipements militaires adaptés au contexte local: véhicules blindés, camions logistiques, ambulances médicalisées... Ces équipements sont susceptibles de renforcer le dispositif militaire malien, après l'acquisition des avions de chasse russes et des drones turcs.

S'il s'avère vrai que les chefs de la transition militaire conserveront l'essentiel du pouvoir après la phase électorale prévue au cours de la prochaine année, les relations spéciales entre le Mali et la Chine seront vouées au renforcement et à la consolidation.

Le ministre des Affaires étrangères malien, Abdoulaye Diop, a décrit les relations entre son pays et la Chine de «rapports de coopération amicale entre frères», dénués de tout paternalisme ou d'ingérence illégale. Ces termes illustrent de façon éloquente l'esprit du nouveau partenariat chinois-malien.

 

Seyid ould Abah est professeur de philosophie et sciences sociales à l'université de Nouakchott,Mauritanie et chroniqueur dans plusieurs médias. Il est l'auteur de plusieurs livres en philosophie et pensée politique et stratégique.

Twitter: @seyidbah

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.