PARIS : Combien de centrales nucléaires, d'éoliennes et de panneaux solaires ? Combien de voitures électriques ? Comment s'adapter aux inondations à répétition ? Après des mois de retard et juste avant la COP29 à Bakou, la France présentera lundi ses feuilles de route pour l'énergie et le climat d'ici à 2030.
Un texte de la loi de programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), qui détaille la politique énergétique française pour les années à venir, ainsi qu'un autre sur la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) doivent être rendus publics par le gouvernement lundi. Ils seront mis en consultation jusqu'au 15 décembre.
La PPE, feuille de route énergétique de la France, doit notamment expliquer comment Paris va accélérer les énergies renouvelables et relancer le nucléaire, en précisant le calendrier de financement, afin de sortir le pays des énergies fossiles d'ici à 2050.
Les documents qui seront soumis à consultation doivent donner une « planification » des infrastructures pour chaque élément de production, ainsi que des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de sobriété, a indiqué la ministre de l'Énergie, Olga Givernet, au magazine L'Usine Nouvelle la semaine dernière.
Initialement promise à l'été 2023, la PPE devrait finalement être présentée au Parlement « d'ici la fin du premier trimestre 2025 », a précisé la ministre.
- « Écouter les Français »
Le Haut conseil pour le climat (HCC) a plusieurs fois pressé le gouvernement, au printemps puis plus récemment, d'adopter ces textes pour donner de la « visibilité ».
Dès sa déclaration de politique générale début octobre, le Premier ministre, Michel Barnier, avait promis que la formalisation de ces textes de planification allait « reprendre immédiatement » sur la base des travaux déjà effectués.
« Les inondations meurtrières aggravées par le changement climatique démontrent une fois de plus la nécessité d’accélérer la transition écologique juste », a estimé lundi Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau action climat (RAC), alors que l'Espagne voisine poursuit ses opérations de recherche après des inondations qui ont fait au moins 217 morts.
Selon elle, il serait « inadmissible que la SNBC mise sur un objectif de baisse des émissions de gaz à effet de serre inférieur aux -55 % fixés au niveau européen ».
Elle a également appelé à écouter les attentes des Français, citant une étude de la fondation Jean Jaurès montrant « une forte attente de territorialisation », et de « justice sociale », notamment dans la fiscalité environnementale et l'adaptation climatique.
Sur ce sujet, malgré les tensions budgétaires, Mme Givernet évoque trois dispositifs qu'elle souhaite conserver, mais « rationaliser et recentrer » : « le leasing social, le bonus écologique pour l'achat d'une voiture moins polluante et la prime à la conversion ».
Sinon, les grandes lignes des textes de planification sont déjà connues grâce à la « planification écologique » présentée par le précédent gouvernement et au Plan national intégré énergie-climat (Pniec) que la France a envoyé à la Commission européenne début juillet.
- « Sobriété »
Le gouvernement a également levé le voile le 18 octobre sur la carte de déploiement de l'éolien en mer : une cinquantaine de parcs éoliens sont prévus sur toutes les façades maritimes de l'Hexagone, pour atteindre 18 GW de capacités installées en 2035 et 45 GW en 2050. Ils sont actuellement de 1,5 GW.
Le deuxième axe de la PPE est « la maîtrise de la consommation avec la sobriété et l'efficacité énergétique », a souligné Mme Givernet dans le journal économique Les Echos.
« La publication de la troisième édition de la SNBC doit nous permettre d’atteindre l’objectif de -50 % de nos émissions brutes de gaz à effet de serre entre 1990 et 2030 », a pour sa part rappelé la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher.
Un autre document important, la troisième version du Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-3), a été publié la semaine dernière et sera inclus dans le paquet de documents de planification.
Il a été conçu sur la base de l'hypothèse d'un réchauffement de 4 °C en France d'ici à la fin du siècle, par rapport à l'ère préindustrielle (contre 1,7 °C à ce stade).