Biden et les Occidentaux mettent en garde Poutine sur l'Ukraine

Devant l'accumulation de troupes russes à la frontière ukrainienne, des consultations d'urgence ont eu lieu mardi à Berlin puis à l'Otan. (Photo, AFP)
Devant l'accumulation de troupes russes à la frontière ukrainienne, des consultations d'urgence ont eu lieu mardi à Berlin puis à l'Otan. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 14 avril 2021

Biden et les Occidentaux mettent en garde Poutine sur l'Ukraine

  • Moscou et Washington prêts à «poursuivre le dialogue» pour garantir la sécurité mondiale, affirme le Kremlin
  • Biden demande au chef du Kremlin de «faire baisser les tensions» sur Kiev et lui propose un sommet dans « un pays tiers »

WASHINGTON: Joe Biden a demandé mardi à Vladimir Poutine de « faire baisser les tensions » en Ukraine, ajoutant sa voix aux messages de fermeté adressés par les Occidentaux face aux démonstrations de force de la Russie.

Le président américain « a souligné le soutien inébranlable des Etats-Unis à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l'Ukraine », a indiqué la Maison Blanche, relatant une conversation téléphonique entre les deux dirigeants. Les deux dirigeants sont convenus de « poursuivre le dialogue » pour garantir la sécurité mondiale, a dit le Kremlin.

Devant l'accumulation de troupes russes à la frontière ukrainienne, des consultations d'urgence ont eu lieu mardi à Berlin puis à l'Otan.

Washington a annoncé une première mesure avec l'envoi « dès cet automne » de 500 militaires supplémentaires en Allemagne, par la voix du secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin, après une réunion à Berlin avec son homologue allemande Annegret Kramp-Karrenbauer.

« Le renforcement militaire considérable de la Russie est injustifié, inexplicable et profondément préoccupant », a averti de son côté le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, après avoir reçu à Bruxelles le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kuleba.

Le responsable ukrainien, qui s'est également entretenu avec son homologue américain Antony Blinken, a exhorté les Occidentaux à « décourager Moscou de toute nouvelle escalade, notamment en faisant comprendre que le coût de toute nouvelle aventure militaire serait trop élevé ».

Arrivé dans la capitale belge dans le cadre de ce ballet diplomatique, le secrétaire d'Etat américain a aussi évoqué cette crise avec le chef de la diplomatie de l'Union européenne Josep Borrell. Les deux hommes ont exprimé leur « profonde inquiétude » sur les mouvements de troupes russes, selon un communiqué européen.

MM. Blinken et Austin doivent s'entretenir mercredi, depuis Bruxelles, à une réunion par visioconférence avec leurs homologues des pays de l'Alliance atlantique.

Ces tensions sur le dossier ukrainien viennent encore alourdir la relation entre Washington et Moscou en ces premiers mois du mandat de Joe Biden.

Adepte d'une diplomatie franche et directe, le président démocrate n'avait pas hésité le mois dernier à qualifier son homologue de « tueur ».

Lors de leur conversation mardi, Joe Biden a proposé à Vladimir Poutine un sommet dans un pays tiers « dans les prochains mois », selon la Maison Blanche.

Les deux dirigeants sont convenus de « poursuivre le dialogue » pour garantir la sécurité mondiale, a dit le Kremlin.

Mais Moscou a aussi accusé mardi l'Otan de mener des activités « menaçantes », et a soutenu avoir été contraint de « prendre les mesures appropriées ».

Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a précisé avoir transféré en trois semaines « deux armées et trois unités de troupes aéroportées aux frontières ouest de la Russie pour des exercices ». Il n'a pas précisé le lieu de ce déploiement. 

L'Ukraine craint que le Kremlin ne cherche un prétexte pour l'attaquer. Kiev a accusé la Russie d'avoir massé plus de 80 000 soldats près de sa frontière orientale et en Crimée, annexée par Moscou en 2014, après l'arrivée de pro-Occidentaux au pouvoir à Kiev.

« Il y a plus de troupes russes massées à la frontière qu'à aucun moment depuis 2014, lors de la première invasion russe », avait souligné dimanche Antony Blinken.

Moscou a de son côté mis en garde l'Otan et les Etats-Unis contre le risque de transformer l'Ukraine en « poudrière » avec le soutien apporté au renforcement des capacités de défense de Kiev.

Dans leur rapport annuel sur les menaces contre les Etats-Unis, les services de renseignement américains ont estimé que la Russie allait « poursuivre ses efforts de déstabilisation contre l'Ukraine » mais qu'elle ne voulait pas d'un « conflit direct » avec Washington.

Les combats sur le front ukrainien, qui étaient quasiment à l'arrêt depuis une trêve conclue à l'été 2020, ont repris avec intensité ces dernières semaines.

« L'Otan est aux côtés de l'Ukraine », a réaffirmé Jens Stoltenberg. « Son soutien est bien concret. Il ne s'agit pas de simples paroles », a-t-il assuré. L'Alliance aide ainsi l'Ukraine à moderniser et à renforcer sa sécurité et sa défense.

Il est resté en revanche prudent dans sa réponse à l'appel du président ukrainien Volodymyr Zelensky d'accélérer l'adhésion de son pays à l'Otan afin d'envoyer un « vrai signal » à la Russie.

« Les trente alliés décideront à quel moment l'Ukraine remplit les conditions pour adhérer », a-t-il déclaré. « L'Ukraine a le droit de choisir sa voie. Personne n'a le droit de s'ingérer dans ce processus », a-t-il toutefois lancé à l'adresse de Moscou.


Des missiles Patriot redéployés en Crète face aux menaces iraniennes

Une policière grecque monte la garde devant un lance-missiles Patriot déployé près du site olympique de slalom en canoë-kayak, lors d'une opération baptisée « Clean up-Locked down » à Athènes, le 29 juillet 2004. Cette opération se poursuivra sur l'ensemble des sites olympiques à seulement 15 jours du début des Jeux olympiques d'été d'Athènes. PHOTO AFP / FAYEZ NURELDINE (Photo de Fayez Nureldine / AFP)
Une policière grecque monte la garde devant un lance-missiles Patriot déployé près du site olympique de slalom en canoë-kayak, lors d'une opération baptisée « Clean up-Locked down » à Athènes, le 29 juillet 2004. Cette opération se poursuivra sur l'ensemble des sites olympiques à seulement 15 jours du début des Jeux olympiques d'été d'Athènes. PHOTO AFP / FAYEZ NURELDINE (Photo de Fayez Nureldine / AFP)
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  • Ce redéploiement a débuté dimanche matin avec le départ du groupe du port de Karpathos par barge, ont annoncé plusieurs médias grecs, images à l'appui, montrant les batteries de missiles, montés sur camion, sur le port et attendant d'embarquer
  • Ces batteries de Patriot seront transportées vers la Crète, sur le site militaire de Souda qui abrite la plus grande base militaire américaine et de l'Otan en Méditerranée orientale

ATHENES: Une batterie de missiles Patriot était en cours de transfert lundi de l'île de Karpathos, à l'extrême est de la Grèce, jusqu'en Crète, en raison de menaces iraniennes visant des bases américaines en Europe, a rapporté la presse grecque.

Ce redéploiement a débuté dimanche matin avec le départ du groupe du port de Karpathos par barge, ont annoncé plusieurs médias grecs, images à l'appui, montrant les batteries de missiles, montés sur camion, sur le port et attendant d'embarquer.

Ces batteries de Patriot seront transportées vers la Crète, sur le site militaire de Souda qui abrite la plus grande base militaire américaine et de l'Otan en Méditerranée orientale.

Toujours selon la presse, ce redéploiement fait suite à des informations selon lesquelles l'Iran envisagerait des attaques contre des cibles militaires américaines en Europe si le président Donald Trump intensifiait le conflit dans le détroit d'Ormuz.

Le ministère de la Défense grec n'a pas communiqué sur le sujet.

Selon un article du Financial Times (FT) publié la semaine dernière, citant des sources au sein du régime iranien, l'Iran ne se contentera plus de limiter sa riposte au Moyen-Orient et envisage de frapper des cibles américaines en Europe en cas de nouvelle escalade militaire américaine.

Selon ces deux sources, les forces iraniennes ont évalué la possibilité de frapper des installations américaines dans les Balkans et autour de la Méditerranée. Sont notamment évoquées la Bulgarie, où la base aérienne de Bezmer a autorisé son usage pour le ravitaillement d'appareils américains, entre juillet et octobre 2026, et Chypre, où une base britannique avait déjà été visée par un drone en mars.

La Grèce compte de plusieurs bases américaines, à Alexandroupoli – dans le nord du pays – et en Crète, à Souda.

Depuis la publication du FT, le ministère de la Défense nationale et l'état-major "étaient en état d'alerte", selon le quotidien de référence I Kathimerini.

Ce journal explique que la décision de déployer une batterie de Patriot en Crète a été fortement influencée par l'évaluation des capacités de l'arsenal iranien qui, selon les informations transmises à Athènes par les alliés, dispose encore d'un nombre suffisant de missiles balistiques d'une portée supérieure à 2 000 kilomètres, susceptibles de cibler des bases et des infrastructures en Europe du Sud-Est.

Les missiles Patriot avaient été transférés sur l'île de Karpathos,  au voisinage de la Turquie, en mars.

En mars dernier, après une attaque de drones menée par le Hezbollah libanais contre la base anglaise d'Akrotiri à Chypre, la Grèce avait envoyé des F-16 et une frégate équipée d'un système de neutralisation de drones dans l'île.

Une autre batterie de Patriot grecque est par ailleurs déployée en Arabie Saoudite depuis septembre 2021, qui est déjà entrée en action à plusieurs reprises contre des missiles et drones iraniens visant le royaume.


Trump publie une carte du détroit d'Ormuz en "territoire américain"

Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
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  • Donald Trump a relancé l’idée controversée de faire du détroit d’Ormuz un « territoire américain », en publiant une carte sur Truth Social
  • Cette déclaration intervient alors que les négociations entre Washington et Téhéran sont dans l’impasse et que la réouverture de ce passage stratégique reste conditionnée à des exigences jugées incompatibles

WASHINGTON: Donald Trump a publié mardi sur son réseau Truth Social une carte montrant le détroit d'Ormuz et le décrivant comme un "nouveau territoire américain", reprenant ainsi une idée déjà exprimée ces derniers jours.

Le président avait pour la première fois parlé de "territoire américain" à propos de cette artère commerciale stratégique la semaine dernière, pendant un meeting et sur un ton qui laissait penser à une plaisanterie.

Le républicain est revenu à la charge lundi pendant un échange avec des journalistes dans le Bureau Ovale, en estimant que ce serait une "très bonne idée".

Ce n'est pas la première fois que Donald Trump, confronté à un obstacle de politique étrangère, lance ainsi une suggestion surprenante ou menaçante d'annexion d'un territoire étranger.

Depuis son retour au pouvoir, il a menacé de faire du Canada le "51e" Etat américain, de s'emparer du Groenland et même évoqué une prise de contrôle de la bande de Gaza, sans passer à l'acte.

Sa suggestion concernant Ormuz intervient alors qu'une issue pacifique au conflit entre l'Iran et les Etats-Unis semble plus lointaine que jamais.

Il y a soixante jours, les deux belligérants avaient signé à grand bruit un protocole d'accord censé déboucher sur un règlement durable, mais qui n'a rien donné.

Washington et Téhéran posent des conditions a priori irréconciliables à la réouverture du détroit, passage névralgique pour le commerce mondial de pétrole.


Iran: le détroit d'Ormuz restera fermé tant que Washington n'aura pas satisfait les exigences de Téhéran

Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
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  • Téhéran maintient la fermeture du détroit jusqu’au respect des engagements américains
  • Les négociations avancent, mais la méfiance et les tensions restent fortes

TEHERAN: Le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique au coeur du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, restera fermé tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par le protocole d'accord de juin, a annoncé mardi le négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le détroit d'Ormuz "ne sera pas ouvert tant que les engagements américains stipulés dans le protocole d'accord (...) ne seront pas mis en oeuvre", a déclaré M. Ghalibaf, également chef du Parlement, dans un discours diffusé à la télévision d'Etat.

Il a cité parmi ces conditions "la levée du blocus naval (américain), le déblocage des avoirs (iraniens) gelés, la levée de l'embargo pétrolier" contre Téhéran, ainsi que "la fin des opérations militaires sur tous les fronts".

Après l'attaque américano-israélienne contre l'Iran le 28 février, Téhéran a riposté par des frappes sur les pays voisins alliés de Washington et verrouillé le détroit, voie de transit majeur des hydrocarbures, faisant s'envoler les cours du pétrole.

Les Etats-Unis ont imposé de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Un cessez-le-feu a été conclu en avril suivi d'un protocole d'accord en juin en vue de négociations de paix, qui a ensuite volé en éclats après avoir brièvement permis une réouverture du détroit.

Si les hostilités ont récemment baissé en intensité, les efforts diplomatiques menés par les médiateurs marquent le pas.

L'émissaire américain et gendre de Donald Trump, Jared Kushner, a toutefois qualifié lundi de "très positives et animées" les tractations dans le but de conclure un accord entre l'Iran et les Etats-Unis.

S'il a admis sur Fox News qu'il n'y avait pas "beaucoup de confiance" entre les deux parties, il a précisé qu'elles "s'impliquaient très sérieusement".

"Le président Trump va se montrer très patient, il n'aime pas se précipiter pour conclure un accord. Il conclura le bon accord quand celui-ci sera prêt", a-t-il ajouté.

Dans le même temps, l'Iran et Oman mènent depuis plusieurs semaines des discussions pour trouver un accord sur le passage des navires dans le détroit d'Ormuz, situé entre leurs côtes, dont Téhéran revendique le contrôle.

"Si Oman se met en travers de notre chemin, on va leur bombarder la gueule", a déclaré lundi l'imprévisible  président américain, interrogé sur ces discussions par le journaliste de Fox News Trey Yingst.