Comment l'Iran a déjoué l'Amérique… encore une fois

La centrale nucléaire iranienne de Bushehr. (Photo, AFP)
La centrale nucléaire iranienne de Bushehr. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 29 avril 2021

Comment l'Iran a déjoué l'Amérique… encore une fois

Comment l'Iran a déjoué l'Amérique… encore une fois
  • À chaque fois que la communauté internationale a ignoré ou omis de détecter les activités nucléaires de l’Iran, Téhéran a secrètement violé le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires
  • La volonté de l’administration Biden de lever les sanctions contre le régime iranien montre que Téhéran domine de nouveau les États-Unis

 

Le philosophe George Santayana a écrit: «Ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à le répéter.» Et maintenant que l'administration Biden a déclaré qu'elle était prête à lever les sanctions contre la République islamique afin de relancer l'accord nucléaire iranien, alias «le Plan d'action global conjoint» (JCPOA), l'histoire semble se répéter. Les répercussions et les conséquences négatives seront probablement les mêmes qu'après la conclusion de l'accord.

En 2015, le régime iranien a reçu un accord extrêmement favorable du P5 + 1 (un groupe rassemblant le Royaume-Uni, la France, la Chine, la Russie et les États-Unis, plus l'Allemagne). Les quatre séries de sanctions de l'Organisation des nations unies (ONU) contre l’establishment théocratique, qui ont pris des décennies et une quantité importante de capital politique à mettre en place, ont été levées le premier jour de l'accord sur le nucléaire. 

Cette décision de l'administration Obama, qui a dirigé les négociations, est le résultat d'un échec de la diplomatie, politiquement et stratégiquement dangereuse. Si l'Iran décidait un jour de violer les termes de l'accord nucléaire, il serait extrêmement difficile de trouver de nouveau un consensus au Conseil de sécurité de l'ONU sur la réimposition de sanctions à Téhéran, en particulier en raison de la présence de la Chine et de la Russie.

Ce scénario s'est produit l'année dernière, lorsque l'Agence internationale de l'énergie atomique (AEIA) a annoncé que l'Iran violait toutes les restrictions du pacte nucléaire. Les États-Unis se sont trouvés dans une situation extrêmement difficile, car ils n'ont pas pu obtenir le soutien de la Russie et de la Chine, ni même le consentement de l'UE-3 (France, Royaume-Uni et Allemagne), afin de réimposer des sanctions à Téhéran.

Outre l'écueil de la levée des sanctions de l'ONU au début de l'accord, plusieurs autres erreurs ont été commises. Et il semble probable qu'elles seront répétées cette fois par l'administration Biden.

Les États-Unis semblent vouloir conserver les clauses d'extinction, qui étaient l'un des éléments les plus controversés du JCPOA et auxquels l'administration Trump et d'autres détracteurs de l'accord s'étaient vivement opposés. Ce sont les dates d’expiration qui signifient que les restrictions de l’accord nucléaire seront levées à une date précise. Par exemple, en 2025, les limites sur les centrifugeuses avancées expireraient, ce qui permettrait à Téhéran d'en posséder autant que le pays en a besoin pour sa recherche et son développement nucléaires.

Le programme nucléaire iranien, qui a été repris par les mollahs au pouvoir dans les années 1990, a été a été marqué par la fraude, les violations et la méfiance.

Dr Majid Rafizadeh

Ces dispositions sont toujours en place dans l'accord actuel et elles sont extrêmement dangereuses pour plusieurs raisons. Dès que les clauses d'extinction entreront en vigueur, le Conseil de sécurité de l'ONU accordera essentiellement au régime iranien une puissante plate-forme juridique afin de mener de nombreuses activités nucléaires, qui lui étaient interdites de poursuivre dans le passé, sans supervision ni inspection. Et ce processus est irréversible. La communauté internationale perdra son influence pour tenir le régime iranien responsable. Peut-on vraiment faire confiance à Téhéran pour ne pas abuser d'un tel pouvoir? Peut-on faire confiance au régime iranien pour qu'il mène des activités nucléaires uniquement à des fins civiles plutôt que pour fabriquer une arme nucléaire?

Tout observateur avisé de la politique iranienne sait que le programme nucléaire iranien, qui a été repris par les mollahs au pouvoir dans les années 1990, a été marqué par la fraude, les violations et la méfiance. À chaque fois que la communauté internationale a ignoré ou omis de détecter les activités nucléaires de l’Iran, Téhéran a secrètement violé le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. À chaque fois que le régime iranien en a l'occasion, il a construit des sites clandestins afin de poursuivre ses ambitions nucléaires.

Enfin, bien que l’administration Biden prétende vouloir contrer le comportement déstabilisateur de l’Iran dans la région, sa politique à l’égard de Téhéran montre le contraire. Le président Biden doit se rappeler que Barack Obama s'est dit «confiant» que l'accord nucléaire «répondrait aux besoins de sécurité nationale des États-Unis et de nos alliés». Par cette seule déclaration, il a manifestement échoué. Le JCPOA est fondamentalement défectueux. La composition de l’équipe de négociation, tant à l'époque qu'aujourd'hui, a complètement exclu ceux qui se trouvent aux portes de l’Iran dans une approche qui rappelle une époque coloniale révolue.

Une fois de plus, le financement par l’Iran de mandataires violents tels que le Hezbollah et les Houthis est apparemment totalement ignoré. Cela ne se produirait pas si les États du Golfe ou Israël étaient à la table des négociations. L'administration Biden doit se rappeler que le JCPOA a libéré des fonds supplémentaires qui ont été versés à ces groupes dans des proportions toujours plus importantes. Et quel a été le résultat? Une plus grande propension aux tirs de roquettes houthies sur des cibles civiles en Arabie saoudite et le déploiement de milliers de fantassins du Hezbollah en Syrie.

La volonté de l’administration Biden de lever les sanctions contre le régime iranien montre que Téhéran domine à nouveau les États-Unis.



 

Le Dr Majid Rafizadeh est un politologue irano-américain formé à Harvard. Twitter: @Dr_Rafizadeh

NDLR : L’opinion exprimée dans cette page est celle de l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com