La haine et l’hostilité façonnent l’idéologie politique des Houthis

Un combattant fidèle aux rebelles houthis du Yémen monte la garde lors d'un rassemblement commémorant la mort de l'imam chiite Zaid bin Ali dans la capitale Sanaa, le 14 septembre 2020 (Photo, AFP / Archives)
Un combattant fidèle aux rebelles houthis du Yémen monte la garde lors d'un rassemblement commémorant la mort de l'imam chiite Zaid bin Ali dans la capitale Sanaa, le 14 septembre 2020 (Photo, AFP / Archives)
Short Url
Publié le Samedi 06 mars 2021

La haine et l’hostilité façonnent l’idéologie politique des Houthis

  • L'administration Biden a annulé la désignation terroriste de la milice malgré de nombreuses preuves de sa nature extrémiste
  • Les leaders de cette milice n’ont jamais essayé de dissimuler leur mépris et leur antipathie envers les États-Unis, Israël, les Juifs et les États du Golfe

LE CAIRE: Hussein Badreddin Al-Houthi, fondateur éponyme de la milice houthie du Yémen, a prononcé un sermon le 17 janvier 2002, dans lequel il a inventé le slogan «Dieu est plus grand, la mort pour l'Amérique, la mort pour Israël, la malédiction pour les juifs, la victoire pour l’islam ».

C’est un slogan que les Houthis, officiellement connus sous le nom d’Ansar Allah, prétendent qu’il ne faut pas le prendre à la lettre, mais qui s’est répandu parmi les membres de la milice depuis la mort de Hussein Badreddin.

Abdul-Malik Badreddin Al-Houthi, qui est devenu le chef d'Ansar Allah après la mort de son frère en 2004, est connu pour être le cerveau derrière l'insurrection sanglante du groupe et la prise de Sanaa en 2015. Il a longtemps adopté les opinions toxiques de Hussein Badreddin, notamment son antipathie envers l’Amérique, Israël et les États arabes qu’il considérait comme des collaborateurs de l’Occident.

Et pourtant, malgré les connotations extrémistes évidentes du slogan, faisant écho à la rhétorique venimeuse d'Al-Qaïda et des talibans, la nouvelle administration américaine de Joe Biden a choisi de supprimer la désignation des Houthis en tant qu'organisation terroriste étrangère - une désignation qui lui a été attribuée quelques jours à peine avant que l'administration Trump ne quitte ses fonctions.

photo
Un discours du leader houthi Abdul-Malik Al-Houthi est projeté dans un stade de football de la capitale yéménite, Sanaa, le 23 décembre 2015 (Photo, AFP / Archives)

Cette semaine, il est apparu que l'administration Biden était allée plus loin en envoyant des négociateurs pour rencontrer des représentants houthis à Oman. L'objectif déclaré était d'ouvrir des voies vers la paix entre les occupants de Sanaa soutenus par l'Iran et le gouvernement yéménite reconnu par l'ONU à Aden.

Selon Reuters, Timothy Lenderking, le principal envoyé américain responsable de la crise au Yémen, a rencontré le négociateur en chef des houthis, Mohammed Abdul-Salam à Mascate le 26 février.

Avec une grande partie du nord-ouest du Yémen au bord de la famine et un engagement prévisiblement renouvelé des États-Unis avec Téhéran sur l’accord nucléaire, la nouvelle administration n'a pas caché sa volonté de parvenir à une solution non militaire à ce conflit oppressif.

Ces pourparlers se poursuivent en dépit du fait que les pensées et les actions des Houthis reflètent la définition même d’une entité terroriste mondiale - depuis ses attaques sans remords contre des civils jusqu’à son fanatisme idéologique, bien documenté dans les sermons et les écrits de ses leaders.

Dès le 8 mars 2002, Hussein Badreddin a prononcé un sermon dans la province de Saada, au nord du Yémen, incitant à des actes terroristes contre des non-musulmans. Dans un tract intitulé «Terrorisme et paix», il a faussement affirmé: «Musulmans, c'est ce que dit le Saint Coran. Croyants, vous devez faire tout ce que vous pouvez pour terroriser les ennemis de Dieu.

«Cela est du terrorisme légitime. Mais au lieu de parler de terrorisme légitime, c'est nous qui écoutons les médias et les leaders, et nous permettons au mot (terrorisme) de résonner dans son sens américain et non dans son sens coranique».

Dans le même sermon incendiaire, Hussein Badreddin a identifié les non-musulmans comme la racine de tout mal et l'Amérique comme un état terroriste.

photo
Des partisans yéménites du mouvement houthi tenant des pancartes anti-américaines et anti-israéliennes lors d'un rassemblement commémorant la mort de l'imam chiite Zaid bin Ali dans la capitale Sanaa, le 14 septembre 2020 (Photo, AFP / Archives)

«Nous devons toujours parler des Juifs et des Chrétiens comme Dieu en a parlé dans le Saint Coran, qu'ils sont les sources du mal, et que ceux qui les soutiennent sont les sources de la   bassesse, et que ce sont eux qui recherchent la corruption sur Terre».  Il a faussement affirmé, en plaidant qu'il est nécessaire «d'incruster nettement dans l'esprit des musulmans que les États-Unis sont des terroristes, que les États-Unis sont mauvais, que les juifs et les chrétiens sont méchants pour qu'ils ne parviennent pas à nous dépasser».

Hussein Badreddin a également exprimé de manière virulente des opinions antisémites sur Israël en affichant une attitude puritaine à l’égard de l’éducation des femmes, considérant cette dernière comme une conspiration sioniste contre les musulmans.

Dans un autre sermon, publié dans un tract de décembre 2001 intitulée «Qui sommes-nous et qui sont-ils», il a lancé le faux avertissement que les femmes éduquées «finiront par apprendre à devenir des femmes qui sont loin de donner naissance à des véritables arabes musulmans et loin d'élever des héros musulmans. Elles élèveront plutôt des soldats sionistes et donneront naissance à une société et à des générations qui deviendront leurs serviteurs».

Dans un sermon de décembre 2001, intitulé «Loyauté et hostilité», Hussein Badreddin a affirmé sans fondement que la confrontation avec l'Occident était un devoir religieux, car la culture juive et chrétienne ne fait que corrompre les jeunes musulmans: «Lorsqu'une personne devient corrompue, elle laisse ses enfants devenir corrompus ou peut corrompre les autres, elle est considérée comme recruteuse pour le service des États-Unis et d'Israël, et ainsi pour le service des juifs et des chrétiens. Cela prouve la volonté des juifs et des chrétiens d'obtenir ce qu'ils veulent et que leur corruption atteigne chaque maison et chaque personne, comme le diable le veut. C'est tout simplement le plan du diable».

photo
Un milicien fidèle au mouvement Houthi lève son arme à feu lors d'une manifestation devant l'ambassade américaine fermée dans la capitale Sanaa, le 18 janvier 2021 (Photo, AFP/Archives)

Dans plusieurs de ses sermons et ses écrits, Hussein Badreddin a fait l'éloge de la théocratie chiite iranienne et du Hezbollah libanais, qu'il a autrefois appelé «les maîtres les plus importants du djihad dans ce monde».

Abdul-Malik, le leader actuel, est taillé dans la même étoffe. Comme son défunt frère, il a accusé les États arabes du Golfe de soutenir les États-Unis et Israël. Lors d'un sermon du 20 septembre 2020, il a décrit les accords d'Abraham, en vertu desquels les Émirats arabes unis et Bahreïn ont établi des relations diplomatiques formelles avec Israël, comme «une allégeance aux ennemis de l'islam».

Dans un autre sermon un mois plus tôt, Abdul-Malik a réutilisé la fausse croyance de son frère selon laquelle le djihad contre les États-Unis et leurs alliés est un devoir sacré. Pour le dire avec ses propres mots: «Notre position face à l'agression brutale américaine, saoudienne, émiratie et sioniste contre notre pays est une position de principe fondée sur notre foi et notre religion. En vertu de l’identité de notre foi, c’est un djihad sacré, un devoir religieux, humain et patriotique, et quiconque ne respecte pas ce devoir ou trahit cette position, il trahit et abuse donc de l’identité de sa foi».

Le 3 janvier 2020, le président américain de l'époque, Donald Trump, a autorisé l'assassinat de Qassem Soleimani, le commandant iranien de la force extraterritoriale Al-Qods du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), et Abu Mahdi Al-Muhandis, chef du groupe paramilitaire chiite irakien Kataib Hezbollah. Les deux hommes ont été tués dans une frappe de drone américain pendant que leur convoi quittait l'aéroport de Bagdad.

photo
Des partisans houthis scandant des slogans lors d'une manifestation contre la décision de l'administration américaine sortante de désigner les rebelles soutenus par l'Iran comme terroristes, dans la capitale Sanaa, le 20 janvier 2021 (Photo, AFP / Archives)

Téhéran et ses alliés irakiens ont depuis riposté avec des roquettes et des missiles balistiques sur des cibles de la coalition dirigée par les États-Unis en Irak, tuant plusieurs militaires et entrepreneurs civils occidentaux et déstabilisant davantage le pays.

Dans un sermon prononcé le 20 août 2020, Abdul-Malik approuvait sans réserve les attaques aveugles, déclarant: «Nous saluons l'escalade des opérations de résistance contre la présence américaine en Irak».

«À ce stade tardif, les Américains voulaient rentrer en Irak, rétablir leur statut de colonisateur et de prendre les choses en main. Les choses se sont aggravées après leur crime odieux et terrible d'assassiner les deux martyrs Qassem Soleimani et Abu Mahdi Al-Muhandis en Irak».

Sans surprise, le slogan des Houthis, «Dieu est plus grand, mort à l'Amérique, mort à Israël, la malédiction pour les juifs, la victoire pour l'islam», a le même ton violent aujourd'hui que lorsque Hussein Badreddin l'a inventé en janvier 2002 - quatre mois seulement après les attaques du 11 septembre d'Al-Qaïda contre les États-Unis.

photo
Un enfant tient une banderole montrant le leader houthi Abdul-Malik Al-Houthi lors d'une manifestation de ses partisans pour marquer le quatrième anniversaire de l'attaque du «Vendredi de la dignité» le 18 mars 2015 à Sanaa. (Photo, AFP / Archives)

À l’occasion de l’anniversaire de la première déclaration publique du slogan, Abdul-Malik a rappelé aux Houthis que son défunt frère affirmait que l’hostilité envers les juifs et les chrétiens était un impératif religieux.

«Le Saint Coran nous a fourni une évaluation exacte, précise, réelle et certaine de nos ennemis représentés par des personnes perverses, perfides, trompeuses, haineuses et hostiles du Livre (juifs et chrétiens)», a signalé Abdul-Malik, essayant de justifier les ravages causés par les milices soutenues par l'Iran pour des raisons religieuses.

«Leurs plans, leurs positions, leurs dispositions et leurs méthodes, seront basés sur la prémisse qu'ils ne souhaitent pas du tout le bien à la communauté musulmane».

Au moment où les États-Unis réexaminent leur position sur l'Iran et ses alliés chiites radicaux dans tout le Moyen-Orient, la conviction que l'allègement des sanctions, les négociations ou les désignations alternatives peuvent amener les leaders houthis à changer leurs positions semblent au mieux délirant, au pire dangereux.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Liban: le président condamne les frappes israéliennes meurtrières

Un bâtiment lourdement endommagé est photographié dans le village d’Ali al-Nahri, au centre de la vallée orientale de la Bekaa, au Liban, le 21 février 2026, à la suite de frappes israéliennes. (AFP)
Un bâtiment lourdement endommagé est photographié dans le village d’Ali al-Nahri, au centre de la vallée orientale de la Bekaa, au Liban, le 21 février 2026, à la suite de frappes israéliennes. (AFP)
Short Url
  • Vendredi, dix personnes ont été tuées dans la vallée de la Bekaa et deux dans le camp palestinien d’Ain el-Héloué
  • Israël affirme viser des centres de commandement du Hezbollah et du Hamas, tandis que le président Joseph Aoun parle d’« agression flagrante » menaçant la stabilité et les efforts diplomatiques

BEYROUTH: Le président libanais a condamné samedi les attaques israéliennes meurtrières ayant visé son pays la veille, un député du Hezbollah appelant de son côté à suspendre les réunions du comité de surveillance du cessez-le-feu entre Israël et le mouvement pro-iranien.

Vendredi, dix personnes ont été tuées dans des frappes israéliennes sur la vallée de la Bekaa (est), et deux autres dans le camp palestinien de Ain el-Héloué (sud). L'armée israélienne a affirmé qu'elle y avait visé des "centres de commandement" du Hezbollah et du Hamas palestinien.

Ces attaques sont une "agression flagrante visant à mettre à mal les efforts diplomatiques" du Liban et de "pays amis" pour "la stabilité et l'arrêt des hostilités israéliennes contre le Liban", a déclaré le président Joseph Aoun dans un communiqué.

Les bombardements israéliens sont réguliers au Liban, en dépit d'un cessez-le-feu ayant mis fin en novembre 2024 à la guerre entre Israël et le Hezbollah. L'armée israélienne dit y viser le mouvement pro-iranien, qu'elle accuse de se réarmer, et son allié du Hamas.

Un commandant du Hezbollah a été tué dans une des frappes de vendredi dans la Bekaa, a indiqué le mouvement.

Le député du Hezbollah Rami Abou Hamdane a déclaré samedi que le mouvement "n'acceptera pas que les autorités se comportent en simples analystes politiques, faisant peu de cas de frappes israéliennes auxquelles nous ne sommes habitués".

Il a appelé le gouvernement à suspendre les réunions du comité de surveillance du cessez-le-feu - auquel participent les États-Unis, la France, le Liban, Israël et les Nations unies -, "jusqu'à ce que l'ennemi arrête ses attaques". Il est prévu que le comité se réunisse la semaine prochaine.

Le gouvernement libanais a annoncé en début de semaine que l'armée disposerait d'une période de quatre mois, renouvelable, pour mettre en oeuvre la deuxième phase de son plan visant à désarmer le Hezbollah, sorti affaibli en novembre 2024 d'un an de conflit avec Israël.

Les autorités israéliennes jugent insuffisants les progrès réalisés.

Plus de 370 personnes ont été tuées dans des raids israéliens au Liban depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, selon un bilan de l'AFP fondé sur les données des autorités libanaises.


« Si les actions des RSF à El-Fasher ne sont pas un génocide, alors qu’est-ce que c’est ? » déclare l’ambassadeur du Soudan à l’ONU

Short Url
  • La mission d’enquête de l’ONU affirme que les atrocités des RSF au Darfour portent les « caractéristiques d’un génocide » après l’assaut meurtrier d’Al-Fasher
  • Le représentant permanent du Soudan auprès de l’ONU, Al-Harith Idriss Al-Harith Mohamed, accuse les Émirats arabes unis d’armer les RSF

​​​​​​NEW YORK : Lorsque la mission d’enquête soutenue par l’ONU sur le Soudan a conclu que les atrocités commises par les Forces de soutien rapide (RSF) dans et autour d’El-Fasher en octobre dernier portaient les « caractéristiques d’un génocide », cela a constitué l’une des évaluations internationales les plus accablantes du conflit à ce jour.

Le rapport d’investigation, publié jeudi, détaille les massacres, violences sexuelles, viols, tortures, enlèvements et le ciblage délibéré de communautés non arabes, en particulier les Zaghawa et les Fur, lors de l’assaut des RSF sur la ville darfourienne en octobre.

Plus de 6 000 civils ont été tués en seulement trois jours de carnage, tandis qu’environ 40 % de la population estimée à 260 000 habitants avant la guerre ont réussi à fuir Al-Fasher. Le sort du reste reste inconnu.

Pour Al-Harith Idriss Al-Harith Mohamed, représentant permanent du Soudan auprès de l’ONU, les conclusions confirment ce que Khartoum affirme depuis des mois.

--
Vue aérienne de la fumée noire et des flammes sur un marché à Omdurman. (Reuters/Archives)

« Juridiquement, nous assistons à un génocide », a déclaré Al-Harith à Arab News dans une interview exclusive.

La guerre entre les Forces armées soudanaises et les RSF — un puissant groupe paramilitaire issu des milices Janjaweed du Darfour — a éclaté en avril 2023 après des mois de tensions croissantes sur la réforme du secteur de la sécurité et la transition politique.

Depuis lors, le Soudan est plongé dans ce que les agences humanitaires ont qualifié de pire crise humanitaire au monde. Cependant, l’assaut d’octobre sur El-Fasher, le dernier bastion important de l’armée au Darfour, a représenté un nouveau niveau de brutalité.

« Vous ne pouvez pas décrire le meurtre de 6 000 victimes en trois jours, l’enterrement de personnes vivantes, les viols et violences sexuelles, le ciblage des infrastructures hospitalières et le massacre de ceux qui fuyaient El-Fasher et d’autres villes pour échapper à la zone de combat en quête de sécurité », a déclaré Al-Harith.

« Alors si ce n’est pas un génocide, qu’est-ce qui pourrait être qualifié de génocide ? »

Il a souligné non seulement l’ampleur des meurtres, mais aussi l’intention — un élément juridique clé selon la Convention sur le génocide.

La mission d’enquête a conclu qu’au moins trois des cinq critères juridiques du génocide avaient été remplis par les actions des RSF : tuer des membres d’un groupe ethnique protégé ; causer des dommages corporels ou mentaux graves ; et infliger délibérément des conditions visant à provoquer la destruction physique totale ou partielle.

« N’oubliez pas la rhétorique qu’ils utilisent », a ajouté Al-Harith. « Ils publient des vidéos montrant des gens tués en fonction de leur origine ethnique. Ils détiennent des personnes dans des chars. Ils enchaînent des femmes et les vendent comme esclaves. Vous y croyez ? »

Pour Al-Harith, le catalogue des abus — meurtres ciblés ethniquement, violences sexuelles systématiques, destruction des infrastructures civiles — reflète non seulement des excès sur le champ de bataille mais aussi un motif idéologique.

« La milice se déclare racialement supérieure à ses victimes », a-t-il dit. « C’est une sorte d’endoctrinement démoniaque dans leur culture. »

--
Combattants des RSF brandissant des armes et célébrant dans les rues d’El-Fasher. (RSF/AFP/Archives)

Le gouvernement soudanais a accusé à plusieurs reprises les Émirats arabes unis de fournir armes et soutien logistique aux RSF — accusation qu'Abou Dhabi nie fermement.

Lors de la Conférence de sécurité de Munich en février 2026, le Premier ministre soudanais Kamil Idris a publiquement accusé les Émirats de fournir des armes et de l’aide aux RSF, affirmant que le Soudan disposait de preuves « au-delà de tout doute raisonnable » provenant de sources de l’ONU et des États-Unis.

Interrogé sur les preuves que Khartoum possède pour étayer cette affirmation, Al-Harith a déclaré que des éléments avaient déjà été soumis au Conseil de sécurité de l’ONU.

« Nous avons soumis des preuves au Conseil de sécurité l’an dernier, avec des compléments successifs à la plainte », a-t-il dit. « Ces mémos sont accompagnés d’annexes, de vidéos, de photos, de listes d’armes — même les numéros de série de drones et de missiles indiquant la propriété. »

Il a souligné que le Soudan n’est pas seul à exprimer ces préoccupations. « Des institutions occidentales prestigieuses, des observateurs, des militants des droits humains, des instituts stratégiques, des analystes politiques, et même des membres du Congrès américain, ont soulevé ce problème », a-t-il dit.

« Certains membres du Congrès ont appelé à arrêter la vente d’armes américaines aux Émirats car, soutiennent-ils, les Émirats continuent de violer les clauses contractuelles en transférant des armes létales à un tiers. »

Les Émirats ont toujours rejeté ces allégations comme infondées. Pourtant, le message d’Al-Harith à Abou Dhabi était sans équivoque.

« Les Émirats porteront la pleine responsabilité juridique des crimes commis par la milice, qui a grandi grâce à une assistance continue et à la fourniture d’armes létales », a-t-il déclaré. « Ils doivent arrêter avant qu’il ne soit trop tard. »

Il a averti que le ressentiment envers les Émirats se répand.

« Cela a conduit à une profonde haine envers les Émirats, non seulement au Soudan mais dans toute la région », a-t-il dit. « Et ils n’ont pas le courage de dire : ‘Nous sommes désolés.’ Vous ne pouvez pas être partie à la médiation ; si vous voulez arrêter la guerre et instaurer la paix, vous devez venir avec la conscience claire. »

--
Réfugiés soudanais d’El-Fasher arrivant dans un camp au Tchad. (Reuters/Archives)

Bien que très critique vis-à-vis du soutien externe aux RSF, Al-Harith a salué l’engagement diplomatique de l’Arabie saoudite.

Depuis le déclenchement de la guerre, Riyad a joué un rôle visible de médiation, accueillant des pourparlers entre les parties belligérantes à Djeddah en 2023 aux côtés des États-Unis. Le soi-disant processus de Djeddah visait à assurer des cessez-le-feu et l’accès humanitaire, bien que les accords aient souvent échoué.

« L’implication positive de l’Arabie saoudite est très bienvenue », a déclaré Al-Harith. « Leurs engagements et contributions humanitaires sont très importants. Leur soutien politique au gouvernement soudanais et à l’armée dans sa lutte pour repousser l’agression est énorme. »

Il a également évoqué ce qu’il a décrit comme un « condominium de paix à double niveau » qui a pris de l’ampleur après la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane à Washington en novembre dernier, estimant que cela contribuait à corriger ce qu’il considère comme une « interprétation erronée » du conflit.

Cependant, il a déclaré que la médiation doit être accompagnée d’une mise en œuvre effective. « Si vous voulez arrêter la guerre, dites à la milice — et faites-la tenir — ses engagements de Djeddah de 2023 », a-t-il déclaré.

Depuis trois ans, le gouvernement soudanais demande au Conseil de sécurité de l’ONU d’agir plus fermement contre les RSF, y compris par des sanctions et un embargo sur les armes à l’échelle nationale.

« La guerre ne s’arrêtera pas sans une position forte contre les atrocités de la milice », a déclaré Al-Harith. « Nous avons fait appel à la communauté internationale. »

Il a précisé que le comportement des RSF reflète une anarchie non limitée par des normes morales ou juridiques. « Imaginez donner un fusil à un électron libre qui ne se soumet à aucune morale ni éthique, qui ne respecte aucune loi. Il l’utilisera », a-t-il dit.

Le Soudan, a-t-il insisté, est « un État ancien », avec une armée nationale qui existe depuis plus d’un siècle avant la crise actuelle.

--
Femmes et enfants déplacés du Kordofan du Sud assis par terre à El Obeid, État du Kordofan du Nord, Soudan. (Reuters/Archives)

« Ils (les RSF) veulent détruire l’armée par la milice et la remplacer par la milice — et ils appellent cela ‘réforme du secteur militaire et de sécurité’. C’est des absurdités », a-t-il dit.

Al-Harith a rejeté les affirmations des RSF selon lesquelles l’armée est influencée par les islamistes qui dominaient le Soudan sous l’ancien président Omar el-Béchir jusqu’à sa destitution en 2019.

« Les islamistes ont été massivement écartés après la révolution de 2019 », a-t-il dit. « Les membres militaires du Conseil souverain ont été choisis dans ce contexte révolutionnaire. Ceux qui parlent aujourd’hui d’influence islamiste faisaient eux-mêmes partie d’un gouvernement hybride avec eux. Pourquoi ne l’ont-ils pas dit à l’époque ? »

Al-Harith a également accusé des acteurs externes de soutenir financièrement certaines voix civiles opposées à l’armée.

« Ils ont été intimidés par les Émirats avec des paiements somptueux, ce qu’ils appellent assistance financière, pour se présenter comme des civils soudanais avec une voix différente », a-t-il dit. « Nous n’avons pas peur d’une voix différente. »

Concernant l’application d’un embargo sur les armes, une mesure que certains membres du « Quintet » soudanais — composé de l’Union africaine, de l’Autorité intergouvernementale pour le développement, de la Ligue arabe, de l’UE et de l’ONU — ont préconisée, Al-Harith a déclaré que les outils existaient déjà.

« L’ONU dispose de mécanismes », a-t-il dit. « Les engagements de Djeddah sont là. Nous pouvons mettre en place un mécanisme sous supervision de l’ONU. Cela pourrait fonctionner. »

Il a insisté sur le fait que le gouvernement soudanais reste engagé dans le droit humanitaire international et les cadres de l’ONU concernant la violence sexuelle en conflit.

En avril, a-t-il noté, le gouvernement a signé un accord-cadre avec le représentant spécial de l’ONU sur la violence sexuelle en conflit. « Nous sommes conscients de notre rôle, de son étendue et de son importance dans l’arrêt de la guerre », a-t-il dit.

En fin de compte, l’appel d’Al-Harith à la communauté internationale, et en particulier au Quintet soudanais, était un appel à l’unité et à une pression décisive.

--
Un char d’armée endommagé dans une rue à Omdurman, Soudan. (Reuters/Archives)

« Si le quintet agit uni pour exercer une pression énorme sur la milice, cela sera de bon augure et conduira à l’arrêt de la guerre », a-t-il dit.

Il a insisté sur le fait que les Forces armées soudanaises se battent défensivement. « L’armée n’est pas intéressée par la guerre », a-t-il dit. « Elle a le devoir constitutionnel de repousser l’agression et de stopper la violence de la milice. Si cela s’arrête, l’armée ne poursuit pas la guerre. »

Protéger les frontières et les civils, a-t-il dit, est le mandat de l’armée. « Ils doivent protéger leur pays et leurs civils. Ils se battent pour repousser l’agression », a-t-il dit. « Bien sûr, ils n’iraient pas offrir des bouquets de fleurs à la milice. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le prince héritier saoudien rencontre le sénateur américain Lindsey Graham à Riyad

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le sénateur américain Lindsey Graham se rencontrent à Riyad. (SPA)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le sénateur américain Lindsey Graham se rencontrent à Riyad. (SPA)
Short Url
  • Le prince héritier Mohammed ben Salmane a rencontré Lindsey Graham à Riyad pour discuter des relations bilatérales et des enjeux régionaux
  • Graham souligne la vision du prince héritier pour la région et son rôle clé dans une solution digne pour le peuple palestinien

RIYAD : Le prince héritier Mohammed ben Salmane a rencontré le sénateur américain Lindsey Graham à Riyad vendredi, a rapporté l’Agence de presse saoudienne.

Les deux ont discuté des relations bilatérales entre l’Arabie saoudite et les États-Unis, ainsi que des développements régionaux.

Étaient également présents le ministre saoudien des Affaires étrangères Faisal ben Farhane, le ministre de la Défense Khaled Al-Saud et Musaad Al-Aiban, membre du Conseil des ministres.

Plus tôt, Graham avait déclaré que le prince héritier croyait en la nécessité de parvenir à une solution digne pour le peuple palestinien.

« L’Arabie saoudite est la clé de ce que j’espère voir se réaliser dans la région et dans le monde », a-t-il ajouté.

« La vision du prince héritier saoudien façonnera la région pour les générations à venir et est bénéfique pour le monde civilisé. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com