RDC: un «état de siège» encore flou qui suscite espoirs et inquiétudes

L'actuel gouverneur du Nord-Kivu, Carly Kasivita, a «remercié» le chef de l'Etat pour sa décision qui «répond à nos attentes». (Photo, AFP)
L'actuel gouverneur du Nord-Kivu, Carly Kasivita, a «remercié» le chef de l'Etat pour sa décision qui «répond à nos attentes». (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 07 mai 2021

RDC: un «état de siège» encore flou qui suscite espoirs et inquiétudes

  • Dans ces deux provinces riches en minerais, les groupes armés tuent des civils par centaines, provoquant des fuites de population
  • La proclamation de l'état de siège pourrait conduire à un transfert du pouvoir civil aux militaires

KINSHASA: L'«état de siège» annoncé en République démocratique du Congo dans deux provinces de l'Est, pour lutter contre les massacres de civils par des groupes armés, suscite espoirs et inquiétudes dans un pays où une partie de l'armée régulière est accusée d'affairisme et de violations des droit humains.

Le président Félix Tshisekedi doit encore détailler par ordonnance les modalités de cette sorte de loi martiale qu'il a annoncée vendredi pour le Nord-Kivu et l'Ituri. 

Dans ces deux provinces riches en minerais, les groupes armés tuent des civils par centaines, provoquant des fuites de population (plus d'un million de déplacés en Ituri, d'après le plaidoyer du Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU).

La proclamation de l'état de siège pourrait conduire à un transfert du pouvoir civil aux militaires dans les deux provinces, avait suggéré lundi le Premier ministre Sama Lukonde.

L'actuel gouverneur du Nord-Kivu, Carly Kasivita, a «remercié» le chef de l'Etat pour sa décision qui «répond à nos attentes».

«Je n’ai cessé de le répéter qu’à partir de Beni, le pays était attaqué par les ADF», a-t-il déclaré samedi à la presse locale.

Epicentre des violences à l'Est, le territoire de Beni à la frontière de l'Ouganda est le fief du groupe armé des Forces démocratiques alliées (ADF), accusé du massacre de milliers de civils depuis 2014.

A l'origine des rebelles musulmans ougandais, les ADF sont une organisation «terroriste» affiliée à l'Organisation état islamique, ont récemment décrété les Etats-Unis.

Samedi soir à Beni, un responsable musulman, le cheikh Ali Amin, a été tué par «des bandits» qui «ont tiré sur lui» dans la principale mosquée de la ville «pendant la prière du soir» en plein mois de ramadan, a indiqué un officiel, Aloise Mbwarara. Le cheikh avait pris position contre les ADF.

Au total, 122 groupes armés sont encore actifs dans l'Est de la RDC, estime le Baromètre sécuritaire du Kivu (KST).

L'Association congolaise pour l'accès à la justice (Acaj) «salue» également l'annonce du chef de l'Etat mais «demande au Parlement d’adopter» en urgence une loi «pour prévenir des abus» liés à l'état de siège.

L'armée doit être «irréprochable»

«Si l'armée doit avoir plus de pouvoir, elle doit être irréprochable!», prévient aussi le mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha).

Ce n'est pas le cas. Dans son dernier rapport mensuel, le bureau conjoint des Nations unies des droits de l'homme (BCNUDH) a enregistré «une augmentation de 32%» des atteintes aux droits de l'homme en mars par rapport à février (655 au total).

«Cette augmentation s'explique par une forte hausse (+127%) du nombre de violations attribuables à des militaires», selon le BCNUDH.

«La population sait qu'elle a une armée avec des gens qui se sacrifient mais parmi ces gens-là, il y a des affairistes, qui font du commerce des véhicules, de l'or, du bois, du cacao», rappelle un notable du Nord-Kivu, Simon Kazungu.

Avant la mise en oeuvre de l'«état de siège», «il faut d'abord mettre de côté des militaires qui commettent des violations des droits de l'homme et participent à l'affairisme économique», résume Bienvenu Matumo, universitaire et membre de la Lucha, joint par l'AFP.

A mots plus ou moins couverts, des officiels sont accusés de duplicité avec les groupes armés dans l'Est du pays.

«Quittez les groupes armés», a lancé fin mars le président de l'Assemblée à des députés de l'Est.

L'«état de siège» risque de faire reculer les droits humains dans les zones concernées, s'inquiètent des observateurs.

«Ca risque de devenir un casse-tête pour les Nations unies», avance l'un d'eux. Allusion à la présence des Casques bleus de la Mission des Nations unies au Nord-Kivu et en Ituri, qui ont pour mission première la protection des civils, et qui peuvent être amenés à conduire des «opérations conjointes» avec l'armée congolaise.

Ce n'est pas le premier effet d'annonce du président Tshisekedi face à l'insécurité dans l'Est. Le chef de l'Etat a déjà annoncé deux «opérations militaires d'envergure», en territoire de Beni en novembre 2019 et en Ituri en juillet 2019.

A Beni, l'offensive de l'armée contre les bases des ADF s'est soldée par des représailles sanglantes des ADF sur les civils (plus de 1 000 personnes massacrées depuis novembre 2019).

L'annonce de l'«état de siège» a été faite vendredi lors du premier Conseil des ministres depuis l'investiture du nouveau gouvernement lundi.

Le président Tshisekedi est en position de force sur le plan interne, après avoir renversé en sa faveur au Parlement la majorité autrefois fidèle à son prédécesseur Joseph Kabila.

Soutenu par les Etats-Unis, le président congolais a demandé mardi à la France de l'aide dans sa lutte contre les ADF.


L'Otan en plein doute sur son avenir face à la tempête Trump

Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, s'exprime lors d'une conférence et d'une réunion avec des étudiants de l'École d'économie de Varsovie (SGH), à Varsovie (Pologne), le 26 mars 2025. (Photo Wojtek RADWANSKI / AFP)
Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, s'exprime lors d'une conférence et d'une réunion avec des étudiants de l'École d'économie de Varsovie (SGH), à Varsovie (Pologne), le 26 mars 2025. (Photo Wojtek RADWANSKI / AFP)
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  • Sous les coups de butoir de Donald Trump et de son équipe, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, vieille dame de plus de 75 ans, doit rapidement changer.
  • les États-Unis restent membres de l'OTAN, y compris pour la dissuasion nucléaire, mais se désengagent des forces conventionnelles, comme l'a évoqué le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. 

BRUXELLES : Les tirs de barrage américains contre les pays européens de l'Otan ébranlent jusqu'aux fondements de l'Alliance atlantique, qui a cependant toutes les peines du monde à imaginer un avenir sans les États-Unis.

Sous les coups de butoir de Donald Trump et de son équipe, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, vieille dame de plus de 75 ans, doit rapidement changer. Un diplomate interrogé sous couvert d'anonymat décrit l'agressivité de la nouvelle administration américaine comme un « traumatisme ».

Ce changement se fera-t-il avec ou sans les États-Unis ? La question agite les couloirs du siège de l'Alliance à Bruxelles.

« On connaît la direction : moins d'États-Unis et plus d'Europe », résume un diplomate sous couvert d'anonymat. Cependant, de nombreuses questions restent en suspens.

En deux mois, Donald Trump s'en est pris au Canada qu'il entend voir devenir le 51ᵉ État américain, et au Danemark, dont il revendique l'un des territoires, le Groenland. 

Plusieurs responsables américains, dont le vice-président J. D. Vance, n'ont pas caché leur mépris à l'égard des Européens, considérés comme des « profiteurs » et des passagers clandestins d'une alliance où, dénoncent-ils, ils ne paient pas leur dû.

Depuis le 20 janvier, date du retour de Donald Trump à la Maison Blanche, « l'optimisme est de moins en moins de mise », confie un diplomate. « Les États-Unis n'ont pas encore pris de décisions concrètes, mais on dirait que chaque jour est porteur d'un nouveau coup contre les fondations de l'Alliance. »

- Transition « désordonnée » -

Pour Camille Grand, ancien secrétaire général adjoint de l'Otan et chercheur auprès de l'ECFR, trois scénarios sont possibles.

Celui de la transition ordonnée : les Américains se désengagent, mais en bon ordre, à la suite d'une négociation qui donne aux Européens le temps de se préparer. « Cela permet d'éviter les incertitudes », assure-t-il dans un entretien avec l'AFP.

Celui de la transition « désordonnée » : les États-Unis restent membres de l'OTAN, y compris pour la dissuasion nucléaire, mais se désengagent des forces conventionnelles, comme l'a évoqué le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. 

Le retrait se fait « en mode crise », avec des « menaces et des annonces désordonnées ». C'est « le scénario dominant » aujourd'hui, estime l'analyste.

Il y a aussi le scénario cauchemar pour nombre d'Alliés : le retrait « de facto ou de jure ». Les États-Unis se désintéresseront de la défense du continent européen.

Donald Trump exige que les Européens et les Canadiens consacrent au moins 5 % de leur PIB à cette défense, alors qu'ils sont à moins de 2 % pour l'Italie ou l'Espagne. La marche est très haute. Mais tous savent qu'il faudra « annoncer » quelque chose au sommet de l'OTAN en juin, selon un diplomate.

Le Secrétaire général de l'Alliance Mark Rutte a évoqué un chiffre entre 3,5 et 3,7 %. Ce sera difficile, mais c'est une question de priorités dans les dépenses nationales, ajoute-t-il. 

Personne ne sait si ce chiffre sera suffisant pour Donald Trump.

- "Cinq ans" -

En attendant, beaucoup à Bruxelles et dans les autres capitales européennes s'interrogent sur un "après" Etats-Unis.

"Nous avons toujours su que le moment viendrait où l'Amérique se retirerait en quelque sorte et où l'Europe devrait faire davantage", rappelle ainsi Jamie Shea, ancien porte-parole de l'Otan et expert auprès du think tank londonien Chatam House.

Et le calendrier est très serré. Les Européens ont "cinq ans" pour recréer une dissuasion face à la menace russe, juge ainsi Camille Grand. Un calcul basé sur le temps jugé nécessaire, selon plusieurs services de renseignement, pour que la Russie reconstitue son armée et soit en mesure de menacer un pays de l'Otan, explique-t-il. 

Selon cet expert français, les Européens en sont capables, même si un investissement substantiel sera nécessaire pour combler l'apport américain en termes de renseignement, de satellites ou de logistique. « Il n'y a pas de raison que 500 millions d'Européens ne puissent pas dissuader 140 millions de Russes », assure-t-il.

Plusieurs pays en doutent. « Les États-Unis restent indispensables pour une dissuasion crédible », estime ainsi un diplomate européen auprès de l'Otan.


Le Wisconsin, théâtre d'une première défaite électorale pour Trump et Musk

 Donald Trump et Elon Musk. (Photo AFP)
Donald Trump et Elon Musk. (Photo AFP)
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  • Le président américain Donald Trump a essuyé mardi son premier revers électoral avec l'élection d'une juge démocrate dans le Wisconsin,
  • En Floride, deux législatives partielles ont également eu lieu mardi dans des circonscriptions solidement ancrées à droite et qui resteront dans l'escarcelle des républicains, selon les projections de plusieurs médias

WASHINGTON : Le président américain Donald Trump a essuyé mardi son premier revers électoral avec l'élection d'une juge démocrate dans le Wisconsin, un scrutin habituellement d'ampleur locale, marqué cette fois-ci par la forte implication d'Elon Musk.

Selon les projections de plusieurs médias américains, Susan Crawford, soutenue par les démocrates, a remporté un siège pour dix ans à la Cour suprême de cet État de la région des Grands Lacs.

Elle faisait face à Brad Schimel, soutenu par Donald Trump et par le multimilliardaire Elon Musk, et dont la victoire aurait fait basculer la haute instance du Wisconsin du côté conservateur.

En Floride, deux législatives partielles ont également eu lieu mardi dans des circonscriptions solidement ancrées à droite et qui resteront dans l'escarcelle des républicains, selon les projections de plusieurs médias.

Mardi soir, le président a mis à profit sa plateforme Truth Social pour se féliciter des deux « larges » victoires de son camp en Floride, mettant en avant son « soutien » aux candidats.

Il n'a en revanche pas commenté le résultat pour la Cour suprême du Wisconsin, préférant y retenir l'adoption, par un référendum organisé le même jour, d'une mesure obligeant les électeurs à présenter une pièce d'identité avec photo afin de pouvoir voter.

« C'est une grande victoire pour les républicains, peut-être la plus grande de la soirée », a-t-il écrit.

« Le plus important » 

Elon Musk n'a pas non plus réagi à la défaite de Brad Schimel, et a plutôt salué l'issue du référendum local. « C'était le plus important », a-t-il affirmé sur son réseau social X.

Le patron de Tesla et Space X s'inquiétait d'un potentiel rééquilibrage par la Cour suprême locale dans le découpage des circonscriptions électorales, en faveur des démocrates. État pivot, le Wisconsin avait été remporté par Donald Trump à la présidentielle de novembre.

« C'est l'une de ces situations étranges où une petite élection en apparence pourrait déterminer le destin de la civilisation occidentale », avait lancé Elon Musk mardi.

Le président républicain avait, lui, publié lundi sur Truth Social un message de soutien à Brad Schimel. Il s'en était surtout pris à Susan Crawford, qui serait, selon lui, « un désastre pour le Wisconsin et pour les États-Unis d'Amérique ».

Un peu plus de deux mois après le début de son mandat, les enquêtes d'opinion indiquent une baisse relative de la popularité de Donald Trump. Ces élections dans le Wisconsin et en Floride étaient les premières véritables épreuves auxquelles il faisait face dans les urnes depuis novembre.

Campagne onéreuse 

Mardi, le trumpiste Randy Fine a bien remporté le siège en jeu à la Chambre des représentants face au démocrate Josh Weil, mais avec une avance bien plus mince qu'il y a quelques mois.

Ces résultats ont « de quoi donner des sueurs froides à mes collègues républicains », a déclaré sur la chaîne MSNBC Hakeem Jeffries, responsable de la minorité démocrate à la Chambre des représentants. Cela fait écho à la difficulté de l'opposition à se faire entendre depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

Dans le Wisconsin, les deux camps avaient sorti l'artillerie lourde pour une élection qui, d'ordinaire, passe inaperçue dans le reste du pays.

Selon le Centre Brennan de l'université de New York, c'est « le scrutin judiciaire le plus coûteux de l'histoire américaine », avec plus de 98 millions de dollars déversés dans la campagne, dont 53 millions en faveur du candidat conservateur.

Elon Musk n'est pas étranger à cela.

« Il a dépensé plus de 25 millions de dollars pour essayer de m'empêcher de siéger à la Cour suprême du Wisconsin », a lancé dimanche Susan Crawford lors d'un rassemblement.

Son équipe de campagne avait récemment accusé Elon Musk de vouloir « acheter un siège à la Cour suprême du Wisconsin afin d'obtenir une décision favorable » dans des poursuites engagées par Tesla, son entreprise de véhicules électriques, contre les autorités du Wisconsin.


Amnesty International demande à la Hongrie d'arrêter M. Netanyahou

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. (Photo d'archives de l'AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. (Photo d'archives de l'AFP)
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  • Le Premier ministre israélien doit se rendre cette semaine dans un pays membre de la Cour pénale internationale
  • Cette visite " ne doit pas devenir un indicateur de l'avenir des droits humains en Europe "

LONDRES : Amnesty International a demandé à la Hongrie d'arrêter le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, à la suite d'informations selon lesquelles il se rendra dans cet État membre de l'UE mercredi à l'invitation de son homologue hongrois Viktor Orban.

M. Netanyahou fait l'objet d'un mandat d'arrêt délivré en novembre par la Cour pénale internationale en raison de la conduite d'Israël à Gaza.

M. Orban, proche allié de M. Netanyahu, a déclaré qu'il n'exécuterait pas le mandat. En tant qu'État membre, la Hongrie est tenue d'exécuter tout mandat d'arrêt délivré par la CPI.