La Foire internationale de Tripoli, signée Niemeyer, un joyau architectural en passe d’être sauvé

«Cette foire constituait le projet phare de la politique de modernisation du Liban. Elle est à l’image du rêve libanais, qui s’est brisé au début de la guerre de 1975». (Photo fournie)
«Cette foire constituait le projet phare de la politique de modernisation du Liban. Elle est à l’image du rêve libanais, qui s’est brisé au début de la guerre de 1975». (Photo fournie)
Short Url
Publié le Mercredi 19 avril 2023

La Foire internationale de Tripoli, signée Niemeyer, un joyau architectural en passe d’être sauvé

  • Niemeyer conçoit en 1962 la Foire internationale Rachid Karamé sur un terrain de 70 hectares qui se trouve entre le centre historique de Tripoli et le port El-Mina
  • Cet espace n’a jamais été officiellement inauguré, a été occupé par l’armée syrienne et n’a jamais servi sa vocation initiale

BEYROUTH: «Maintenant, il faut aller de l’avant, entamer le travail et sauver les bâtiments de la foire qui ont été la proie de l’érosion et du laisser-aller durant des dizaines d’années», souligne Jad Tabet, ancien président de l’Ordre des ingénieurs de Beyrouth, membre du comité du patrimoine mondial de l’Unesco de 2001 à 2017, en évoquant la Foire internationale Rachid Karamé à Tripoli, capitale du Liban-Nord. Ce joyau porte la signature de l’architecte brésilien Oscar Niemeyer. L’espace a été inscrit en janvier dernier à la liste du patrimoine en péril de l’Unesco.

tripoli

Jad Tabet fait partie des parrains de cette inscription. «L’idée d’inscrire l’espace au patrimoine mondial de l’humanité existe depuis 2005, quand des investisseurs voulaient le transformer en un Disneyland du monde arabe, la société civile avait réagi. Grâce au soutien de Tarek Mitri, qui était le ministre de la Culture à l’époque, la foire a été classée sur la liste du World Monuments Watch, une institution qui lutte pour la protection des monuments en danger dans le monde», explique M. Tabet.

Petit à petit, un dossier est préparé par des architectes qui luttent pour la préservation de cet espace. Ce dernier n’a jamais été officiellement inauguré. Il a été occupé par l’armée syrienne et, en réalité, n’a jamais servi sa vocation initiale: être une foire internationale susceptible d’attirer des exposants du monde entier vers le Liban.

Wassim Naghi, ancien membre du conseil de l’Ordre des ingénieurs et des architectes de Tripoli, figure parmi ceux qui se sont battus pour que l’espace soit finalement protégé. Il a grandi en face de la Foire Rachid Karamé. Enfant, elle le faisait rêver; c’est là qu’il venait jouer et qu’il imaginait une ville construite par les extraterrestres.

tripoli
«Aujourd’hui les foires internationales n’ont plus la cote. Il faut donc repenser l’espace tout en le préservant.» (Photo fournie).

Avec lui, une tournée de cet espace désormais classé patrimoine en danger de l’humanité est désormais possible. Il connaît intimement la foire et vous laisse imaginer ce qu’elle aurait pu être si elle n’avait pas été délaissée. Il suffit de le suivre pour imaginer des personnes manger dans un restaurant de vingt-cinq places, des officiels sortir d’un hélicoptère, un public qui assiste à un spectacle de danse dans un amphithéâtre de plein air et, surtout, imaginer l’effet miroir des bâtiments dans des bassins construits spécialement pour cette raison et qui, hélas, n’ont été remplis d’eau que par la pluie.

«Oscar Niemeyer s’est rendu deux fois au Liban en 1962 et en 1966. La première fois, c’était pour mettre en place les plans de la foire. Au cours de sa seconde visite, il avait apprécié l’exécution des compagnies d’architecture libanaises qui avaient pris le projet en charge, mais il s’était aussi plaint du retard du chantier», explique-t-il. «Aujourd’hui les foires internationales n’ont plus la cote. Il faut donc repenser l’espace tout en le préservant.»

tripoli
Aujourd’hui, le plus urgent est de sauver et de consolider la grande arche, l’une des structures emblématiques de la foire. (Photo fournie).

Durant les années 2000, un hôtel a été construit en utilisant un bâtiment de la foire conçu par Niemeyer. L’objectif était qu’il propose des logements aux employés qui auraient vécu sur place. Et cela a été une erreur grotesque. En revanche, en septembre 2022, le projet de rénovation d’un pavillon abandonné sur le terrain de la Foire internationale Rachid Karamé a été l’un des six lauréats du Prix international Aga Khan d’architecture. Il abrite le projet Minjara, qui soutient de jeunes menuisiers et des designers de meubles tripolitains.

Les foires internationales

Il y avait des foires internationales durant les années 1950. Au Moyen-Orient, il y a eu celle de Damas, puis celle de Bagdad. Et le Liban, une jeune nation en pleine expansion, un pays unique en son genre au Moyen-Orient et sur les rives de la Méditerranée, voulait faire preuve de modernisme et de créativité.

L’idée de la foire, pensée peu avant la fin du mandat du président Camille Chamoun (1952-1958), se concrétise au cours du mandat du président Fouad Chéhab (1958-1964), quand l’État libanais fait appel à l’un les plus importants architectes de son temps, le brésilien Oscar Niemeyer, qui a conçu les structures les plus importantes de la nouvelle capitale (administrative) de son pays natal, Brasilia, une ville moderne qui a émergé du désert.

Dans ses plans de la foire Rachid Karamé, Oscar Niemeyer, l’un des architectes les plus modernistes du XXe siècle, conçoit dans un espace réduit (par rapport à la nouvelle capitale de son pays) des constructions inspirées de ce qu’il venait de mettre en place au Brésil.

Connu pour ses courbes, ses structures éthérées en béton brut, ses bâtiments qui ont l’air de flotter, Niemeyer conçoit en 1962 la Foire internationale Rachid Karamé sur un terrain de 70 hectares qui se trouve entre le centre historique de Tripoli et le port El-Mina. C’étaient des orangeraies, et l’État avait payé de grosses sommes d’argent pour l’expropriation, un thème qui reviendra tout au long de la période de la construction de la foire.

Œuvre majeure de l’architecture moderne au Moyen-Orient

Le bâtiment principal de la foire est constitué d’une immense halle couverte en forme de boomerang de 750 mètres de longueur sur 70 mètres de largeur. C’est sous cet espace que les différents pays pouvaient installer librement leurs zones d’exposition. L'entrée du complexe commence à l'extrémité sud du boomerang: une vaste rampe mène à un portique surélevé d'où le visiteur découvre la composition de l’ensemble.

tripoli
Le reflet des structures sur l'eau. (Photo fournie).

Dans l'espace ouvert du paysage brésilien que propose le jardin tropical se trouvent des installations éducatives, récréatives et culturelles reliées par des bassins et des passages piétonniers: le Pavillon libanais, une structure carrée entourée d'une galerie avec des arcs en ogive, le Théâtre expérimental, en forme de dôme, le Musée de l'espace avec son héliport, le Pavillon des enfants, la Tour du restaurant et la Zone d'habitation, qui expose différents modes de vie modernes.

Dans la partie nord, à côté de la zone d'habitation, une rampe d'apparat mène à l'amphithéâtre extérieur. Ce dernier est surmonté d'une arche monumentale qui forme une porte symbolique vers la modernité et constitue un repère actuel de la ville de Tripoli.

«Par son ampleur, ses solutions structurelles audacieuses, la richesse de son expression urbaine et architecturale, la dotation de vastes espaces publics et de jardins modernes ainsi que ses liens avec la construction identitaire postindépendance, et malgré la dégradation de la plupart de ses structures et la mise en danger de l'intégrité de plusieurs composants due au vieillissement du béton, la Foire internationale Rachid Karamé est l'une des œuvres représentatives majeures de l'architecture moderne du XXe siècle dans le Proche-Orient», souligne M. Tabet. Ce dernier précise que c’est en février 2022 que l’État libanais lui a demandé de préparer le dossier afin qu’il soit soumis à l’Unesco avant le mois de mai de la même année. Le travail de suivi a été effectué grâce à l’ambassadrice du Liban auprès de l’Unesco, Sahar Baassiri.

tripoli
Un coucher de soleil envoutant. (Photo fournie).

«Le Comité du patrimoine mondial a utilisé une procédure d'urgence pour inscrire le site, en raison de son état de conservation alarmant, du manque de ressources financières que nécessite son entretien et du risque latent de propositions d'aménagement qui pourraient porter atteinte à l'intégrité du complexe. Le site a donc été inscrit sur la liste du patrimoine mondial en péril, qui donne accès à des mécanismes internationaux renforcés d’assistance technique et financière», souligne M. Tabet.

Un dossier, en cours de préparation, dresse l’état des lieux de la foire. Il devrait être soumis au cours de l’année à l’Unesco, qui prendra les recommandations nécessaires. Alors, le travail pourrait être entamé. Il faudra réunir des fonds et il semble que certains États sont intéressés.

Brisée, à l’image du rêve libanais

«Cette foire constituait le projet phare de la politique de modernisation du Liban. Elle est à l’image du rêve libanais, qui s’est brisé au début de la guerre de 1975. Cette foire n’a jamais fonctionné, n’a jamais été inaugurée, n’a jamais accueilli des exposants internationaux. Ses constructions éthérées, qui portent la signature de l’un de plus grands architectes modernes, se sont délabrées avec le temps», note de son côté Karina el-Helou, directrice du Musée Sursock. Elle était en 2018 la conservatrice d’une exposition collective à la foire Rachid Karamé.

L’événement, intitulé «Cycles of Collapsing Progress» («Cycles d’effondrements») avait rassemblé des œuvres d’artistes libanais et mexicains et avait été produit en collaboration avec le  Beirut Museum of Art (BeMa). «Cette grande exposition d’art contemporain international proposait à travers ses œuvres une réflexion, qui peut apparaître aujourd’hui prémonitoire, autour des “cycles d’effondrements”», note Mme El-Helou, qui avoue avoir été très surprise de l’état des lieux de la foire. «Cette exposition est devenue pour nous un moyen de tirer la sonnette d’alarme sur la situation de délabrement de l’espace», confie-t-elle. Il y avait même des endroits interdits d’accès aux personnes venues pour l’exposition. Ainsi, elles ne pouvaient pas s’approcher de la grande arche ou de l’héliport.

Aujourd’hui, le plus urgent est de sauver et de consolider la grande arche, l’une des structures emblématiques de la foire.


A l'IMA, Plongée dans l’histoire de Byblos, premier grand port international du monde antique

L’exposition rassemble près de 400 pièces majeures, dont l’obélisque d’Abishemou ou encore une mosaïque représentant l’enlèvement d’Europe. Issues notamment de tombes royales et de sanctuaires, ces œuvres — vaisselle d’or et d’argent, bijoux incrustés de pierres semi-précieuses, armes d’apparat — illustrent la richesse et le raffinement de la cour de Byblos au début du IIe millénaire av. J.-C. (IMA)
L’exposition rassemble près de 400 pièces majeures, dont l’obélisque d’Abishemou ou encore une mosaïque représentant l’enlèvement d’Europe. Issues notamment de tombes royales et de sanctuaires, ces œuvres — vaisselle d’or et d’argent, bijoux incrustés de pierres semi-précieuses, armes d’apparat — illustrent la richesse et le raffinement de la cour de Byblos au début du IIe millénaire av. J.-C. (IMA)
Short Url
  • Bien avant l’essor des grandes puissances antiques, Byblos reliait déjà la côte libanaise à l’Égypte, à la Mésopotamie et au monde égéen
  • Dès 3200 av. J.-C., elle s’impose comme l’un des principaux ports de la Méditerranée — un statut qu’elle conservera plus de deux mille ans

PARIS: Au cœur d’une exposition exceptionnelle, la cité millénaire de Byblos révèle son rôle fondateur dans l’histoire de la Méditerranée, entre commerce, diplomatie et naissance de l’écriture. Présentée à l’Institut du monde arabe, en partenariat avec la Direction Générale des Antiquités du Liban, avec la collaboration du musée du Louvre et sur une idée originale du musée des Antiquités de Leiden, cette manifestation retrace près de neuf millénaires d’histoire urbaine continue.

Une cité fondatrice du monde méditerranéen

Bien avant l’essor des grandes puissances antiques, Byblos reliait déjà la côte libanaise à l’Égypte, à la Mésopotamie et au monde égéen. Dès 3200 av. J.-C., elle s’impose comme l’un des principaux ports de la Méditerranée — un statut qu’elle conservera plus de deux mille ans. Cette position stratégique s’explique notamment par ses liens privilégiés avec les pharaons, fondés sur le commerce du cèdre, ressource précieuse recherchée pour la construction navale, les temples et les rites funéraires.

Implantée sur un promontoire dominant la mer, à quarante kilomètres au nord de Beyrouth, la ville constitue aujourd’hui l’un des plus anciens sites habités sans interruption au monde. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle témoigne d’une évolution urbaine allant d’un village de pêcheurs né il y a plus de 9000 ans à une cité-État prospère de l’âge du Bronze.

400 trésors pour raconter une civilisation

L’exposition rassemble près de 400 pièces majeures, dont l’obélisque d’Abishemou ou encore une mosaïque représentant l’enlèvement d’Europe. Issues notamment de tombes royales et de sanctuaires, ces œuvres — vaisselle d’or et d’argent, bijoux incrustés de pierres semi-précieuses, armes d’apparat — illustrent la richesse et le raffinement de la cour de Byblos au début du IIe millénaire av. J.-C.

Plusieurs objets témoignent de l’influence directe de l’Égypte, certains ayant même été offerts par les pharaons Amenemhat III et Amenemhat IV. Les dépôts votifs du Temple aux Obélisques révèlent quant à eux un univers religieux foisonnant, peuplé de figurines en bronze parfois dorées, de haches rituelles et de poignards cérémoniels.

Une découverte archéologique majeure

Moment fort du parcours : la présentation des découvertes récentes issues des fouilles menées depuis 2019. Les archéologues ont mis au jour une nécropole intacte datant d’environ 1800 av. J.-C., appartenant à l’élite de la cité — une trouvaille exceptionnelle dans la région. Ces artefacts bouleversent déjà la compréhension des structures sociales et économiques de cette puissance maritime antique.

IMA

Le site, exploré dès le XIXe siècle par l’érudit français Ernest Renan, continue ainsi de livrer ses secrets, confirmant que Byblos n’est pas seulement un vestige du passé, mais un laboratoire vivant de l’histoire méditerranéenne.

Une épopée toujours vivante

Au-delà de l’Antiquité, le parcours met également en lumière les périodes phénicienne, hellénistique, romaine et médiévale, jusqu’aux habitants actuels qui perpétuent la vie au cœur de la vieille ville. Cette continuité humaine fait de Byblos un rare exemple de cité où l’histoire ne s’est jamais interrompue.

Entre archéologie spectaculaire et récit civilisationnel, l’exposition offre ainsi une immersion dans l’une des plus anciennes aventures urbaines de l’humanité — celle d’une ville qui, bien avant les routes maritimes modernes, avait déjà fait de la Méditerranée un espace d’échanges, de cultures et d’idées.


Le film «Une bataille après l'autre» triomphe aux Bafta britanniques

Le prince William et la princesse Kate ont également répondu présents, après une semaine difficile pour la famille royale marquée par l'interpellation d'Andrew, le frère du roi Charles III, dans l'affaire Epstein. (AFP)
Le prince William et la princesse Kate ont également répondu présents, après une semaine difficile pour la famille royale marquée par l'interpellation d'Andrew, le frère du roi Charles III, dans l'affaire Epstein. (AFP)
Short Url
  • Les Bafta, souvent critiqués pour ne pas assez mettre en valeur les talents britanniques, ont aussi créé la surprise en distinguant le Britannique de 33 ans Robert Aramayo comme meilleur acteur dans la comédie dramatique "I Swear"
  • Très ému, cet acteur peu connu du public a battu le Franco-Américain Timothée Chalamet, pressenti pour ce trophée pour son rôle de joueur de ping-pong à l'ambition insatiable dans "Marty Supreme"

LONDRES: La fresque politique "Une bataille après l'autre" du cinéaste américain Paul Thomas Anderson est sortie dimanche grande gagnante des Bafta, les récompenses britanniques du cinéma, avec six prix dont meilleur film et meilleur réalisateur.

Le triomphe de cette tragicomédie sur la traque d'ex-révolutionnaires par des suprémacistes blancs, qui était nommée 14 fois, cimente son statut de favori aux Oscars, qui auront lieu le 15 mars à Los Angeles.

Interrogé lors d'une conférence de presse après sa victoire, Paul Thomas Anderson, dont le film fait écho aux récentes actions de la police de l'immigration (ICE) aux Etats-Unis, a souligné le besoin de "mener la révolution, sans violence si possible", et appelé les spectateurs à "garder espoir".

Les Bafta, souvent critiqués pour ne pas assez mettre en valeur les talents britanniques, ont aussi créé la surprise en distinguant le Britannique de 33 ans Robert Aramayo comme meilleur acteur dans la comédie dramatique "I Swear".

Très ému, cet acteur peu connu du public a battu le Franco-Américain Timothée Chalamet, pressenti pour ce trophée pour son rôle de joueur de ping-pong à l'ambition insatiable dans "Marty Supreme", grâce à son interprétation d'un jeune homme atteint du syndrome de Tourette, inspiré de l'Ecossais John Davidson.

Celui-ci était présent dans la salle, et le présentateur Alan Cumming a remercié le public pour sa compréhension, s'excusant si des spectateurs avaient été "offensés" par le "langage grossier" qu'ils avaient pu entendre, un phénomène qui "fait partie de la manière dont le syndrome de la Tourette se manifeste chez certaines personnes".

Un extrait de la cérémonie pendant lequel une insulte raciste, attribuée à M. Davidson, est lancée aux acteurs de "Sinners" Michael B. Jordan et Delroy Lindo lorsqu'ils remettent un prix sur scène est devenu viral dimanche soir sur les réseaux sociaux.

William et Kate 

La soirée des Bafta est l'une des plus glamour du calendrier londonien, et Leonardo DiCaprio, Jessie Buckley, Emma Stone, Timothée Chalamet ou Paul Mescal ont foulé le tapis rouge du centre culturel Southbank, sur les rives de la Tamise.

Le prince William et la princesse Kate ont également répondu présents, après une semaine difficile pour la famille royale marquée par l'interpellation d'Andrew, le frère du roi Charles III, dans l'affaire Epstein.

Il s'agissait de la première sortie officielle du prince depuis lors. Il a confié à des organisateurs de la soirée ne pas avoir vu le drame shakespearien "Hamnet", qui concourait dans 11 catégories: pour cela, "je dois être dans un état assez calme, ce qui n'est pas le cas pour le moment".

Ce drame-fiction de Chloé Zhao, qui explore le deuil du couple Shakespeare après la mort de leur fils, est reparti avec seulement deux récompenses: meilleur film britannique et meilleure actrice pour l'Irlandaise Jessie Buckley.

Cette actrice de 36 ans est la grande gagnante de la saison des prix et ultra-favorite aux Oscars.

A la croisée des genres entre horreur, film sur le blues et drame d'époque, "Sinners" de l'Américain Ryan Coogler (Black Panther), qui a remporté un record de 16 nominations aux Oscars, repart lui avec trois récompenses.

Paddington en vedette 

L'actrice britannico-nigériane Wunmi Mosaku a remporté le prix de la meilleure actrice dans un second rôle pour ce film d'époque teinté de fantastique dans l'Amérique ségrégationniste des années 1930.

"J'ai retrouvé une partie de moi-même en Annie, une partie de mes espoirs, de mon pouvoir ancestral et de mes liens, des aspects que je croyais avoir perdus (...) en tant qu'immigrante cherchant à m'intégrer", a déclaré l'interprète de 39 ans.

Depuis 2022, aucun acteur ou actrice britannique n'avait été sacré aux Bafta qui, depuis une réforme de son académie datant de 2020, fait élire ses gagnants par des votants au profil plus international.

Un changement qui s'est ressenti sur le palmarès, là où des cérémonies comme les César en France ou les Goya en Espagne valorisent davantage leur cinéma national.

"Valeur sentimentale", le film de Joachim Trier sur la relation douloureuse d'un père cinéaste avec ses filles, a remporté le prix du meilleur film non anglophone, une première pour un Norvégien.

Le plus célèbre des ours, Paddington, a lui aussi fait une apparition pour remettre la récompense pour le meilleur film pour les enfants et la famille, décrochée par l'Indien "Boong".

 


Ramadan : boost saisonnier pour l’industrie saoudienne des dattes

La consommation de dattes, portée par la foi et la culture du cadeau, amplifie la demande dans les supermarchés et les segments d’emballages haut de gamme. (Reuters)
La consommation de dattes, portée par la foi et la culture du cadeau, amplifie la demande dans les supermarchés et les segments d’emballages haut de gamme. (Reuters)
Short Url
  • Le Ramadan stimule la consommation de dattes en Arabie saoudite, dopant les ventes au détail et les exportations, sans toutefois constituer la véritable haute saison du secteur
  • Deuxième producteur mondial, le Royaume renforce son industrie des dattes, avec des exportations record et un rôle stratégique dans la sécurité alimentaire nationale

RIYAD : Les dattes occupent une place essentielle dans le tissu spirituel et culturel de l’Arabie saoudite. Associées à l’hospitalité et à la tradition religieuse, elles sont incontournables sur les tables d’iftar pendant le Ramadan.

Le mois sacré transforme également l’un des secteurs agricoles les plus établis du Royaume, l’industrie des dattes passant à la vitesse supérieure. La consommation liée à la foi et la culture du cadeau amplifient la demande, notamment dans les supermarchés et les segments premium.

Le conseiller économique Fadhel Al-Buainain a déclaré à Arab News que si la demande de dattes reste stable toute l’année, la consommation intérieure augmente sensiblement pendant le Ramadan.

« Ces dernières années, la demande mondiale pour les dattes saoudiennes a également progressé. Toutefois, la demande locale augmente nettement durant le Ramadan en raison de l’association des dattes au repas de l’iftar », a-t-il indiqué.

Beaucoup rompent leur jeûne avec des dattes fraîches (rutab) ou, à défaut, avec des dattes séchées, conformément à la tradition. Outre leur dimension religieuse, les dattes sont appréciées pour leurs bienfaits nutritionnels, précieux pendant les longues heures de jeûne.

Al-Buainain souligne que le Ramadan constitue « un moteur d’augmentation des ventes et des exportations », renforçant l’élan saisonnier du secteur, sans toutefois représenter son véritable pic économique.

« Je ne pense pas qu’il crée une haute saison, malgré son importance marketing. La véritable haute saison intervient après la récolte, lorsque les marchés sont dynamiques et que d’importants volumes sont écoulés. Cependant, dans le commerce de détail, le Ramadan peut être considéré comme une période clé d’intensification des activités marketing », explique-t-il.

Ainsi, si le Ramadan accélère les ventes au détail et stimule la demande dans les supermarchés et le marché des cadeaux, les cycles de production et les ventes en gros restent étroitement liés à la période de récolte.

« Le pic des ventes de dattes se situe au moment de la récolte, tant en volume qu’en prix », précise-t-il.

Les enchères sont organisées au début de la récolte, permettant l’écoulement de grandes quantités en gros — principal canal pour les producteurs — avant d’atteindre les détaillants et les consommateurs. Les ventes du Ramadan proviennent majoritairement des stocks récoltés l’année précédente.

Malgré la hausse saisonnière de la consommation, les volumes de production restent suffisants pour éviter une forte volatilité des prix.

« Les volumes produits sont importants et l’offre dépasse la demande », affirme-t-il, précisant que les dattes traditionnelles conservent des prix stables. Les hausses concernent surtout les produits transformés ou reconditionnés dans des formats cadeaux modernes.

Structurellement, le secteur s’est fortement développé ces dernières années. Les exportations saoudiennes de dattes ont atteint 1,695 milliard de riyals en 2024, selon le Centre national des palmiers et des dattes. La production a dépassé 1,9 million de tonnes, avec des exportations vers 133 pays — soit une hausse de 15,9 % en valeur par rapport à 2023.

Depuis le lancement de la Vision 2030, la valeur des exportations a progressé de 192,5 % entre 2016 et 2024.

L’Arabie saoudite, deuxième producteur mondial de dattes, compte plus de 33 millions de palmiers, soit 27 % du total mondial, répartis sur environ 123 000 exploitations agricoles.

Les dattes affichent également le taux d’autosuffisance le plus élevé parmi les fruits, à 121 %.

Al-Buainain qualifie les dattes de produit stratégique et pilier de la sécurité alimentaire du Royaume, tout en appelant à une stratégie plus claire, à une meilleure lutte contre les ravageurs — notamment le charançon rouge du palmier — et à une meilleure coordination de la chaîne de valeur.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com