Les dirigeants du Caire travaillent «vingt-quatre heures sur vingt-quatre» pour protéger les Égyptiens victimes de la crise soudanaise

Les soldats égyptiens étaient détenus par l’une des factions – les Forces de soutien rapide – à Merowe. (Photo/Twitter)
Les soldats égyptiens étaient détenus par l’une des factions – les Forces de soutien rapide – à Merowe. (Photo/Twitter)
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Publié le Lundi 24 avril 2023

Les dirigeants du Caire travaillent «vingt-quatre heures sur vingt-quatre» pour protéger les Égyptiens victimes de la crise soudanaise

  • La violence a surgi après des semaines de luttes entre les deux généraux qui se sont emparés du pouvoir lors du coup d’État de 2021
  • Lundi dernier, les Forces de soutien rapide ont affirmé sur leurs réseaux sociaux avoir pris le contrôle de l’aéroport de Merowe, situé à 350 kilomètres environ au nord de Khartoum

LE CAIRE: Au Caire, les responsables déclarent avoir travaillé vingt-quatre heures sur vingt-quatre ces derniers jours pour garantir la sécurité des citoyens égyptiens qui vivent, travaillent et étudient dans le Soudan voisin depuis que des violences y ont éclaté samedi entre des factions militaires rivales.

La violence a surgi après des semaines de luttes entre les deux généraux qui se sont emparés du pouvoir lors du coup d’État de 2021. Il s’agit du chef de l’armée soudanaise, Abdel Fattah al-Burhan, et de son adjoint, Mohammed Hamdan Dagalo, qui commande les puissants paramilitaires des Forces de soutien rapide.

À compter du lundi, le conflit aurait coûté la vie à quatre-vingt-dix-sept civils au moins, selon des médecins qui se sont entretenus avec l’AFP. Les autorités du Caire se disent attentives à la détérioration de la situation et à la sécurité de leurs citoyens, pris au piège des violences.

On estime à dix mille le nombre de citoyens égyptiens qui vivent actuellement au Soudan. Parmi eux, il y aurait quelque cinq mille étudiants, dont la plupart habitent la capitale, Khartoum, qui a connu des affrontements importants ces derniers jours.

Dans un communiqué, Soha Gendy, ministre égyptienne de l’Émigration et des Affaires des expatriés, soutient qu’il est difficile de fournir des statistiques précises sur le nombre d’Égyptiens qui se trouvent actuellement au Soudan puisque beaucoup d’entre eux ne s’enregistrent pas à leur arrivée.

 

«Le Soudan fait partie intégrante de la sécurité nationale égyptienne et arabe. […] J’exprime le soutien de l’Égypte à la stabilité du Soudan.»

Obaida ElDandarawy, chef de la délégation égyptienne à la réunion du conseil de la Ligue des États arabes

 

Néanmoins, la présence d’une communauté égyptienne aussi nombreuse au Soudan représente un sérieux défi diplomatique pour Le Caire, qui s’efforce de garantir la stabilité de son voisin en crise tout en veillant à la sécurité de ses citoyens.

Au sein de cette communauté, il existe un grand nombre d’ingénieurs égyptiens qui développent des infrastructures de gestion de l’eau et des systèmes d’irrigation sur le Nil en coopération avec leurs homologues soudanais.

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La fumée envahit le ciel au-dessus d’un quartier résidentiel de Khartoum dimanche alors que les combats entre les factions commandées par des généraux rivaux au Soudan font rage pour la deuxième journée consécutive. (AFP)

 

Hani Sewilam, ministre égyptien des Ressources en eau et de l’Irrigation, affirme que ses collègues et lui sont en contact permanent avec la mission de son ministère au Soudan pour vérifier la situation de la main-d’œuvre, en particulier celle qui opère dans les zones de conflit.

M. Sewilam confirme dans un communiqué qu’il suit constamment la situation du personnel de la mission au Soudan et coordonne avec les ministères concernés pour fournir tous les soins et le soutien nécessaires.

«La mission égyptienne pour l’irrigation au Soudan comprend un certain nombre d’experts, d’ingénieurs et de travailleurs égyptiens», explique Ahmed Abdel Moaty, un commentateur égyptien, à Arab News.

 

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Cette photo prise le 16 avril 2023 montre des soldats de l’armée soudanaise, fidèles au chef de l’armée, Abdel Fattah al-Burhan, en train de poser pour une photo au siège des Forces de soutien rapide dans la ville de Port-Soudan, sur la mer Rouge. (AFP)

 

«C’est une mission qui existe depuis des années, notamment avec l’augmentation de la coopération entre les deux pays dans le domaine de l’irrigation et des ressources en eau.»

Les nombreux étudiants égyptiens scolarisés dans les universités soudanaises sont une véritable source de préoccupation.

Ayman Ashour, ministre égyptien de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, indique que son département est en contact régulier avec le ministère égyptien des Affaires étrangères afin de garantir leur sécurité.

 

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Les autorités égyptiennes et leur ambassade à Khartoum s’efforcent de garantir la sécurité de leurs citoyens au Soudan voisin et d’aider à rétablir la stabilité dans le pays, alors que les combats entre groupes armés se poursuivent. (AFP)

 

«Le secteur des affaires et des missions culturelles du ministère enverra des e-mails aux étudiants égyptiens dans les universités soudanaises pour vérifier qu’ils sont en sécurité», déclare-t-il dans un communiqué.

«L’ambassade d’Égypte à Khartoum confirme la stabilité des conditions des étudiants égyptiens. De plus, elle affirme être en contact avec nos étudiants vingt-quatre heures sur vingt-quatre jusqu’à ce que la situation actuelle prenne fin.»

Le ministre a exhorté les étudiants égyptiens au Soudan à communiquer avec l’ambassade s’ils ont besoin d’aide ou si leur sécurité est menacée.

 

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Cette image satellite, distribuée avec l’aimable autorisation de Maxar Technologies, a été prise le 16 avril 2023. Elle montre deux avions de transport II-76 en feu et plusieurs appareils supplémentaires endommagés à l’aéroport international de Khartoum. (AFP)

 

Depuis le début de la montée de la violence, au cours du dernier week-end, Khartoum et d’autres villes du Soudan ont été témoins de frappes aériennes, ont vu des chars envahir leurs rues, des tirs d’artillerie et des frappes nourries dans des quartiers surpeuplés, ce qui a déclenché des appels internationaux à un cessez-le-feu immédiat.

Lundi, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé les parties belligérantes soudanaises «à mettre immédiatement fin aux hostilités, à rétablir le calme et à entamer un dialogue pour résoudre la crise».

M. Guterres note que «toute nouvelle escalade» du conflit entre l’armée et les forces paramilitaires dirigées par des généraux rivaux «pourrait être dévastatrice pour le pays et la région».

 

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Cette photo publiée par la présidence égyptienne le 17 janvier 2019 montre le président du Soudan du Sud, Salva Kiir Mayardit (à gauche), en train de s’exprimer à l’occasion d’une conférence de presse aux côtés du président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, au palais présidentiel du Caire. (AFP)

 

Entre-temps, les responsables égyptiens travaillent dans l’ombre pour aider à réduire les tensions.

Dans un communiqué, Obaida ElDandarawy, chef de la délégation égyptienne qui participe à une réunion du conseil de la Ligue des États arabes pour faire face à la crise, insiste sur la nécessité de «coordonner les positions arabes pour rétablir la stabilité au Soudan, puisque le Soudan fait partie intégrante de la sécurité nationale égyptienne et arabe».

Il appelle en outre les parties soudanaises à faire preuve de retenue.

 

«La consolidation de la sécurité et de la stabilité est le principal garant de la transition politique au Soudan.»

Le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, et le président sud-soudanais, Salva Kiir

 

Dans une déclaration faite à Arab News, il déclare: «Les missions égyptiennes au Soudan, y compris les missions éducatives, Al-Azhar, la Mission égyptienne pour l’irrigation, la Banque nationale d’Égypte, les consulats égyptiens à Port-Soudan et Wadi Halfa, ainsi que les entreprises égyptiennes du secteur privé, EgyptAir et l’agence de presse du Moyen-Orient, sont toutes en sécurité.

 

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De la fumée s’élève au-dessus des bâtiments résidentiels de l’est de Khartoum le 16 avril 2023, alors que les combats au Soudan font rage pour la deuxième journée consécutive dans le cadre de la bataille entre les généraux rivaux. (AFP)

 

«Le Soudan représente la profondeur stratégique de l’Égypte, puisque le sort des peuples de la vallée du Nil représente un destin commun. J’exprime le soutien de l’Égypte à la stabilité au Soudan et la nécessité de régler les points litigieux pour sortir de la crise actuelle.»

Lors d’un appel téléphonique lundi, Ahmed Aboul Gheit, secrétaire général de la Ligue arabe, s’est entretenu avec Abdallah Hamdok, l’ancien Premier ministre soudanais destitué lors du coup d’État de 2021. Les deux hommes ont échangé leurs points de vue sur la crise actuelle et sur les moyens de mettre fin aux affrontements militaires dans le pays.

Selon son porte-parole, M. Aboul Gheit aurait dit à M. Hamdok que pour échapper à la crise actuelle, il faudra que toutes les composantes du paysage politique, qu’elles soient civiles ou militaires, s’unissent et travaillent ensemble dans l’intérêt public.

 

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Cette photo prise le 16 avril 2023 montre des soldats de l’armée soudanaise, fidèles au chef de l’armée, Abdel Fattah al-Burhan, en train de poser pour une photo au siège des Forces de soutien rapide dans la ville de Port-Soudan, sur la mer Rouge. (AFP)

 

M. Aboul Gheit est convenu avec M. Hamdok de prioriser la désescalade, de cesser immédiatement les affrontements armés, de garantir la sécurité de la population civile et de rétablir le calme, soulignant que tous les problèmes peuvent être résolus au moyen du dialogue.

Dimanche, M. Aboul Gheit s’est également entretenu avec M. Guterres. Ils ont évoqué les moyens de coordination entre la Ligue arabe et l’ONU pour faire face à la crise en cours au Soudan.

Les Forces de soutien rapide ont été créées en 2013 sous l’ancien dirigeant soudanais Omar el-Bechir. Ce dernier est issu de la milice Janjawid, que son gouvernement a lâchée contre les minorités ethniques non arabes au Darfour une décennie plus tôt, suscitant des accusations de crimes de guerre.

 

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Cette image SkySat aérienne, publiée le 16 avril 2023 par Planet Labs PBC, montre les dégâts occasionnés et un incendie sur le pont Kobar, à Khartoum. (Photo fournie)

 

Les derniers combats ont éclaté après des désaccords entre les généraux Burhan et Dagalo sur l’intégration prévue des Forces de soutien rapide dans l’armée régulière – une condition clé pour un accord final qui visait à mettre fin à une crise qui dure depuis le coup d’État de 2021.

Ce dernier a fait échouer la transition vers un régime civil après l’éviction d’El-Bechir, en 2019, ce qui a réduit l’aide internationale et déclenché des manifestations quasi hebdomadaires accompagnées d’une répression meurtrière.

Le général Burhan, qui a gravi les échelons sous les trois décennies de règne d’El-Bechir, désormais en prison, soutient que le coup d’État était «nécessaire» pour inclure davantage de factions dans la politique.

 

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De la fumée s’élève au-dessus des bâtiments résidentiels de l’est de Khartoum le 16 avril 2023, alors que les combats au Soudan font rage pour la deuxième journée consécutive dans le cadre de la bataille entre les généraux rivaux. (AFP)

Le général Dagalo a par la suite qualifié le coup d’État d’«erreur» qui n’a pas réussi à apporter de changements, revigorant par ailleurs les vestiges du régime d’El-Bechir, évincé par l’armée en 2019 après des manifestations de masse.

Les deux parties s’accusent mutuellement d’avoir déclenché les combats. Chacune se targue de contrôler des sites clés, parmi lesquels l’aéroport et le palais présidentiel.

Lundi dernier, les Forces de soutien rapide ont affirmé sur leurs réseaux sociaux avoir pris le contrôle de l’aéroport de Merowe, situé à 350 kilomètres environ au nord de Khartoum.

 

EN CHIFFRES

Selon les médecins, quatre-vingt-dix-sept civils ont été tués dans le conflit depuis lundi.

«L’objectif stratégique des Forces de soutien rapide à Merowe n’est pas l’aéroport, mais plutôt le barrage de Merowe», déclare Hassan al-Saouri, politologue soudanais et professeur de sciences politiques, dans un communiqué publié par des militants sur les réseaux sociaux.

«Il est vrai que l’aéroport de Merowe est une solution de rechange à l’aéroport international de Khartoum, mais les Forces de soutien rapide semblent cibler spécifiquement le barrage de Merowe. En effet, elles œuvrent à le conserver et peuvent donc le contrôler, mettre fin à ses activités et former un blocus économique en s’attaquant à l’énergie puisqu’elles contrôlent l’eau dans la région nord du Soudan, qui est une zone importante, vitale et stratégique pour le pays.» 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Dans le Kordofan soudanais, une offensive paramilitaire se profile, la ville d'El-Obeid tremble

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie. (AFP)
Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie. (AFP)
  • El-Obeid est un enjeu majeur dans la guerre qui oppose depuis trois ans l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR)
  • La ville d'un demi-million d'habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays

Al-Ubayyid: Dans un camp de déplacés près d'El-Obeid, dans la région soudanaise du Kordofan, Agsam Hamad brave péniblement la chaleur écrasante pour aller chercher de l'eau trouble dans un puits. Déjà assiégés, les habitants vivent dans la crainte d'un assaut des paramilitaires, qui serait le plus violent à ce jour contre cette grande ville stratégique.

"Nous faisons de longues distances pour cette eau et elle est imbuvable", dit à l'AFP cette femme de 35 ans, mère de sept enfants. "Notre situation est très difficile. Nous avons besoin de nourriture et d'eau" potable.

El-Obeid est un enjeu majeur dans la guerre qui oppose depuis trois ans l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

La ville d'un demi-million d'habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays.

Ces dernières semaines, elle a fait face à des attaques des FSR, les plus intenses jusqu'à présent.

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie.

De récentes attaques ont frappé la principale centrale électrique et les dépôts de carburant, plongeant des quartiers dans l'obscurité et mettant les pompes à eau hors service.

Les habitants doivent aujourd'hui s'en remettre à des camions-citernes, des puits et quelques points de distribution d'eau, ont-ils expliqué à l'AFP.

"Pouvoir et argent" 

L'ONU a alerté sur un renforcement de la présence des FSR autour de la ville avant un possible assaut terrestre, ce qui fait craindre une répétition des atrocités observées à El-Facher.

Cette ville du Darfour est tombée aux mains des paramilitaires en octobre dernier, lors d'une attaque présentant selon l'ONU les caractéristiques d'un "génocide".

D'après Nohad Eltayeb, de l'ONG basée aux Etats-Unis ACLED, des mouvements de troupes ont été observés au cours du mois passé à environ 60 kilomètres au nord, au sud et à l'ouest d'El-Obeid.

El-Obeid se trouve à un carrefour stratégique reliant des régions du centre et de l'est du Soudan contrôlées par l'armée, dont Khartoum, au Darfour sous contrôle des FSR à l'ouest.

Selon des analystes, sa prise consoliderait le contrôle des FSR sur l'ouest du Soudan et pourrait ouvrir la voie à une avancée vers la capitale.

El-Obeid abrite une division d'infanterie, une base aérienne, un oléoduc stratégique et un important marché de gomme arabique.

" La contrôler, c'est une question de pouvoir, de territoire et d'argent ", affirme l'analyste Kholood Khair.

Les combats et les restrictions ont pratiquement coupé tout accès à la ville, rendant de plus en plus difficile toute couverture indépendante.

De rares images obtenues par l'AFP dans le camp d'Al-Rahmaniyah montrent des femmes épuisées avançant sous un soleil accablant, des jerricans sur la tête après des heures passées à attendre de l'eau à un puits éloigné.

Trop fatigués 

Dans le camp, près de 200 familles s'entassent dans des abris précaires.

Des enfants traînent dans l'étroite zone d'ombre projetée par les huttes . Certains sont trop fatigués pour jouer, d'autres suivent silencieusement leur mère.

" Nous n'avons rien. Ni eau, ni nourriture, ni matelas ", lâche Waseela Mohamed, une grand-mère de 70 ans.

Les livraisons d'aide qui avaient réussi à atteindre le camp il y a plusieurs semaines se sont raréfiées.

" Les organisations humanitaires font ce qu'elles peuvent, mais les besoins sont bien plus importants ", explique un bénévole qui a requis l'anonymat.

A l'intérieur d'El-Obeid, les drones bourdonnent presque en permanence, raconte Adam Hussein - un pseudonyme.

"Nous ne savons pas ce qui se passe vraiment. Tout est en crise. Les civils et les infrastructures sont constamment pris pour cible ", a-t-il confié à l'AFP.

Au moment où il parlait, un drone s'est écrasé tout près, sans faire de victimes.

Alors que le prix de l'eau a doublé, que celui de la nourriture a augmenté jusqu'à 300 % et que les tarifs des transports ont aussi grimpé en flèche, de nombreux habitants sont désormais, de fait, "encerclés ", selon Kholood Khair.

"Boucliers humains" 

Mohamed Refaat, de l'Organisation internationale pour les migrations, a averti que la ville se rapprochait d'un siège total, les civils pouvant bientôt "ne plus être capables de partir ni de revenir".

Sans aide immédiate, les conditions pourraient "en quelques semaines" ressembler à celles observées à El-Facher, où les civils ont survécu en se nourrissant d'aliments pour animaux pendant 18  mois de siège, a-t-il prévenu.

Selon l'ONU, plus de 6. 000 personnes ont été tuées durant les trois premiers jours de sa chute.

Une source gouvernementale a indiqué à l'AFP que l'armée avait tenté de ralentir l'avancée des paramilitaires.

Une source proche des FSR a elle accusé l'armée d'utiliser des civils comme " boucliers humains ", estimant qu'ils devraient être évacués.

Bien que la composition démographique de la ville diffère de celle d'El-Facher, où les violences ont suivi des lignes ethniques, Noha Eltayeb prévient que les civils "pourraient néanmoins être confrontés à des pillages, des violences sexuelles et des attaques contre ceux accusés de soutenir l'armée".


Liban: nouvelles frappes israéliennes, le chef du Parlement enterre déjà l'accord-cadre

Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté. (AFP)
Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté. (AFP)
  • "Cet accord ne sera pas adopté, et il ne sera pas mis en oeuvre dans sa forme actuelle", a dit Nabih Berri
  • Les bombardements rapportés par l'Agence libanaise d'information ANI (officielle) interviennent alors que la veille déjà, une série de raids israéliens avait fait un mort dans la région

BEYROUTH: Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté.

"Cet accord ne sera pas adopté, et il ne sera pas mis en oeuvre dans sa forme actuelle", a dit Nabih Berri, allié du Hezbollah pro-Iran, dans un communiqué diffusé par son parti, le mouvement Amal, dénonçant un "accord de +diktats+, pas un accord qui préserve les droits du Liban".

Les bombardements rapportés par l'Agence libanaise d'information ANI (officielle) interviennent alors que la veille déjà, une série de raids israéliens avait fait un mort dans la région.

Le ministère de la Santé a en outre fait état dimanche de deux blessés après le lancement d'une grenade par "l'ennemi israélien" sur une localité du sud.

Dans un communiqué, le Hezbollah "réaffirme que ce qu'a fait l'ennemi est une violation flagrante du cessez-le-feu auquel il s'était tenu jusque-là, et qu'il surveille et recense ces violations, se réservant le droit de défendre sa patrie et son peuple".

De son côté, l'armée israélienne a affirmé cibler des combattants du Hezbollah près de ce qu'elle appelle sa "zone de sécurité".

Elle a aussi annoncé la mort d'un soldat lors de combats, portant à 38 ses pertes dans le pays voisin, où elle affronte le mouvement islamiste. L'auteur, un "terroriste du Hezbollah", a ensuite été localisé et "éliminé par les soldats", a précisé l'armée.

Tunnel détruit 

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense israéliens Israël Katz ont par ailleurs indiqué que l'armée avait détruit un long tunnel construit par le Hezbollah dans le sud du pays.

Celui-ci "s'étendait sur plus de 200 mètres et atteignait une profondeur de plus de 25 mètres, contenait des centaines d'armes ainsi que plusieurs puits de lancement destinés à frapper l'État d'Israël et ses civils", détaille un communiqué conjoint.

Le Liban a été entraîné dans le conflit début mars quand le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à l'Iran, après l'offensive américano-israélienne sur Téhéran.

Israël a lancé en représailles de vastes frappes aériennes et déployé des troupes dans le sud du pays, faisant plus de 4.200 morts selon Beyrouth.

Une trêve annoncée le 17 avril n'a jamais été respectée mais les affrontements ont largement diminué depuis la signature mi-juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran ayant exigé qu'une cessation des combats au Liban en fasse partie.

Parallèlement, Israël et le Liban ont entamé des discussions directes sous l'égide de Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays techniquement toujours en état de guerre. Et ils ont conclu vendredi un accord-cadre, qualifié d'"historique" par Benjamin Netanyahu.

Dans un entretien téléphonique avec Donald Trump, le président libanais Joseph Aoun a assuré que l'Etat "assumerait ses responsabilités" dans la mise en œuvre de l'accord, qui conditionne un retrait israélien du pays au désarmement du mouvement chiite. Une exigence de longue date que Beyrouth peine à mettre en oeuvre.

"Sédition" 

Le Hezbollah s'était déjà fermement opposé à l'accord, son député Hassan Fadlallah affirmant dès dimanche qu'il "ne serait pas appliqué".

Ce qu'ont fait les autorités "équivaut à une sédition" visant à passer "d'un conflit avec l'ennemi à un conflit interne", avait-t-il ajouté.

Dénonçant une "grave erreur", le chef du groupe Naïm Qassem avait fustigé samedi un texte "humiliant, honteux, qui représente un abandon de souveraineté", accusant les autorités libanaises de "légitimer la poursuite de l'occupation" israélienne.

Des partisans du Hezbollah ont manifesté vendredi soir et un correspondant de l'AFP a vu, sur la route de l'aéroport de Beyrouth longeant la banlieue sud, bastion du Hezbollah, des pancartes portant l'inscription "Le Liban d'abord" incendiées.

L'Iran a, lui, réitéré ses exigences d'un retrait total d'Israël.

"Notre objectif est de mettre fin à la guerre au Liban, permettre le retour des déplacés dans leurs foyers, mettre un terme à l'occupation et obtenir le retrait du régime sioniste du territoire libanais", a souligné le président du Parlement iranien et négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf, dans un appel avec son homologue libanais Nabih Berri.

 


L'accord sur le Liban est un "premier pas" vers la restauration de sa souveraineté, dit le président Aoun

Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
  • Le président libanais Joseph Aoun a qualifié l'accord-cadre signé avec Israël de « première étape » vers le rétablissement de la pleine souveraineté du Liban
  • Il a affirmé son engagement à mettre fin à toute occupation, à obtenir la libération des prisonniers et à garantir un Liban sans subordination ni tutelle

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a déclaré vendredi que l'accord cadre signé avec Israël était "un premier pas" vers la restauration de la souveraineté de son pays sans "occupation", "subordination" ni "tutelle".

"L'accord-cadre signé aujourd'hui est une première étape" qui doit permettre aux Libanais "de revenir sur leurs terres entièrement libérées et dans leurs maisons qui seront assurément reconstruites (...) sous la souveraineté de l'Etat libanais, qui n'a aucun partenaire dans l'exercice de sa souveraineté sur sa terre et son peuple", a déclaré Joseph Aoun dans un communiqué de la présidence.

"Nous jurons de continuer à oeuvrer jusqu'à ce que cela soit accompli. Il n'y aura plus d'occupation, de prisonniers, de subordination ni de tutelle", a-t-il promis.