Le tourisme au ralenti en Grèce en raison de la pandémie

La plage de Glyfada sur l'île de Corfou, le 30 juin 2020, après des mois de fermeture en raison de la propagation du Covid-19. (Angelos Tzortzinis/ AFP)
Short Url
Publié le Dimanche 23 août 2020

Le tourisme au ralenti en Grèce en raison de la pandémie

  • En 2019, un chiffre record de 4,5 milliards de voyageurs ont pris l’avion pour les loisirs et les affaires dans le monde, soit plus que le double d’il y a 15 ans
  • Tout cela a été bouleversé par la COVID-19. Les compagnies aériennes et de croisières ont réduit leurs effectifs afin de s’adapter à une « nouvelle réalité » qui est encore en train d’être définie

"La saison d’été qui dure généralement quatre mois a été réduite à quatre semaines et ceux qui sont dépendants du tourisme se démenaient pour rattraper le temps perdu", indique l'AFP. 

Notre plan pour les vacances avant la pandémie de Covid-19 était d’aller plus loin cet été. Notre objectif était clair : explorer les îles des Cyclades orientales de Grèce, au-delà des destinations touristiques de Mykonos, Santorin et Paros.

Nous voulions visiter les îles moins développées, ce qui nous nous rappellerait nos voyages lorsque nous étions encore étudiants et que le pays avait cet aspect qui suscitait la curiosité — moins découvert, moins peuplé et donc plus distinctif.

Au milieu de la crise de COVID-19, l'itinéraire que nous avions construit à l'origine convenait parfaitement à la nouvelle réalité à laquelle nous avons soudainement été confrontés. Les îles choisies, l’île montagneuse et mystérieuse d’Amorgos et l’île de Koufonosia aux plages vierges et aux eaux cristallines correspondaient exactement aux recommandations sanitaires. Aucune des deux n'a eu un seul cas de Covid-19 car les deux étaient, la plupart du temps, coupées du continent à l’apogée de la pandémie.

Le gouvernement du Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a rapidement mis en place des mesures strictes pour limiter la propagation du virus, une décision très applaudie en Grèce, reconnue internationalement pour sa bonne gestion. Athènes a ensuite emprunté la voie la plus sûre en décidant de se rouvrir au tourisme en suivant les recommandations émises par Bruxelles, s'ouvrant à d'autres membres de l'Union européenne et à un nombre limité de destinations internationales, avec un effort touristique majeur à partir du 1er juillet.

Le secteur du tourisme est vital pour l’économie grecque, représentant environ un cinquième du PIB. Avant la COVID-19, le pays espérait dépasser son record de 34 millions de touristes en 2019 et plus de 20 milliards de dollars de revenus. C’était certes un numéro d’équilibriste difficile pour tous les gouvernements qui voulaient en même temps protéger leurs citoyens et tenter de réaliser toute croissance possible durant la récession mondiale la plus profonde depuis près d’un siècle.

En juillet, la directrice générale de notre hôtel à Amorgos nous a raconté que l’île ressemble toujours à ce qu’elle était il y a 20 ans, avant que la Grèce ne devienne une destination internationale. Les réservations étaient à moins de 50% pendant les deux premières semaines du mois, alors qu’elle s’attendait à un tau d’occupation de 80 pourcents en août.

Notre séjour était donc égoïstement idyllique, un contraste frappant avec nos deux visites estivales précédentes durant lesquelles nous avions du mal à trouver des places dans les ferries à grande vitesse, sur les plages et dans les cafés. Cette fois-ci, nous avons partagé les plages vierges notamment avec des citoyens grecs et des touristes français et italiens élégants et toutes les tavernes nous ont accueillies.

Notre randonnée au monastère de Hozoviotissa datant du XIe siècle à Amorgos était onirique parce que nous avons pu discuter avec des guides de l'icône de la Vierge Marie venant de Palestine et datant du 5ème siècle sans être jetés dehors pour accueillir des foules d'autres personnes qui attendent d'entrer. De même, quelques jours plus tard, nous étions les seuls visiteurs du monastère Aghios Giorgios Valsamitis, plus au sud.

Lorsque nous sommes arrivés à la petite mais de plus en plus en vogue île de Koufonisia quelques jours avant d’accueillir la première semaine d’août, on pouvait voir que les portes de la Grèce s’étaient ouvertes davantage. Un restaurant de fruits de mer qui était agréablement actif et qui servait une cuisine simple et excellente était devenu submergé lors de notre seconde visite et le propriétaire tentait de placer le plus grand nombre de tables sur un front de mer pittoresque.

La saison d’été qui dure généralement quatre mois a été réduite à quatre semaines et ceux qui sont dépendants du tourisme se démenaient pour rattraper le temps perdu. Les réservations de dernière minute de touristes venant de Grande-Bretagne et d’Allemagne pour clôturer le mois d'août ont soulagé les habitants de ce pays de rêve cycladique, mais cela soulève également la question de savoir s'il existe une « troisième façon » de trouver le bon équilibre de volume touristique sans submerger un pays.

Ceci est particulièrement vrai pour la Grèce et pour les autres destinations européennes à volume élevé qui figurent souvent dans le top cinq mondial, comme la France, le Royaume-Uni et l’Italie. Le tourisme a tellement augmenté au cours de la dernière décennie que les centres-villes historiques de ces pays ont été creusés pour faire place à des locations à court terme.

En 2019, un chiffre record de 4,5 milliards de voyageurs ont pris l’avion pour les loisirs et les affaires dans le monde, soit plus que le double d’il y a 15 ans. Le voyage et le tourisme ont généré un peu moins de 3 trillions de dollars de revenus et comptaient pour un emploi sur dix dans le monde, selon le World Travel and Tourism Council. Au Moyen-Orient, des scores sont employés dans le tourisme, qui envoient à leur tour des fonds vitaux à des pays comme l’Égypte, le Liban, la Jordanie et les Philippines.

Tout cela a été bouleversé par la COVID-19. Les compagnies aériennes et de croisières ont réduit leurs effectifs afin de s’adapter à une « nouvelle réalité » qui est encore en train d’être définie. Alors que des destinations prisées comme la Grèce se remettent du choc de la pandémie, devraient-elles retourner à l'époque grisante des réservations effrénées, des infrastructures mal en point et de la mentalité de « croissance à tout prix » ?

La majorité des employeurs et des employés qui travaillent dans le secteur diraient oui. Ceux qui sont comme nous, qui ont visité le pays pendant des décennies et mieux profité cette fois-ci, laisseraient entendre que nous pourrions tirer une leçon de cette pandémie — la Grèce au ralenti serait idéale.

 

John Defterios est rédacteur en chef des marchés émergents de CNN Business et présentateur basé à Abou Dhabi.

Twitter: @JDefteriosCNN

L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com