Interview: «Entre l’UE et l’Arabie saoudite, un partenariat dans un même esprit visionnaire»

Interview: «Entre l’UE et l’Arabie saoudite, un partenariat dans un même esprit visionnaire»
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Publié le Dimanche 09 mai 2021

Interview: «Entre l’UE et l’Arabie saoudite, un partenariat dans un même esprit visionnaire»

  • L’un des domaines particulièrement prometteurs pour les futurs échanges commerciaux entre l’Europe et l’Arabie saoudite est la production d'énergie propre
  • L’ambassadeur de l’UE en Arabie saoudite a accordé un entretien à Arab News pour marquer la Journée de l'Europe, qui célèbre la paix et l'unité au cœur du projet de l'UE

RIYAD: Tous les ans, le 9 mai, les 27 États membres de l’Union européenne (UE) célèbrent la Journée de l’Europe, en reconnaissance de l’intégration et de la diversité, et des décennies de paix que vit le continent. Si cette journée est l'occasion de réfléchir au passé agité de l’Europe, et à ses défis actuels, elle lui permet aussi de regarder vers l'avenir, selon Patrick Simonnet, ambassadeur de l'UE en Arabie saoudite, à Bahreïn et Oman. 

«C’est toujours une chance pour nous de nous souvenir de la valeur de la paix et de l’unité, qui sont au cœur même du projet européen», déclare le diplomate français à Arab News lors d’une interview exclusive. «Cela fait partie de notre ADN, de l’identité de l’Europe.» 

Le 9 mai est une date importante: elle commémore cette journée de 1950, au cours de laquelle les anciens ennemis, la France et l'Allemagne, se sont unis dans le cadre de la déclaration Schuman pour créer le groupe précurseur de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (Ceca). Un accord qui a jeté les bases de l'UE moderne, un groupe d’échanges commerciaux englobant aujourd'hui 448 millions d'habitants parlant 24 langues. 

«La Journée de l'Europe nous aide à regarder d'où nous venons, deux guerres mondiales, puis la décision de nous unir. Je pense que l'Europe n'est pas en mauvais état à l’heure actuelle. Nous faisons face à de nombreux défis, mais nous avons aussi de grands projets», explique l’ambassadeur. «La Journée de l'Europe vise sans aucun doute à regarder vers l'avenir, à se questionner sur l’héritage que nous laisserons à nos enfants, sur la gestion de cette pandémie, et la lutte contre le changement climatique, entre autres.» 

EN CHIFFRES

  • 6  ̶  Membres fondateurs de la Communauté européenne du charbon et de l'acier. 
  • 27  ̶  Total des États membres de l'UE. 
  • 447 millions – Estimation de l’ensemble de la population de l'UE. 

Simonnet pense que l'UE et le Royaume partagent le même esprit visionnaire, en créant un partenariat dynamique. Il établit des parallèles entre le Pacte vert européen (l'initiative de développement durable de l'UE lancée en décembre 2019) et les principaux objectifs de développement du programme de la Vision 2030 de l'Arabie saoudite, qui vise à diversifier l'économie non pétrolière du Royaume, à autonomiser ses citoyens, et à encourager l'ouverture aux visiteurs et aux investisseurs. 

«J'ai été très heureux de célébrer cette semaine le cinquième anniversaire de la Vision 2030, à dix ans de sa mise en application totale», a déclaré Simonnet à Arab News. «C’est un sujet crucial. Je pense que vous l’entendrez de tous les Européens, il s'agit d'un programme remarquable, qui se rapproche également beaucoup de certains aspects du Pacte vert européen, l'équivalent de la Vision 2030 pour l'Europe.» 

«Il s’agit d’un programme très ambitieux. C’est une source d’inspiration pour le reste de la région. Nous pensons que c’est une excellente base pour nous en termes de coopération économique. Il existe de nombreux secteurs d’intérêt commun dans lesquels nous pensons pouvoir travailler ensemble», affirme également Simonnet. 

L'UE moderne est aujourd'hui un bloc commercial qui compte 448 millions d'habitants parlant 24 langues. (AFP / Fichier Photo)
L'UE moderne est aujourd'hui un bloc commercial qui compte 448 millions d'habitants parlant 24 langues. (AFP / Fichier Photo)

 

DATES MARQUANTES DE L'UE

1950 Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères propose la mise en commun des ressources

1951 Création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier

1957 Traité de Rome signé par six nations pour former la CEE et l'Euratom

1979 Premières élections au Parlement européen

1986 Date limite fixée pour la création du marché unique européen

1992 Le traité de Maastricht établit l'Union européenne (UE)

Les accords de Schengen de 1995 entrent en vigueur dans 7 États membres

1999 Introduction de l'euro comme monnaie unique européenne

2009 Le traité de Lisbonne signé en 2007 entre en vigueur

Actuellement, environ 28% de toutes les importations saoudiennes proviennent d’Europe, ce qui fait de l’UE le deuxième plus grand partenaire commercial du Royaume. L’un des domaines particulièrement prometteurs pour les futurs échanges commerciaux est la production d'énergie propre. 

«Il existe un grand potentiel pour les exportations d'hydrogène de l'Arabie saoudite vers l'Europe, à un moment où les pays européens  essayent de devenir plus propres dans le type de carburant qu’ils consomment», précise-t-il. «Que l'ambition du Royaume soit d'être l'un des principaux exportateurs d'hydrogène, qu'il soit bleu ou vert, est vraiment très important pour nous. Cela pourrait nous aider à atteindre nos propres objectifs climatiques.» 

Simonnet a apporté son soutien aux Initiatives vertes d'Arabie saoudite et du Moyen-Orient, deux programmes lancés en avril de cette année, visant à réduire les émissions de carbone, stimuler les énergies renouvelables, protéger les écosystèmes et reboiser des parties du Royaume, et du Moyen-Orient dans son ensemble.              

L’ambassadeur fait part de son admiration pour l'engagement de la Vision 2030 en faveur du tourisme, notamment le plan de développement du site historique d’AlUla, lancé en avril, qui, selon lui, attirera les investissements étrangers, tout en partageant la diversité et la richesse de la culture saoudienne avec le monde. 

«Nous sommes tous impressionnés par le vaste potentiel et les énormes développements dans le pays en termes d'installations touristiques», souligne Simonnet. «Le tourisme est peut-être un mot trop simpliste, car il s’agit de diversité, de culture, de traditions, de nature, mais aussi également d’innovation.» 

«L’objectif n’est donc pas seulement de promouvoir la diversité de la culture. Je pense que le Royaume a un très grand potentiel pour devenir une plaque tournante régionale, et même mondiale, qui attirera certainement toute l'attention des investisseurs et des touristes», précise l’ambassadeur.  

La relation entre l’Arabie saoudite et l’UE est cimentée par de nombreux problèmes communs de sécurité, notamment la lutte contre le terrorisme, la guerre contre la drogue et le conflit au Yémen. 

«Le Yémen est situé sur la mer Rouge. C’est par la mer Rouge que transite 20% de tout le commerce européen. Si le trafic maritime est perturbé dans cette zone maritime, le commerce devra trouver un autre itinéraire plus complexe. Nous avons donc un intérêt clair en matière de sécurité», assure Simonnet, qui a réagi positivement à l'initiative de paix saoudienne annoncée en mars. 

«La sécurité de la navigation, la stabilité, la lutte contre le terrorisme, l’extrémisme, la lutte contre la drogue, tout cela constitue notre programme commun de sécurité. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin de procéder à de nombreuses consultations politiques, et visites dans les deux sens. C'est une base vraiment solide pour notre partenariat», conclut Simonnet. 

Twitter: @NoorNugali 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur arabnews.com 

 

COMMENT L'EUROPE EST PASSÉE DE L'ENDETTEMENT ET DE LA RUINE À LA PAIX ET À LA PROSPÉRITÉ

La Journée de l'Europe, commémorée le 9 mai de chaque année, célèbre la paix et l'unité sur le continent. En ce jour de 1950, Robert Schuman, alors ministre français des Affaires étrangères, expose à Paris son idée d'une nouvelle forme de coopération politique qui rendrait impensable la guerre entre nations européennes.

À peine cinq ans plus tôt, le continent était sorti de la Seconde Guerre mondiale dans un état de ruine, avec des millions de morts et de déplacés, des économies gravement déformées et des gouvernements grevés de dettes.

Le désir généralisé de coopération - d'abord pour se remettre, puis pour garantir qu'un tel conflit ne se reproduirait jamais - donne lieu en 1950 à la création d'un bloc commercial, la Communauté européenne du charbon et de l'acier, comprenant la Belgique, la France, l'Allemagne de l'Ouest, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas.

Cette initiative est suivie en 1957 par le traité de Rome, qui crée la Communauté économique européenne, également connue sous le nom de Marché commun. Avec la suppression des tarifs commerciaux entre les États membres, le continent connaît une décennie de croissance économique fulgurante dans les années 1960.

En 1973, la communauté se développe, avec l'adhésion du Danemark, de l'Irlande et du Royaume-Uni au bloc. À la fin de la décennie, les premières élections européennes ont eu lieu, renforçant l'influence du Parlement européen et de ses membres élus au suffrage direct.

L’expansion de l’UE s’est accélérée dans les années 80, avec l’adhésion de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal au bloc. L'Acte unique européen a été signé en 1986 pour régler les problèmes commerciaux et créer le marché unique. Les plus grands bouleversements sont cependant à venir, avec la chute du mur de Berlin en 1989, créant une Europe sans frontières.

Au cours des années 90, le marché unique est complété par les «quatre libertés» de circulation - marchandises, services, personnes et argent. La décennie voit également la signature des traités de Maastricht et d'Amsterdam et l'accueil de trois nouveaux membres - l'Autriche, la Finlande et la Suède. C'était aussi la décennie de l'accord de Schengen qui doit permettre à terme aux gens de voyager sans contrôle de passeport.

L'aube du nouveau millénaire apporte encore plus d'expansion, avec l'adhésion de 10 pays en 2004, suivie de la Bulgarie et de la Roumanie en 2007, et l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne en 2009. C'est aussi la décennie de l'euro, avec plusieurs pays adoptant une monnaie commune.

Telle a été le succès de l’Union dans la préservation d’une paix durable que l’UE reçoit le prix Nobel de la paix en 2012. Cependant, l’UE est confrontée à certains de ses plus grands défis au cours de la dernière décennie. La crise de la dette de la zone euro menace de mettre en pièces la monnaie commune. La crise des réfugiés et une série d'attaques terroristes inspirées de Daech soulèvent des doutes sur le principe de la libre circulation.

Vient ensuite le référendum sur le Brexit, avec le vote des Britanniques en faveur d'une séparation, de manière à poursuivre leurs propres accords commerciaux et arrangements frontaliers.

Ces événements ont ébranlé la confiance dans le projet européen et le concept d'une union toujours plus étroite. Mais avec l'émergence de la Chine en tant que grande puissance mondiale, une plus grande affirmation de la Russie sur le flanc oriental de l'Europe et la réévaluation par les États-Unis de ses objectifs stratégiques, les amitiés dont jouissent les États membres de l'UE ont permis au bloc de répondre collectivement à des défis communs et surtout de maintenir la paix.
- Robert Edwards BOGOTA, COLOMBIE


«Si le Liban echoue, cela impactera sur la région et sur l'Europe», déclare Haneen Sayed, ministre des Affaires sociales, à Arab News

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  • Haneen Sayed avertit que la guerre et les déplacements risquent d'accélérer l'effondrement institutionnel et le déclin économique du Liban
  • Beyrouth appelle à un cessez-le-feu et à un soutien mondial pour reconstruire l'autorité de l'État et contenir l'influence du Hezbollah

NEW YORK CITY : Haneen Sayed, ministre libanaise des Affaires sociales, a profité de sa visite à New York et à Washington cette semaine pour souligner le besoin urgent de renforcer les institutions de l'État alors que le pays est confronté aux pressions combinées de la guerre, des déplacements massifs de population et de la pression économique.

Elle a déclaré que le renforcement de l'État libanais, de l'armée aux services sociaux, est essentiel non seulement pour répondre à la crise humanitaire immédiate, mais aussi pour restaurer la confiance du public et prévenir toute nouvelle érosion institutionnelle à un moment critique.

Mme Sayed a également souligné l'importance des pourparlers directs entre le Liban et Israël qui auront lieu cette semaine à Washington et qui visent à obtenir un cessez-le-feu entre Israël et la milice du Hezbollah soutenue par l'Iran, affirmant que l'arrêt de la violence est une première étape nécessaire pour rendre les négociations viables.

S'adressant à Arab News au siège des Nations unies à New York avant de participer aux réunions de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale à Washington, M. Sayed a décrit l'ampleur de la crise à laquelle le Liban est confronté.

"Lorsque le Hezbollah a décidé de lancer six missiles sur la frontière (israélienne) le 2 mars, ce qui nous a entraînés dans cette guerre, notre économie ne s'était pas encore rétablie", a-t-elle déclaré.

"Notre secteur financier et les réformes que nous avons entreprises l'année dernière en tant que gouvernement n'ont pas encore porté leurs fruits. Au niveau régional, nos partenaires du Golfe font face à leurs propres défis et, au niveau mondial, les financements sont en baisse depuis deux ans.

"Nous comprenons les contraintes, mais notre message à la communauté internationale est que le Liban ne peut pas échouer : en tant que pays, en tant que gouvernement ou en tant qu'idée. L'échec du Liban aurait des conséquences pour ses voisins, la région et même l'Europe."

Le 2 mars, le Hezbollah a lancé des roquettes et des drones sur le nord d'Israël en représailles à l'assassinat par les États-Unis et Israël du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 28 février. Israël a répondu par une nouvelle offensive aérienne et terrestre contre le Liban.

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Un volontaire de la Croix-Rouge libanaise inspecte les dégâts subis par ses véhicules de secours sur le site d'une attaque de drone israélien, le 13 avril. (AFP)


Les perspectives de paix restent incertaines après qu'Israël a déclaré le 11 avril qu'il ne discuterait pas d'un cessez-le-feu avec le Hezbollah lors des discussions avec les responsables libanais à Washington, selon les médias.

À ce jour, le conflit a fait plus de 2 000 morts, plus de 6 500 blessés et plus d'un million de personnes déplacées à travers le pays, selon les autorités libanaises.

M. Sayed a vivement critiqué le rôle du Hezbollah dans le conflit et son impact plus large sur le pays. "Le Hezbollah est un groupe armé dont les activités sont illégales", a-t-elle déclaré.

"Je ne crois pas que le Hezbollah ait réussi à défendre le pays et son peuple. Il n'a fait qu'apporter la dévastation à son peuple, à son pays.

Ces propos ont été tenus alors que le chef du Hezbollah, Naim Qassem, a appelé le gouvernement libanais à annuler les pourparlers directs avec Israël à Washington, les qualifiant d'"inutiles" et d'une forme de "soumission et de capitulation".

Il a également promis que le Hezbollah poursuivrait ses opérations militaires et ne rendrait jamais ses armes, affirmant que le groupe se battrait "jusqu'à son dernier souffle" et qu'il était prêt à une confrontation prolongée.

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Environ 85 % des personnes déplacées ne se trouvent pas dans des abris officiels. (AFP)



La réponse de M. Sayed à cette menace reflète une réalité difficile mais inéluctable. Nous ne nous attendions pas à ce que Naim Qassem vienne nous dire : "D'accord, nous allons nous asseoir à la table avec vous", a-t-elle déclaré.

"Et bien sûr, il y a un facteur externe majeur, à savoir les soutiens du Hezbollah, y compris l'Iran, et cela se joue sur un autre front. Je pense que les décisions ne sont pas prises uniquement par le Hezbollah lui-même.

Il y a, en quelque sorte, un "grand frère" qui prend ces décisions, ce qui est préjudiciable à notre pays. Nous espérons que cette question sera abordée dans le cadre d'un accord régional plus large.

La priorité du Liban reste le renforcement de l'État lui-même, a-t-elle déclaré. "Il faut du temps et de la patience, et maintenir le cap en voulant ce qu'il y a de mieux pour le pays.

"Nous voulons une armée forte. Si l'armée libanaise est en mesure de protéger les citoyens, c'est ce que nous voulons, plutôt qu'une faction armée, qui n'a pas réussi à protéger les gens. Elle a semé la dévastation sur son propre territoire".

M. Sayed a également souligné que l'État devait être le principal fournisseur de services et de sécurité. "Les gens ont besoin d'être rassurés sur la présence de l'État et sur le fait qu'en fin de compte, seul l'État peut vraiment les protéger.

Elle a ajouté que le renforcement des capacités de l'État doit aller de pair avec le soutien international, car le Liban est confronté à des pressions à la fois sécuritaires et sociales. Ces pressions ont alimenté les craintes d'instabilité interne.

Si Mme Sayed s'est déclarée convaincue que le Liban pourrait éviter un retour à la guerre civile, elle a néanmoins reconnu la pression qu'elle subit. "Pour être honnête, nous sommes à bout de souffle", a-t-elle déclaré. "On ne peut pas s'en cacher, et toutes les communautés sont anxieuses.

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Une pelleteuse dégage les décombres d'un bâtiment dans le quartier de Hay al-Selloum à Beyrouth, visé par une frappe israélienne. (AFP)
 


Elle a expliqué qu'elle se rendait régulièrement dans des abris pour personnes déplacées et qu'elle était témoin des difficultés croissantes. "On voit le désespoir sur les visages des mères, les maris et les fils assis dans les abris, attendant que quelque chose se passe.

Selon elle, l'aggravation des conditions pourrait intensifier la pression sur des communautés déjà fragiles, d'autant plus que la plupart des personnes déplacées ne sont pas dans des abris formels mais restent dans des communautés d'accueil ou comptent sur des économies qui s'épuisent rapidement.

La situation humanitaire est gérée sous une forte pression financière. Le Liban a lancé un appel d'urgence de 308 millions de dollars auprès des Nations unies, mais n'a reçu qu'à peine 30 % des fonds nécessaires.

"Nous sommes déjà dans le deuxième mois, et nous ne savons pas exactement où cela va nous mener", a-t-elle déclaré.

Elle a souligné la nécessité d'un soutien urgent en matière d'abris, de nourriture, d'eau et de services d'assainissement, notant que les municipalités sont également soumises à une forte pression alors que les systèmes d'infrastructure luttent pour absorber l'impact des déplacements massifs.

Environ 85 % des personnes déplacées ne sont pas dans des abris formels - elles vivent avec des proches, louent un logement ou comptent sur leurs économies.

"Ces économies s'épuiseront si la guerre se prolonge", a-t-elle averti, ajoutant que l'économie libanaise, déjà fragile, pourrait voir sa croissance récente s'inverser si le conflit se poursuit.

"L'économie se contracte et les 5 % de croissance atteints en 2025 pourraient être effacés en quelques mois. Si la guerre se poursuit pendant l'été, période où le Liban reçoit habituellement des envois de fonds et des activités touristiques, la contraction de l'économie devrait s'aggraver de manière significative."


Les services municipaux des régions accueillant des populations déplacées, notamment Beyrouth, Sidon et le Mont-Liban, sont particulièrement sollicités, avec une demande accrue d'eau, d'électricité et de services de gestion des déchets.

Malgré la crise, M. Sayed a déclaré que le renforcement des institutions de l'État était une priorité essentielle. "Les institutions de l'État sont encore plus importantes aujourd'hui, c'est une priorité absolue", a-t-elle déclaré.

Elle a souligné que l'armée libanaise était une institution clé nécessitant un soutien, aux côtés des services publics tels que l'éducation et les programmes de protection sociale.

"Nous avons mis au point un programme très solide", a-t-elle déclaré, faisant référence aux transferts directs d'argent liquide conçus pour créer un lien plus fort entre les citoyens et l'État. "Le citoyen sait alors que c'est le gouvernement qui l'aide.

Elle a également souligné l'importance de maintenir la présence de l'État sur le terrain. "L'État est là, nous sommes là pour aider les gens", a-t-elle déclaré.

Mme Sayed a déclaré que la crise libanaise avait des implications plus larges au-delà des frontières du pays. "Le Liban ne peut pas échouer en tant que pays, en tant que gouvernement, en tant qu'idée", a-t-elle déclaré. "L'échec du Liban aura des conséquences ... pour les voisins, pour la région et même pour l'Europe.

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a exhorté Israël et le Liban à saisir une "occasion historique" lors de l'ouverture mardi à Washington de pourparlers directs - les premiers depuis 1993 - afin de tracer la voie vers un cessez-le-feu et une stabilité à long terme.

Ces pourparlers interviennent alors que les États-Unis craignent que le conflit entre Israël et le Hezbollah ne déstabilise le fragile cessez-le-feu lié à l'impasse plus large avec l'Iran, après que la diplomatie avec Téhéran la semaine dernière n'a pas abouti à une percée.

Le Hezbollah a lancé des salves de roquettes simultanées sur 13 villes du nord d'Israël peu après le début des pourparlers, soulignant ainsi l'instabilité de la situation.

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Une boule de feu s'élève d'un bâtiment touché par une frappe aérienne israélienne dans la région d'Abbasiyeh, à la périphérie de la ville de Tyr, au sud du Liban, le 8 avril. (AFP)



Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a déclaré mardi qu'il était peu probable que les pourparlers aboutissent à une percée immédiate. "Personne ne s'attend à ce que ces pourparlers aujourd'hui résolvent tous les problèmes", mais il a souligné qu'ils pourraient contribuer à modifier des dynamiques de longue date.

Il a décrit un cycle dans lequel "le Hezbollah et Israël se sont toujours aidés mutuellement à déstabiliser le gouvernement libanais", les actions de chaque partie fournissant à l'autre une justification pour l'escalade.

Les opérations israéliennes, a-t-il dit, permettent au Hezbollah d'affirmer que "nous ne pouvons pas désarmer", tandis que les tirs de roquettes du Hezbollah donnent à Israël des raisons de mener de nouvelles attaques à grande échelle.

M. Guterres a souligné que le gouvernement libanais recherchait à la fois l'intégrité territoriale et "le monopole de l'usage de la force", ce qui implique le désarmement du Hezbollah, et a appelé à une évolution vers la coopération afin que le Liban ne soit plus "la victime" de ce cycle "négatif".

M. Sayed a déclaré qu'un arrêt immédiat de la violence était essentiel.

"Avant toute chose, nous avons besoin d'un cessez-le-feu. Nous devons arrêter les bombes qui nous tombent sur la tête", a-t-elle déclaré, ajoutant qu'un cessez-le-feu rendrait également les négociations plus réalisables.

"J'espère qu'il y aura une désescalade et un cessez-le-feu. Je pense qu'en fin de compte, même pour les Israéliens, ce n'est pas dans leur intérêt. S'il y a un véritable conflit civil au Liban, cela ne fera qu'engendrer le chaos".

Le 8 avril, le Liban a été frappé par une importante vague de frappes aériennes israéliennes qui ont touché plusieurs zones, notamment Beyrouth, la banlieue sud, Sidon, Tyr et la vallée de la Bekaa, quelques heures seulement après l'annonce d'un cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran et alors que le Hezbollah signalait une pause dans ses attaques.

Les frappes ont touché sans préavis des quartiers résidentiels et commerciaux très fréquentés, ont submergé les hôpitaux de blessés et ont fait au moins 350 morts et plus de 1 000 blessés, certains rapports libanais et internationaux faisant état d'un bilan encore plus lourd.

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Un volontaire de la Croix-Rouge libanaise inspecte les dégâts subis par ses véhicules de secours sur le site d'une attaque de drone israélien, le 13 avril. (AFP)


Certains Libanais craignent qu'Israël n'essaie délibérément d'attiser les divisions sectaires internes au Liban avec de telles attaques.

"C'est possible, c'est possible", a déclaré M. Sayed. "Je pense que ce qu'a fait Israël aurait pu facilement attiser les tensions. Mais heureusement, je fais confiance aux Libanais pour qu'ils voient plus loin. Il y a eu de la retenue et beaucoup de sympathie. Les communautés se sont rassemblées.

Elle a également répondu aux avertissements israéliens selon lesquels le Liban pourrait connaître le même sort que Gaza, en déclarant que la population libanaise est profondément consciente des risques, mais qu'elle s'efforce d'éviter l'escalade.

"Ces menaces, nous les avons entendues à maintes reprises de la part des Israéliens. Il faut prendre au sérieux ce que disent les Israéliens, surtout après ce qui s'est passé lors du 'mercredi noir' il y a une semaine. Ils ne s'arrêteront probablement pas là.

"Le peuple libanais se méfie donc et c'est pourquoi, en tant que gouvernement, nous avons pris des mesures. Le président a déclaré il y a plus d'un mois que nous étions prêts pour des négociations et des pourparlers directs, et c'est ce qui se passe.

"Espérons que ce sera le début d'un processus.

Mme Sayed a déclaré que le but ultime de sa visite était d'obtenir un soutien humanitaire et politique de la part de la communauté internationale - "l'assurance pour le peuple libanais que la communauté internationale est toujours à ses côtés".


Le Hezbollah a tiré une trentaine de roquettes sur le nord d'Israël mercredi matin 

Les camarades du sergent-major (réserve) Ayal Uriel Bianco, qui aurait été tué au combat dans le sud du Liban, se tiennent au garde-à-vous devant son cercueil recouvert du drapeau lors de ses funérailles à Katzrin, dans le plateau du Golan annexé par Israël, le 14 avril 2026. (AFP)
Les camarades du sergent-major (réserve) Ayal Uriel Bianco, qui aurait été tué au combat dans le sud du Liban, se tiennent au garde-à-vous devant son cercueil recouvert du drapeau lors de ses funérailles à Katzrin, dans le plateau du Golan annexé par Israël, le 14 avril 2026. (AFP)
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  • Ces tirs interviennent au lendemain de discussions directes, à Washington, entre Israël et le Liban, les premières en plus de 30 ans, dénoncées par le Hezbollah
  • "Environ 30 tirs ce matin", a déclaré vers 06h40 GMT le porte-parole militaire à l'AFP, en réponse à une question sur le nombre de roquettes tirées depuis les premières heures de la matinée par le mouvement chiite

JERUSALEM: Les combattants du mouvement libanais Hezbollah ont tiré une trentaine de roquettes sur Israël à partir du Liban mercredi matin, a indiqué à l'AFP un porte-parole de l'armée israélienne.

Ces tirs interviennent au lendemain de discussions directes, à Washington, entre Israël et le Liban, les premières en plus de 30 ans, dénoncées par le Hezbollah. A l'issue de ces discussions, Israël et le Liban ont accepté d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable, selon le département d'Etat américain qui accueillait la rencontre.

"Environ 30 tirs ce matin", a déclaré vers 06h40 GMT le porte-parole militaire à l'AFP, en réponse à une question sur le nombre de roquettes tirées depuis les premières heures de la matinée par le mouvement chiite, allié de l'Iran.

 

 


Liban: frappe israélienne au sud de Beyrouth 

Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable. (AFP)
Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable. (AFP)
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  • "L'aviation ennemie a visé une voiture à Saadiyat", une localité côtière, a annoncé l'Agence nationale d'information (Ani, officielle)
  • Depuis ses frappes massives du "mercredi noir", le 8 avril, qui avaient fait plus de 350 morts à Beyrouth et ailleurs dans le pays, Israël n'a plus visé la capitale libanaise à la suite de pressions diplomatiques

BEYROUTH: Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable.

"L'aviation ennemie a visé une voiture à Saadiyat", une localité côtière, a annoncé l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Depuis ses frappes massives du "mercredi noir", le 8 avril, qui avaient fait plus de 350 morts à Beyrouth et ailleurs dans le pays, Israël n'a plus visé la capitale libanaise à la suite de pressions diplomatiques.