Tunisie: Le pain, l'emploi et la dignité restent des rêves éloignés

Des manifestants à Tunis protestent contre la mainmise du président, Kais Saied, sur le pouvoir (Photo, AFP).
Des manifestants à Tunis protestent contre la mainmise du président, Kais Saied, sur le pouvoir (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 16 juin 2022

Tunisie: Le pain, l'emploi et la dignité restent des rêves éloignés

  • Les dirigeants civils et politiques doivent avoir pour priorité d'éviter l'effondrement de l'économie
  • Le plan de sauvetage du FMI est considéré comme la meilleure option, mais le plus grand syndicat du secteur public du pays rejette toute nouvelle mesure d'austérité

LONDRES: La Tunisie était déjà confrontée à un mécontentement généralisé lorsqu’elle a annoncé sa troisième hausse des prix du carburant (5%) de l’année. Mais au lendemain d’un Ramadan caractérisé par des images d’étagères vides, les gens ordinaires sont moins préoccupés par l’état des finances publiques que par leur survie au quotidien.
Onze ans après que la première des révoltes du Printemps arabe ait renversé une dictature et permis aux Tunisiens d’instaurer une démocratie, de voter aux élections et d'exercer leur droit à la liberté d'expression, le rêve de pain, d'emplois et de dignité continue d'être à l'honneur.
«À mon avis, tout va définitivement dans la mauvaise direction», a déclaré à Arab News Elie Abouaoun, directeur du programme pour l'Afrique du Nord à l'Institut américain de la paix. «Les prix augmentent, l'angoisse de la survie s’intensifie, et les perspectives d'un nouvel accord avec le FMI sont aussi lointaines qu'elles ne l'ont jamais été.»

Des diplômés tunisiens au chômage protestaient le 17 décembre 2021 à Sidi Bouzid pour marquer le 11e anniversaire du début de la révolution de 2011 (Photo, Anis Mili/AFP).


Ces hausses du prix du carburant ne sont pas terminées non plus. Un ministre a révélé aux journalistes que le pays devra faire face à de nouvelles augmentations d'«au moins» 3% par mois jusqu'à la fin de l'année 2022.
Pour les agriculteurs, cette nouvelle ne fera qu'aggraver une situation déjà précaire, après que le prix de l'orge, aliment de base des animaux, a bondi de 94% en 12 mois, sans tenir compte de l'impact de la guerre en Europe.
La hausse des prix des carburants n'a fait qu'augmenter leurs coûts et, pour tenter de récupérer une partie de leurs pertes, les agriculteurs de plusieurs régions ont organisé des manifestations au cours desquelles du lait a été déversé dans les rues, des routes ont été bloquées et des menaces de réduction de la production ont été proférées.
Afin d'apaiser les perspectives de nouveaux troubles, le gouvernement a annoncé qu'il allait augmenter le prix des œufs, du lait et de la volaille, mais Abouaoun s'inquiète de l'impact de cette mesure sur l'ensemble de la population.

L’augmentation du coût des denrées alimentaires de base signifie que de nombreux Tunisiens doivent désormais lutter pour satisfaire leurs besoins fondamentaux (Photo, AFP).


«Le problème des gens ordinaires n'est pas la pénurie», a signalé Abouaoun. «Il y a très peu de produits qui ne sont pas disponibles, ce à quoi ils sont confrontés, ce sont les prix, qui augmentent presque chaque jour, et ils doivent donc chercher à identifier les sources de nourriture qui peuvent être obtenues à des tarifs plus avantageux. Pour sortir la Tunisie de cette crise, il faut se concentrer entièrement sur les problèmes économiques et sociaux. La politique doit être mise de côté.»
La Tunisie a été dirigée par plus de huit gouvernements depuis que le président de longue date Zine el-Abidine ben Ali a été renversé en 2011. Kais Saied, l'actuel président, a été élu démocratiquement en octobre 2019, mais il a démis le gouvernement précédent et suspendu le Parlement sur fond de désenchantement à l'égard de la classe politique, de chômage élevé et d'économie défaillante.

Des étagères vides et une pancarte «un paquet par personne» dans un supermarché (Photo, AFP).


Professeur de droit à la retraite, Saied a déclaré vouloir rajeunir la politique et l'économie de la Tunisie. Mais les problèmes politiques et économiques ne cessant de s'accumuler, il a pris le pouvoir exécutif en juillet 2021 et a fréquemment rebattu les cartes. Le 7 juin, il a remplacé 13 gouverneurs sur un total de 24, en plus des quatre qu'il avait écartés en août de l'année dernière.
Selon les experts, la solution à la crise économique qui s'aggrave en Tunisie passe par l'afflux d'investissements étrangers. Cependant, jusqu'à ce que ces investissements se concrétisent, un programme de plusieurs milliards de dollars du FMI est la seule option de sauvetage réaliste. Mais pour y parvenir, Saied devra se battre avec le plus grand syndicat du secteur public du pays, l'Union générale tunisienne du travail (UGTT).
«Les deux ou trois prochains mois sont cruciaux», a déclaré à Arab News Sarah Yerkes, chargée de mission pour le programme Moyen-Orient de Carnegie. «L'accord du FMI n'est pas un chevalier blanc; il ne résoudra pas tous les problèmes à lui seul. Mais il permet de débloquer d'autres opportunités en renforçant la confiance des investisseurs, avec pour résultat probable un assouplissement des agences de crédit. Mais le FMI a souligné que pour que l'accord soit approuvé, l'UGTT doit le signer.»
Cependant, la probabilité que cela se produise semble lointaine à l'heure actuelle, l'UGTT menaçant d'une grève nationale et refusant de répondre aux appels au dialogue de Saied, soutenant qu'il a exclu les forces démocratiques et semble déterminer «unilatéralement» qui participera à ce dialogue.

Alors que le président, Kais Saied, a initialement bénéficié d’un large soutien dans ses efforts de réforme, les critiques estiment qu’il est allé trop loin (Photo, AFP).


En plus de cela, l'UGTT a passé plus d'une décennie à s'opposer fermement à la demande du FMI qui exige des réductions des dépenses du secteur public.
Yerkes a indiqué que si la grève a lieu, elle ne peut être attribuée à Saied, notant que cette protestation est motivée par une situation économique antérieure à sa direction. Toutefois, elle peut comprendre l'hostilité à l'égard de la fétichisation de l'austérité par le FMI, même si elle reconnaît que la Tunisie a les paiements les plus élevés du monde pour le secteur public «et que c’est un problème qu'il faut régler depuis onze ans».

EN BREF

*Le Parlement reste suspendu jusqu'aux prochaines élections.

*Le référendum sur les réformes constitutionnelles est prévu pour le 25 juillet.

*Les nouvelles élections législatives sont prévues pour le 17 décembre.

Abouaoun est du même avis. «La Tunisie doit réformer son secteur public», a-t-il déclaré à Arab News. «Il y a une liste de mesures, et celles-ci doivent être mises en œuvre, mais il y a un manque de courage pour en discuter avec le public, mais sans dialogue, on ne sort jamais de la crise.»
«Je ne dis pas que tout ce que le FMI demande est bon, mais c'est là que le dialogue est utile, car vous pouvez dire que nous ferons ceci mais pas cela. Quand je regarde le président et l'UGTT, je vois une absence totale de volonté de compromis de la part des deux parties, et il n'y a absolument aucune reconnaissance du fait que toutes les parties ont contribué à cette crise.»
Yerkes a révélé qu'elle pense qu'il existe une marge de manœuvre pour un compromis, en particulier au sein du FMI, suggérant que si un engagement de réduction des salaires était inclus dans l'accord mais n'était pas immédiatement mis en œuvre, le FMI pourrait être disposé à fermer les yeux, à condition que d'autres conditions soient respectées.

L'UGTT constitue une force redoutable contre les efforts de réforme du président, Kais Saied (Photo, AFP).


Il y a des spéculations selon lesquelles tout accord comprendrait une certaine conditionnalité politique, notamment le soutien de l'UGTT et l'interdiction de rendre illégaux tous les autres partis politiques.
«Il y a eu une entente complice à propos de la réduction des salaires, mais pas de mesures concrètes tant que Saied remplit les conditions politiques», a souligné Abouaoun.
«Avec cette menace de grève de la part de l'UGTT, Saied pourrait décider d’encaisser le coup, surtout si le FMI est prêt à accorder un prêt-relais pour faire avancer les négociations.»
Sur le plan extérieur également, les pays donateurs observent la consolidation du pouvoir de Saied au cours des onze derniers mois et ont peur. Cela se traduit par la proposition du Congrès américain de réduire de 50% ses dépenses d'aide à la Tunisie en réponse à ce qu'il considère comme une dérive vers l'autoritarisme.
Abouaoun a reconnu que «certaines mesures» adoptées par Saied allaient «un peu trop loin». On ignore toutefois jusqu'où il est prêt à aller. Et maintenant, les États-Unis et leurs partenaires européens ont déclaré qu’un «progrès inclusif» devait faire partie de tout plan de sauvetage.

Selon des analystes, le président tunisien serait allé trop loin dans sa quête pour remédier aux problèmes du pays (Photo, AFP).


Cette pression extérieure amènera certainement Saied à se demander s’il est prêt à aller jusqu'au bout et à mettre de côté la légitimité démocratique, a soutenu Yerkes.
«Les prochains mois vont être compliqués», a-t-elle prévenu. «Washington semble plus disposé à forcer Saied mais, compte tenu de sa proximité, l'UE et les autres pays européens pourraient être plus soucieux de donner la priorité à la stabilité économique et sociale de la Tunisie, même si elles prêteront attention à la constitution que Saied est en train d'élaborer.»
Abouaoun a réaffirmé que les difficultés rencontrées ne sont pas le fait d'un seul homme, mentionnant que la société civile et l'UGTT ont contribué à l'effondrement imminent, mais il a convenu que pour beaucoup de Tunisiens, la priorité est le «retour à la normale» et que cela commence par la maîtrise des prix des produits alimentaires.


Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le Hezbollah rejette le dernier exutoire négocié par les Etats-Unis, Aoun exige l'application du cessez-le-feu

Une photo prise depuis la zone sud de Nabatieh montre de la fumée s'élevant du site d'une frappe aérienne israélienne dans le village de kfar Tibnit, le 4 juin 2026. (AFP)
Une photo prise depuis la zone sud de Nabatieh montre de la fumée s'élevant du site d'une frappe aérienne israélienne dans le village de kfar Tibnit, le 4 juin 2026. (AFP)
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  • Une déclaration conjointe libano-israélienne, publiée à l'aube du jeudi, heure de Beyrouth, indique qu'"Israël et le Liban ont, sous l'égide des États-Unis, accepté de mettre en œuvre un cessez-le-feu"
  • Le secrétaire général du Hezbollah, Naim Qassem, a déclaré que "le résultat des négociations directes absurdes, humiliantes et honteuses est reflété dans l'annonce de Washington"

BEYROUTH : Le président libanais Joseph Aoun a déclaré jeudi que la déclaration commune issue du quatrième cycle de négociations israélo-libanaises sous l'égide des États-Unis comportait "des points très importants en faveur du Liban et représentait la dernière occasion de passer à un cessez-le-feu définitif et global, étant entendu que chaque partie assumerait la responsabilité si elle ne répondait pas".

Un responsable libanais a confirmé à Arab News que le président attendait la réponse du Hezbollah, qui devrait arriver par l'intermédiaire du président du Parlement, Nabih Berri.

"Toutes les parties ont été informées du résultat de la session de négociation", a déclaré le fonctionnaire. "Ce qui a été publié n'est pas un accord de cessez-le-feu. Il s'agit d'une déclaration dont Israël a accepté intégralement le contenu et les conditions. Ce qui reste, c'est la réponse du Hezbollah".

Une fois cette réponse donnée, a ajouté le fonctionnaire, Washington sera informé et les prochaines étapes seront déterminées.

S'adressant de manière informelle aux journalistes au palais de Baabda, M. Aoun a déclaré que Washington "déterminerait le calendrier et le mécanisme de mise en œuvre du cessez-le-feu, qui pourrait commencer 24 heures après la notification de l'approbation et une fois que les garanties nécessaires auront été fournies." Le président américain Donald Trump serait le garant direct de la mise en œuvre.

Le président a déclaré que "la délégation libanaise de négociation, dirigée par l'ambassadeur Simon Karam, a tenu bon tout au long des deux sessions convoquées au cours des deux derniers jours".

La session de mercredi a été difficile : M. Karam a été poussé à suspendre le cycle de négociations et a insisté pour refuser d'aborder toute autre question tant qu'un cessez-le-feu global n'aurait pas été mis en place. Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a été invité à relancer les pourparlers, qui se sont conclus par l'acceptation de la demande libanaise d'un cessez-le-feu global.

M. Aoun a déclaré que "de mercredi matin jusqu'aux petites heures de jeudi, nous sommes restés en contact avec les acteurs internationaux et nationaux pour verrouiller le cessez-le-feu global, et un certain nombre d'États frères et amis ont également joué un rôle en exerçant des pressions au nom du Liban".

La déclaration conjointe israélo-libanaise, publiée jeudi à l'aube, heure de Beyrouth, précise que "tant Israël que le Liban ont accepté, sous l'égide des États-Unis, de mettre en œuvre un cessez-le-feu. Son entrée en vigueur est subordonnée à une cessation totale des tirs du Hezbollah et au retrait de tout son personnel de la zone située au sud du Litani. Le Hezbollah doit également permettre l'établissement rapide de zones pilotes où les forces armées libanaises - et uniquement les forces armées libanaises - exercent un contrôle exclusif sur le territoire, tout acteur armé non étatique étant écarté du tableau."

Israël a déclaré que "sa sécurité et le respect de son intégrité territoriale ne peuvent être assurés que par le désarmement du Hezbollah et le démantèlement de son infrastructure sur l'ensemble du territoire libanais".

De son côté, le Liban a souligné "la nécessité d'un respect mutuel des frontières internationalement reconnues et le besoin urgent d'une mise en œuvre complète de la cessation des hostilités, en mettant l'accent sur les principes de l'intégrité territoriale et de la pleine souveraineté de l'État". Le Liban s'est engagé à renforcer les capacités de l'armée libanaise, avec le soutien des États-Unis, afin d'exercer un contrôle effectif sur l'ensemble du pays.

Toutes les parties ont déclaré que "l'avenir des relations entre Israël et le Liban doit être exclusivement décidé par les deux gouvernements souverains". Elles ont rejeté toute tentative, de la part d'un État ou d'un acteur non étatique, de prendre en otage l'avenir du Liban.

Selon la déclaration, "Israël et le Liban ont réaffirmé qu'ils n'avaient aucune intention hostile l'un envers l'autre et se sont engagés à poursuivre les négociations directes afin de renforcer la confiance, de résoudre toutes les questions en suspens et d'œuvrer à la conclusion d'un accord global entre les deux pays".

De leur côté, les États-Unis ont réitéré leur "soutien constant aux deux gouvernements dans l'exercice de leur souveraineté". Ils ont ajouté que "tout accord de cessation des hostilités doit être conclu directement entre les deux gouvernements, sous l'égide des États-Unis, et non par le biais d'une voie distincte".

Les États-Unis ont également souligné leur intention de "soutenir les forces armées libanaises, dans le but d'améliorer leur capacité et de permettre l'exercice effectif de la souveraineté sur l'ensemble du territoire libanais".

S'adressant aux journalistes jeudi, le président Aoun a déclaré que "le Liban a suggéré de commencer la mise en œuvre de "zones pilotes" dans les villes de Zawtar Al-Sharqiya, Zawtar Al-Gharbiya, Yahmar et la zone entourant le château de Beaufort (Qalaat Al-Shaqif), occupé la semaine dernière par Israël, en raison de leur importance symbolique et de leur proximité avec la ville de Nabatieh".

M. Aoun a souligné "la grande importance de l'accord conclu à Washington dans l'intérêt du Liban et de la région. Il représente une véritable occasion de passer de l'escalade à la stabilité. Le succès de ce processus dépend de l'engagement clair de toutes les parties concernées et de la mise en œuvre intégrale des mesures convenues. L'État libanais a entamé ces négociations avec un fort sentiment de responsabilité nationale. L'objectif principal était de protéger le Liban, de garantir la sécurité de ses citoyens et de maintenir la stabilité. Chacun doit aborder les récents développements avec un sens de la responsabilité nationale et saisir cette opportunité pour renforcer la sécurité et la stabilité dans tout le pays".

M. Aoun a également déclaré que les États-Unis avaient joué un rôle de médiateur et de pivot dans ces négociations, contribuant à rapprocher les parties "d'un accord grâce à une approche ferme et à des efforts soutenus pour aplanir les divergences".

Le président libanais a ajouté que "cet accord diffère de celui conclu le 27 novembre 2024, non seulement par sa substance mais aussi par le contexte politique qui l'entoure, ce qui renforce ses perspectives de durabilité et de succès". Cela dépend maintenant du rôle du président américain Donald Trump et de son administration dans l'obtention des garanties nécessaires pour solidifier l'accord et assurer son respect par toutes les parties."

Pendant ce temps, les forces israéliennes se sont retirées de la ville de Dibbin dans le district de Marjayoun, au sud du fleuve Litani, au cours de la matinée, tandis que l'armée libanaise a annoncé son déploiement à la jonction de la ville plus tard dans l'après-midi.

Une source militaire libanaise a déclaré à Arab News que "suite au retrait israélien de Dibbin, l'armée libanaise a levé les barrages routiers, rouvert l'accès à la ville et commencé à dégager les obstructions militaires de la zone".

Quant à savoir si l'entrée dans la ville était basée sur un calendrier de retrait israélien clair, la source militaire a déclaré : "Il n'y a pas de calendrier de retrait.

La source militaire a confirmé que l'armée libanaise restait déployée au sud du fleuve Litani partout où il n'y avait pas de présence de l'armée israélienne, que ce soit à Hasbaya, Marjayoun ou même dans la ville de Tyr.

En ce qui concerne la possibilité de mettre en place des zones pilotes et le calendrier d'une telle initiative, la source a déclaré : "Le commandement de l'armée n'a pas été informé de la mise en place de zones pilotes : "Le commandement de l'armée n'a pas été informé de quoi que ce soit à ce sujet jusqu'à présent.

Le terme "zone pilote" est apparu comme un mécanisme de mise en œuvre progressive visant à démanteler les impasses sécuritaires qui sont géographiquement et politiquement enracinées. Toutefois, son application au Liban pourrait se heurter aux réalités des conditions complexes du terrain au Liban.

Une source militaire libanaise a estimé que l'adoption de ce terme "réduit la probabilité d'un échec global, car il se concentre sur l'essai d'une zone géographique spécifique et limitée dans le secteur au sud du fleuve Litani, servant de laboratoire pour évaluer l'étendue de l'engagement des parties et le sérieux des garanties".

La source a expliqué que les arrangements supposaient que "l'armée israélienne se retirerait complètement, tandis que des unités des forces armées libanaises s'installeraient et assumeraient le contrôle militaire, sécuritaire et administratif exclusif. Aucune autorité parallèle ou arme en dehors du cadre de la légitimité officielle de l'État ne serait autorisée. Cela signifie le retrait de tous les éléments du Hezbollah de la région, le démantèlement de l'infrastructure du parti et l'interdiction de son rétablissement, de sorte que la région soit entièrement démilitarisée de toute présence militaire non affiliée au gouvernement souverain".

Dans un discours prononcé jeudi après-midi, le secrétaire général du Hezbollah, Naim Qassem, a déclaré que "le résultat des négociations directes absurdes, humiliantes et honteuses est reflété dans l'annonce de Washington, qui expose les principes fondamentaux par lesquels les États-Unis et Israël envisagent la soumission du Liban au projet du Grand Israël".

Qassem a déclaré que "le résultat des négociations est rejeté dans son intégralité par de larges segments du peuple libanais".

Mahmoud Qamati, chef adjoint du conseil politique du Hezbollah, a annoncé que le Hezbollah rejetait "tout accord partiel ou toute formule de compromis en matière de sécurité".

Qamati a déclaré que "les zones pilotes et le projet de désarmement constituent un recul stratégique".

Alors que le Hezbollah insiste sur la condition d'un retrait israélien complet du Sud-Liban, le négociateur libanais, selon la source officielle, estime que "le Liban considère les zones pilotes comme une occasion de garantir des retraits israéliens progressifs et de restaurer la souveraineté sur certains secteurs".

Entre-temps, jeudi, l'armée israélienne a demandé aux citoyens libanais de ne pas se rendre au sud de la rivière Zahrani "pour leur propre sécurité". Elle a également continué à cibler des véhicules et des individus dans le sud du Liban.

Les parties libanaise et israélienne doivent tenir un nouveau cycle de négociations le 22 juin, "en vue de parvenir à un accord global". Les États-Unis ont accepté de continuer à faciliter la communication entre les parties dans l'intervalle", selon la déclaration commune.


Libye: des centaines de manifestants contre la présence de migrants dans leurs quartiers

Des centaines de Libyens ont manifesté jeudi à Tripoli devant le siège du Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) contre la présence de migrants en situation irrégulière dans leurs quartiers, appelant à leur expulsion du pays. (AFP)
Des centaines de Libyens ont manifesté jeudi à Tripoli devant le siège du Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) contre la présence de migrants en situation irrégulière dans leurs quartiers, appelant à leur expulsion du pays. (AFP)
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  • "Non à l'installation des migrants et des réfugiés", "La Libye appartient aux Libyens"
  • De son côté, la Mission d'appui de l'ONU en Libye (Manul) a réaffirmé "qu'aucune de ses agences, y compris le HCR, ne met en œuvre de programme de réinstallation" dans le pays

TRIPOLI: Des centaines de Libyens ont manifesté jeudi à Tripoli devant le siège du Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) contre la présence de migrants en situation irrégulière dans leurs quartiers, appelant à leur expulsion du pays.

Après une campagne sur les réseaux sociaux, des centaines de Libyens, cartons rouges à la main symbolisant une demande "d'expulsion", s'étaient donné rendez-vous devant le siège du HCR.

"Non à l'installation des migrants et des réfugiés", "La Libye appartient aux Libyens", ont-ils scandé, appelant aussi à la fermeture des bureaux du HCR qu'ils considèrent responsable de leur présence sur le territoire.

Des pancartes dénonçaient la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni accusée de vouloir obliger la Libye à garder les candidats à l'émigration illégale sur son territoire. "Non à la signature de conventions pour l'installation (de migrants) avec l'Italie", était-il écrit en arabe à côté d'un portrait de Mme Meloni barré d'une croix rouge.

De son côté, la Mission d'appui de l'ONU en Libye (Manul) a réaffirmé "qu'aucune de ses agences, y compris le HCR, ne met en œuvre de programme de réinstallation" dans le pays. "Les allégations contraires sont catégoriquement fausses", a-t-elle souligné dans un communiqué jeudi soir, se disant "préoccupée par la propagation de fausses informations, de désinformation et de discours haineux concernant le travail de l'ONU" dans le pays.

Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye peine à retrouver sa stabilité. Elle est gérée par deux gouvernements rivaux: celui reconnu par l'ONU basé à Tripoli (ouest) et dirigé par Abdelhamid Dbeibah, et un exécutif à Benghazi (est) contrôlé par le maréchal Khalifa Haftar et ses fils.

"Désinformation" 

Dans ce contexte, passeurs et trafiquants ont profité du climat d'instabilité qui y règne pour développer des réseaux clandestins pour des migrants d'Afrique subsaharienne et de pays asiatiques souhaitant émigrer en Europe par la mer.

A la mi-2024, le Portail sur les données migratoires géré par l'OIM (Organisation internationale pour les migrations, ONU) recensait environ 900.000 migrants et réfugiés en Libye.

La question migratoire provoque souvent des remous dans le pays, alimentés par un discours xénophobe sur les réseaux sociaux.

"L'amour de la patrie n'est pas du racisme!" ou encore "la Libye n'est pas la poubelle du monde", lisait-on sur des pancartes lors du rassemblement jeudi.

Des manifestants faisaient au passage l'amalgame entre les migrants et les réfugiés dont une majorité de Soudanais dont le pays est en proie à une guerre civile.

Les autorités libyennes avaient indiqué en décembre avoir prévu un traitement différencié pour les Soudanais. Le ministre de l'Intérieur, Imad Trabelsi, avait assuré qu'ils bénéficieraient d'un "accès aux soins et aux écoles".

Lundi, le bureau de l'ONU en Libye avait déjà dit noter "avec inquiétude la nouvelle propagation de la désinformation et de discours incendiaires sur les réseaux sociaux", dans un communiqué sur Facebook.

"De tels récits risquent d'alimenter les tensions, la méfiance, la discrimination et la violence, portant ainsi atteinte à la dignité, à la sécurité et au bien-être de la population libyenne", a-t-il ajouté.


Israël et le Liban conviennent de renouveler le cessez-le-feu

Israël et le Liban ont convenu mercredi de "la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu" et de la création de "zones pilotes" sous contrôle de l'armée libanaise, selon une déclaration commune publiée à l'issue de deux jours de pourparlers à Washington. (AFP)
Israël et le Liban ont convenu mercredi de "la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu" et de la création de "zones pilotes" sous contrôle de l'armée libanaise, selon une déclaration commune publiée à l'issue de deux jours de pourparlers à Washington. (AFP)
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  • Israël et le Liban ont également convenu de participer à un nouveau round de pourparlers la semaine du 22 juin en vue d'un "accord global", ajoute la déclaration
  • Plus tôt, le président Donald Trump avait insisté pour "séparer" les discussions sur le Liban de celles sur l'Iran, alors que Téhéran considère qu'il s'agit d'un seul et même sujet

WASHINGTON: Israël et le Liban ont convenu mercredi de "la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu" et de la création de "zones pilotes" sous contrôle de l'armée libanaise, selon une déclaration commune publiée à l'issue de deux jours de pourparlers à Washington.

"A l'issue des négociations menées sous l'égide des Etats-Unis, Israël et le Liban ont convenu de la mise en œuvre d'un cessez-le-feu", qui sera subordonné "à l'arrêt complet des tirs du Hezbollah et à l'évacuation de tous les membres du Hezbollah du secteur du Sud-Litani", peut-on lire dans cette déclaration entre les trois parties aux négociations.

"Les deux parties ont convenu de faire avancer rapidement la mise en place de zones pilotes dans lesquelles les Forces armées libanaises exerceront un contrôle exclusif sur le territoire, à l'exclusion de tous les acteurs non étatiques", selon la même source.

Ces mesures doivent permettre de "progresser vers un accord global de paix et de sécurité".

"Tous les pays ont réaffirmé que l'avenir des relations entre Israël et le Liban devait être décidé par les deux gouvernements souverains. Ils ont rejeté toute tentative, de la part d'un État ou d'un acteur non étatique, de prendre en otage l'avenir du Liban", une référence implicite à l'Iran, accusé de soutenir le Hezbollah pro-iranien.

Israël et le Liban ont également convenu de participer à un nouveau round de pourparlers la semaine du 22 juin en vue d'un "accord global", ajoute la déclaration.

Plus tôt, le président Donald Trump avait insisté pour "séparer" les discussions sur le Liban de celles sur l'Iran, alors que Téhéran considère qu'il s'agit d'un seul et même sujet.

Des délégations israéliennes et libanaises se sont réunies à Washington mardi et mercredi, alors que des frappes israéliennes au Liban ont fait au moins neuf morts, dont un soldat et deux secouristes.