Gulnaz Mahboub ou comment la calligraphie peut guérir les âmes

La calligraphe et enseignante basée au Royaume-Uni s’est rendue en Turquie en 2005. (Photo Fournie)
La calligraphe et enseignante basée au Royaume-Uni s’est rendue en Turquie en 2005. (Photo Fournie)
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Publié le Samedi 05 septembre 2020

Gulnaz Mahboub ou comment la calligraphie peut guérir les âmes

  • La quête de Gulnaz l’a amenée à rencontrer le maître de la calligraphie Hasan Çelebi, qui a accepté de lui donner des cours
  • « La calligraphie peut améliorer votre bien-être, si vous le souhaitez - vous devez le vouloir, et vous avez également besoin d'amour, c’est crucial »

LONDRES: La quête de Gulnaz Mahboub pour trouver un maître de la calligraphie a abouti à Istanbul qui était pour elle comme une « palette vierge ». « Je n'avais aucune connaissance de la science de la calligraphie ou qui en étaient les maîtres. Je savais simplement que je voulais renouer avec mon côté créatif, mais je ne savais pas comment faire, où aller, ni à qui m'adresser. »

La calligraphe et enseignante basée au Royaume-Uni s’est rendue en Turquie en 2005. Elle était auparavant allée en Malaisie, croyant qu’elle pourrait y travailler et s’inscrire à des cours d’art, mais elle a vite découvert que c’était à Istanbul qu’elle devait être.

« Bien que la calligraphie islamique soit issue du monde arabe, beaucoup se rendent à Istanbul car c’est là-bas que se trouvent de nombreux maîtres, affirme Gulnaz Mahboub à Arab News. Ils ont énormément perfectionné la calligraphie, et le niveau est très élevé. Istanbul est devenue une destination prisée pour tous les calligraphes. »

Mahboub a occupé le poste de consultante pour une société d'ingénierie et plus tard de consultante de projet pour le London Borough of Camden. (Photo fournie)
Mahboub a occupé le poste de consultante pour une société d'ingénierie et plus tard de consultante de projet pour le London Borough of Camden. (Photo fournie)

Gulnaz Mahboub a occupé le poste de consultante pour une société d'ingénierie et plus tard de consultante de projet pour le borough londonien de Camden, mais a toujours senti qu’il manquait quelque chose à sa vie — un exutoire créatif et artistique que son métier à Londres ne pouvait pas lui fournir.

 « Je devais réajuster quelque chose à l’intérieur. J’étais déséquilibrée, se souvient-elle. Je sentais que je devais combler un vide, car je ne m’intégrais pas tout à fait aux environnements dans lesquels je me trouvais. J’ai changé d’emploi, mais ce vide était toujours présent. J'ai donc décidé de prendre un congé, après avoir réalisé suffisamment d'économies. C'était un risque calculé — je savais que je pourrais y aller un certain temps afin de renouer avec mon côté créatif que j'avais enfoui il y a longtemps. » 

Quand elle enseigne, Mahboub tient à montrer à ses élèves le pouvoir thérapeutique de la calligraphie. (Photo fournie)
Quand elle enseigne, Mahboub tient à montrer à ses élèves le pouvoir thérapeutique de la calligraphie. (Photo Fournie)

La quête de Gulnaz l’a amenée à rencontrer le maître de la calligraphie Hasan Çelebi, qui a accepté de lui donner des cours. Sa connexion avec lui ne s’est pas limitée à ses compétences en calligraphie islamique. « Je voulais comprendre quelle était sa formule, explique-t-elle. Cela fonctionnait clairement pour lui parce qu'il était totalement à l'aise, en paix. Donc, non seulement j’ai appris la calligraphie avec lui, mais je lui ai aussi posé des questions sur sa vie personnelle: comment il travaillait, quel était le meilleur moment pour s'entraîner…»

A travers l’écriture, se découvrir soi-même

Gulnaz est retournée à Londres huit mois plus tard et a passé les années suivantes entre les deux pays. En 2009, elle s’est installée à Istanbul afin de plonger dans ses études, ce qui lui a permis d’obtenir sa licence (ijazah) en 2012 et ensuite de signer ses œuvres et d’enseigner. Au cours de ses études, et au fur et à mesure que ses compétences en calligraphie s'amélioraient, elle a constaté que des changements s’opéraient en elle.

« Tout au long du processus d'apprentissage, j’ai découvert de nouveaux aspects de la calligraphie, mais aussi de ma personnalité, rien qu’en dessinant la courbe de ces lettres, affirme t-elle. C’est un art très honnête, qui vous reflète tel que vous êtes. Et (alors j'ai appris qu’) il y avait des traits de ma personnalité que je devais changer si je voulais avancer, des traits que je pouvais dissimuler auparavant, mais que je ne pouvais plus cacher avec la calligraphie. »

« Je passais des heures rien qu’à regarder Hasan faire les corrections les plus incroyables », lance l'artiste. (Photo fournie)
« Je passais des heures rien qu’à regarder Hasan faire les corrections les plus incroyables », lance l'artiste. (Photo Fournie)

« Vous ne pouvez pas faire de la calligraphie la veille pour le lendemain — votre professeur s’en rendra compte, poursuit-elle. Je peux écrire une dissertation à la dernière minute, mais je ne peux pas le faire avec la calligraphie. Cet état d'esprit et cette préparation, tout a changé pour moi, même en ce qui concerne la manière d’apprendre. Nous sommes tellement habitués à tout remettre en question dans le système éducatif occidental. Mais ici, vous suivez le rythme de votre professeur. S'il sent que vous pouvez progresser, vous passez à autre chose. Mais vous ne pouvez pas avancer pas tant qu'il ne l'a pas autorisé. Il y a tout un processus à suivre, c’est ce que nous appelons ‘adeb’. »

Gulnaz a senti que grâce à ces études et à sa relation au long cours avec Çelebi, les choses devenaient plus claires pour elle. Ses années au Royaume-Uni n'ont fait que souligner à quel point elle apprenait sur la calligraphie et sur elle-même.

« Lorsque je retournais à Londres, l’énergie était différente d’Istanbul et je constatais des différences frappantes. À Istanbul, j’ai eu la chance de m’immerger dans une communauté artistique. Je passais des heures rien qu’à regarder Hasan faire les corrections les plus incroyables. J’ai vu sa personnalité transparaître à travers la calligraphie, et j’ai beaucoup appris sur les méthodes d’enseignement. Avec ces découvertes, je me suis senti plus calme, plus lucide, plus sereine. »

Mahboub travaille actuellement avec les styles Thuluth et Naskh et enseigne à Londres. (Photo fournie)
Mahboub travaille actuellement avec les styles Thuluth et Naskh et enseigne à Londres. (Photo Fournie)

Gulnaz Mahboub a par la suite entrepris ses propres recherches, et a lu des études neurologiques qui explorent comment l'utilisation des mains peut façonner le comportement du cerveau. « Travailler avec vos mains et utiliser vos sens — vous utilisez vos yeux pour voir les belles lettres, vous les écrivez, vous entendez parfois le Coran— signifie que vous connectez votre esprit, votre cœur et votre âme. Lorsque vous écrivez, vous ressentez le rythme de chaque lettre, et c’est très important car votre écriture sera plus fluide. Ajoutez à cela à de la précision, et votre main sera fluide. Si vous n’avez pas de fluidité, cela sera visible dans votre travail. »

Gulnaz travaille actuellement avec les styles Thuluth et Naskh et donne des cours privés à Londres ou à l’Institut Yunus Emre et à l’École des arts traditionnels du Prince. Sa relation avec Çelebi est une relation pour la vie, et il est très important pour elle de maintenir cette tradition séculaire.

« Vous êtes connecté à cette transmission de connaissances d’un maître à la prochaine génération, dit-elle. Vous transmettez cette connaissance à vos élèves et ils font ensuite partie de ce lien, de cette chaîne, qui remonte à il y a 10 siècles. J’essaye de poursuivre cela. » 

La quête de Mahboub l’a menée au maître de la calligraphie Hasan Çelebi qui a accepté de lui donner des cours. (Photo fournie)
La quête de Mahboub l’a menée au maître de la calligraphie Hasan Çelebi qui a accepté de lui donner des cours. (Photo Fournie)

La transmission d’une génération à l’autre

L’exemple que Çelebi a donné à Gulnaz Mahboub est un exemple qu'elle s'efforce également de suivre. « La patience qu’il a avec les élèves est quelque chose que je tente de transmettre. J’honore son enseignement en essayant de faire de mon mieux. Lorsque j’enseigne, je comprends et suis admirative de l’endurance qu’il possède à 70 ans ! Mes séances sont courtes car je sais que c’est assez difficile, mais Hasan s’assied pour trois ou quatre heures sans aucune pause ! Il a cette certitude et cette concentration, et il a toujours été dévoué à son enseignement. Parfois, vous verrez des calligraphes écrire vite, mais je ne l’ai jamais vu écrire vite depuis que je le connais. Il a la même régularité, la même vitesse depuis le début. »

L’exemple que Çelebi a donné à Mahboub est un exemple qu'elle s'efforce également de suivre. (Photo fournie)
L’exemple que Çelebi a donné à Mahboub est un exemple qu'elle s'efforce également de suivre. (Photo Fournie)

Quand elle enseigne,Gulnaz tient à montrer à ses élèves le pouvoir thérapeutique de la calligraphie – tout comme son maître l'a fait pour elle. « La calligraphie peut améliorer votre bien-être, si vous le souhaitez — vous devez le vouloir, et vous avez également besoin d'amour, explique-t-elle. C’est crucial. C'est intéressant parce que beaucoup de mes étudiants viennent de milieux similaires au mien. Je peux m'identifier à eux. Ce sont des professionnels et ils ont besoin d'une sorte de respiration dans leur vie ou recherchent un exutoire créatif. Je peux comprendre cela. »

Bien qu’elle soit désormais reconnue dans le monde entier pour son travail, et à part entière, Gulnaz Mahboub maintient un sentiment de déférence envers son maître. Elle espère offrir un avant-goût de ce que la calligraphie lui a donné à la prochaine génération. « Avec la calligraphie, vous rencontrerez sûrement des difficultés. Parfois, votre écriture ne sera pas assez fluide. Vous serez frustrés et vous apprendrez à faire face aux défis. Mais ce que vous réaliserez à la fin est merveilleux. Et je crois que c'est ce que j'espère partager. Je n’ai pas atteint le niveau de mon maître - il est impossible que je l’atteigne - mais j'espère pouvoir donner aux élèves un aperçu de certains de ses enseignements dans mes brefs cours de huit semaines. »

« Cependant, cela demande de la discipline et vous devrez probablement faire des changements importants dans votre vie pour intégrer la calligraphie, si vous travaillez à plein temps par exemple. Parfois, vivre à Londres semble aspirer votre énergie davantage que d'autres lieux plus calmes. C'est une ville occupée, mouvementée, je peux le comprendre. Mais pour ceux qui ont réussi à intégrer la pratique de la calligraphie, ils ont pu bénéficier de ce réconfort, se sentir apaisés. Et cela fait du bien. »

Year of Arabic Calligraphy

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Du blues de "Sinners" à une rare égalité: cinq temps forts des Oscars 2026

Priyanka Chopra et Javier Bardem sur scène. (AFP)
Priyanka Chopra et Javier Bardem sur scène. (AFP)
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  • Une bataille après l'autre triomphe aux Oscars, tandis que Sinners brille par sa performance musicale spectaculaire rendant hommage au blues et à la musique noire
  • Javier Bardem lance un message politique discret mais fort : « non à la guerre, libérez la Palestine », dans une cérémonie par ailleurs plutôt consensuelle

HOLLYWOOD: "Une bataille après l'autre" a triomphé aux Oscars dimanche devant "Sinners", auquel on doit un des temps forts de la cérémonie, une performance musicale magistrale.

Le blues de "Sinners" et la Corée de "KPop Demon Hunters" sur scène

Le blues s'est emparé du Dolby Theatre, transformé en bar de fortune dans une grange du Mississippi pour reproduire la scène musicale d'anthologie de "Sinners" (quatre Oscars dont la meilleure musique de film).

Miles Caton, qui interprète un fils de pasteur accro à la musique du diable, et l'auteur-compositeur-interprète Raphael Saadiq ont repris "I Lied To You", entourés d'artistes incarnant toutes les époques de la musique noire, de l'Afrique de l'Ouest jusqu'au hip-hop américain. Participaient à cet hommage le musicien Shaboozey et la danseuse étoile Misty Copeland, qui a récemment subi un remplacement de hanche.

Les chanteuses de "KPop Demon Hunters" (meilleur film d'animation) ont elles rendu hommage à la culture sud-coréenne en interprétant leur tube "Golden", meilleure chanson originale.

Robert Redford "cowboy intellectuel" pour Barbra Streisand

La cérémonie a honoré les figures du cinéma disparues récemment, dont l'acteur et réalisateur Robert Redford, "cow-boy intellectuel qui a tracé sa propre voie", selon Barbra Streisand, son amie depuis "Nos plus belles années" (1973).

Tué avec son épouse Michelle en décembre, le réalisateur Rob Reiner laisse en héritage des films qui "dureront des générations, parce qu'ils parlaient de ce qui nous fait rire et pleurer, et de ce à quoi nous aspirons à être", a dit Billy Crystal, héros de sa comédie romantique "Quand Harry rencontre Sally" (1989). Le fils du couple a plaidé non-coupable de ces meurtres.

Rachel McAdams, qui incarnait la fille de Diane Keaton dans "Esprit de famille" en 2005, a salué "une légende qui ne se terminera jamais".

Humour consensuel pour Conan O'Brien

"Je dois vous prévenir, cette soirée pourrait devenir politique", avait annoncé le présentateur de la cérémonie, l'humoriste Conan O'Brien. Ses piques sur le système de santé américain ou le patron de Netflix se sont avérées plutôt consensuelles.

C'est sur le traitement de l'affaire Epstein aux Etats-Unis qu'il a été le plus mordant, lançant: "C'est la première fois depuis 2012 qu'aucun Britannique n'est nommé dans les catégories meilleur acteur ou meilleure actrice. Un porte-parole britannique a déclaré: "+Ouais, mais au moins, nous on arrête nos pédophiles+".

En pleine guerre au Moyen-Orient déclenchée par Donald Trump, le ton est resté globalement très sage, hormis le "non à la guerre, libérez la Palestine" lancé par Javier Bardem sur scène.

"Bébé yoda" fait sa promo

Diffusée sur la chaîne américaine ABC, propriété du groupe Disney, la cérémonie a été l'occasion de faire la promotion de plusieurs films produits par la firme aux grandes oreilles.

"Bébé yoda", héros de la série "The Mandalorian" et du film "The Mandalorian and Grogu", en salles en France le 20 mai, est apparu dans le public. Anne Hathaway, à l'affiche du "Diable s'habille en Prada 2" le 29 avril, a remis un prix avec la papesse de la mode Anna Wintour. Et les "Avengers" Chris Evans et Robert Downey Jr se sont retrouvés sur scène avant la sortie de "Doomsday" le 16 décembre.

Les bandes-annonces ont ensuite été diffusées pendant les publicités.

Rare ex-aequo dans l'histoire des Oscars

Pour la 7e fois seulement depuis 1929, un prix a récompensé deux films ex-aequo. Le meilleur court métrage de fiction est revenu à "The Singers", de Sam Davis et Jack Piatt, et à une production française, "Deux personnes échangeant de la salive", d'Alexandre Singh et Natalie Musteata.

L'acteur et humoriste Kumail Nanjiani, qui remettait ce prix, s'est amusé de "l'ironie que l'Oscar du court métrage prenne deux fois plus de temps".

Barbra Streisand, pour "Funny Girl", et Katharine Hepburn, pour "Le Lion en hiver", s'étaient partagé le prix de la meilleure actrice en 1969. La dernière égalité remontait à 2013, avec "Skyfall" et "Zero Dark Thirty" dans la catégorie meilleur montage sonore.


L’Institut du monde arabe rend hommage à Leila Shahid

Engagée en politique dès ses 18 ans, cette proche de Yasser Arafat, qui parlait couramment anglais et français, a été la première femme à représenter l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l'étranger, à partir de 1989 en Irlande, puis aux Pays-Bas et au Danemark. (AFP)
Engagée en politique dès ses 18 ans, cette proche de Yasser Arafat, qui parlait couramment anglais et français, a été la première femme à représenter l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l'étranger, à partir de 1989 en Irlande, puis aux Pays-Bas et au Danemark. (AFP)
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  • Le président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré dans un communiqué que Leïla Shahid "avait incarné le modèle d'une diplomatie engagée envers les valeurs de liberté, de justice et de paix"
  • "Elle est la Palestine incarnée dans le monde francophone", a résumé de son côté le représentant adjoint de la Palestine à l'ONU Majed Bamya, évoquant sur X une personnalité "si universelle et si palestinienne"

PARIS: Mardi 31 mars 2026, l’Institut du monde arabe rendra hommage à Leila Shahid pour une soirée exceptionnelle. Proches, amis et compagnons de route évoqueront son parcours et son engagement, avec notamment les interventions d’Elias Sanbar, Karim Kattan et de nombreux invités. Un moment de mémoire et de dialogue pour saluer une grande voix de la Palestine.

Engagée en politique dès ses 18 ans, cette proche de Yasser Arafat, qui parlait couramment anglais et français, a été la première femme à représenter l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l'étranger, à partir de 1989 en Irlande, puis aux Pays-Bas et au Danemark.

Elle a ensuite été déléguée générale de l'Autorité palestinienne en France de 1994 à 2005, avant d'occuper les mêmes fonctions à Bruxelles auprès de l'UE durant la décennie suivante.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré dans un communiqué que Leïla Shahid "avait incarné le modèle d'une diplomatie engagée envers les valeurs de liberté, de justice et de paix".

"Elle est la Palestine incarnée dans le monde francophone", a résumé de son côté le représentant adjoint de la Palestine à l'ONU Majed Bamya, évoquant sur X une personnalité "si universelle et si palestinienne".

"Combattante infatigable" 

L'ancien Premier ministre français et ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin a salué, toujours sur X, "une ardente amoureuse de la culture, de la poésie et des arts", qui "fut de celles et ceux qui, dès les premières heures, crurent obstinément à la possibilité d'une paix juste et durable au Proche-Orient".

De nombreuses réactions en France sont venues de la gauche, à l'instar de l'ancienne ministre socialiste Martine Aubry, qui a évoqué une "inlassable militante pour la reconnaissance d'un État palestinien et pour la paix avec Israël".

"Leïla Shahid aura été de ces diplomates exemplaires qui marquent une génération", a pour sa part réagi dans un communiqué l'Institut du Monde Arabe (IMA): "Combattante infatigable, héroïne des temps modernes, elle portait la Palestine en elle avec force et dignité".

"Le désastre des souffrances du peuple palestinien à Gaza l'a hantée jusqu’à sa fin tragique", ajoute l’institution parisienne.

Face à la guerre dans la bande de Gaza, déclenchée par l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, Leïla Shahid n'avait eu de cesse d'appeler la communauté internationale à agir pour un cessez-le feu.

Mais dans un entretien à France-Inter deux jours après le 7-Octobre, elle se disait "pessimiste" quant à l'avenir de la Palestine, et mettait en garde contre une annexion par Israël de "ce qu'il reste comme territoires palestiniens".


La femme au cœur de la transformation saoudienne selon Doha Brahim

L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
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L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
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  • Décorés sobrement, mais avec beaucoup d’élégance, les salons de la résidence de l’Arabie saoudite ont été, l’espace d’une soirée, un lieu de retrouvailles et de convivialité
  • Après une brève allocution de bienvenue, Al Ruwaily a donné la parole à la docteure Doha Brahim, spécialiste en administration des affaires et membre de la Commission des droits de l’homme en Arabie saoudite depuis 2020

PARIS: Délicatesse et chaleur humaine étaient au rendez-vous lors de l’iftar organisé par l’épouse de l’ambassadeur saoudien à Paris, Fatima Al Ruyaily, qui a réuni plusieurs dizaines de personnalités féminines connues de la place parisienne.

Décorés sobrement, mais avec beaucoup d’élégance, les salons de la résidence de l’Arabie saoudite ont été, l’espace d’une soirée, un lieu de retrouvailles et de convivialité.

Après une brève allocution de bienvenue, Al Ruwaily a donné la parole à la docteure Doha Brahim, spécialiste en administration des affaires et membre de la Commission des droits de l’homme en Arabie saoudite depuis 2020.

De passage à Paris pour quelques heures seulement, la docteure Brahim a livré un témoignage éclairant sur l’évolution de la place des femmes dans le Royaume.

Vision 2030 et promotion du rôle des femmes

Arrivée le matin même de Riyad, elle devait repartir dès le lendemain, mais son intervention a permis de mesurer l’ampleur des transformations engagées ces dernières années.

Au cœur de son propos : la Vision 2030, vaste programme de réformes lancé par le Royaume pour diversifier son économie et transformer en profondeur la société saoudienne.

« Nous vivons un moment historique dans l’histoire de notre pays », a-t-elle déclaré, ajoutant que cette vision stratégique constitue bien plus qu’un projet économique : elle dessine une transformation globale fondée sur l’innovation, le progrès social et l’ouverture culturelle.

Portée par le roi Salman ben Abdelaziz et mise en œuvre par le prince héritier Mohammed ben Salmane, la Vision 2030 place le développement humain au cœur de ses priorités. « Les citoyens sont à la fois le moteur, le sujet et les bénéficiaires de cette vision », a insisté Doha Brahim.

Dans ce cadre, la promotion des femmes occupe une place centrale. Loin d’être perçue comme un simple symbole ou un privilège, l’autonomisation féminine est présentée comme un droit fondamental et un levier indispensable du développement.

« Un développement global ne peut être atteint que par la participation de tous », a-t-elle affirmé, soulignant que les réformes engagées dépassent le cadre économique pour s’inscrire dans une véritable transformation culturelle et sociale.

Cette évolution s’inscrit également dans les engagements internationaux du Royaume, notamment dans le cadre des Objectifs de développement durable des Nations unies, parmi lesquels figure l’égalité entre les sexes.

Au cours des dernières années, l’Arabie saoudite a multiplié les initiatives destinées à mesurer et encourager la participation des femmes dans la société, parmi lesquelles la création d’outils statistiques et d’institutions dédiées, comme l’Observatoire national des femmes, chargé de suivre leur participation dans les différents secteurs de la vie publique et économique.

Ces efforts commencent à produire des résultats tangibles, souligne Brahim. La participation des femmes au marché du travail a connu une progression spectaculaire, passant d’environ 17 % à plus de 36 %, dépassant même les objectifs initialement fixés dans le cadre de la Vision 2030.

Aujourd’hui, les femmes saoudiennes occupent des postes dans des domaines autrefois largement masculins. Elles participent à la vie politique à travers leur présence dans les instances consultatives, exercent des responsabilités diplomatiques et contribuent activement au développement économique.

La femme saoudienne est également présente dans les secteurs d’avenir, notamment la technologie, l’innovation et l’entrepreneuriat, et cette présence ne cesse de croître.

De nombreuses femmes créent désormais leurs propres entreprises, contribuant à dynamiser l’économie nationale et à renforcer le tissu entrepreneurial du pays.

L’éducation constitue l’un des moteurs les plus puissants de cette transformation, puisque les femmes représentent aujourd’hui plus de la moitié des étudiants dans les universités du Royaume, notamment dans les disciplines scientifiques.

Certaines participent désormais à des projets scientifiques internationaux majeurs, affirme Brahim, qui signale au passage la participation d’une astronaute saoudienne à une mission vers la Station spatiale internationale.

La transformation touche également des domaines inattendus : les femmes s’illustrent dans les arts, la littérature et la culture, devenant des ambassadrices de l’identité saoudienne sur la scène internationale.

Mais c’est peut-être dans les secteurs de la sécurité et de la justice que le changement apparaît le plus marquant, car les femmes sont désormais présentes dans les forces armées, la garde nationale ou encore l’armée de l’air.

Parallèlement, le système judiciaire s’est ouvert à leur participation, avec un nombre croissant d’avocates et de juristes. Sur la scène diplomatique, plusieurs femmes ont été nommées ambassadrices, représentant le Royaume dans des capitales importantes et au sein d’organisations internationales, y compris auprès de l’Union européenne.

Le sport féminin constitue un autre symbole de cette évolution rapide. En quelques années seulement, l’Arabie saoudite est passée d’une absence quasi totale de pratique sportive féminine à la création de ligues professionnelles et à la participation de sportives saoudiennes à des compétitions internationales.

Pour Doha Brahim, ces évolutions traduisent une transformation profonde de la société saoudienne. « Le parcours d’autonomisation des femmes n’est pas un projet temporaire », a-t-elle souligné. Il s’inscrit dans une dynamique de long terme visant à construire une société plus inclusive et durable.

« Nous ne construisons pas seulement une économie », a-t-elle conclu, « nous construisons aussi une société fondée sur la justice, le partenariat et l’égalité des opportunités ».

L’iftar, qui s’est prolongé par un échange entre les convives sur le potentiel des femmes et le rôle central qui leur revient dans le développement social, a constitué une parenthèse de détente et d’espoir au milieu des turbulences que traverse le monde.