L'Arabie saoudite, garante de la paix et du développement dans la région

Le prince Faisal ben Farhane rencontre une délégation du Conseil de souveraineté transitoire du Soudan, à Riyad, le 30 avril 2023. (SPA)
Le prince Faisal ben Farhane rencontre une délégation du Conseil de souveraineté transitoire du Soudan, à Riyad, le 30 avril 2023. (SPA)
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Publié le Mercredi 26 mars 2025

L'Arabie saoudite, garante de la paix et du développement dans la région

L'Arabie saoudite, garante de la paix et du développement dans la région
  • L'Arabie saoudite peut jouer un rôle crucial dans la médiation des pourparlers de paix
  • Elle s'appuie sur son importance religieuse dans l'islam et sur l'orientation de sa politique étrangère, qui vise à promouvoir la stabilité régionale

L'Arabie saoudite occupe une position influente au Moyen-Orient, car elle est particulièrement bien placée pour favoriser la paix et le développement durable dans un contexte de conflits de longue date, notamment l'occupation israélienne des terres palestiniennes. Les efforts déployés par le Royaume pourraient conduire à des progrès significatifs, mais la situation reste complexe en raison d'idéologies enracinées et de revendications historiques. Cet article examine le rôle central de l'Arabie saoudite, la promesse de la solution à deux États et ce qu'on appelle la solution à deux retours, les contre-arguments à ces approches et les obstacles qui se dressent devant la quête de la paix.

En tant qu'acteur clé au Moyen-Orient, l'Arabie saoudite peut jouer un rôle crucial dans la médiation des pourparlers de paix, en s'appuyant sur son importance religieuse dans l'islam et sur l'orientation de sa politique étrangère, qui vise à promouvoir la stabilité régionale. Les avancées récentes, telles que la normalisation potentielle des relations avec Israël sur la base de l'initiative de paix arabe de 2002, signifient un changement transformateur dans la dynamique régionale. Cette nouvelle collaboration ouvre non seulement la voie à des initiatives qui favorisent la durabilité et le développement social dans l'ensemble du Moyen-Orient, mais elle s'aligne également sur la Vision 2030 du Royaume, qui vise à une plus grande diversification économique et à une réforme sociale.

La solution à deux États, fondée sur le droit international, vise à établir un État palestinien indépendant aux côtés d'Israël. Ce cadre respecte les aspirations nationales des deux parties et vise à la cohabitation au sein d'une structure qui reconnaît leurs droits respectifs. Ses partisans affirment que l'établissement de frontières claires, la reconnaissance mutuelle et la coopération en matière de sécurité et d'économie constituent une feuille de route vers une paix durable. Une extension ambitieuse de ce concept pourrait conduire à une confédération plus large, favorisant la coopération non seulement entre Israël et la Palestine, mais aussi potentiellement avec les États voisins.

En complément de la solution à deux États, la solution à deux retours répond aux revendications historiques des réfugiés palestiniens et des juifs qui se sont installés dans la région. Cette approche innovante reconnaît le droit des réfugiés palestiniens à retourner dans leurs foyers ancestraux tout en validant les récits des communautés juives qui ont contribué de manière significative au développement de la région.

En s'attaquant à la question des déplacements, qui continue d'alimenter l'occupation en cours, cette solution cherche à favoriser la réconciliation. Un aspect crucial de sa viabilité est l'octroi d'une compensation adéquate à toutes les parties concernées, ce qui est essentiel pour atténuer les dommages émotionnels et matériels causés par les déplacements et pour jeter les bases de la guérison.

Malgré la nature prometteuse des solutions à deux États et à deux retours, des obstacles importants se dressent sur la voie de leur réalisation. Les critiques soutiennent que les réalités sur le terrain rendent ces cadres presque irréalisables. Par exemple, l'expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie complique la création d'un second État viable. De même, la fragmentation de la gouvernance palestinienne, illustrée par les divisions entre l'Autorité palestinienne en Cisjordanie et le Hamas à Gaza, complique encore les efforts visant à créer une direction palestinienne unifiée capable de négocier efficacement.

En outre, le scepticisme persiste quant à l'engagement d'Israël à poursuivre une solution à deux États. Les précédents historiques indiquent que les négociations passées ont souvent échoué au milieu de vagues de violence et de méfiance mutuelle. Certaines factions au sein du gouvernement israélien plaident pour une solution à un seul État qui leur permettrait de garder le contrôle sans négociations substantielles. De tels sentiments ne font qu'exacerber les doutes qui entourent la faisabilité d'une solution à deux États.

Les revendications historiques constituent un autre obstacle de taille. Les traumatismes subis par les Palestiniens et les juifs doivent être dûment reconnus et pris en compte pour créer un environnement propice à des négociations sérieuses. L'application des principes de la justice réparatrice, la création de comités de réconciliation et la mise en œuvre d'initiatives visant à établir la vérité peuvent s'avérer essentielles pour démanteler les barrières érigées au cours de décennies de conflit.

Les deux parties ont besoin d'espaces de dialogue qui reconnaissent leurs traumatismes respectifs. L'instauration de la confiance entre les communautés par le biais de récits partagés et d'une meilleure compréhension peut permettre de jeter les bases nécessaires à la réconciliation et au respect mutuel.

Le rôle potentiel de l'Arabie saoudite en tant que médiateur dans la promotion de la paix et de la durabilité est indéniablement important. Toutefois, un examen critique de son implication est justifié. Le Royaume a accompli des progrès considérables dans la mise en œuvre d'initiatives de développement, mais il est confronté à une série de défis sous-jacents qui pourraient entraver ses progrès.

L'un des éléments clés de l'influence de l'Arabie saoudite est sa capacité à défendre le droit international en tant que cadre de responsabilisation. En prônant le respect de ces lois, le Royaume peut encourager toutes les parties, y compris Israël, à rendre compte de leurs actions dans le conflit en cours. Cette démarche favorise non seulement un sentiment de justice, mais s'aligne également sur les aspirations de la communauté mondiale à une résolution équitable et durable.

Toutefois, le rôle des États-Unis complique ce paysage. Bien que Washington ait le pouvoir d'imposer des conséquences aux dirigeants israéliens, l'évolution de la dynamique mondiale et les changements d'alliances internationales pourraient nuire à son efficacité. À mesure que l'ordre mondial se modifie, les États-Unis pourraient avoir de plus en plus de mal à maintenir leur position d'influence historique, notamment en raison de l'opposition croissante au sein de la communauté internationale. Cette situation souligne la nécessité pour l'Arabie saoudite d'adopter un rôle plus proactif, en alignant ses initiatives sur des objectifs plus larges de justice et de durabilité, tout en travaillant de concert avec les partenaires internationaux pour favoriser un Moyen-Orient pacifique et stable.

En outre, les implications du retrait ou de l'hésitation des États-Unis à soutenir le leadership d'Israël doivent être reconnues. Les parallèles potentiels avec la situation en Ukraine soulignent la nécessité pour les pays de la région, y compris l'Arabie saoudite, de construire des coalitions fortes et indépendantes qui ne s'appuient pas uniquement sur des alliés lointains. De tels développements imposent la prudence dans l'attribution d'une trop grande influence à un acteur unique, y compris l'Arabie saoudite, dans ce paysage complexe.

Une résolution durable du conflit exige une approche globale qui englobe les dimensions humanitaire, économique et politique. La vision de l'Arabie saoudite pour un Moyen-Orient pacifique doit être intimement liée à un véritable respect des droits et des aspirations de toutes les parties prenantes, en particulier des groupes marginalisés. Il s'agit de répondre non seulement aux préoccupations immédiates, mais aussi aux moteurs socio-économiques des conflits qui perpétuent les cycles de violence.

Un État palestinien indépendant, libéré de l'occupation et capable de coexister avec Israël dans une confédération pacifique, représente une solution à long terme qui donne la priorité à la coexistence. Une telle approche met l'accent sur le respect mutuel et la collaboration, favorisant un environnement propice à un Moyen-Orient plus stable, où les factions autrefois en guerre peuvent s'unir dans la poursuite d'une prospérité partagée.

Une résolution durable du conflit exige une approche globale qui englobe les dimensions humanitaire, économique et politiques.

-Turki Faisal al-Rachid

En conclusion, l'Arabie saoudite a le potentiel de jouer un rôle central dans la promotion de la paix et du développement durable au Moyen-Orient. Toutefois, ce potentiel ne peut être réalisé que par une compréhension nuancée des complexités impliquées dans les conflits de la région. Les solutions à deux États et à deux retours offrent des cadres précieux pour répondre aux revendications de longue date et favoriser la réconciliation, mais des défis importants persistent.

De réels progrès exigeront une véritable volonté politique, un engagement en faveur de la justice et une approche plus inclusive pour comprendre les divers besoins des Israéliens et des Palestiniens. En encourageant les initiatives diplomatiques, en répondant aux revendications historiques et en soutenant des projets de développement, l'Arabie saoudite peut faciliter des changements transformateurs dans le paysage de la région.

En naviguant sur ce terrain complexe, le Royaume peut apparaître comme un bâtisseur de ponts, transformant le conflit en coopération et offrant l'espoir d'un avenir durable et pacifique pour tous les peuples du Moyen-Orient. La vision d'un paysage régional coopératif, où la paix et la prospérité s'entremêlent, repose sur les efforts concertés non seulement de l'Arabie saoudite, mais aussi de toutes les parties prenantes qui s'engagent à faire progresser le dialogue, la compréhension et le respect mutuel dans un espace historiquement fragmenté. Ainsi, bien que le chemin soit semé d'embûches, la promesse d'un avenir uni et florissant reste à portée de main, sous réserve d'un engagement soutenu et d'une action concertée.

Turki Faisal al-Rachid est professeur adjoint au College of Agriculture, Life & Environmental Sciences de l'université de l'Arizona, dans le département d'ingénierie des biosystèmes. Il est l'auteur de «Agricultural Development Strategies: The Saudi Experience». 

X: @TurkiFRasheed

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com