Au Liban, face à une détresse économique galopante, réparations et système D

Dans le souk de Tripoli, au nord du Liban, le 26 janvier 2021. Photo d'illustration JOSEPH EID / AFP
Dans le souk de Tripoli, au nord du Liban, le 26 janvier 2021. Photo d'illustration JOSEPH EID / AFP
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Publié le Jeudi 08 avril 2021

Au Liban, face à une détresse économique galopante, réparations et système D

  • La majorité des Libanais, qui connaissent une pauvreté plus ou moins rude, ne réparent que l’essentiel
  • Ils se privent de nombreux biens, car ce n’est pas le moment d’acheter de nouveaux objets qui sont pour l’immense majorité importés

BEYROUTH : Face à l’augmentation des prix des produits importés, de plus en plus de Libanais réparent leurs objets usagés. Mais le prix de ces réparations – même si elles reviennent moins cher que le fait d’acheter des produits neufs – a beaucoup augmenté.

«65 000 livres [libanaises] pour un joint d’aspirateur? C’est trop cher… Je dois y réfléchir, merci!» Et la jeune fille s’en va, dans la rue passante de ce quartier à majorité arménienne de Bourj Hammoud. «On voit cela tous les jours: les gens entrent, sont choqués par le prix, et ressortent… Ces personnes sont payées un million de livres, alors elles ne peuvent plus se permettre d’acheter», explique Seta Kaloustian, 56 ans, la gérante du magasin Contax, qu’elle a hérité de son père. Ce dernier avait commencé comme photographe, puis s’était recyclé dans la vente d’objets en tout genre. Aujourd’hui, on trouve dans ce magasin des accessoires pour bébés, mais aussi des pièces d’électroménager, car les Libanais préfèrent désormais réparer plutôt que de racheter, les prix des biens importés étant devenus exorbitants.

«Il y a une chose que l’on répare aujourd’hui et que l’on ne réparait pas avant, ce sont les lampes LED!» explique Seta, désignant une ampoule au plafond. «On n’en réparait jamais auparavant. Elles coûtent 10 dollars (8,41 euros), ce qui équivalait à 15 000 livres libanaises avant la crise. Aujourd’hui, 10 dollars équivalent à 130 000 livres, donc les gens réparent, c’est moins cher.» Beaucoup moins cher même, avec une réparation estimée à 15 000 livres libanaises par lampe. À côté d’elle, son associé est en train de réparer des objets sur un plan de travail en verre trempé.

«C’est un travail à temps plein!», s’exclame-t-il, s’affairant sur un micro-ondes dont il faut changer une pièce. «Auparavant, nous-mêmes, nous disions aux gens qui venaient dans notre boutique: “Achetez-en un neuf, la différence de prix est si faible…” Maintenant, la différence de prix est immense, donc les gens réparent!» C’est le cas d’Alexis, ce jeune Belgo-Libanais qui connut une mauvaise surprise lors de son emménagement. «Il y avait dans mon appartement une jolie lampe, mais elle était cassée. Je me suis rendu dans différents magasins afin d’en acheter une neuve, mais les prix étaient indexés en dollars, et une lampe coûtait deux millions de livres libanaises, soit un mois de loyer!» Face à ces prix faramineux, Alexis décide de faire réparer sa lampe, mais plusieurs magasins spécialisés refusent. «J’imagine qu’ils m’ont dit non car ils souhaitaient que j’en achète une neuve…», soupire-t-il.

Il fait alors appel à des proches. Ces derniers se chargent d’envoyer la lampe chez un de leurs amis qui répare certains objets. «On fait appel au système D dans ces cas-là!» sourit-il. La lampe a bien été réparée, mais pas à l’identique. «Afin qu’il ne paie pas une fortune, j’ai simplement enlevé ce qui permettait de changer l’intensité de lumière; un objet basique, mais importé, et qui peut donc revenir très cher au consommateur», explique Khalil, qui s’est chargé de la réparation.

Désormais, la majorité des Libanais sont pauvres

Toutefois, à l’instar de cette jeune femme qui recherchait un joint d’aspirateur, la majorité des Libanais, qui s’enfoncent dans une pauvreté plus ou moins rude, ne réparent que l’essentiel. Ainsi, l’aspirateur attendra. De toute façon, les coupures de courant poussent de nombreuses personnes à lui préférer le balai.

Rendons-nous maintenant à Tarik el-Jdideh, un autre quartier populaire de la capitale à majorité sunnite. En ce vendredi pluvieux, de nombreux magasins sont ouverts, et les clients sont peu nombreux. Mohammed tient un magasin de téléphonie en compagnie d’un employé. Il vend tout un tas d’accessoires liés à la téléphonie, mais répare également les téléphones – notamment les écrans –, et se charge du changement des batteries. «Les gens ne réparent plus autant qu’avant, c’est certain», témoigne-t-il.

«Tout a changé avec la situation liée au dollar. En outre, tous les éléments que nous utilisons pour les réparations viennent de l’étranger, donc ils sont indexés au dollar», déplore Mohammed. Des prix indexés au dollar sont multipliés par cinq, six, voire sept – cela dépend des jours et du taux du marché noir. Ce dernier oscille actuellement entre 10 000 et 13 000 livres libanaises pour 1 dollar (0,84 euro), contre 1 500 avant la crise. «Prenez l’exemple d’un écran de téléphone: auparavant, on pouvait le changer pour 30 000 ou 40 000 livres. Aujourd’hui, cela vous coûte 200 000 livres», explique-t-il encore. Par conséquent, les propriétaires de téléphones dont l’écran est fissuré attendent, et ils font d’autant plus attention à leur sésame, qui coûte bien plus cher aujourd’hui. Les Libanais sont, pour l’immense majorité d’entre eux, payés en livres libanaises. «Il y a des gens qui se privent de certains articles alimentaires. Alors, évidemment, pour ce qui est de la téléphonie, qui n’est pas une nécessité, ils s’en passent», confie Mohammed.

 

 

Les Libanais se privent de nombreux biens, car ce n’est pas le moment pour eux d’acheter de nouveaux objets qui sont, pour la plus grande partie d’entre eux, importés. Quant aux commerçants, ils vendent leurs produits au prix du marché noir, alors même qu’ils les ont parfois achetés avant la crise. C’est un cercle vicieux financier qui plonge encore un peu plus les Libanais dans la détresse économique.


Les Etats-Unis reprennent leur aide alimentaire à la Somalie

Jeudi, le sous-secrétariat américain à l'Aide étrangère, aux Affaires humanitaires et à la Liberté religieuse a affirmé sur X "saluer le gouvernement fédéral somalien pour avoir assumé la responsabilité de ses actions ayant affecté les opérations du PAM, y compris l’aide financée par les États-Unis". (AFP)
Jeudi, le sous-secrétariat américain à l'Aide étrangère, aux Affaires humanitaires et à la Liberté religieuse a affirmé sur X "saluer le gouvernement fédéral somalien pour avoir assumé la responsabilité de ses actions ayant affecté les opérations du PAM, y compris l’aide financée par les États-Unis". (AFP)
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  • La Somalie est dans le viseur de Donald Trump. Fin novembre, le président américain l'avait qualifiée de "pays pourri"
  • Il s'est aussi pris de façon répétée à la communauté somalienne aux États-Unis

NAIROBI: Les Etats-Unis ont annoncé jeudi reprendre leur aide alimentaire à la Somalie, qu'ils avaient suspendue début janvier, après que Mogadiscio a annoncé avoir rendu l'aide alimentaire que Washington accusait les autorités somaliennes d'avoir saisie illégalement.

Le département d'Etat américain avait annoncé le 8 janvier avoir suspendu "tous les programmes américains d'assistance" à la Somalie, évoquant une "politique de tolérance zéro" en matière de gaspillage ou de vol après avoir reçu des informations selon lesquelles des responsables somaliens avaient "détruit un entrepôt du Programme alimentaire mondial (PAM) financé par les Etats-Unis et saisi illégalement 76 tonnes d'aide alimentaire".

La Somalie est dans le viseur de Donald Trump. Fin novembre, le président américain l'avait qualifiée de "pays pourri" et fait part de son intention de mettre fin au statut spécial protégeant les ressortissants somaliens de l'expulsion.

Il s'est aussi pris de façon répétée à la communauté somalienne aux États-Unis. Après un scandale suscité par des révélations sur une gigantesque fraude aux aides publiques dans le Minnesota, mise en place par des membres de la diaspora somalienne, il a lancé une opération anti-immigration extrêmement critiquée à Minneapolis, capitale de cet Etat.

Jeudi, le sous-secrétariat américain à l'Aide étrangère, aux Affaires humanitaires et à la Liberté religieuse a affirmé sur X "saluer le gouvernement fédéral somalien pour avoir assumé la responsabilité de ses actions ayant affecté les opérations du PAM, y compris l’aide financée par les États-Unis".

"À la suite de cette déclaration, nous reprendrons la distribution de denrées alimentaires au PAM tout en continuant à réévaluer notre posture d’assistance plus générale en Somalie", peut-on lire dans le même message.

"Toutes les marchandises du PAM affectées par l'expansion du port ont été rendues" et un "plus grand entrepôt" avait été fourni à l'agence onusienne, avait annoncé mardi sur X le gouvernement somalien, insistant sur sa "transparence".

Mogadiscio avait initialement indiqué que la démolition de l'entrepôt s'inscrivait dans le cadre de "travaux d'agrandissement et de réaménagement" du port de Mogadiscio et que tous les vivres resteraient sous la responsabilité du PAM.

Les fragiles autorités somaliennes sont dépendantes de l'aide militaire américaine face aux insurgés islamistes shebab qu'elles combattent depuis près de 20 ans ainsi que contre des jihadistes de l'Etat islamique.

Mardi, le Commandement des États-Unis pour l'Afrique (Africom) avait indiqué avoir accéléré le rythme de leurs frappes aériennes contre ces deux groupes, avec 23 frappes depuis le 1er janvier.


Un groupe de femmes retrace la route sacrée de la Hijrah jusqu’à Médine

Ces 22 femmes seraient le premier groupe exclusivement féminin connu à avoir accompli ce périple. (Photo : fournie)
Ces 22 femmes seraient le premier groupe exclusivement féminin connu à avoir accompli ce périple. (Photo : fournie)
Ces 22 femmes seraient le premier groupe exclusivement féminin connu à avoir accompli ce périple. (Photo : fournie)
Ces 22 femmes seraient le premier groupe exclusivement féminin connu à avoir accompli ce périple. (Photo : fournie)
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  • L’environnement favorable du Royaume pour les femmes a rendu possible ce périple de 500 km à pied, selon la fondatrice de Soul Al-Hijrah

DJEDDAH : Dans un voyage spirituel unique, un groupe de femmes a retracé les pas sacrés du prophète Muhammad de La Mecque à Médine.

Les 22 participantes – aventurières, cadres, médecins, infirmières, enseignantes, mères âgées de 30 à 50 ans – seraient le premier groupe exclusivement féminin connu à avoir effectué le voyage le plus proche de l'itinéraire original.

Les femmes ont parcouru à pied près de 500 km pour revivre ce que le prophète Muhammad et ses compagnons ont pu traverser il y a plus de 1 400 ans.

« Oui, c’est la toute première marche de la Hijrah réservée aux femmes. Elles sont venues du monde entier pour marcher ensemble lors de ce périple inoubliable. Elles ont complété un voyage d’une semaine, expérimentant la signification historique et spirituelle du trajet », a déclaré Salma Abdulrahman, directrice de Soul Al-Hijrah, à Arab News.

Les 22 participantes ont visité des sites clés le long de la route, pour une immersion totale dans la valeur historique et spirituelle de la Hijrah. Abdulrahman faisait partie des premières à emprunter ce chemin.

« J’ai trouvé mon âme sur ce chemin et j’ai eu l’impression de renaître. Ce voyage a ravivé mon cœur et changé le cours de ma vie. C’est aussi le début de ma société de tourisme, Soul Al-Hijrah », a-t-elle expliqué.

Elle a accompagné les participantes tout au long du voyage : « Ce fut un honneur de les servir et d’accueillir les invités de notre bien-aimé Prophète Muhammad, paix et bénédictions sur lui, en veillant à leur confort tout au long du parcours. C’est un honneur que je chéris profondément, et ma joie envers elles est indescriptible. »

Abdulrahman a ajouté que plus de 20 voyages ont déjà été organisés sur la route de la Hijrah pour des groupes venus du monde entier, témoignant de l’intérêt croissant pour ce type de tourisme spirituel et historique.

« Il faut dire que ce type d’initiative n’aurait pas été possible sans l’environnement favorable offert par le Royaume aux femmes saoudiennes, leur donnant la confiance nécessaire pour être à l’avant-garde du secteur touristique », a-t-elle souligné.

La Dre Dina Altayeb, parodontiste et implantologue, a décrit ce voyage comme le plus intense et profond parmi toutes ses aventures. « J’aimerais que plus de gens aient cette opportunité, car elle offre d’innombrables bienfaits pour l’âme, le corps et l’esprit », a-t-elle déclaré.

Altayeb, qui est la première femme saoudienne à se qualifier et à participer au championnat du monde Ironman,  a déclaré à Arab News que c'était une expérience totalement différente. « Pour moi, ce n'était pas aussi difficile que mes aventures habituelles, mais spirituellement, ce fut une expérience formidable, car c'était une expérience émotionnelle indescriptible... (et) ce fut aussi une expérience enrichissante. »

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Les 22 femmes seraient le premier groupe exclusivement féminin connu à avoir accompli ce périple. (Photo: fournie)

Elle s’est dite ravie d’arriver à Médine. « Nous avons traversé des montagnes, des vallées et des déserts, tout comme l'avait fait le Prophète. Ce fut un sentiment extraordinaire lorsque nous sommes arrivés à Médine après huit jours de marche. »

Ghadeer Sultan, responsable en ressources humaines, a rejoint le groupe par hasard. « Je n’avais pas prévu de suivre le voyage de la Hijrah, c’était une coïncidence, une invitation qui m’est parvenue, et un peu de curiosité pour vivre l’expérience », a-t-elle confié.

« Lorsque nous sommes entrés dans le jardin ombragé de Médine, j'ai eu l'impression que la paix et la lumière avaient pénétré au plus profond de mon âme. J'ai ressenti la joie des Ansar à l'arrivée du Prophète, que la paix et les bénédictions soient sur lui, et mon cœur a vibré à tous ces moments historiques. Je découvrais les véritables grandes valeurs incarnées par la ville du Prophète : les valeurs d'amour et de tolérance. »

À leur arrivée à Médine, après un voyage qui a débuté le 22 décembre et s'est terminé le 29 décembre, les participantes ont été chaleureusement accueillis avec des roses et des prières.

Leur première visite a été la mosquée Quba, où le Prophète a séjourné lors de sa migration. Première mosquée de l’histoire de l’Islam et en partie construite par le Prophète lui-même, elle revêt une profonde signification spirituelle. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le prince héritier saoudien reçoit le lauréat du prix Nobel de chimie 2025, Omar Yaghi

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane reçoit le professeur Omar Yaghi à Riyad mercredi. (SPA)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane reçoit le professeur Omar Yaghi à Riyad mercredi. (SPA)
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  • Le prince héritier a félicité Yaghi pour avoir reçu ce prix et lui a souhaité beaucoup de succès pour l'avenir

RIYAD : Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a reçu mercredi à Riyad le professeur Omar Yaghi, lauréat du prix Nobel de chimie 2025.

Le prince héritier a félicité Omar Yaghi pour cette distinction et lui a souhaité un succès continu, a rapporté l’Agence de presse saoudienne.

Le professeur a été récompensé par le prix Nobel de chimie 2025, qu’il partage avec Richard Robson, de l’Université de Melbourne en Australie, et Susumu Kitagawa, de l’Université de Kyoto au Japon.

Les scientifiques ont été distingués pour la création de « constructions moléculaires dotées de vastes espaces permettant la circulation de gaz et d’autres substances chimiques. Ces structures, appelées réseaux métallo-organiques, peuvent être utilisées pour capter l’eau de l’air du désert, piéger le dioxyde de carbone, stocker des gaz toxiques ou catalyser des réactions chimiques ».

Omar Yaghi a exprimé sa gratitude au prince héritier pour cette rencontre ainsi que pour le soutien qu’il a reçu dans ses travaux.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com