Sous les directives du roi Salman, le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid bin Salman, a assisté la semaine dernière à une réunion avec les ministres de la Défense de la Syrie et du Liban à Djeddah. Selon l’Agence de presse saoudienne, les parties ont signé un accord soulignant « l'importance stratégique de la délimitation des frontières entre les deux pays, la formation de comités juridiques et spécialisés, ainsi que l’activation de mécanismes de coordination pour faire face aux défis sécuritaires et militaires, en particulier ceux qui pourraient survenir le long de la frontière commune.
De plus, les parties ont convenu de tenir une réunion de suivi en Arabie saoudite dans un avenir proche. »
Cette réunion est intervenue après la rupture des canaux de communication directe entre les gouvernements syrien et libanais, à la suite d’affrontements survenus le long de leur frontière commune, entraînant des blessés parmi les militaires et les civils. Ces événements ont été accompagnés d’une crainte croissante d’une escalade supplémentaire et d’inquiétudes quant à l’exploitation possible de ces failles sécuritaires par des bandes impliquées dans la contrebande et le trafic de drogue.
Une source saoudienne a souligné que Riyad est déterminé à créer les meilleures « conditions pour résoudre le conflit par des moyens diplomatiques et politiques garantissant le rétablissement de la sécurité et de la stabilité. L’objectif est de protéger les civils de tout préjudice ou dommage pouvant résulter des affrontements armés le long de la frontière commune et d’atténuer l’impact humanitaire ainsi que les répercussions négatives de ces événements sur la sécurité et la stabilité des deux pays. » La source a également insisté sur le fait que l’Arabie saoudite croit fermement que « le dialogue est la seule voie pour parvenir à une résolution pacifique de tout conflit entre la Syrie et le Liban. »
L’Arabie saoudite a un intérêt majeur dans la résolution du conflit entre Beyrouth et Damas, car le Royaume a été une cible privilégiée des opérations de contrebande et de trafic de drogue en provenance de la frontière commune entre les deux pays. Cependant, la réunion tenue à Djeddah ne s’est pas uniquement concentrée sur la lutte contre la contrebande de drogue et d’armes. Elle visait également à « promouvoir la sécurité et la stabilité régionales et internationales », un objectif clé de la diplomatie saoudienne.
Pendant ce temps, une délégation saoudienne, dirigée par l’ambassadeur Ali bin Hassan Jafar, est arrivée au Soudan. La délégation comprenait également des représentants du ministère des Affaires étrangères, du Fonds saoudien pour le développement et de l’agence humanitaire saoudienne KSrelief. Riyad considère qu’une crise humanitaire de grande ampleur est en cours et affecte le peuple soudanais, et elle est convaincue qu’elle ne pourra être résolue sans un arrêt du conflit armé et des efforts en faveur d’une solution politique. Cette initiative s’inscrit dans la continuité des efforts conjoints saoudo-américains initiés à Djeddah au début des combats entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide.
Le Soudan n’est pas seulement un pays voisin, mais aussi un élément clé du paysage sécuritaire de l’Arabie saoudite, en particulier parce que des millions de ressortissants soudanais ont vécu et travaillé dans le Royaume au cours des dernières décennies. De plus, les deux pays partagent une frontière avec la mer Rouge, ce qui entraîne des risques sécuritaires communs si le conflit persiste. La sécurité de la mer Rouge et des pays qui l’entourent est une priorité pour l’Arabie saoudite, notamment en raison des nombreux projets économiques et touristiques qu’elle met en œuvre le long de sa côte ouest, ainsi que de la présence des deux saintes mosquées de La Mecque et de Médine.
Les efforts diplomatiques de l’Arabie saoudite ne se limitent pas aux États voisins et arabes. Le Royaume a également accueilli des pourparlers de paix entre la Russie et les États-Unis, ainsi qu’entre l’Ukraine et les États-Unis, qui ont été salués par le président américain Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine. L’Arabie saoudite poursuit également ses communications et sa coordination avec l’Ukraine et le président Volodymyr Zelensky, qui s’est rendu à Djeddah et a rencontré le prince héritier Mohammed bin Salman.
Il est important de rappeler, dans ce contexte, les efforts diplomatiques arabes et islamiques plus larges menés par l’Arabie saoudite depuis les événements du 7 octobre 2023, ainsi que les initiatives internationales qu’elle a entreprises pour mettre fin à l’agression israélienne contre Gaza, la Cisjordanie et le Liban, et pour contribuer à l’Alliance mondiale pour la mise en œuvre de la solution à deux États.
Le ministère saoudien des Affaires étrangères a joué un rôle clé dans ces efforts, agissant non seulement en tant qu’organe décisionnel, mais aussi en tant qu’entité exécutive appliquant les directives royales. Cela signifie que les déclarations émises par le ministère, ainsi que les positions exprimées par le ministre des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan, reflètent les orientations de la direction saoudienne et en constituent une interprétation concrète.
Le ministère saoudien des Affaires étrangères a commencé comme un petit bureau à La Mecque sous le règne du roi Abdelaziz, avant d’être transféré à Djeddah, puis finalement à Riyad. Cela revêt une signification spirituelle et culturelle, car le ministère a d’abord opéré depuis la ville sainte, qui abrite la Kaaba, vers laquelle les musulmans dirigent leurs prières cinq fois par jour. Par conséquent, la politique étrangère de l’Arabie saoudite repose sur un cadre moral et éthique qui ne peut être ignoré.
Cela oblige le Royaume à assumer une plus grande responsabilité en tant que leader du monde musulman, conférant à l’Arabie saoudite un pouvoir et un capital symboliques considérables. Cependant, cela renforce également son engagement envers des approches fondées sur des principes, ce qui la rend moins pragmatique lorsqu’elle traite des questions qui concernent l’ensemble des musulmans, comme l’établissement d’un État palestinien indépendant. Dans ce contexte, le prince héritier a réaffirmé l’engagement de Riyad envers cet objectif, déclarant qu’il n’y aura pas de normalisation avec Israël sans cette condition.
Outre les valeurs plus larges liées aux responsabilités islamiques, la diplomatie saoudienne se caractérise également par un engagement fort en faveur de la non-ingérence dans les affaires internes des autres nations.
« La politique étrangère de l’Arabie saoudite repose sur un cadre moral et éthique qui ne peut être ignoré. » Hassan Al-Mustafa
Ces politiques reposent sur une approche participative et des solutions amiables, évitant autant que possible les ruptures et les conflits. Elles privilégient également la communication et le dialogue aux confrontations sécuritaires et militaires. Ce principe s’est révélé dans les récents efforts efficaces de désescalade menés par l’Arabie saoudite, que ce soit avec l’Iran, les Houthis au Yémen ou les pays arabes voisins comme l’Irak, où le Royaume a adopté des politiques d’endiguement malgré la présence de milices hostiles.
La flexibilité de ses positions est une autre caractéristique de la diplomatie saoudienne, permettant au Royaume d’interagir simultanément avec la Chine, la Russie, les États-Unis, l’Ukraine et l’Union européenne, malgré leurs intérêts souvent contradictoires.
Cette flexibilité illustre la force et l’efficacité de l’Arabie saoudite. Bien qu’entourée de nations confrontées à des crises chroniques et à des conflits armés, Riyad a constamment démontré sa capacité à s’adapter rapidement à ces circonstances changeantes. Sa relation avec les nouveaux dirigeants syriens en est un exemple frappant, reposant sur un équilibre entre réalisme, force et prudence, évoluant ni trop rapidement ni trop lentement.
Hassan Al-Mustafa est un écrivain et chercheur saoudien qui s'intéresse aux mouvements islamiques, à l'évolution du discours religieux et aux relations entre les États du Conseil de coopération du Golfe et l'Iran.
X: @Halmustafa
NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com