Les liens de Hunter Biden avec l’Ukraine de nouveau sous les feux des projecteurs

Hunter Biden est accusé d'utiliser la position de son père en tant que sénateur, vice-président et président à des fins lucratives par plusieurs responsables politiques américains, des médias et la Russie (Photo, Convention nationale démocrate/AFP).
Hunter Biden est accusé d'utiliser la position de son père en tant que sénateur, vice-président et président à des fins lucratives par plusieurs responsables politiques américains, des médias et la Russie (Photo, Convention nationale démocrate/AFP).
Hunter Biden est accusé d'utiliser la position de son père en tant que sénateur, vice-président et président à des fins lucratives par plusieurs responsables politiques américains, des médias et la Russie (Photo, AFP).
Hunter Biden est accusé d'utiliser la position de son père en tant que sénateur, vice-président et président à des fins lucratives par plusieurs responsables politiques américains, des médias et la Russie (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 28 mars 2022

Les liens de Hunter Biden avec l’Ukraine de nouveau sous les feux des projecteurs

  • La Russie affirme que le second fils de Joe Biden était directement impliqué dans les plans américains de déploiement d'armes de destruction massive
  • Selon un sondage, 66 % des électeurs potentiels estiment que les questions suscitées par la fuite des courriels de Hunter Biden sont « importantes »

CHICAGO : Lorsque le président américain Joe Biden a accusé lundi son homologue russe Vladimir Poutine de se préparer à utiliser des armes chimiques ou biologiques en Ukraine, il a involontairement levé le voile sur un scandale qui couve depuis longtemps et qui implique son fils, Hunter Biden.

Lors d'un point de presse à la Maison Blanche le 21 mars, le président Biden a déclaré que Poutine était « dos au mur » en Ukraine et qu'il pourrait orchestrer une opération « sous fausse bannière » pour justifier l'utilisation d'armes illégales contre des cibles civiles et militaires.

« Nous l'avons déjà vu auparavant », a déclaré le président Biden. « Il a mené beaucoup d'opérations sous fausse bannière. Chaque fois qu'il commence à évoquer quelque chose qu'il pense que l'OTAN, l'Ukraine ou les États-Unis sont sur le point de faire, cela signifie qu'il se prépare à le faire. »

Le Kremlin a répondu aux déclarations de Joe Biden en accusant son fils de contribuer à faciliter un programme d'armes biologiques en Ukraine, remettant ainsi sous les feux de la rampe les affaires douteuses de Hunter Biden lorsque son père était vice-président des États-Unis. Mais nous y reviendrons plus tard.

Les critiques conservateurs affirment que le second fils du président s'est associé à son oncle James Biden pour exploiter l'influence politique de Joe Biden, d'abord en tant que sénateur de longue date du Delaware, puis en tant que vice-président de Barack Obama pendant deux mandats, afin d'obtenir des contrats lucratifs en Ukraine − allégations que tous deux nient.

Peu de médias traditionnels ont publié cette histoire lorsqu'elle est apparue. Les géants des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter ont même bloqué les publications faisant référence à ces allégations, y compris les articles du New York Post, un journal à tendance conservatrice, avant l'élection de 2020.

La controverse a été rendue publique pour la première fois après que Hunter Biden a déposé son ordinateur portable personnel dans un magasin de réparation d'ordinateurs du Delaware en avril 2019 − le même mois où son père a officiellement lancé sa candidature à la présidence − mais a oublié de le récupérer.

Sur le plan juridique, l'ordinateur portable est devenu la propriété du patron du magasin, qui a récupéré son contenu, dont des milliers de courriels personnels de Hunter Biden, et l'a remis à des militants républicains.

Ces courriels, selon plusieurs comptes rendus publiés, comprennent les détails choquants d'un style de vie décadent, ainsi que des informations relatives aux contrats étrangers de plusieurs millions de dollars de Hunter Biden avec la Chine et l'Ukraine.

En 2014, Hunter Biden a rejoint l'entreprise publique ukrainienne de gaz naturel Burisma en tant que consultant à 1 million de dollars par an. Moins d'un mois après que son père, alors vice-président, ait visité l'Ukraine et rencontré les dirigeants de Burisma en avril de la même année, les contrats lucratifs ont commencé à affluer.

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Le vice-président américain de l'époque, Joe Biden, fait un geste de la main lors d’un discours le 22 juillet 2009 devant le peuple ukrainien à Kiev visant à réaffirmer le soutien des États-Unis aux ambitions du pays de s'intégrer davantage à l'Occident (Photo, AFP).

Burisma a été en proie à des accusations de corruption. En outre, les critiques affirment que Hunter Biden n'avait pas les qualifications nécessaires pour être consultant auprès de l'entreprise − à l'exception du fait que son père était vice-président et avait participé à l'élaboration de la politique de l'Ukraine.

Un diplomate américain de haut rang en poste à Kiev, dans un courriel classifié envoyé au département d'État en 2016, a averti que les transactions commerciales de Hunter Biden en Ukraine alors que son père était encore vice-président « sapaient » les efforts de lutte contre la corruption dans le pays.

Le courriel, daté du 22 novembre 2016, a été envoyé par George Kent, à l'époque chef de mission adjoint de l'ambassade américaine en Ukraine.

Il y détaillait une discussion sur une « saga » entourant l'affaire contre Mykola Zlochevsky, ancien ministre ukrainien des Ressources naturelles et fondateur de Burisma Holdings, selon le courriel.

Un rapport du New York Post du 4 octobre 2020, citant les courriels de l'ordinateur portable de Hunter Biden, affirme que Zlochevsky « a présenté le vice-président Joe Biden à un cadre supérieur de Burisma moins d'un an avant que l'aîné Biden ne fasse pression sur des responsables gouvernementaux en Ukraine pour qu'ils renvoient un procureur qui enquêtait sur la société ».

La rencontre est mentionnée dans un message d'appréciation que Vadym Pozharskyi, un conseiller du conseil d'administration de Burisma, aurait envoyé à Hunter Biden le 17 avril 2015, environ un an après que Hunter ait rejoint le conseil d'administration de Burisma.

En 2017, Hunter a également rejoint le conseil d'administration du fonds d'investissement privé basé en Chine, Bohai Harvest RST of Shanghai Equity Investment Fund Management Co. avec une participation de 10 %.

BHR a été fondé en 2013 par Bohai Industrial Investment Fund Management Co., qui est contrôlé par la Banque de Chine. Parmi ses fondateurs figure la société d'investissement de Hunter Biden, Rosemont Seneca Partners.

Il n'est pas rare que les enfants de puissants politiciens américains finissent par occuper des postes de premier plan où soient accusés de profiter de l'influence politique de leurs parents.

En Bref

« Beautiful Things », les mémoires de Hunter Biden publiées en 2021 par Gallery Books, ont été décrites comme étant à la fois une saga familiale, un récit de deuil et le cri d'un toxicomane.

Les fils et la fille du président Donald Trump ont constamment fait parler d'eux pour ce que les opposants appellent le « trafic d'influence » pendant et depuis son mandat.

Plusieurs enquêtes sont en cours sur les affaires des enfants de Trump, Ivanka et Donald Trump Jr, dont une lancée en janvier dernier par le procureur général de New York.

À leur tour, les républicains du Congrès ont présenté une résolution le 15 octobre 2019, qui fournissait des détails spécifiques extraits de l'ordinateur portable et ont exigé une enquête sur les transactions de Hunter Biden en Ukraine.

Dans les dernières semaines avant l'élection présidentielle de novembre 2020, le président Biden a rejeté les accusations portées contre son fils, estimant qu'elles n'étaient rien de plus que de la « désinformation russe » et « un ultime effort pour me salir, moi et ma famille ».

Cependant, le député républicain Darrell Issa du 50e district de Californie, qui a mené la bataille pour exposer le rôle de Hunter Biden en Ukraine et en Chine, a déclaré à Arab News qu'il y avait plus que suffisamment de preuves pour justifier une enquête du Congrès.

Issa a déclaré que les révélations pourraient être plus importantes que le Watergate, le scandale qui a fait tomber l'ancien président Richard Nixon en 1974.

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Lors d'un point de presse à la Maison Blanche le 21 mars, le président Biden a déclaré que Poutine était « dos au mur » en Ukraine et qu'il pourrait orchestrer une opération « sous fausse bannière » pour justifier l'utilisation d'armes illégales contre des cibles civiles et militaires (Photo, AFP).

« C'est le scandale que les Big Tech et le complexe industriel démocrate souhaitent voir disparaître », a déclaré Issa. « Ils savent ce qu'ils ont fait, et bien sûr, ils pensent qu'ils s'en sont sortis. C'est pourquoi il est essentiel que nous ne perdions pas l'occasion de demander des comptes. »

« Ce que je ne peux pas accepter, c'est le fait que Facebook, Twitter et les principaux acteurs médiatiques aient fait taire la vérité avec l'aide de plus de 50 personnes parmi les mieux informées du monde du renseignement, qui ont toutes conclu qu'il s'agissait de fausses informations. »

« C'est un complot de taille monumentale. C'est le scandale politique le plus conséquent depuis le Watergate, et il mérite une enquête au Congrès non moins robuste et non moins bipartisane que celle-là. »

Lorsque Joe Biden a accusé Moscou cette semaine de se préparer à utiliser des armes biologiques ou chimiques, les Russes sont entrés dans la mêlée de Hunter Biden, tirant parti des allégations de corruption pour accuser le fils du président américain de financer la production d'armes biologiques en Ukraine.

Igor Kirillov, responsable des défenses radiologiques, chimiques et biologiques au ministère russe de la Défense, a déclaré jeudi que Hunter Biden était directement impliqué dans les projets américains de déploiement d'armes de destruction massive en Ukraine.

Kirillov l'a accusé de financer « le programme d'armes biologiques du Pentagone en Ukraine » par le biais d'un fonds d'investissement, a rapporté l'agence de presse Sputnik International, soutenue par le Kremlin.

« Les matériaux reçus nous ont permis de retracer le schéma d'interaction entre les organes du gouvernement américain et les laboratoires biologiques ukrainiens », a déclaré Kirillov lors d'un point de presse.

« L'implication dans le financement de ces activités par des structures proches des dirigeants américains actuels, en particulier le fonds d'investissement Rosemont Seneca géré par Hunter Biden, attire l'attention. L'ampleur du programme est impressionnante. »

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Les médias libéraux ont rapidement pris la défense du président Biden après les allégations russes selon lesquelles l'USAID et le CDC, avec le soutien du philanthrope libéral George Soros, étaient responsables de la création de 31 laboratoires sur 14 sites en Ukraine (Photo, AFP). 

Citant une théorie du complot couramment utilisée par les médias russes soutenus par l'État, Kirillov aurait déclaré que l'USAID et le CDC, avec le soutien du philanthrope libéral George Soros, étaient responsables de la création de 31 laboratoires sur 14 sites en Ukraine.

Il n'existe aucune preuve crédible pour justifier cette affirmation.

Les médias libéraux ont rapidement pris la défense du président Biden à la suite des allégations russes. Julia Davis, une chroniqueuse du Daily Beast, a tweeté : « Si vous pensiez que la propagande russe était un jour "sophistiquée", je suis désolée de vous dire qu'elle a toujours été assez stupide. Elle l'est toujours. Voici leur dernière perle : Hunter Biden a financé des laboratoires biologiques en Ukraine. Fabriqué à la main pour Fox News. »

Cependant, les accusations de la Russie ont alimenté l'intérêt du public pour les activités de Hunter Biden en Ukraine. Selon un sondage Rasmussen publié cette semaine, 66 % des électeurs américains potentiels estiment que les questions suscitées par la fuite des e-mails de Hunter Biden sont « importantes ».

Ces allégations ont également ravivé la détermination des Républicains à faire pression en faveur d'une enquête, ce qui risque de coûter cher aux démocrates lors des élections de mi-mandat de novembre.

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Le député républicain Darrell Issa, du 50e district de Californie, qui a mené la bataille pour exposer le rôle de Hunter Biden en Ukraine et en Chine (Photo AN).

« Les Big Tech, les médias traditionnels et la communauté du renseignement de l'État profond des démocrates veulent soit réécrire l'histoire de leur collusion, soit l'effacer entièrement », a déclaré Issa à Arab News.

« Nous ne les laisserons pas faire. Ces lettres avertissent tout le monde : la vraie reddition de comptes va avoir lieu. Et nous ne nous arrêterons que lorsque toute la vérité sera dévoilée. »

« Nous savons déjà avec certitude que les Big Tech ont collaboré avec des médias parmi les plus puissants de la nation et des partisans démocrates parmi les plus influents de la communauté du renseignement pour supprimer la vérité, empêcher le public d'avoir accès à un journalisme fondé sur les faits, et couvrir les scandales de la famille Biden. »

La Maison Blanche n'a pas répondu aux demandes de commentaires d'Arab News.


Macron retrouve Modi en Inde, entre vente de Rafale et IA

Le président français Emmanuel Macron à son arrivée à Mumbai le 17 février 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron à son arrivée à Mumbai le 17 février 2026. (AFP)
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  • À Bombay, Emmanuel Macron retrouve Narendra Modi pour renforcer le partenariat stratégique franco-indien, marqué par l’intention d’achat de 114 Rafale supplémentaires et l’inauguration d’une chaîne d’assemblage d’hélicoptères H125 d’Airbus avec Tata Group
  • La visite met aussi l’accent sur l’intelligence artificielle et l’innovation, avec le Sommet mondial pour l’Impact de l’IA à New Delhi et des échanges sur le multilatéralisme (G7/Brics)

BOMBAY: Le président français Emmanuel Macron retrouve mardi le Premier ministre Narendra Modi à Bombay, capitale économique de l'Inde, pour renforcer le partenariat stratégique bilatéral, avec à la clef la vente de 114 chasseurs Rafale et un ancrage dans l'intelligence artificielle.

Le chef de l'Etat français, arrivé dans la nuit, rendra d'abord hommage aux victimes des attentats de Bombay en 2008 au Taj Mahal Palace.

Les attentats, perpétrés devant les caméras de télévision du monde entier, avaient fait 166 morts, dont deux Français. Pendant trois jours, les assaillants avaient mené des attaques au fusil d'assaut AK-47 et à la grenade à travers la métropole, y compris dans cet hôtel mythique de l'époque coloniale.

Emmanuel Macron rencontrera ensuite autour d'un déjeuner six stars du cinéma indien, dont Bombay est la capitale avec les studios de Bollywood, machine à superproductions mondiales.

Il entend évoquer les "coopérations possibles" dans ce domaine et "mettre en valeur l'attractivité de la France pour les tournages", précise l'Elysée.

- "Made in India" -

Le Premier ministre indien, venu spécialement à Bombay, rejoindra son hôte vers 15H00 (09H30 GMT) pour une série d'entretiens, suivis de déclarations à la presse et d'un dîner dans le décor somptueux du Taj Mahal Palace.

Les échanges s'annoncent sous les meilleurs auspices après la confirmation par l'Inde de son intention d'acheter 114 avions de combat Rafale supplémentaires, une commande sans précédent pour le constructeur Dassault, qui s'ajouterait aux 62 déjà acquis.

"Les discussions porteront sur la consolidation du partenariat stratégique et sur sa diversification dans des secteurs nouveaux et émergents", ont indiqué les services de Narendra Modi.

Elles vont permettre de "continuer à ancrer la relation bilatérale en la tournant résolument vers l'avenir", renchérit l'Elysée.

Les deux dirigeants inaugureront ensemble, à distance, une chaîne de montage d'hélicoptères Airbus, les H125, située à 1.000 kilomètres de là, près de Bangalore (sud), la capitale technologique indienne.

Cette ligne, dont la construction avait été annoncée lors de la dernière visite du président français en Inde en janvier 2024, devrait être opérationnelle en avril et le premier vol du H125 "Made in India", cher au gouvernement indien, réalisé à la fin de l'année.

La première ligne d'assemblage d'hélicoptères Airbus gérée par un groupe privé indien, le célèbre conglomérat Tata Group, a été conçue pour produire à terme la variante militaire du H125, appelée H125M.

- Lula, Google et Anthropic -

Les deux dirigeants donneront ensuite le coup d'envoi de l'année franco-indienne de l'innovation en présence d'un parterre de chefs d'entreprises et chercheurs.

Le désordre mondial généré par les coups de butoir permanents de Donald Trump, des droits de douane à la diplomatie, tout comme la montée en puissance de la Chine seront aussi au coeur des entretiens.

Narendra Modi n'a pas condamné l'invasion de l'Ukraine par la Russie, partenaire traditionnel de l'Inde - notamment pour les livraisons d'équipement militaire -, mais il s'est rendu à Kiev en septembre 2024 et est sous pression de Donald Trump pour réduire les importations indiennes de pétrole russe.

Le président français et le Premier ministre indien, qui président respectivement le G7 et le groupe des Brics cette année, vont aussi "explorer les convergences possibles" pour "défendre et promouvoir le multilatéralisme à un moment où il est particulièrement remis en cause", souligne l'Elysée.

La suite de la visite sera placée sous le signe de l'intelligence artificielle, avec un dîner inaugural mercredi soir à New Delhi du Sommet mondial pour l'Impact de l'IA, avant son ouverture effective jeudi, après une série de tables rondes en début de semaine.

Ce rendez-vous, auquel sont attendus une quinzaine de chefs d'Etat, dans la foulée du sommet de Paris sur l'IA en février 2025, se penchera sur l'investissement dans le secteur, la "recherche scientifique en faveur de l'intérêt général" et "l'accès par tous aux outils technologiques", selon l'Elysée.

Emmanuel Macron doit rencontrer en marge du sommet son homologue brésilien Luiz Inacio Lula da Silva ainsi que les dirigeants de Google et de la start-up américaine Anthropic, rivale d'OpenAI (la société qui développe ChatGPT).

Il inaugurera aussi le Centre franco-indien de l'IA en santé globale mercredi à New Delhi.


Le froid en Ukraine, défi technique et danger mortel pour les soldats

Plusieurs responsables militaires ukrainiens ont mentionné des périodes de baisse d'intensité d'assauts russes en janvier et février en raison du froid glacial. (AFP)
Plusieurs responsables militaires ukrainiens ont mentionné des périodes de baisse d'intensité d'assauts russes en janvier et février en raison du froid glacial. (AFP)
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  • Le pays traverse l'hiver le plus froid depuis le début de l'invasion russe en 2022 avec plusieurs semaines d'affilée de températures négatives, parfois autour de -20°C
  • La Russie en a profité pour intensifier ses frappes sur les infrastructures essentielles, coupant l'électricité et le chauffage pour des centaines de milliers de foyers et entraînant la pire crise énergétique en Ukraine depuis le début de la guerre

KIEV: L'unité de pilotes de drones d'Ali maniait un engin lorsque la caméra s'est soudainement figée à cause du froid, faisant échouer sa mission qui consistait à contrecarrer une attaque russe imminente. L'une des conséquences d'un hiver particulièrement rude pour l'Ukraine.

Le pays traverse l'hiver le plus froid depuis le début de l'invasion russe en 2022 avec plusieurs semaines d'affilée de températures négatives, parfois autour de -20°C.

La Russie en a profité pour intensifier ses frappes sur les infrastructures essentielles, coupant l'électricité et le chauffage pour des centaines de milliers de foyers et entraînant la pire crise énergétique en Ukraine depuis le début de la guerre.

Sur le front, long de 1.200 kilomètres, le froid affecte les soldats déployés sur leurs positions et complique le travail d'un outil essentiel: les drones, qui sont au coeur de la tactique des deux camps.

"Les batteries se déchargent plus rapidement, les caméras et les câbles gèlent, ils sont tout simplement recouverts de glace", résume Ali, qui s'identifie par son nom de guerre conformément au protocole militaire.

Peu coûteux à produire, ces engins sont utilisés par centaines chaque jour pour repérer les positions de l'adversaire, détecter les mouvements de soldats, larguer des grenades ou sont chargés d'explosifs pour percuter véhicules et bâtiments.

Pour échapper au brouillage électronique, certains drones sont équipés de câbles à fibre optique, garantissant une connexion stable.

Les drones intercepteurs, comme ceux pilotés par l'unité d'Ali, ont pour mission de détruire les drones ennemis dans cette guerre aérienne inédite.

Couche de graisse 

Près du front sud, les pilotes de la 18e brigade se préparent à lancer leurs engins, des appareils légers en polystyrène qui ressemblent à des avions miniatures.

"Gel, nuages bas, brouillard. Dans de telles conditions météorologiques, il est difficile pour un drone de voler. Il peut y avoir un court-circuit, il peut se briser en plein vol", s'inquiète Nazariï, l'un des commandants de la brigade.

Denys Chtilierman, constructeur en chef chez Firepoint, une entreprise qui fabrique des drones à longue portée pour l'armée ukrainienne, a une solution éprouvée pour leur donner une couche d'isolation supplémentaire.

"Nous les enduisons simplement de graisse et ils décollent. Je rigole, mais c'est ainsi", lance-t-il auprès de l'AFP lors d'une visite de l'usine de l'entreprise.

Et le rôle de ces appareils est trop essentiel pour les abandonner.

"Les drones sont utilisés quelles que soient les conditions. Nous avons certaines limites, mais nous devons les utiliser", tranche M. Chtilierman.

Si l'hiver pose un défi technique, il rend aussi les drones encore plus dangereux: la neige peut se transformer en piège mortel pour les troupes.

"Il est très facile de voir où quelqu'un a marché ou roulé, car les traces ressortent nettement dans la neige", relève le pilote au nom de guerre de Lafayette, de la bridage renommée Achilles.

Certains drones sont également équipés de caméras thermiques pour repérer la chaleur dégagée par les corps humains, plus visible en hiver.

"Ennemi insidieux" 

Les soldats souffrent également du froid, des deux côtés du front.

Plusieurs responsables militaires ukrainiens ont mentionné des périodes de baisse d'intensité d'assauts russes en janvier et février en raison du froid glacial.

Lors d'une récente séance d'entraînement d'infanterie, l'AFP a vu des recrues ukrainiennes courir dans une neige épaisse, les couches de glace craquant sous leurs bottes.

"L'infanterie qui quitte (ses positions) est littéralement détruite parce qu'elle n'a nulle part où se cacher", témoigne Kolesso, un fantassin ukrainien de 31 ans.

Dans le froid, les blessures deviennent rapidement mortelles, car l'hypothermie affaiblit la capacité du corps à faire face aux traumatismes.

Les gelures aux membres sont aussi fréquentes, confirme Nastia, ambulancière au sein de la brigade Da Vinci Wolves, pour qui le froid est "un ennemi très insidieux" à ne pas sous-estimer.

"Les blessés ne meurent pas seulement à cause des éclats d'obus et des balles, ils meurent aussi à cause du froid", qui s'avère "un sombre compagnon", explique-t-elle.

Malgré ces risques, Nazariï n'a d'autre choix que de continuer à se battre et de veiller à ce que les drones ukrainiens restent en vol. "Nous sommes en guerre. Nous travaillons par tous les temps", tranche-t-il.

 


Les Etats-Unis suppriment un statut de protection pour les exilés yéménites

La secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a déclaré que le Yémen ne remplissait plus les conditions légales pour bénéficier du statut de protection temporaire. (Reuters)
La secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a déclaré que le Yémen ne remplissait plus les conditions légales pour bénéficier du statut de protection temporaire. (Reuters)
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  • Les États‑Unis ont annoncé la fin du statut de protection temporaire (TPS) pour les ressortissants yéménites, accordé depuis 2015 en raison du conflit armé, avec une mise en œuvre prévue dans 60 jours selon le Département de la Sécurité intérieure
  • Cette décision reflète une politique plus large du gouvernement américain visant à réduire les protections humanitaires pour les migrants

WASHINGTON: Le gouvernement américain a annoncé vendredi mettre fin au statut de protection accordé aux exilés originaires du Yémen, qui était en vigueur depuis dix ans.

La ministre de la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a affirmé que le statut de protection temporaire (TPS), initialement accordé aux ressortissants de ce pays en septembre 2015 en raison du conflit armé qui y sévit, prendrait fin dans 60 jours.

Le TPS permet à un petit nombre de personnes de vivre et de travailler aux États-Unis si elles sont considérées comme étant en danger en cas de retour dans leur pays d'origine, en raison d'une guerre, d'une catastrophe naturelle ou d'autres circonstances exceptionnelles.

Environ 1.400 Yéménites bénéficient de ce statut aux Etats-Unis.

L'administration Trump a déjà supprimé les protections TPS de nombreux Etats, comme le Venezuela, Haïti ou le Népal, dans le cadre de sa politique drastique visant à réduire l'immigration.

Le Yémen est un des pays les plus pauvres du monde et fait face à une guerre civile depuis 2014.

"Après avoir examiné la situation dans le pays et consulté les agences gouvernementales américaines compétentes, j'ai déterminé que le Yémen ne remplissait plus les conditions légales pour bénéficier du statut de protection temporaire", a déclaré Mme Noem dans un communiqué.

"Permettre aux bénéficiaires du TPS yéménites de rester temporairement aux États-Unis est contraire à notre intérêt national", a ajouté la ministre.

Les bénéficiaires du TPS yéménite qui n'ont aucune autre base légale pour rester aux États-Unis ont 60 jours pour quitter le territoire américain, sous peine d'être arrêtés, précise le communiqué, promettant un billet d'avion gratuit et une "prime de départ" de 2.600 dollars à ceux qui partiront de leur plein gré.