L’Arabie saoudite, un acteur clé dans le redressement du Liban

Le président libanais Joseph Aoun, au palais présidentiel à Baabda, à l'est de Beyrouth, au Liban. (AP)
Le président libanais Joseph Aoun, au palais présidentiel à Baabda, à l'est de Beyrouth, au Liban. (AP)
Short Url
Publié le Samedi 01 mars 2025

L’Arabie saoudite, un acteur clé dans le redressement du Liban

L’Arabie saoudite, un acteur clé dans le redressement du Liban
  • Le président libanais, Joseph Aoun, se rendra en Arabie saoudite lundi
  • Tout comme la Syrie a été sous l’influence de l’Iran sous le régime de Bachar al-Assad, le Liban a subi une emprise similaire à travers le Hezbollah

Le président libanais, Joseph Aoun, se rendra en Arabie saoudite lundi. À l’instar d’Ahmad Al-Sharaa, le nouveau président syrien, il a choisi le Royaume comme première destination officielle à l’étranger, envoyant ainsi un message clair : le Liban réaffirme son ancrage dans le monde arabe.

Tout comme la Syrie a été sous l’influence de l’Iran sous le régime de Bachar al-Assad, le Liban a subi une emprise similaire à travers le Hezbollah. Aujourd’hui, les deux pays retrouvent leur ancrage naturel.

Les Libanais placent de grands espoirs en l’Arabie saoudite. Après la guerre civile, le Royaume a joué un rôle central dans la reconstruction du Liban, lui apportant un soutien politique, diplomatique et financier crucial. Toutefois, cette implication a progressivement diminué après l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafik Hariri en 2005, tandis que l’influence de l’Iran s’intensifiait. La mainmise du Hezbollah sur le pouvoir a facilité l’expansion de l’emprise iranienne, au point qu’un haut responsable iranien a un jour affirmé que Beyrouth faisait partie des quatre capitales arabes sous contrôle de Téhéran.

Cependant, l’influence iranienne n’a apporté ni stabilité ni développement. Sous son emprise, aucun effort n’a été fait pour bâtir un véritable État, et toute perspective de prospérité économique a été écartée. Plutôt que de promouvoir la stabilité, l’Iran a consolidé son contrôle à travers le chaos. Un État fort aurait pu contenir cette ingérence, mais au lieu de cela, les institutions libanaises ont été affaiblies, tandis que le système clientéliste des politiciens s’est renforcé. Le Liban est ainsi devenu un État défaillant, où l’économie souterraine est devenue la principale source de financement. Il s’est transformé en un centre de blanchiment d’argent, de production et de trafic de drogue.

Cette situation est en train d’évoluer à mesure que l’influence de l’Iran recule. Dans sa déclaration ministérielle, définissant le plan de travail du gouvernement pour la période à venir, le Premier ministre Nawaf Salam a affirmé que le Liban devait se “neutraliser” vis-à-vis des “conflits de l’axe”, une référence explicite à l’influence iranienne. Par ailleurs, lorsqu’une délégation iranienne s’est rendue au Liban dimanche pour assister aux funérailles de Hasan Nasrallah, elle a rencontré le président Joseph Aoun. Ce dernier leur a clairement affirmé que le Liban ne pouvait plus être un terrain de bataille pour les guerres des autres. Ainsi, le pays amorce une rupture avec l’axe iranien et renoue avec son ancrage arabe. Mais que signifie réellement ce repositionnement ?

Le président et le Premier ministre ont formulé des engagements clairs envers le peuple libanais, les États arabes et la communauté internationale. Ils ont promis aux Libanais des réformes structurelles et une relance économique durable. Ils se sont également engagés à démanteler toutes les milices, ce qui implique inévitablement le désarmement du Hezbollah. En parallèle, tout en affirmant leur volonté d’éliminer la présence de groupes armés, ils ont réitéré leur engagement à mettre fin à l’occupation israélienne. Enfin, ils ont garanti aux Libanais que la reconstruction du sud du pays sera une priorité.

La visite du président en Arabie saoudite s’inscrit dans le prolongement de la déclaration ministérielle et de la confirmation du cabinet de M. Salam par le Parlement. M. Aoun devrait se rendre à Riyad avec un plan de travail structuré et des demandes précises. Toutefois, ni Aoun ni Salam ne pourront concrétiser les engagements formulés dans leurs discours sans un soutien extérieur, notamment de la part de l’Arabie saoudite.

Le Liban ne peut, à lui seul, obtenir le retrait d’Israël. Au mieux, il peut déposer une plainte auprès du Conseil de sécurité des Nations unies, mais cela ne suffira probablement pas à exercer une pression efficace sur Israël ou à l’inciter à se retirer. Militairement, l’armée libanaise ne fait pas le poids face à l’armée israélienne. Par ailleurs, le Liban ne dispose d’aucun levier stratégique sur les États-Unis ou l’Europe. Autrefois, son influence diplomatique reposait en partie sur l’accueil de 1,5 million de réfugiés syriens, un enjeu majeur pour l’Europe qui redoutait un afflux migratoire à travers la Méditerranée. Aujourd’hui, avec la fin de la guerre, ces réfugiés peuvent progressivement retourner en Syrie.

L’administration Trump ne fera pas pression sur Israël pour qu’il se retire totalement du Liban. Le pays doit donc s’appuyer sur le soutien de ses alliés, soucieux de sa stabilité. Dans ce contexte, l’Arabie saoudite s’impose comme un acteur clé grâce à son influence majeure sur la scène internationale. Ce ne serait pas la première fois que le Royaume vient en aide au Liban face à Israël. En 1982, l’Arabie saoudite a joué un rôle central dans l’instauration d’un cessez-le-feu et a contribué au retrait israélien de Beyrouth. Aujourd’hui encore, Beyrouth compte sur le soutien diplomatique et politique de Riyad, car un retrait complet d’Israël reste une condition essentielle à sa stabilité.

Pour garantir sa stabilité, le Liban a également besoin de garanties en matière de sécurité. Israël ne devrait pas être en mesure de violer l’espace aérien libanais à sa guise ni de frapper des cibles librement. Une stabilité durable est une condition indispensable à la reconstruction du pays. Lors de sa visite à Riyad, le président libanais cherchera sans doute à obtenir des financements pour relancer ce processus. La reconstruction du sud est essentielle pour permettre à l’État de renforcer son ancrage auprès de la communauté chiite et de préserver la paix civile.

Cependant, l’Arabie saoudite n’accorde plus de chèque en blanc. Bien que le Liban ne soit plus sous l’emprise iranienne, les dirigeants saoudiens ne sont pas prêts à financer un système corrompu. Toute aide sera strictement conditionnée à la mise en place de réformes structurelles profondes. Il ne s’agit pas seulement de s’opposer au Hezbollah, mais de remettre en question l’ensemble de la classe politique qui gouverne le pays depuis trois décennies. Dans cette perspective, le gouvernement actuel devra entreprendre des réformes courageuses, même au prix de décisions risquées.

Bien que le nouveau gouvernement ait obtenu la confiance du Parlement, son acceptation par la classe politique reste fragile. Toute tentative de réforme menaçant les privilèges de la classe dirigeante pourrait provoquer un affrontement. Toutefois, un tel choc pourrait s’avérer être l’intervention nécessaire pour redresser un État en faillite. Une fois de plus, les dirigeants Aoun et Salam ne pourront engager une telle transformation sans le soutien d’un acteur influent. Et une fois de plus, le Liban n’a d’autre choix que de se tourner vers l’Arabie saoudite. Le pays présentera de nombreuses demandes à Riyad, mais pour espérer obtenir un soutien, ses nouveaux dirigeants devront d’abord prouver leur capacité à honorer leurs engagements.

La Dr. Dania Koleilat Khatib est spécialiste des relations américano-arabes, en particulier sur les groupes de pression. Elle est cofondatrice du Research Center for Cooperation and Peace Building (Centre de recherche pour la coopération et la consolidation de la paix), une ONG libanaise axée sur la voie II.

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est celle de l’auteur et ne reflète pas nécessairement le point de vue d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com