Cinq ans plus tard, une évaluation de la Vision 2030 en Arabie saoudite

Le prince héritier Mohammed ben Salmane a observé que la Vision 2030 est un plan ambitieux mais réalisable qui exprime les objectifs et les attentes à long terme de l'Arabie saoudite. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 30 avril 2021

Cinq ans plus tard, une évaluation de la Vision 2030 en Arabie saoudite

  • La réalisation de la Vision 2030 repose sur trois piliers majeurs: une société dynamique, une économie florissante et une nation ambitieuse
  • L'un des principaux facteurs qui a incité les leaders du secteur privé de faire la transition vers le secteur public était l’occasion de participer à une transformation qui aurait un impact sur le Royaume et la région dans son ensemble

À la suite de l'effondrement des prix du pétrole au milieu de l’année 2014 et la pression croissante pour équilibrer le budget annuel, les dirigeants saoudiens, guidés par le roi Salmane et le prince héritier Mohammed ben Salmane, ont lancé la Vision 2030 de l’Arabie saoudite.

La Vision 2030 a pour but de réduire la dépendance de l’Arabie saoudite aux revenus pétroliers, transformer et diversifier l’économie, ainsi qu’améliorer les services du secteur public. Parmi les autres objectifs figuraient l’amélioration de la qualité de vie des citoyens du pays, l’augmentation de l’emploi et l’amélioration de la santé, de l’éducation, des loisirs, du tourisme, des services administratifs en ligne et des infrastructures.

Le prince héritier Mohammed ben Salmane a souligné le fait que la Vision 2030 est un plan ambitieux mais réalisable, qui exprime les objectifs et les attentes à long terme de l’Arabie saoudite, tout en reflétant la force et les capacités du Royaume. La réalisation de la Vision 2030 repose sur trois piliers majeurs: une société dynamique, une économie florissante et une nation ambitieuse.

Le concept stratégique de la Vision 2030 à ses débuts appelait à un changement pour relever les défis inévitables liés à l'équilibre du budget de l’État et à la lutte contre l'effondrement des revenus pétroliers.

Connaître le problème représente la moitié de la solution. C’est la raison pour laquelle les dirigeants se sont réunis avec des consultants internationaux pour élaborer des stratégies visant à atteindre les objectifs ambitieux à long terme de la Vision 2030 de l’Arabie saoudite.

Les consultants et les experts ont élaboré une stratégie de pointe. Parmi les défis, nommer les personnes aptes à élaborer et exécuter les stratégies, programmes et initiatives de la Vision 2030. La vision à long terme nécessite des personnes dynamiques, efficaces, motivées, instruites et expérimentées, dans le but de renforcer et de réaliser les programmes et les initiatives.

Une partie du lancement de la Vision 2030 comprend des programmes et des initiatives tels que le Programme national de transformation, de même que la création de bureaux pour la réalisation de la Vision dans les ministères saoudiens. De plus, diverses institutions gouvernementales ont été fusionnées pour plus d'efficacité, ainsi que pour apporter des changements et promouvoir une stratégie agile pour atteindre les buts et les objectifs de la stratégie à long terme.

Avant le lancement de la vision à long terme, les services du secteur public ne répondaient souvent pas aux attentes des citoyens en termes de satisfaction.

Pour atteindre les buts et objectifs de la Vision 2030, les dirigeants saoudiens ont formé des fonctionnaires et des employés, et recruté des cadres du secteur privé pour mener à bien la transformation.

Le recrutement de cadres du secteur privé pour des postes de direction dans le secteur public reflétait les objectifs stratégiques, encourageait une nouvelle approche dans le secteur public et améliorait les réseaux et les partenariats public-privé.

La transition des cadres du secteur privé vers le secteur public exige une motivation considérable pour s'adapter aux différences organisationnelles, culturelles et personnelles.

L'un des principaux facteurs qui a incité les leaders du secteur privé de faire la transition vers le secteur public était l’occasion de participer à une transformation qui aurait un impact sur le Royaume et la région dans son ensemble.

Ils voulaient faire partie de l’équipe qui va bâtir un avenir pour les générations à venir, et ont trouvé d'importantes occasions d'apprendre et de se développer en faisant partie du gouvernement.

Les défis typiques auxquels sont confrontés les leaders du secteur privé qui passent au secteur public sont les longs processus, les politiques et procédures nécessaires pour parvenir au changement. Les dirigeants doivent apprendre et réapprendre les procédures et les communications des bureaux gouvernementaux. Ils doivent apprendre les modalités pour recevoir l’approbation à plusieurs niveaux de la chaîne de commandement du gouvernement. Et enfin, ils doivent apprendre à travailler avec les partenaires du secteur public.

La réalisation de la Vision 2030 de l'Arabie saoudite et la restructuration des institutions gouvernementales qui y est liée ont conduit à plusieurs changements importants dans le secteur public.

L’un des changements de politique qui a créé une transformation organisationnelle comprenait notamment la fin d’un stéréotype négatif au sujet des fonctionnaires: qu'ils travaillent moins d'heures et sont moins productifs que les travailleurs du secteur privé. Désormais, les fonctionnaires et les jeunes sont motivés à travailler de longues heures, et veulent faire partie du succès de la Vision 2030.

Les institutions se sont également réformées et fournissent à présent des services exceptionnels avec le respect dû aux bénéficiaires. Citons par exemple les services de passeports, de cartes d’identité nationale, de permis de conduire et de cartes de séjour, ainsi que les services de santé, les services juridiques (mariages, divorces, procurations) et d’entreprises. Les processus bureaucratiques archaïques ont été supprimés lorsque le gouvernement a fourni des services en ligne aux citoyens et aux résidents. Aujourd’hui, tout est disponible en ligne.

Il existe des différences de culture organisationnelle entre le secteur public et le secteur privé.

Dans le secteur public, ne prendre aucune décision est préférable au fait de prendre la mauvaise décision. De plus, le concept de mujamala (accepter quelque chose par politesse) et la tendance de certains fonctionnaires de longue date à adopter une attitude de «nous contre eux» à l'égard des recrues du secteur privé sont toujours évidents, selon une étude de la Fondation Misk et du Centre for Creative Leadership Private-to-Public Transition.

La culture des emplois du secteur public est attrayante, en raison du nombre réduit d’heures de travail, d’une pression moindre, et d'une plus grande sécurité de l'emploi. La culture du secteur privé est un lieu de développement professionnel. Les personnes qui préfèrent les emplois au privé ont donc tendance à être plus dynamiques et plus compétentes que celles qui choisissent de travailler au public.

Cependant, des réussites ont eu lieu dans le secteur public. Des fonctionnaires sont devenus de meilleurs employés et des leaders dynamiques, et la coordination s’est accrue entre les diverses institutions. L’évolution des capacités et de l’aptitude des fonctionnaires à exécuter des programmes et des initiatives a été remarquable. Nous pouvons observer le succès au niveau de la santé publique, des services et du commerce en ligne, et d’une bonne technologie de l'information. La Vision 2030 a créé une coordination et un soutien mutuel.

La participation des partenaires est essentielle pour le succès de la Vision 2030 de l’Arabie saoudite. La réalisation des buts et objectifs de la vision à long terme nécessite la coordination et la coopération du secteur privé, du secteur public, ainsi que l'engagement des citoyens. L'engagement des partenaires est un élément crucial pour réussir la mise en œuvre des programmes et des objectifs.

Certains des succès de la Vision 2030 de l’Arabie saoudite s’expriment au niveau du dévouement des dirigeants à mettre en œuvre des programmes avantageux qui améliorent la qualité de vie des citoyens et des résidents du Royaume. Cela se reflète dans le Rapport sur le bonheur dans le monde 2021 récemment publié, où l'Arabie saoudite se classe première dans le monde arabe et 21e au niveau mondial, selon le Réseau de solutions de développement durable des Nations Unies.

L'Arabie saoudite bénéficie de niveaux élevés de confiance en tant que l'un des gouvernements les plus fiables au monde, selon les résultats du rapport du Baromètre de confiance Edelman 2021. Les niveaux de confiance dans la performance du gouvernement saoudien sont passés de 78% en janvier 2020 à 82% en janvier 2021, soit en hausse de quatre points, ce qui a contribué à le placer en tête des 28 pays mentionnés dans l'indice des gouvernements inspirant le plus de confiance.

Tout compte fait, la Vision 2030 de l’Arabie saoudite a été un succès jusqu'à présent, un succès que nous espérons voir se poursuivre.

 

Dr Turki Faisal Al-Rasheed est le co-auteur de «Gouvernance publique et capacités de gestion stratégique: la gouvernance publique dans les États du Golfe» (Public Governance and Strategic Management Capabilities : Public Governance in the Gulf States) avec Paul Joyce. Il écrit actuellement «La transformation de l’Arabie saoudite: durabilité et incertitude» (Saudi Arabia’s Transformation : Sustainability and Uncertainty) avec Joyce. L’ouvrage devrait être publié au cours du premier trimestre de 2021.

 

NDLR: les opinions exprimées par les rédacteurs de cette section sont les leurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News

Ce texte est la traduction d’un article paru sur arabnews.com