En Guyane, les nœuds sociétaux et culturels face à la vaccination

La Covid-19 ne relâche guère son étreinte sur la Guyane (Photo, AFP).
La Covid-19 ne relâche guère son étreinte sur la Guyane (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 25 octobre 2021

En Guyane, les nœuds sociétaux et culturels face à la vaccination

  • «La norme sociale est défavorable à la vaccination», explique l'Agence régionale de santé (ARS)
  • Clara de Bort, directrice générale de l'ARS Guyane, explique les complexes perceptions des décisions venues de métropole

CAYENNE: A peine un tiers de la population vaccinée, un confinement interminable, couvre-feu et restaurants fermés. La Covid-19 ne relâche guère son étreinte sur la Guyane où "la norme sociale est défavorable à la vaccination", selon l'Agence régionale de santé (ARS).

Dans une interview exclusive à l'AFP, Clara de Bort, directrice générale de l'ARS Guyane, explique les complexes perceptions des décisions venues de métropole, sans évacuer ses propres erreurs de communication.

QUESTION: Comment expliquer le faible taux de vaccination en Guyane ?

REPONSE: Les données brutes masquent des différences infra-régionales. Santé publique France en Guyane estime à entre 60 et 70% la population éligible (supérieure à 12 ans) de l'Est guyanais vaccinée. A l'Ouest, on vaccine beaucoup moins. Il y a aussi probablement - on ne peut pas le démontrer - des différences entre communautés. 

D'après des enquêtes de l'Institut Pasteur, il y a des gens qui voulaient se faire vacciner mais (...) soit voulaient attendre pour en savoir plus, soit avaient des doutes sur l'utilité du vaccin ou son innocuité. Nous avons aussi fait des recherches qui montrent que (...) pour des populations très précaires, qui cherchent d'abord à savoir ce qu'elles vont manger le soir et ont très peu de contact avec le système de santé, ce n'est pas évident de se dire: +je vais trouver une solution pour aller au vaccinodrome+.

Q: N'y a-t-il pas un problème de perception des décisions de la métropole ? 

R: Il y a probablement un sujet de conformisme. Tant qu'il y a une majorité de gens non vaccinés, être conforme à sa communauté, c'est de ne pas le faire. Il y a des gens vaccinés qui se cachent. La norme sociale, en ce moment encore en Guyane, est défavorable à la vaccination. 

On a toujours eu plus de stocks que de demande et en début de campagne, on a eu beaucoup de difficultés pour obtenir l'autorisation d'élargir les critères de vaccination plus vite qu'en métropole. Quand vous allez au fin fond de l'Amazonie et que vous avez deux Amérindiens de 51 et 49 ans, vous n'allez pas en vacciner qu'un... Si nous avions pu ne pas être coincés par des règles rigides - à juste titre pour la métropole - nous n'aurions pas mis de limite d'âge et nous aurions par exemple proposé tout de suite aux diabétiques de se vacciner.

Q: Avez-vous réclamé cette autonomie ?

R: Peut-être pas avec assez de force… mais on est dans un pays très à cheval sur l'égalité et on demande à être traités comme les autres. Comment intègre-t-on, dans des décisions d'arbitrage scientifiques, des fragilités individuelles et territoriales ? J'ai voulu moi aussi être solidaire, mais je pense qu'on a un peu raté notre démarrage.

Q: N'y a-t-il pas une forme de refus de décisions venus de Paris ?

R: Je veille à éviter tout relativisme culturel. La question de la défiance ou désintérêt vis-à-vis de décisions qui concernent le quotidien pèse probablement. Il y aussi des peurs qui ont été instrumentalisées. Comme il y a une forme d'incompréhension mutuelle entre l'Etat et cette région très éloignée, ce n'était pas rendre service au vaccin de l'associer exclusivement à un enjeu des autorités étatiques. 

Je suis très critiquée sur mon mode de communication et certaines critiques sont fondées. Mais qu'ont attendu les chefs coutumiers, religieux, associations, leaders d'opinions ? Ils ne sont pas sortis du bois, je les comprends… Mais je ne demande pas le monopole de la communication vaccinale.

Q: Comment envisagez-vous l'avenir ?

R: Cela fait six mois qu'on n'est pas descendu en dessous de 150/100.000: vous ne trouverez pas un territoire en France avec, pendant six mois, une incidence aussi élevée. La durée des restrictions est infiniment plus longue qu'en métropole. J'ai grand espoir que la situation s'améliore et qu'on puisse relancer la vaccination en ayant repris contact avec la population. Peut-être qu'une bascule va se produire, qu'on aura moins honte de dire qu'on est vacciné. 


La manifestation de soutien à Le Pen "n'est pas un coup de force", dit Bardella

La présidente du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), l'eurodéputé Jordan Bardella (G) et la présidente du groupe parlementaire du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, quittent le palais présidentiel de l'Élysée à Paris, le 26 août 2024, après leur rencontre avec le président français. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)
La présidente du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), l'eurodéputé Jordan Bardella (G) et la présidente du groupe parlementaire du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, quittent le palais présidentiel de l'Élysée à Paris, le 26 août 2024, après leur rencontre avec le président français. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)
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  • « Ce n'est pas un coup de force, c'est au contraire une défense très claire et très profonde de l'État de droit et de la démocratie française.
  • « Cela nous semblait nécessaire que nous puissions nous exprimer directement aux Français.

STRASBOURG : La manifestation de soutien à Marine Le Pen prévue dimanche à Paris « n'est pas un coup de force », mais une mobilisation « pour la démocratie », a assuré mercredi Jordan Bardella, président du Rassemblement national, à des journalistes au Parlement européen à Strasbourg.

« Ce n'est pas un coup de force, c'est au contraire une défense très claire et très profonde de l'État de droit et de la démocratie française. C'est une mobilisation en réalité, non pas contre, mais pour la démocratie française », a déclaré l'eurodéputé au sujet de ce rassemblement annoncé par le RN après la condamnation de la triple candidate à la présidentielle à une peine d'inéligibilité immédiate.

« Cela nous semblait nécessaire (...) que nous puissions nous exprimer directement aux Français par l'intermédiaire de ces discours qui seront prononcés dimanche avec l'ensemble de nos cadres, de nos parlementaires et de nos militants », a-t-il ajouté.

Cette condamnation, que le RN qualifie de « scandale démocratique », compromet grandement ses chances de concourir une quatrième fois à la fonction suprême en 2027.

Pour Jordan Bardella, cela ne change « absolument rien » à sa relation avec Marine Le Pen, « si ce n'est qu'elle est peut-être encore plus forte qu'elle ne l'a été par le passé ».

« Je suis à ses côtés, je vais continuer à l'être (...) Nous allons évidemment mener le combat », a assuré l'eurodéputé qui faisait son retour au Parlement européen après avoir manqué les deux premiers jours de la session.

Il a qualifié de « bonne nouvelle » l'annonce de la justice qu'une décision en appel devrait être rendue « à l'été 2026 », donc bien avant la présidentielle.


Condamnation de Marine Le Pen: Macron rappelle au gouvernement l'indépendance de la justice

Le président français Emmanuel Macron (Photo AFP)
Le président français Emmanuel Macron (Photo AFP)
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  • Le président français Emmanuel Macron a « rappelé » que l'autorité judiciaire est indépendante et que les magistrats doivent être protégés
  • Le chef de l'État a également affirmé que « tous les justiciables ont droit au recours ».

PARIS : Mercredi en Conseil des ministres, le président français Emmanuel Macron a « rappelé » que l'autorité judiciaire est indépendante et que les magistrats doivent être protégés, après la condamnation de la cheffe de l'extrême droite Marine Le Pen qui a suscité des attaques contre les juges, ont rapporté des participants.

Le chef de l'État a également affirmé que « tous les justiciables ont droit au recours », selon ces sources. La justice a déjà fait savoir qu'un nouveau procès en appel pourrait se tenir dans des délais qui laissent une porte ouverte à une éventuelle candidature présidentielle en 2027 de la leader du Rassemblement national (RN), principale formation d'extrême droite française. 

Devant la presse, à l'issue du Conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement Sophie Primas a rapporté mercredi les propos du chef de l'État.

« La première chose qu'il a rappelée, a poursuivi Mme Primas, est que la justice est évidemment indépendante et prend ses décisions en toute indépendance, et qu'il faut donc la respecter comme l'un des piliers de notre démocratie. La première, a-t-elle dit, est que la justice est indépendante et qu'elle prend ses décisions en toute indépendance et qu'il faut donc la respecter comme un pilier de notre démocratie.

« La troisième chose, pour rappeler que les menaces qui sont faites à l'encontre des magistrats sont absolument insupportables et intolérables, puisque nous sommes encore une fois dans une démocratie. Et la justice est tout à fait indépendante et doit être respectée », a-t-elle ajouté.

« Et la troisième chose, pour rappeler que chacun a le droit à une justice équivalente et que le droit est le même pour tous. »


Bac: l'épreuve de maths en première se précise pour l'an prochain

La ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Elisabeth Borne, lors d'une conférence de presse à l'issue d'une visite à l'école élémentaire Claude-Monnet à Rueil-Malmaison, en banlieue parisienne, le 28 mars 2025. (Photo Thomas SAMSON / AFP)
La ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Elisabeth Borne, lors d'une conférence de presse à l'issue d'une visite à l'école élémentaire Claude-Monnet à Rueil-Malmaison, en banlieue parisienne, le 28 mars 2025. (Photo Thomas SAMSON / AFP)
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  • Le Conseil supérieur de l'éducation (CSE, qui rassemble syndicats, associations de parents, collectivités, etc.) a majoritairement voté contre le projet de décret et d'arrêté
  • L'ex-ministre de l'Éducation nationale, Gabriel Attal, avait annoncé en décembre 2023 la création de cet examen sur le modèle de l'épreuve anticipée de français pour le baccalauréat en fin de première,

PARIS : Le projet d'épreuve de mathématiques en classe de première pour l'an prochain, qui vise à mettre en œuvre le « choc des savoirs » annoncé par l'ex-ministre de l'Éducation nationale Gabriel Attal, a été présenté mardi devant une instance consultative de l'Éducation nationale, étape-clé avant sa publication.

Le Conseil supérieur de l'éducation (CSE, qui rassemble syndicats, associations de parents, collectivités, etc.) a majoritairement voté contre le projet de décret et d'arrêté instaurant cette « épreuve terminale de culture mathématique aux baccalauréats général et technologique ».

Ils ont recueilli 0 voix pour, 27 contre, 31 abstentions et 4 refus de prendre part au vote (l'administration ne votant pas dans cette instance), un vote indicatif qui n'empêche pas la mise en œuvre de la réforme, selon des sources syndicales.

Cette épreuve écrite d'une durée de deux heures, qui entrera en vigueur au printemps 2026, sera « affectée d'un coefficient 2 » (points pris sur l’épreuve du Grand oral en terminale), selon ces textes, consultés par l'AFP.

L'ex-ministre de l'Éducation nationale, Gabriel Attal, avait annoncé en décembre 2023 la création de cet examen sur le modèle de l'épreuve anticipée de français pour le baccalauréat en fin de première, un projet confirmé en novembre 2024 par sa successeure, Anne Genetet.

Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, principal syndicat du second degré (collèges et lycées), qualifie auprès de l'AFP la mesure de « rafistolage supplémentaire du bac Blanquer », décidé en 2019 par l'ex-ministre Jean-Michel Blanquer.

Pour Jérôme Fournier, secrétaire national du SE Unsa, la nouvelle épreuve « alourdit la fin de l'année pour les élèves et les correcteurs ».

La première partie, qui est commune à tous les élèves, sera sous forme de QCM et pourrait être corrigée automatiquement, ce à quoi « de nombreuses organisations syndicales sont opposées », a-t-il ajouté, tandis que la deuxième partie devrait consister en des résolutions de problèmes.

Des projets de textes ont par ailleurs été votés au CSE relatif à « la mise en place du +parcours renforcé+ en classe de seconde générale et technologique » ou professionnelle à partir de la rentrée 2026, avec trois votes pour, 45 contre et 13 abstentions.

Mis en place par la ministre Élisabeth Borne, ce parcours est destiné aux élèves n’ayant pas obtenu le diplôme du brevet. Son organisation relèvera « de l’autonomie de l’établissement sur la base indicative de deux heures hebdomadaires sur tout ou partie de l’année », selon le projet d'arrêté.

Sophie Vénétitay déplore « une coquille vide » tandis que Tristan Brams (CFDT Éducation) regrette l'absence de « moyens supplémentaires ».