Archéologie: La longue histoire de coexistence religieuse dans le Golfe arabique

Un ancien site monastique chrétien sur l'île de Siniyah, au large d'Umm Al-Quwain, aux Émirats arabes unis a été découvert (Photo, Reuters).
Un ancien site monastique chrétien sur l'île de Siniyah, au large d'Umm Al-Quwain, aux Émirats arabes unis a été découvert (Photo, Reuters).
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Publié le Mardi 13 décembre 2022

Archéologie: La longue histoire de coexistence religieuse dans le Golfe arabique

  • Les premières preuves de l'occupation chrétienne – des fragments de croix en plâtre – ont été déterrées en 1994 au large d'Abu Dhabi
  • Il existe suffisamment de preuves attestant de l'existence du christianisme sur les côtes du Golfe depuis au moins le IVe siècle de notre ère

LONDRES: En février 1986 un jeune homme de Jubail, dans la province orientale de l'Arabie saoudite, décide de tester son nouveau 4x4 sur les dunes à l'ouest de la ville côtière. Très vite, il fait deux découvertes surprenantes.

La première, c'est que ni lui ni son nouveau véhicule ne sont adaptés aux dunes, car l'homme et la machine se retrouvent vite coincés dans le sable.

Mais ce n’est pas tout : «en creusant, il découvre qu'il se trouvait au sommet d'un mur enseveli sous le sable», raconte un article publié dans la revue Arabian Archaeology and Epigraphy en 1994.

Bien que le jeune homme ignore la nature de sa découverte, il comprend qu'il s'agit sans doute d'une construction ancienne. Après avoir libéré son véhicule et être retourné à Jubail, il prévient les autorités de sa trouvaille.

Il s’agit là des vestiges d'une église chrétienne longtemps enfouie sous le sable.

Les archéologues qui ont ensuite fouillé le site découvrent une cour ouverte d'environ 20 mètres de long, entourée de murs et de portes menant à trois salles.

Bien que le christianisme ait entamé son déclin avec la montée de l'islam, les chrétiens n’étaient pas considérés comme des étrangers à cette époque (Photo, Département d'archéologie et de tourisme Umm al-Quwain).

La pièce centrale, à l'extrémité est de la structure, est identifiée comme étant le sanctuaire où se trouvait l'autel. La pièce au nord rassemblait le pain et le vin pour le rituel chrétien de l'Eucharistie. Au sud se trouvait la sacristie, où étaient conservés les vases sacrés et les robes du prêtre.

Tous les murs étaient recouverts de plâtre, dans lequel figurent les empreintes de quatre croix, symbole distinctif du christianisme, d'environ 30 centimètres de haut chacune.

Plusieurs colonnes de pierre sont restées intactes, de même qu'une paire de frises décoratives en plâtre, représentant un motif de fleurs reliées par des vignes.

Il ne s’agit donc pas d'une église ordinaire. Les archéologues la situent au IVe siècle apr. J.-C., soit environ 300 ans avant l'arrivée de l'islam, et estiment qu'elle fait partie des plus anciennes églises chrétiennes connues dans le monde.

Cette découverte n'était qu'une petite pièce d'un puzzle historique qui, depuis, a été pratiquement achevé, reconstituant l'image d'une époque où deux religions, l'islam et le christianisme, coexistaient sur les rives du Golfe arabique.

Aujourd'hui, 36 ans après la découverte de ce jeune Saoudien, une autre pièce importante a été ajoutée au puzzle grâce aux travaux de fouille qui ont permis de découvrir un monastère chrétien sur l'île de Siniyah, au large de la côte d'Umm Al-Quwain, aux Émirats arabes unis.

Grâce à des poteries et à la datation au carbone de restes organiques trouvés dans les fondations du complexe, le monastère est estimé appartenir à une période comprise entre 534 et 656 apr. J.-C., soit la période de vie du prophète Mahomet, né vers 570 et mort en 632.

Le site semble avoir été abandonné au cours du VIIIe siècle, non pas à la suite d'un conflit entre les deux religions, mais en raison d'un conflit interne à l'islam, estiment les archéologues.

«Les murs ont fini par s'effondrer, et les sables emportés par le vent se sont déplacés sur eux, laissant des monticules bas avec des débris de construction, ainsi que des poteries, du verre et des pièces de monnaie visibles à la surface», explique Tim Power, professeur associé d'archéologie à l'université des Émirats arabes unis à Al-Ain et codirecteur du projet d'archéologie de l'île de Siniyah.

Selon M. Power, c'est une erreur de supposer que les chrétiens du Golfe à l'époque de la montée de l'islam étaient des étrangers (Photo, Département d'archéologie et de tourisme d'Umm al-Quwain).

«Mais il n'y a absolument aucune preuve de destruction, ou d'endommagement délibéré du site. Nous avons même le pied du calice en verre utilisé pour la distribution de l'Eucharistie, trouvé à son emplacement d'origine, et le bol pour mélanger le vin de l'Eucharistie, également in situ

«On a vraiment l'impression qu'ils se sont levés un jour et qu'ils sont partis», ajoute M. Power.

M. Power estime que le site a été abandonné non pas du fait de divergences religieuses, «mais en raison de l'invasion abbasside de 750 apr. J.-C., ce qui correspond à notre datation de la céramique et à la datation au carbone radio de l'abandon».

En effet, en 750 apr. J.-C., le califat abbasside, installé en Mésopotamie, renverse les Omeyyades. «Nous savons, d'après les sources historiques arabes, que l'invasion abbasside a été particulièrement violente, et que les villes côtières des émirats ont été détruites», précise-t-il.

«Je pense donc que ces gens ont fui, terrorisés par la perspective de l'invasion des autorités impériales en Irak, qui tentaient de garder le contrôle de leurs provinces rétives. C'était un conflit entre deux groupes distincts de musulmans.»

L'existence du monastère jusqu'à cette date-là au milieu du VIIIe siècle, plus de cent ans après la mort du prophète Mahomet, est la preuve qu'«il y avait clairement un degré de tolérance intercommunautaire et interconfessionnelle au niveau local».

Selon M. Power, c'est une erreur commune de supposer que les chrétiens du Golfe à l'époque de la montée de l'islam étaient des étrangers.

«Il convient de se rappeler que le christianisme est une religion moyen-orientale. Jésus-Christ parlait l'araméen, qui était la langue du Moyen-Orient à l'époque des conquêtes arabes. Ces églises et monastères n'ont très probablement pas été construits par des étrangers visitant ces côtes, mais par et pour la communauté arabe chrétienne locale», souligne-t-il.

«Il existe de nombreuses preuves historiques et inscrites qui nous indiquent que sans doute la majorité de la péninsule arabique jusqu'à la montée de l'islam était christianisée.»

Frise appartenant à un monastère chrétien sur l'île de Sir Bani Yas (Photo, DCT Abu Dhabi).

«Bien que le christianisme ait reculé devant la montée de l'islam, les chrétiens n'étaient pas considérés comme des étrangers à cette époque car ils faisaient partie de la famille.»

«Au fil des générations, les Arabes chrétiens ont commencé à se convertir à l'islam. Mais en tant que musulman, vous pouviez par exemple avoir un cousin chrétien et, comme c'est encore le cas aujourd'hui, ces communautés étaient fortement liées par les liens de parenté», poursuit-il.

«L'appartenance à une tribu constituait sans doute la pierre angulaire de votre identité, l'appartenance religieuse était presque secondaire.»

Il s'agit de la seconde découverte d'un monastère chrétien aux Émirats arabes unis. En 1992, le tout nouvel Abu Dhabi Islands Archaeological Survey, fondé par le cheikh Zayed, alors président des Émirats arabes unis, a lancé des recherches sur trois îles.

Sur l'une d'entre elles, Sir Bani Yas, située à seulement 7 kilomètres de la côte dans la région occidentale d'Abu Dhabi, les archéologues ont rapidement trouvé des pistes prometteuses: les vestiges de plusieurs maisons à cour intérieure et des fragments de poterie datés des VIe et VIIe siècles de notre ère.

Les premières preuves d'une occupation chrétienne ont été mises au jour en 1994 dont notamment des fragments de croix en plâtre qui ressemblent singulièrement à d'autres trouvées précédemment sur d'autres sites du Golfe.

Au cours des deux saisons suivantes, comme le rapporte la mission dans un article publié en 1997, «une structure très grande et complexe est apparue... qui s'avère maintenant être un monastère, avec une église en son centre dans une cour».

Il existe désormais une multitude de preuves, tant écrites qu'archéologiques, attestant de l'existence du christianisme dans le Golfe depuis au moins le IVe siècle de notre ère jusqu'aux deux premiers siècles de l'islam.

Selon des sources écrites en syriaque, un dialecte de l'araméen parlé par les communautés chrétiennes du Moyen-Orient du Ier au VIIIe siècle de notre ère, l'Église d'Orient, également connue sous le nom d'Église nestorienne, prospérait dans une région appelée Beth Qatraye.

Les archéologues qui ont fouillé le site ont découvert une cour ouverte d'environ 20 mètres de long, entourée de murs et de portes menant à trois salles (Photo fournie).

Selon l'Encyclopedic Dictionary of the Syriac Heritage (dictionnaire encyclopédique du patrimoine syriaque), publié par l'Institut syriaque, qui a pour mission de promouvoir l'étude et la préservation du patrimoine et de la langue syriaques, Beth Qatraye, «terre des Qataris», comprenait «non seulement la péninsule de Qatar, mais également son arrière-pays, Yamama» – aujourd'hui une région historique de l'Arabie saoudite – «et toute la côte du nord-est de l'Arabie jusqu'à la péninsule de Musandam, dans l'actuel Oman, ainsi que les îles» du Golfe.

On trouve des références à Beth Qatraye dans plusieurs documents chrétiens rédigés dans les années précédant l'émergence de l'islam. Le plus ancien provient de la «Chronique d'Arbela», écrite en syriaque et supposée avoir été produite entre 551 et 569 apr. J.-C. par un moine de l'actuelle Erbil, dans la région du Kurdistan en Irak.

La chronique mentionne l'existence de plusieurs diocèses chrétiens dans le Golfe, et plus précisément dans la région de Beth Qatraye, dès 225 apr. J.-C..

«Redécouverte» pour la première fois en 1907, la chronique a connu des hauts et des bas auprès des historiens ecclésiastiques. Bien que son authenticité ait été contestée, nombre de ses détails semblent avoir été confirmés par des découvertes archéologiques ultérieures dans le Golfe.

Les spécialistes ne doutent cependant pas de l'authenticité de la correspondance ecclésiastique préservée qui montre que le christianisme était établi à Beth Qatraye au moins au IVe siècle.

Ishoyahb III, patriarche de l'Église d'Orient de 649 à 659, a laissé une multitude de lettres aux historiens, dont cinq envoyées depuis sa base d'Adiabène, dans le nord de la Mésopotamie, au clergé et aux fidèles de Beth Qatraye.

Une autre source précieuse qui mentionne la région de Beth Qatraye est le «Livre des gouverneurs», une histoire monastique écrite au milieu du IXe siècle par Thomas, un évêque de Marga, un diocèse syriaque oriental dans la province métropolitaine d'Adiabène, qui était une province de l'empire sassanide en Mésopotamie.

Les preuves archéologiques d'une présence chrétienne dans le Golfe abondent également dans la région. Les premiers indices ont été découverts en 1931 à Hira, une ancienne cité du centre-sud de l'Irak, qui, vers le IIIe siècle apr. J.-C., devient la capitale des Lakhmides, une tribu chrétienne originaire du Yémen.

En 1960, l'archéologue français Roman Ghirshman a fouillé un monastère chrétien du VIIe siècle sur l'île iranienne de Kharg, et en 1988, une église a été découverte à Al-Qusur sur l'île de Failaka, au Koweït.

Peu avant la découverte de l'église de Jubail, trois croix chrétiennes ont été trouvées à proximité, à Jabal Berri, un affleurement rocheux situé à environ 10 kilomètres au sud-ouest de la ville, à quelque 7 kilomètres de la côte. Deux d'entre elles étaient en bronze, et la troisième, haute de 5 centimètres seulement, était taillée dans une seule pièce de nacre.

Les documents ecclésiastiques et arabes témoignent non seulement d'une importante activité chrétienne dans les régions de l’actuelle Arabie saoudite, mais ils démontrent également que «loin de connaître un déclin, le christianisme a prospéré dans le Golfe immédiatement après la conquête musulmane», comme le souligne Robert Carter, professeur d'archéologie arabe et moyen-orientale à l'UCL Qatar, dans l'ouvrage Les préludes de l'Islam publié en 2013.

En effet, il y a eu «un regain d'activité chrétienne à partir de la fin du VIIe et/ou du VIIIe siècle, qui s'est prolongé au début du IXe siècle à Kharg».

«Il n'y a absolument aucune preuve de destruction ou d'endommagement délibéré du site de l'île de Siniyah», selon Tim Power, professeur associé d'archéologie à l’université des Émirats arabes unis d’Al-Ain (Photo, fournie).

L'un des sites où le christianisme s'est épanoui est l'île de Tarut, au large de l'actuel gouvernorat de Qatif, dans la province orientale de l'Arabie saoudite. C'est là, en 635, que les forces musulmanes ont mis fin à la «ridda», le mouvement d'apostasie dans la région orientale, lors d'une bataille finale qui s'est déroulée à Darin, sur l'île.

Cependant, «la conquête musulmane n'a pas mis fin à la communauté nestorienne ici», comme le précise Daniel Potts, professeur d'archéologie et d'histoire du Proche-Orient ancien à l'Institute for the Study of the Ancient World de l'université de New York, dans un article publié dans la revue Expedition en 1984.

Il existe des documents attestant qu'un grand synode, ou concile de l'Église, s'est tenu sur l'île en 676, plus de 40 ans plus tard.

Il s’agit d'un rassemblement important, car c'est lors de ce synode que la pratique chrétienne du mariage dans une église a été établie pour la première fois, lorsque Georges Ier, l'évêque principal de l'Église d'Orient, a décrété que, dorénavant, seules les unions bénies par un prêtre seraient considérées comme légitimes.

En novembre dernier, le prince héritier Mohammed ben Salmane a annoncé qu'un montant de 2,64 milliards de riyals (703 millions de dollars) avait été alloué au développement de l'île de Tarut, qui compte aujourd'hui 120 000 habitants, afin de préserver son patrimoine et de renforcer son potentiel touristique.

Tarut n'était pas le seul site chrétien de l'actuelle Arabie saoudite. Parmi les autres centres ou églises mentionnés dans les textes syriaques, citons «Hagar» et «Juwatha», qui auraient tous deux été situés quelque part dans l'oasis d'Al-Hasa, ainsi que dans les îles voisines d'Al-Qatif et d'Abu Ali, juste au nord de Jubail.

Tous ces sites chrétiens, de Jubail en Arabie saoudite à Umm Al-Quwain aux Émirats arabes unis, ont fini par disparaître de l'histoire. Selon John Langfeldt, prêtre et historien américain qui a écrit le premier article sur l'église de Jubail après avoir visité le site en 1993, l'assimilation des chrétiens s'est faite dans le cadre d'un processus pacifique.

«Il n'y a pas eu de conversion forcée de la population à l'islam (et) le christianisme est resté la principale obédience religieuse de la grande majorité de la population», écrit Langfeldt dans un article publié dans la revue Arabian Archaeology and Epigraphy en 1994.

«Progressivement, sur plusieurs siècles, probablement en raison de plusieurs facteurs tels que le poids de... l'impôt, l'isolement des contacts chrétiens extérieurs, la facilité, les belles qualités de l'islam et l'excellent témoignage de ses adeptes, la quasi-totalité de la population a été islamisée.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


La Syrie accuse Israël de vouloir la «déstabiliser» après une incursion et des frappes meurtrières

 Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG. (AFP)
Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG. (AFP)
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  • Des frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée
  • Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays

DAMAS: Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz,  dont le pays a mené des centaines de frappes en Syrie depuis la chute du pouvoir de Bachar al-Assad le 8 décembre, a averti le dirigeant syrien, Ahmad al-Chareh, qu'il paierait un "lourd tribut" si la sécurité d'Israël était menacée.

"Cette escalade injustifiée constitue une tentative préméditée de déstabiliser la Syrie", a pour sa part accusé le ministère syrien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Des frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée.

Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays.

Le ministère syrien a affirmé que l'aéroport avait été "presque entièrement détruit" et évoqué des "dizaines de blessés civils et militaires".

"Protectorat turc" 

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), basé au Royaume-Uni mais qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie, quatre militaires ont été tués et 12 blessés dans les raids contre l'aéroport de Hama.

Un correspondant de l'AFP a vu au moins un avion militaire calciné dans un hangar, et des véhicules militaires, dont un transportant un système de défense anti-aérienne, gravement endommagés.

Un bâtiment du centre de recherche scientifique à Barzé, dans la banlieue de Damas, également visé, a été détruit, selon un correspondant de l'AFP.

En Israël, l'armée a affirmé avoir "frappé les capacités militaires dans les bases syriennes de Hama et T4, dans la province de Homs, ainsi que d'autres infrastructures militaires dans la région de Damas".

Une source syrienne proche du dossier a indiqué à l'AFP que la Turquie, alliée des nouvelles autorités syriennes, tente d'établir des "positions militaires" en Syrie dont une "à l'intérieur de la base T4".

Lors d'une conférence de presse à Paris, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a imputé à la Turquie "un rôle négatif en Syrie" et "au Liban". "Nous ne pensons pas que la Syrie devrait être un protectorat turc", a-t-il dit.

Appels au combat 

A Deraa, neuf personnes tuées au cours de l'incursion israélienne ont été inhumées jeudi, a rapporté un correspondant de l'AFP.

Les autorités de la province avaient annoncé leur décès après un bombardement israélien près de la ville de Nawa, à l'ouest de Deraa, ayant suivi une "incursion israélienne" dans la région, "où les forces de l'occupation ont pénétré pour la première fois aussi profondément".

Selon l'OSDH, il s'agit d'habitants de la région qui ont pris les armes après des appels lancés dans les mosquées à contrer l'avancée des troupes israéliennes.

L'armée israélienne a indiqué avoir répondu à des tirs dans le sud de la Syrie et ciblé plusieurs combattants qui ont été "éliminés" dans des frappes terrestres et aériennes.

"La présence d'armes dans le sud de la Syrie constitue une menace pour l'Etat d'Israël", a déclaré un porte-parole militaire israélien, ajoutant que l'armée "ne permettrait pas l'existence d'une menace militaire en Syrie".

Dès la chute de Bachar al-Assad évincé par une coalition de rebelles dominés par les islamistes, après plus de 13 ans de guerre civile, Israël a envoyé des troupes dans une zone tampon démilitarisée du Golan, dans le sud-ouest de la Syrie.

Il a aussi mené des centaines de frappes aériennes sur des sites militaires, affirmant vouloir empêcher que des armes ne tombent entre les mains des nouvelles autorités, qu'il qualifie de "jihadistes".

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, avait exigé fin février "la démilitarisation totale du sud de la Syrie" et affirmé qu'il ne tolérerait pas que les forces du nouveau pouvoir se déploient au sud de Damas.

Le 26 mars, six civils avaient déjà été tués après une incursion israélienne similaire dans la province de Deraa, selon les autorités locales.


La Défense civile de Gaza fait état d'au moins 15 morts dans une frappe israélienne dans le nord

L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza. (AFP)
L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza. (AFP)
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  • L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza.
  • "L'armée israélienne opère avec une grande force dans vos zones pour détruire l'infrastructure terroriste" du mouvement islamiste palestinien Hamas, a déclaré le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, dans un message sur son compte X

GAZA: La Défense civile de Gaza a indiqué qu'au moins 15 personnes avaient été tuées jeudi à l'aube dans des frappes aériennes israéliennes dans la partie nord du territoire palestinien, après un appel à évacuer de l'armée israélienne.

Le porte-parole de la Défense civile, Mahmoud Bassal, a déclaré que les frappes avaient visé plusieurs maisons dans le quartier de Choujaiya, dans la ville de Gaza. "Il y a encore un certain nombre de personnes piégées sous les décombres", a-t-il ajouté.

L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza.

"L'armée israélienne opère avec une grande force dans vos zones pour détruire l'infrastructure terroriste" du mouvement islamiste palestinien Hamas, a déclaré le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, dans un message sur son compte X.

"Vous devez évacuer ces zones immédiatement et vous rendre dans les abris connus dans l'ouest de la ville de Gaza", a-t-il ajouté.


Israël morcèle Gaza, accentue la pression sur le Hamas pour récupérer les otages

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
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  • Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte
  • Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore

JERUSALEM: Israël a annoncé mercredi que son armée avait commencé à morceler la bande de Gaza et à y saisir de larges zones de territoire pour forcer le mouvement islamiste palestinien Hamas à rendre les otages.

Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte, ont indiqué deux responsables du mouvement islamiste palestinien à l'AFP alors que les bombardements israéliens sur la bande de Gaza ont fait plus de 30 morts mercredi, dont des enfants, selon les secours locaux.

Le Hamas souhaite avancer sur une proposition egypto-qatarie prévoyant un cessez-le-feu de 50 jours, période pendant laquelle le mouvement islamiste libérerait "cinq soldats israéliens" en échange de la remise en liberté de quelque 2.250 prisonniers palestiniens détenus par Israël, a indiqué un de ces deux responsables sous le couvert de l'anonymat

Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore.

"Nous morcelons la bande de Gaza et nous augmentons la pression pas à pas, afin qu'ils nous rendent nos otages", a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Critiques des familles d'otages 

Appelant "les habitants de Gaza à agir maintenant pour chasser le Hamas et rendre tous les otages", le ministre de la Défense, Israël Katz, a menacé une nouvelle fois de confisquer au profit d'Israël de "vastes secteurs" conquis par l'armée à la faveur de l'élargissement de son offensive dans la bande de Gaza.

"Expliquez (...) comment vous comptez éviter la mise en danger des otages", a réagi le Forum des familles, la plus grande association de proches d'otages en Israël, en reprochant au gouvernement d'envoyer "davantage de soldats à Gaza" plutôt que "de libérer les otages par un accord et de mettre fin à la guerre"

De leur côté, une cinquantaine d'otages libérés et des proches d'otages ont estimé dans une lettre ouverte que "la pression militaire met en danger les otages".

"Où est le monde?" 

La guerre a été déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque sans précédent du Hamas ayant entraîné la mort de 1.218 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP basé sur des données officielles.

Sur les 251 personnes enlevées ce jour-là, 58 sont toujours otages à Gaza dont 34 sont mortes selon l'armée israélienne.

En riposte Israël a juré de détruire le Hamas et lancé une campagne de représailles militaires ayant fait au moins 50.423 morts, majoritairement des civils, selon les données du ministère de la Santé du Hamas pour Gaza, jugées fiables par l'ONU.

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours.

Le centre sert de refuge à 160 familles déplacées, a indiqué l'Unrwa.

"Les martyrs sont des jeunes, des garçons et des filles. De quel droit il les tuent? Ils ont visé directement la clinique. Où sont les Nations unies, où est le monde?" a lancé Abou Ahmed Jaber, un déplacé réfugié dans le bâtiment.

L'armée israélienne a confirmé une frappe contre le bâtiment de l'Unrwa affirmant y avoir visé "des terroristes du Hamas".

Treize personnes ont également été tuées par un bombardement sur une maison abritant des déplacés à Khan Younès et deux par une frappe sur une maison à Nousseirat (centre), selon les secours.

Après l'interception de deux projectiles tirés de Gaza en direction d'Israël dans la soirée, l'armée israélienne a appelé les habitants à évacuer plusieurs régions du nord de Gaza, en prévision de frappes.

"Guerre sans limite" 

De son côté, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres est "choqué par les attaques de l'armée israélienne" contre un convoi médical et de secours, qui ont tué 15 secouristes et travailleurs humanitaires la semaine dernière à Gaza, selon son porte-parole.

La "fosse commune" où les secouristes ont été retrouvés expose une "guerre sans limite" à Gaza, a indiqué un responsable du Bureau des opérations humanitaires de l'ONU (Ocha), Jonathan Whittall.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, 1.066 personnes ont été tuées depuis le 18 mars.

Pour accroître la pression sur le Hamas, Israël a bloqué depuis le 2 mars l'entrée de l'aide humanitaire à Gaza, aggravant les pénuries dans le territoire.

Faute de farine et de sucre, des boulangeries ont fermé. "La situation est très difficile, il n'y a pas de farine, pas de pain, pas de nourriture ni d'eau", a témoigné un père de famille, Mahmoud Sheikh Khalil.

A Jérusalem, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, s'est rendu une nouvelle fois sur l'esplanade des Mosquées, lieu disputé dans le secteur oriental de la Ville sainte occupé et annexé par Israël.

Troisième lieu saint de l'islam, l'endroit est pour les juifs, le mont du Temple, lieu le plus sacré du judaïsme. Plusieurs pays arabes ont dénoncé une "provocation" susceptible d'alimenter encore un peu plus les tensions régionales.