Tunisie: Le pain, l'emploi et la dignité restent des rêves éloignés

Des manifestants à Tunis protestent contre la mainmise du président, Kais Saied, sur le pouvoir (Photo, AFP).
Des manifestants à Tunis protestent contre la mainmise du président, Kais Saied, sur le pouvoir (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 16 juin 2022

Tunisie: Le pain, l'emploi et la dignité restent des rêves éloignés

  • Les dirigeants civils et politiques doivent avoir pour priorité d'éviter l'effondrement de l'économie
  • Le plan de sauvetage du FMI est considéré comme la meilleure option, mais le plus grand syndicat du secteur public du pays rejette toute nouvelle mesure d'austérité

LONDRES: La Tunisie était déjà confrontée à un mécontentement généralisé lorsqu’elle a annoncé sa troisième hausse des prix du carburant (5%) de l’année. Mais au lendemain d’un Ramadan caractérisé par des images d’étagères vides, les gens ordinaires sont moins préoccupés par l’état des finances publiques que par leur survie au quotidien.
Onze ans après que la première des révoltes du Printemps arabe ait renversé une dictature et permis aux Tunisiens d’instaurer une démocratie, de voter aux élections et d'exercer leur droit à la liberté d'expression, le rêve de pain, d'emplois et de dignité continue d'être à l'honneur.
«À mon avis, tout va définitivement dans la mauvaise direction», a déclaré à Arab News Elie Abouaoun, directeur du programme pour l'Afrique du Nord à l'Institut américain de la paix. «Les prix augmentent, l'angoisse de la survie s’intensifie, et les perspectives d'un nouvel accord avec le FMI sont aussi lointaines qu'elles ne l'ont jamais été.»

Des diplômés tunisiens au chômage protestaient le 17 décembre 2021 à Sidi Bouzid pour marquer le 11e anniversaire du début de la révolution de 2011 (Photo, Anis Mili/AFP).


Ces hausses du prix du carburant ne sont pas terminées non plus. Un ministre a révélé aux journalistes que le pays devra faire face à de nouvelles augmentations d'«au moins» 3% par mois jusqu'à la fin de l'année 2022.
Pour les agriculteurs, cette nouvelle ne fera qu'aggraver une situation déjà précaire, après que le prix de l'orge, aliment de base des animaux, a bondi de 94% en 12 mois, sans tenir compte de l'impact de la guerre en Europe.
La hausse des prix des carburants n'a fait qu'augmenter leurs coûts et, pour tenter de récupérer une partie de leurs pertes, les agriculteurs de plusieurs régions ont organisé des manifestations au cours desquelles du lait a été déversé dans les rues, des routes ont été bloquées et des menaces de réduction de la production ont été proférées.
Afin d'apaiser les perspectives de nouveaux troubles, le gouvernement a annoncé qu'il allait augmenter le prix des œufs, du lait et de la volaille, mais Abouaoun s'inquiète de l'impact de cette mesure sur l'ensemble de la population.

L’augmentation du coût des denrées alimentaires de base signifie que de nombreux Tunisiens doivent désormais lutter pour satisfaire leurs besoins fondamentaux (Photo, AFP).


«Le problème des gens ordinaires n'est pas la pénurie», a signalé Abouaoun. «Il y a très peu de produits qui ne sont pas disponibles, ce à quoi ils sont confrontés, ce sont les prix, qui augmentent presque chaque jour, et ils doivent donc chercher à identifier les sources de nourriture qui peuvent être obtenues à des tarifs plus avantageux. Pour sortir la Tunisie de cette crise, il faut se concentrer entièrement sur les problèmes économiques et sociaux. La politique doit être mise de côté.»
La Tunisie a été dirigée par plus de huit gouvernements depuis que le président de longue date Zine el-Abidine ben Ali a été renversé en 2011. Kais Saied, l'actuel président, a été élu démocratiquement en octobre 2019, mais il a démis le gouvernement précédent et suspendu le Parlement sur fond de désenchantement à l'égard de la classe politique, de chômage élevé et d'économie défaillante.

Des étagères vides et une pancarte «un paquet par personne» dans un supermarché (Photo, AFP).


Professeur de droit à la retraite, Saied a déclaré vouloir rajeunir la politique et l'économie de la Tunisie. Mais les problèmes politiques et économiques ne cessant de s'accumuler, il a pris le pouvoir exécutif en juillet 2021 et a fréquemment rebattu les cartes. Le 7 juin, il a remplacé 13 gouverneurs sur un total de 24, en plus des quatre qu'il avait écartés en août de l'année dernière.
Selon les experts, la solution à la crise économique qui s'aggrave en Tunisie passe par l'afflux d'investissements étrangers. Cependant, jusqu'à ce que ces investissements se concrétisent, un programme de plusieurs milliards de dollars du FMI est la seule option de sauvetage réaliste. Mais pour y parvenir, Saied devra se battre avec le plus grand syndicat du secteur public du pays, l'Union générale tunisienne du travail (UGTT).
«Les deux ou trois prochains mois sont cruciaux», a déclaré à Arab News Sarah Yerkes, chargée de mission pour le programme Moyen-Orient de Carnegie. «L'accord du FMI n'est pas un chevalier blanc; il ne résoudra pas tous les problèmes à lui seul. Mais il permet de débloquer d'autres opportunités en renforçant la confiance des investisseurs, avec pour résultat probable un assouplissement des agences de crédit. Mais le FMI a souligné que pour que l'accord soit approuvé, l'UGTT doit le signer.»
Cependant, la probabilité que cela se produise semble lointaine à l'heure actuelle, l'UGTT menaçant d'une grève nationale et refusant de répondre aux appels au dialogue de Saied, soutenant qu'il a exclu les forces démocratiques et semble déterminer «unilatéralement» qui participera à ce dialogue.

Alors que le président, Kais Saied, a initialement bénéficié d’un large soutien dans ses efforts de réforme, les critiques estiment qu’il est allé trop loin (Photo, AFP).


En plus de cela, l'UGTT a passé plus d'une décennie à s'opposer fermement à la demande du FMI qui exige des réductions des dépenses du secteur public.
Yerkes a indiqué que si la grève a lieu, elle ne peut être attribuée à Saied, notant que cette protestation est motivée par une situation économique antérieure à sa direction. Toutefois, elle peut comprendre l'hostilité à l'égard de la fétichisation de l'austérité par le FMI, même si elle reconnaît que la Tunisie a les paiements les plus élevés du monde pour le secteur public «et que c’est un problème qu'il faut régler depuis onze ans».

EN BREF

*Le Parlement reste suspendu jusqu'aux prochaines élections.

*Le référendum sur les réformes constitutionnelles est prévu pour le 25 juillet.

*Les nouvelles élections législatives sont prévues pour le 17 décembre.

Abouaoun est du même avis. «La Tunisie doit réformer son secteur public», a-t-il déclaré à Arab News. «Il y a une liste de mesures, et celles-ci doivent être mises en œuvre, mais il y a un manque de courage pour en discuter avec le public, mais sans dialogue, on ne sort jamais de la crise.»
«Je ne dis pas que tout ce que le FMI demande est bon, mais c'est là que le dialogue est utile, car vous pouvez dire que nous ferons ceci mais pas cela. Quand je regarde le président et l'UGTT, je vois une absence totale de volonté de compromis de la part des deux parties, et il n'y a absolument aucune reconnaissance du fait que toutes les parties ont contribué à cette crise.»
Yerkes a révélé qu'elle pense qu'il existe une marge de manœuvre pour un compromis, en particulier au sein du FMI, suggérant que si un engagement de réduction des salaires était inclus dans l'accord mais n'était pas immédiatement mis en œuvre, le FMI pourrait être disposé à fermer les yeux, à condition que d'autres conditions soient respectées.

L'UGTT constitue une force redoutable contre les efforts de réforme du président, Kais Saied (Photo, AFP).


Il y a des spéculations selon lesquelles tout accord comprendrait une certaine conditionnalité politique, notamment le soutien de l'UGTT et l'interdiction de rendre illégaux tous les autres partis politiques.
«Il y a eu une entente complice à propos de la réduction des salaires, mais pas de mesures concrètes tant que Saied remplit les conditions politiques», a souligné Abouaoun.
«Avec cette menace de grève de la part de l'UGTT, Saied pourrait décider d’encaisser le coup, surtout si le FMI est prêt à accorder un prêt-relais pour faire avancer les négociations.»
Sur le plan extérieur également, les pays donateurs observent la consolidation du pouvoir de Saied au cours des onze derniers mois et ont peur. Cela se traduit par la proposition du Congrès américain de réduire de 50% ses dépenses d'aide à la Tunisie en réponse à ce qu'il considère comme une dérive vers l'autoritarisme.
Abouaoun a reconnu que «certaines mesures» adoptées par Saied allaient «un peu trop loin». On ignore toutefois jusqu'où il est prêt à aller. Et maintenant, les États-Unis et leurs partenaires européens ont déclaré qu’un «progrès inclusif» devait faire partie de tout plan de sauvetage.

Selon des analystes, le président tunisien serait allé trop loin dans sa quête pour remédier aux problèmes du pays (Photo, AFP).


Cette pression extérieure amènera certainement Saied à se demander s’il est prêt à aller jusqu'au bout et à mettre de côté la légitimité démocratique, a soutenu Yerkes.
«Les prochains mois vont être compliqués», a-t-elle prévenu. «Washington semble plus disposé à forcer Saied mais, compte tenu de sa proximité, l'UE et les autres pays européens pourraient être plus soucieux de donner la priorité à la stabilité économique et sociale de la Tunisie, même si elles prêteront attention à la constitution que Saied est en train d'élaborer.»
Abouaoun a réaffirmé que les difficultés rencontrées ne sont pas le fait d'un seul homme, mentionnant que la société civile et l'UGTT ont contribué à l'effondrement imminent, mais il a convenu que pour beaucoup de Tunisiens, la priorité est le «retour à la normale» et que cela commence par la maîtrise des prix des produits alimentaires.


Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L’accord avec les FDS kurdes est une « victoire pour tous les Syriens », selon l’ambassadeur syrien à l’ONU

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  • Ibrahim Olabi affirme que l’accord de cessez-le-feu et d’intégration progressive montre que le « meilleur scénario de réussite » des FDS se situe au sein de l’État syrien
  • Il salue le « rôle diplomatique constant » de l’Arabie saoudite dans l’encouragement à la désescalade et le soutien à la réintégration de la Syrie dans les systèmes régional et international

NEW YORK : Un accord historique de cessez-le-feu et d’intégration progressive entre le gouvernement syrien et les Forces démocratiques syriennes (FDS), dirigées par les Kurdes, a été annoncé vendredi. Des responsables syriens de haut rang ont qualifié cet accord d’étape majeure vers l’unité nationale et la stabilité, après des années de conflit et de négociations au point mort.

S’exprimant auprès d’Arab News à New York, Ibrahim Olabi, représentant permanent de la République arabe syrienne auprès des Nations unies, a décrit l’accord non seulement comme une réussite militaire et administrative, mais aussi comme une victoire symbolique pour tous les Syriens, reflétant les aspirations collectives du pays à la paix, à la reconstruction et à la coopération internationale.

Il a souligné que la stabilité, une répartition équitable des ressources et la sécurité intérieure constituent le socle de l’importance de cet accord. Il a également mis en avant le large soutien international, ainsi que l’implication spécifique de pays tels que l’Arabie saoudite et les États-Unis.

Selon lui, l’Arabie saoudite a joué un rôle diplomatique constant pour encourager la désescalade et soutenir la réintégration de la Syrie dans le système régional et international, notamment par des appels à la levée des sanctions et au soutien des institutions étatiques.

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Le drapeau national de la République arabe syrienne. (AFP)

Concernant Washington, Olabi a déclaré que les États-Unis considéraient désormais qu’un État syrien unifié servait leurs intérêts ainsi que ceux de la région, et voyaient l’intégration au sein du gouvernement syrien comme la protection à long terme la plus viable pour les FDS.

« Nous considérons l’étape franchie aujourd’hui comme un succès pour tous les Syriens et pour la Syrie. Tous les Syriens bénéficient de la stabilité, de la présence d’appareils de sécurité dans leurs villes. Tous bénéficient du contrôle des ressources par l’État, car elles peuvent être distribuées équitablement. Il en va de même pour les frontières. Tous les Syriens bénéficient du calme intérieur, qui a aussi des répercussions régionales et sur la reconstruction », a-t-il déclaré.

« Nous le voyons donc comme un succès, comme une victoire pour tous les Syriens. »

Il a ajouté que l’accord s’inscrivait dans une dynamique déjà amorcée par des ententes précédentes et des soutiens internationaux, ainsi que par l’évolution des réalités politiques et militaires, créant des conditions favorables à sa pérennité.

Le cœur de l’accord du 30 janvier repose sur l’intégration progressive des unités militaires et des structures administratives des FDS dans les institutions de l’État syrien, en commençant par les dispositifs de sécurité et en évoluant vers une intégration institutionnelle complète.

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Des soldats montent la garde alors que les forces gouvernementales syriennes se dirigent vers la ville de Hassaké, dans le nord-est de la Syrie, le 20 janvier 2026. (AFP)

Selon Olabi, ce modèle vise à éviter des changements brusques susceptibles de déstabiliser des équilibres locaux fragiles.

« L’approche d’intégration progressive s’inscrit dans la logique plus large d’un gouvernement syrien qui a toujours été ouvert aux propositions, aux idées et au débat, pourvu que cela serve une Syrie unie, forte et stable », a-t-il expliqué.

« On commence par la sécurité, puis l’administration, puis les institutions de l’État. Nous avons estimé qu’un mois constituait un délai raisonnable. L’objectif n’est pas de précipiter les choses, mais pas non plus de les faire durer indéfiniment. Tous les Syriens souhaitent avancer vers l’avenir et tourner la page de quatorze années de conflit et de divisions. »

Conformément à l’accord, les combattants des FDS commenceront à rejoindre des unités et brigades de sécurité nationales, tandis que les forces du ministère de l’Intérieur seront déployées dans des villes clés sous contrôle kurde, notamment Hassaké et Qamichli, où la présence de l’État syrien était limitée depuis des années.

Une nouvelle formation militaire, comprenant trois brigades issues des FDS, sera intégrée à la structure globale de l’armée syrienne, tandis que les institutions civiles kurdes seront intégrées au cadre administratif de l’État.

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Des membres des Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes font la queue pour régulariser leur statut auprès du gouvernement syrien à Raqqa, en Syrie, le 27 janvier 2026. (REUTERS)

Olabi a insisté sur le fait que l’accord prévoit un délai pour une intégration ordonnée, et non une absorption immédiate, délai convenu avec les FDS afin de renforcer la confiance et de réduire les tensions.

Répondant aux inquiétudes concernant la sincérité des garanties accordées aux membres des FDS contre les représailles ou la perte de leur statut, Olabi a souligné les ouvertures de longue date du gouvernement et ses interactions précédentes avec les dirigeants kurdes, ainsi que la conduite du gouvernement tout au long des négociations comme preuves de son approche.

« Mazloum Abdi a été accueilli à Damas comme un héros, et non comme un ennemi. Les FDS ont toujours été les bienvenues à Damas. Nous n’avons aucun intérêt aux représailles ni à la détérioration de la situation. Nous voulons avancer », a-t-il déclaré, ajoutant que les partenaires internationaux avaient également constaté l’absence de volonté d’escalade de la part du gouvernement syrien.


L’IA ne remplacera jamais la créativité humaine, affirme la PDG de SRMG

Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
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  • S’exprimant auprès de Maya Hojeij, présentatrice économique senior à Asharq avec Bloomberg, Jomana R. Alrashid a dit être fière des plateformes de SRMG qui ont su intégrer et adopter l’IA

RIYAD : Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group (SRMG), a souligné que l’intelligence artificielle ne pouvait pas remplacer la créativité humaine lors d’une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office sur l’île de Shura, vendredi.

« On ne peut jamais remplacer la créativité humaine. Le journalisme, au final, et la création de contenu, reposent sur le storytelling, et c’est un rôle créatif que l’IA n’a pas encore la capacité d’assumer », a déclaré Alrashid lors du sommet d’investissement.

« Nous n’éliminerons jamais ce rôle humain qui consiste à raconter l’histoire, à mener un véritable travail d’enquête, à distinguer ce qui relève de l’actualité ou des faits de ce qui est faux… à différencier la désinformation du biais. C’est là le rôle fondamental que joue la rédaction au sein d’une newsroom. »

Abordant le thème de l’IA lors de cette discussion modérée par Maya Hojeij, présentatrice économique senior à Asharq avec Bloomberg, la PDG a exprimé sa fierté quant à la manière « transformatrice » dont les plateformes de SRMG ont intégré l’IA.

« Nous traduisons désormais l’ensemble de nos contenus en nous appuyant sur l’IA. Nous produisons également des documentaires grâce à l’IA. Nous disposons aujourd’hui de la vérification des faits assistée par l’IA, de l’indexation, du clipping et de la transcription automatisés. C’est cela, selon nous, l’avenir. »

Interrogée sur le profil du journaliste de demain, Alrashid a répondu : « C’est à la fois un journaliste et un ingénieur. Quelqu’un qui doit comprendre les données. Et c’est un autre sujet extrêmement important : comprendre les données avec lesquelles on travaille. »

« L’IA a également facilité cet aspect. Je dois dire qu’au cours des vingt dernières années dans la région, en particulier dans les entreprises de médias, nous n’avons pas suffisamment compris l’importance des données. »

La PDG a rappelé qu’auparavant, les médias s’appuyaient principalement sur des sondages, des enquêtes ou des chiffres d’audience, alors qu’aujourd’hui, des informations beaucoup plus détaillées sur les attentes des publics sont disponibles.

Lors de cette discussion informelle, Alrashid a également été interrogée sur la perception des médias du Moyen-Orient par la communauté internationale. Elle a expliqué qu’au fil des décennies, ces médias avaient joué un rôle essentiel pour informer un public plus large sur des enjeux extrêmement complexes — politiques, culturels et économiques — et continuaient de le faire.

« Aujourd’hui, ce rôle est encore plus important, notamment en raison de l’essor des réseaux sociaux, des journalistes citoyens et des créateurs de contenu. Mais je pense aussi que cela a été facilité par la puissance de l’IA. Désormais, un contenu produit par des journalistes crédibles, de premier plan, de classe mondiale, peut immédiatement dépasser les frontières, atteindre différentes zones géographiques, différents publics, différents pays, dans plusieurs langues et sous divers formats. »

Elle a souligné qu’il existait une opportunité majeure pour les médias arabes de ne plus se limiter à un public exclusivement arabe, mais de franchir les frontières, d’être disponibles en plusieurs langues et de mieux servir leurs audiences.

La PDG s’est montrée optimiste quant à l’avenir, insistant sur l’importance d’une vision claire, d’une stratégie solide et d’un alignement total des équipes.

Les modèles publicitaires traditionnels, autrefois centrés sur la télévision et la presse écrite, évoluent rapidement, les plateformes de réseaux sociaux dominant désormais les revenus publicitaires.

« Le changement est radical. Autrefois, nous étions en concurrence les uns avec les autres pour l’audience. Aujourd’hui, nous sommes aussi en concurrence avec les plateformes de réseaux sociaux : 80 % des revenus publicitaires au Moyen-Orient vont aux réseaux sociaux, mais cela signifie aussi qu’il existe 80 % d’opportunités d’intérêt. »

Selon elle, le défi consiste à créer le bon contenu sur ces plateformes afin d’engager les audiences cibles et de permettre des partenariats commerciaux. « Ce n’est un secret pour personne : les marques n’aiment pas faire de la publicité sur les chaînes d’information. Cela est souvent associé aux conflits ou à la guerre, ce qui dissuade les annonceurs. »

« C’est pourquoi nous nous sommes développés dans de nouveaux secteurs comme le sport. Et c’est aussi pour cela que nous avons renforcé notre position dans le lifestyle. Nous détenons la plus grande part de marché dans ce domaine… Et nous avons lancé de nouvelles plateformes comme Billboard Arabia, qui nous permet d’entrer dans l’univers de la musique. »

Alrashid a expliqué que cette diversification plaçait le groupe dans une position solide pour faire face au déclin des revenus publicitaires sur différentes plateformes, grâce au lancement de nouveaux produits.

« Un autre actif de propriété intellectuelle très important que nous avons créé, ce sont les événements associés à des marques présentes dans la région depuis plus de 30 ans. Aujourd’hui, toute marque ou tout titre qui n’est pas accompagné d’un événement passe à côté d’une opportunité commerciale majeure, qui nous permet de nous retrouver dans une même salle, d’échanger des idées et de nous connaître au-delà des écrans. »

La PDG a déclaré que les perturbations étaient désormais constantes et souvent autonomes, ajoutant que l'avenir du secteur reposait souvent sur la narration et la capacité à innover en créant des contenus convaincants qui touchent directement le public. 

« Mais la prochaine perturbationsviendra encore de l’IA. De la vitesse à laquelle cet outil et cette technologie extrêmement puissante évoluent. Et de notre capacité à y faire face, à nous y adapter et à l’intégrer pleinement — ou non. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le prince Turki Al-Faisal réaffirme la solidité des relations saoudo-émiraties et appelle à se fier aux sources officielles

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  • L’ancien chef du renseignement se dit « optimiste » quant au nouveau Conseil de paix formé par Donald Trump
  • Israël applique le deux poids deux mesures en soutenant le terrorisme tout en accusant les autres de le faire, estime-t-il

ÎLE DE SHURA – MER ROUGE : Le prince Turki Al-Faisal, président du Centre du roi Faisal pour la recherche et les études islamiques, et ancien ambassadeur en Grande-Bretagne et aux États-Unis, a réaffirmé vendredi les « relations fraternelles » entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, appelant le public à « se référer aux sources d’information officielles saoudiennes » plutôt qu’aux publications sur les réseaux sociaux.

« Comme nous l’avons vu, les responsables saoudiens ont réaffirmé les relations fraternelles avec les Émirats arabes unis. Ces liens ne sont pas uniquement politiques, mais profondément enracinés dans l’affection, les liens familiaux et une histoire commune », a-t-il déclaré.

S’exprimant lors de la séance d’ouverture du sommet Investing Is a Sea, organisé par The Family Office, le prince Turki Al-Faisal a affirmé que malgré le bruit sur les réseaux sociaux autour du différend politique entre Riyad et Abou Dhabi sur le Yémen, les relations entre les deux pays demeurent solides. Il s’exprimait lors d’un échange avec le rédacteur en chef d’Arab News, Faisal J. Abbas, modérateur de la session.

« Notre relation avec les Émirats est fondée sur l’intégration, non sur la confrontation, et ce principe s’applique à l’ensemble du CCG », a expliqué Al-Faisal.

« Les divergences d’opinion sont naturelles, y compris au sein de l’Union européenne, mais nous espérons que les utilisateurs des réseaux sociaux s’abstiendront de toute dérive immorale dans ce différend », a répondu Abbas, en référence à ceux qui propagent la haine et les mensonges en ligne.

Les tensions entre les deux pays du Golfe se sont accrues en décembre lorsque les Émirats ont soutenu et approvisionné le Conseil de transition du Sud (STC) yéménite, qui a agi unilatéralement dans une tentative de sécession près de la frontière saoudienne. La coalition dirigée par Riyad pour rétablir la légitimité au Yémen est alors intervenue fermement, ciblant ce qu’elle a qualifié de livraison militaire non autorisée au STC et demandant à Abou Dhabi de retirer tous ses moyens et personnels du Yémen. Peu après, le ministère émirati de la Défense a annoncé qu’il se conformerait à cette demande et qu’il soutenait la sécurité et la stabilité de l’Arabie saoudite.

Malgré cela, une guerre médiatique s’est poursuivie sur les réseaux sociaux des deux côtés, amenant de nombreux observateurs à s’interroger sur la volonté réelle des deux capitales de mettre fin au différend.

S’exprimant lundi depuis Varsovie, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a reconnu une « divergence de vues » sur le Yémen, tout en soulignant que la relation entre les deux pays restait « d’une importance cruciale ». Il a insisté sur le fait que « les Émirats se sont totalement retirés du dossier yéménite ».

« Il s’agit d’un élément essentiel de la stabilité régionale, et le Royaume tient toujours à entretenir une relation forte et positive avec les Émirats arabes unis, partenaire clé au sein du CCG », a déclaré le prince Faisal lors d’une conférence de presse en Pologne.

Deux jours plus tard, le ministre saoudien des Médias, Salman Al-Dossary, a démenti dans un message publié sur les réseaux sociaux les rumeurs circulant en ligne selon lesquelles le Royaume aurait refusé de recevoir Cheikh Tahnoun ben Zayed Al Nahyan, vice-gouverneur d'Abou Dhabi et conseiller à la sécurité nationale des Émirats arabes unis.

« Cheikh Tahnoun ben Zayed se rend au Royaume quand il le souhaite, sans avoir besoin d’autorisation. L’Arabie saoudite est sa maison et ses dirigeants sont sa famille », a écrit Al-Dossary.

Le panel d’ouverture de The Family Office a également abordé les évolutions mondiales récentes. Le prince Turki a dit espérer que le Conseil de paix mis en place par le président américain Donald Trump apportera un changement.

« Le rôle de l’Arabie saoudite au sein du Conseil de paix est de poursuivre son soutien à la Palestine, et les déclarations du prince héritier Mohammed ben Salmane à Washington visent toutes à convaincre les États-Unis que la paix doit reposer sur la justice et non sur des principes sélectifs », a-t-il déclaré.

Al-Faisal a déclaré qu'on ne pouvait pas accorder à Israël le « droit à l'autodéfense » tout en refusant ce même droit aux Palestiniens, alors que ce sont eux qui sont attaqués.

Il a rappelé que la position saoudienne a toujours été l’établissement d’un État palestinien avant toute normalisation avec Israël.

Évoquant la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane à la Maison-Blanche en novembre dernier, Al-Faisal a affirmé que la position du Royaume repose sur la justice et sur les principes fondateurs de l’Arabie saoudite.

Concernant Israël, le prince Turki a réitéré son point de vue selon lequel Israël applique le deux poids deux mesures, tant dans ses actes que dans son discours.

Interrogé par Abbas sur un article du Times of Israel, signé par la correspondante politique Tal Schneider et publié le 8 octobre 2023, affirmant qu’Israël avait payé le prix, le 7 octobre, de la politique de soutien au Hamas menée pendant 16 ans par Benyamin Netanyahou au détriment de l’Autorité palestinienne, Abbas a demandé : « Ne trouvez-vous pas ironique qu’Israël soutienne publiquement et massivement le terrorisme, puis accuse les autres de faire la même chose ? »

Le prince Turki Al-Faisal a répondu qu’Israël affiche un double standard évident lorsqu’il accuse d’autres pays de soutenir le Hamas et l’extrémisme, alors qu’il est largement connu comme l’un des principaux soutiens du mouvement.

« Il existe un dicton dans le Hedjaz, où j’ai grandi, qui dit : “Il m’a frappé, puis il a pleuré et s’est plaint avant moi.” Les dirigeants israéliens ont maîtrisé cette tactique. Depuis sa création, Israël s’est présenté comme la victime à qui l’on aurait volé ses droits. Cette machine de propagande fonctionne depuis quatre-vingts ans », a-t-il expliqué.

« Je ne suis pas surpris lorsque Netanyahou ou ses partisans affirment aujourd’hui que l’Arabie saoudite adopte une position extrémiste à l’égard du judaïsme ou d’Israël. En réalité, ce sont les actions d’Israël, sous la direction de Netanyahou, qui nous ont conduits à la situation actuelle, où nous assistons à un génocide contre les Palestiniens, non seulement à Gaza mais aussi en Cisjordanie », a-t-il ajouté.

« Netanyahou a récemment déclaré que quiconque souhaitait normaliser ses relations avec Israël devait reconnaître son “droit à l’autodéfense”, accordant de facto à Israël un permis pour sacrifier les Palestiniens », a-t-il ajouté.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com