Netanyahou échoue à former un gouvernement, ouvrant la voie à ses rivaux

«Peu avant minuit, M. Netanyahou a informé la présidence qu'il était incapable de former un gouvernement et donc qu'il rendait au président le mandat». (Photo, AFP)
«Peu avant minuit, M. Netanyahou a informé la présidence qu'il était incapable de former un gouvernement et donc qu'il rendait au président le mandat». (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 05 mai 2021

Netanyahou échoue à former un gouvernement, ouvrant la voie à ses rivaux

  • Si l'opposition parvient à former un gouvernement, une page de l'histoire d'Israël se tournera avec le départ de Benjamin Netanyahu
  • Le Premier ministre le plus pérenne de l'histoire d'Israël n'a pas réussi à réunir une majorité de 61 députés pour former un gouvernement

JERUSALEM: Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, jugé pour «corruption» dans une série d'affaires, a échoué mercredi à former un gouvernement dans les délais prévus, ouvrant ainsi la voie à ses adversaires qui cherchent à le chasser du pouvoir. 

Lundi, les chaînes israéliennes ont rivalisé de scénarios, parfois des plus intrigants, permettant au Likoud (droite) de M. Netanyahou de rester au pouvoir en ralliant l'ensemble des forces de droite, voire des islamistes, pour atteindre la majorité parlementaire.   

En tête avec 30 sièges, sur les 120 de la Knesset, lors des législatives du 23 mars - les quatrièmes en moins de deux ans en Israël - M. Netanyahu avait reçu le mois dernier du président Reuven Rivlin le mandat de former un gouvernement.

Mais après des semaines d'intrigues, de discussions de couloirs, et de rumeurs parfois contradictoires, le Premier ministre le plus pérenne de l'histoire d'Israël n'a pas réussi à réunir une majorité de 61 députés pour former un gouvernement.

«Peu avant minuit, M. Netanyahu a informé la présidence qu'il était incapable de former un gouvernement et donc qu'il rendait au président le mandat», a indiqué dans un bref communiqué le bureau du président Rivlin.

«Opportunité historique»

Alors que se passe-t-il ensuite? Le président israélien doit entrer en contact, dès mercredi matin selon ses services, avec les élus de la Knesset pour discuter de la marche à suivre et ainsi tenter d'en finir de ce feuilleton aux airs «d'histoire sans fin».

Le centriste Yaïr Lapid, ancien journaliste et animateur de télé vedette, à la tête depuis près d'une dizaine d'années de la formation Yesh Atid («Il y a un futur»), s'est dit lundi prêt à se voir confier la tâche de former un gouvernement. 

«Le temps pour un nouveau gouvernement est venu (...) il s'agit d'une opportunité historique de briser les barrières qui divisent la société israélienne, d'unir les religieux et les laïcs, la gauche, la droite et le centre», a lancé M. Lapid. 

Et d'accuser du même souffle le Premier ministre Netanyahu et son équipe de ne pas avoir empêché la tragédie «évitable» du Mont Meron, où 45 juifs sont morts vendredi dans une bousculade géante en plein pèlerinage réunissant des dizaines de milliers de juifs ultra-orthodoxes.  

Le «bloc du changement»

Au cours des dernières semaines, Benjamin Netanyahou a tenté de former un «gouvernement de droite» avec ses alliés des partis ultra-orthodoxes et les formations de droite radicale Yamina et d'extrême droite «Sionisme religieux». 

Mais en ajoutant ces appuis, son compteur politique s'est arrêté à 59 élus, à deux députés près de la majorité parlementaire. 

Pour tenter d'atteindre ce seuil, le Premier ministre a tenté sans succès de rapatrier des frondeurs de droite ayant quitté le Likoud pour former le parti conservateur «Nouvel Espoir» et a courtisé le parti islamiste Raam de Mansour Abbas, ce qui a ulcéré l'extrême droite.

Mais l'opposition réussira-t-elle aujourd'hui là où Benjamin Netanyahu a échoué hier? Dans un premier temps, le chef de l'opposition doit s'assurer d'obtenir le mandat de former le gouvernement. 

A ce titre l'ancien chef de l'armée, Benny Gantz, a dit mardi soir avoir «parlé avec tous les leaders des partis pro-changement pour leur demander de recommander à ce que M. Lapid obtienne le mandat de former le gouvernement», pour ensuite former ensemble un gouvernement «en quelques heures».

Mais une fois réunies les voix ouvertement «anti-Netanyahou» au sein de la gauche, du centre et de la droite, le compteur de ce «bloc du changement» s'arrête à 51 députés. 

Et il lui faudrait donc rallier dix autres sièges parmi les partis arabes (10 élus au total) ou de la formation de droite radicale Yamina dirigée par Naftali Bennett, à qui M. Netanyahou a même proposé lundi, mais sans succès, le poste de Premier ministre dans une rotation du pouvoir.

Si l'opposition parvient à former un gouvernement, une page de l'histoire d'Israël se tournera avec le départ de Benjamin Netanyahou, qui a passé les 12 dernières années au pouvoir. Sinon, les Israéliens risquent de retourner aux urnes... pour une cinquième fois en un peu plus de deux ans. 


Liban: un proche du Hezbollah arrêté pour espionnage au profit d'Israël 

Israeli Defense Minister Israel Katz said Wednesday that the United States has not demanded that Israel withdraw its troops from southern Lebanon, a condition set by Lebanon in ongoing ceasefire negotiations. (AFP/File)
Israeli Defense Minister Israel Katz said Wednesday that the United States has not demanded that Israel withdraw its troops from southern Lebanon, a condition set by Lebanon in ongoing ceasefire negotiations. (AFP/File)
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  • "Un agent de premier plan au service d'Israël a été arrêté à Beyrouth", a déclaré ce responsable sous couvert d'anonymat. Il est accusé d'avoir transmis "des informations détaillées à Israël"
  • Le suspect était "très proche de responsables du Hezbollah", ce qui lui permettait d'avoir accès à "un vaste éventail d'informations", selon cette source

BEYROUTH: Les autorités libanaises ont arrêté un proche du Hezbollah pro-iranien soupçonné d'espionnage au profit d'Israël, a indiqué mardi à l'AFP un responsable judiciaire.

"Un agent de premier plan au service d'Israël a été arrêté à Beyrouth", a déclaré ce responsable sous couvert d'anonymat. Il est accusé d'avoir transmis "des informations détaillées à Israël ayant conduit à l'assassinat de cadres du Hezbollah, dont quatre hauts responsables sécuritaires".

Le suspect était "très proche de responsables du Hezbollah", ce qui lui permettait d'avoir accès à "un vaste éventail d'informations", selon cette source.

Il a été arrêté la semaine dernière à l'aéroport de Beyrouth, alors qu'il s'apprêtait à se rendre en Irak, puis déféré devant le tribunal militaire où il doit être jugé, a ajouté le responsable judiciaire.

Originaire du sud du Liban, il est marié à une Irakienne et faisait régulièrement la navette entre le Liban et l'Irak, avant de se rendre en Turquie "pour rencontrer des officiers et des agents liés au Mossad israélien", d'après la même source.

Il leur "fournissait des informations sur des cibles potentielles dont il collectait des données à Beyrouth, avant qu'elles ne soient ensuite attaquées", a ajouté le responsable, sans préciser l'identité des responsables du Hezbollah visés ni la date de leur assassinat.

Israël a mené des opérations ciblées au Liban contre le Hezbollah depuis que le mouvement islamiste a ouvert un front en soutien au Hamas en octobre 2023, puis le 2 mars en soutien à l'Iran.

Ces opérations ont conduit à l'assassinat des principaux responsables du Hezbollah, dont son chef Hassan Nasrallah en septembre 2024, ainsi qu'à la destruction d'une grande partie de son arsenal.

En octobre 2025, un responsable judiciaire avait indiqué à l'AFP que les autorités libanaises avaient arrêté, au cours des mois précédents, 32 personnes reconnues coupables ou soupçonnées d'avoir transmis à Israël des informations sur des dirigeants du Hezbollah.

Au Liban, officiellement en état de guerre avec Israël, toute prise de contact avec le pays voisin est passible d'emprisonnement.

Au cours des années précédant les deux dernières guerres, des dizaines de personnes avaient été arrêtées et jugées pour collaboration avec Israël, dont plusieurs recrutées sur internet après la crise économique de 2019. Certaines ont été condamnées à des peines allant jusqu'à 25 ans de prison.


En pleines discussions à Rome, Israël se dit prêt à avancer sur deux «zones pilotes» au Liban

Israël s'est dit prêt à avancer dans le projet de retrait de ses troupes de deux zones du sud du Liban, au moment où se tiennent mardi de nouvelles négociations à Rome dans l'ombre d'une reprise des hostilités au Moyen-Orient. (AFP)
Israël s'est dit prêt à avancer dans le projet de retrait de ses troupes de deux zones du sud du Liban, au moment où se tiennent mardi de nouvelles négociations à Rome dans l'ombre d'une reprise des hostilités au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Les deux pays, techniquement en état de guerre depuis des décennies, avaient conclu le 26 juin un accord-cadre en vue d'une "paix durable", à l'issue de cinq cycles de discussions à Washington
  • Le ministre des Affaires étrangères israélien, Gideon Saar, a déclaré que son pays était prêt à "aller de l'avant" dans la mise en oeuvre de deux "zones pilotes", revendication clé du pouvoir libanais

ROME: Israël s'est dit prêt à avancer dans le projet de retrait de ses troupes de deux zones du sud du Liban, au moment où se tiennent mardi de nouvelles négociations à Rome dans l'ombre d'une reprise des hostilités au Moyen-Orient.

Les deux pays, techniquement en état de guerre depuis des décennies, avaient conclu le 26 juin un accord-cadre en vue d'une "paix durable", à l'issue de cinq cycles de discussions à Washington.

Mais le Hezbollah, armé et financé par Téhéran, rejette ce texte dont l'application doit commencer par le retrait israélien de "zones pilotes" dans le sud du Liban.

Le ministre des Affaires étrangères israélien, Gideon Saar, a déclaré que son pays était prêt à "aller de l'avant" dans la mise en oeuvre de deux "zones pilotes", revendication clé du pouvoir libanais.

"J'espère et j'ai bon espoir que cette série de discussions à Rome y contribuera", a-t-il déclaré depuis Jérusalem.

Aucune information n'a filtré à ce stade des pourparlers dans la capitale italienne.

Des journalistes de l'AFP ont vu les voitures des délégations entrer dans l'enceinte de l'ambassade américaine sous haute sécurité mardi matin, tandis que l'ambassade, sollicitée, s'est refusée à tout commentaire.

"Se retirer progressivement" 

La délégation libanaise "a reçu comme instruction de réclamer le début immédiat du retrait des forces israéliennes de deux zones pilotes avant toute autre discussion", avait fait savoir la présidence libanaise lundi soir.

Selon une source diplomatique libanaise informée de la teneur des négociations, "l'armée libanaise est prête à prendre progressivement le contrôle des localités dont l'armée israélienne se retirerait".

"Israël est disposé à se retirer progressivement, à condition que le Hezbollah ne soit pas présent dans les zones évacuées et que l'armée libanaise dispose des capacités nécessaires pour maintenir ces secteurs démilitarisés et empêcher tout retour du mouvement", explique l'analyste israélienne Orna Mizrahi.

Une délégation militaire américaine a d'ailleurs entamé samedi à Beyrouth des discussions avec l'armée libanaise sur les modalités de mise en oeuvre du retrait israélien de l'une de ces "zones pilotes".

L'accord-cadre a été conclu après l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu fragile dans la nouvelle guerre qui a éclaté début mars entre le Hezbollah et l'armée israélienne. Le mouvement chiite avait entraîné le Liban dans le conflit en bombardant Israël en représailles aux frappes américano-israéliennes contre l'Iran.

L'armée israélienne poursuit cependant des frappes limitées dans le sud, où un drone a visé mardi la localité de Nabatiyé al-Fawqa et procède à des destructions dans les villages qu'elle occupe, selon les médias officiels libanais.

"Réfléchir à deux fois" 

Depuis le début de ce conflit, ces frappes israéliennes ont fait depuis plus de 4.300 morts, d'après les autorités libanaises. Sur la même période, l'armée israélienne a annoncé la mort de 38 soldats et d'un contractuel civil au Liban.

"Les chances d'une percée à Rome sont assez limitées", estime Karim Bitar, enseignant à Sciences Po Paris, qui voit plutôt dans cette réunion "l'opportunité de montrer que le processus est encore en place (...), qu'il y a des négociations qui perdurent malgré les oppositions et les obstacles qui commencent à apparaître".

Téhéran avait exigé l'arrêt des hostilités au Liban pour conclure un protocole d'accord avec Washington le 17 juin.

Mais ce texte semble avoir volé en éclats après des frappes américaines et iraniennes au Moyen-Orient d'une ampleur inédite depuis la mise en place d'un cessez-le-feu début avril.

"Les Iraniens veulent établir un lien entre les deux dossiers, tandis que nous souhaitons les dissocier", relève Orna Mizrahi.

"Chaque fois qu'ils en auront l'occasion, ils (les Iraniens) chercheront à faire échouer ce qui se passe sur la scène libanaise", ajoute cette chercheuse spécialiste du Liban à l'Institut pour les études de sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv. Même si Téhéran a actuellement d'autres priorités, notamment le contrôle du détroit d'Ormuz.

Karim Bitar souligne pour sa part que le risque d'une reprise des violences au Liban en raison du contexte régional "n'est bien évidemment pas négligeable".

"Mais je pense que l'Iran aujourd'hui y réfléchira à deux fois avant de demander au Hezbollah de lancer de nouvelles frappes contre Israël", dit-il.

Selon lui, Téhéran "souhaite maintenir le Hezbollah comme instrument de dissuasion à long terme et ne veut pas l'utiliser immédiatement pour ouvrir un nouveau front".


Netanyahu avertit les dirigeants iraniens qu'Israël ripostera en cas d'attaque

Un homme tient une pancarte sur laquelle figurent des photos du guide suprême iranien, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, aux côtés de l'officier militaire assassiné Qasem Soleimani, alors qu'il assiste à la cérémonie d'adieu organisée en l'honneur de l'équipe nationale iranienne de football avant son départ pour la Coupe du monde de la FIFA 2026, à Téhéran, le 13 mai 2026. (AFP)
Un homme tient une pancarte sur laquelle figurent des photos du guide suprême iranien, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, aux côtés de l'officier militaire assassiné Qasem Soleimani, alors qu'il assiste à la cérémonie d'adieu organisée en l'honneur de l'équipe nationale iranienne de football avant son départ pour la Coupe du monde de la FIFA 2026, à Téhéran, le 13 mai 2026. (AFP)
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  • Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a averti mardi les dirigeants iraniens qu'Israël riposterait en cas d'attaque
  • "Je le dis aux dirigeants iraniens : ne comptez pas sur le calme si vous nous attaquez (...), l'époque où l'on pouvait nous frapper sans que nous ripostions de manière décisive est révolue"

JERUSALEM: Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a averti mardi les dirigeants iraniens qu'Israël riposterait en cas d'attaque, alors que les frappes américaines et iraniennes ont repris avec une ampleur inédite depuis le cessez-le-feu d'avril.

"Je le dis aux dirigeants iraniens : ne comptez pas sur le calme si vous nous attaquez (...), l'époque où l'on pouvait nous frapper sans que nous ripostions de manière décisive est révolue", a déclaré M. Netanyahu lors d'une conférence, selon une vidéo diffusée par son cabinet.