Un nouveau livre se penche sur la vie des artistes arabes modernes

Jumana El-Husseini. (Image reproduite avec l’aimable autorisation de Wael, Salem et Omar Bayazid)
Jumana El-Husseini. (Image reproduite avec l’aimable autorisation de Wael, Salem et Omar Bayazid)
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Publié le Jeudi 28 mars 2024

Un nouveau livre se penche sur la vie des artistes arabes modernes

  • Les artistes sont originaires du Golfe, du Levant et d'Afrique du Nord et ont travaillé entre les années 1950 et 1980, à une époque où la scène artistique de la région MENA était bien moins importante qu'elle ne l'est aujourd'hui.
  • "Toutes les conversations étaient chargées d'émotion", se souvient-elle : " J'ai assisté à des appels Zoom et j'ai vu des hommes adultes pleurer.

DUBAI : L'auteur libanaise et experte en art Myrna Ayad a récemment publié "Alcove", un livre de 30 essais explorant la vie d'artistes modernes du monde arabe, célèbres ou oubliés. Mme Ayad a basé ses essais sur des entretiens intimes avec les parents, les étudiants et les amis proches des artistes.

"Je ne cherchais pas à décrire leur travail", explique Ayad à Arab News : " Mon but était de me concentrer sur la personne, ce qui l'a émue, ce qui l'a affectée, comment elle a vécu, comment elle a survécu et pourquoi elle a persévéré.

Les artistes sont originaires du Golfe, du Levant et d'Afrique du Nord et ont travaillé entre les années 1950 et 1980, à une époque où la scène artistique de la région MENA était bien moins importante qu'elle ne l'est aujourd'hui.

Myrna Ayad. (fournie)

 

"Malgré la géographie, ils se connaissaient tous et étaient amis", explique Ayad. "Ils exposaient les uns à côté des autres et délibéraient ensemble. À l'époque, il y avait des capitales culturelles clés comme Bagdad, Beyrouth et Le Caire, et c'est là qu'ils se réunissaient tous. C'étaient des gens qui partageaient les mêmes idées". Ce qui les unissait également, c'était le sens de la lutte, qu'elle soit politique, personnelle ou professionnelle. "Il n'était pas facile d'être un artiste à l'époque", déclare Ayad.  

Ils étaient également des documentaristes de leur temps, dépeignant des événements historiques et politiques contemporains.

"Ils abordaient les sujets sans détour", explique Ayad. "Ils avaient suffisamment de liberté et de confiance pour le faire, et c'est pourquoi on trouve beaucoup de réponses dans l'art arabe moderne.

Le terme "alcôve" dérive du mot arabe "al-qubba", qui signifie une voûte ou une chambre. Les entretiens que Mme Ayad a menés pour son livre ont permis à ses interlocuteurs de se remémorer de nombreux souvenirs. "Toutes les conversations étaient chargées d'émotion", se souvient-elle : " J'ai assisté à des appels Zoom et j'ai vu des hommes adultes pleurer.

Voici cinq artistes remarquables présentés dans "Alcove".  

Abdullah Al-Shaikh (1936 - 2019)

Abdullah Al-Shaikh. (Image reproduite avec la permission d’Ala’ Al-Shaikh)

 

L'artiste saoudien né en Irak était un introverti qui a consacré sa vie à peindre des scènes folkloriques, des paysages locaux et des compositions abstraites. "J'ai été fascinée par le fait que cet homme, qui a grandi dans un environnement relativement conservateur, appartenait à une famille qui ne s'opposait pas à la création artistique", explique Ayad. "Il ne l'a jamais fait pour la gloire ou la fortune, il était tout simplement très engagé. Al-Shaikh a organisé sa première exposition personnelle à Alkhobar en 1981, alors qu'il avait une quarantaine d'années.

Jumana El-Husseini (1932 - 2018) 

Jumana El-Husseini. (Image reproduite avec l’aimable autorisation de Wael, Salem et Omar Bayazid)
Jumana El-Husseini. (Image reproduite avec l’aimable autorisation de Wael, Salem et Omar Bayazid)

Issue de l'aristocratie palestinienne, El-Husseini a été exilée de son pays natal en 1948 et s'est finalement installée au Liban. " Comme d'autres Palestiniens, sa famille a subi un choc catastrophique. Ils ont perdu leur maison et Jumana ne s'en est jamais remise", explique Ayad. "Elle a canalisé sa douleur dans la peinture. De nombreuses œuvres d'El-Husseini représentent des paysages de Jérusalem, où elle est née. Au Liban, elle s'est mariée, a élevé une famille de trois fils et a obtenu un double diplôme en sciences politiques et en psychologie de l'enfant. Mais son cœur reste en Palestine. 

Nuha Al-Radi (1941 - 2004)

Nuha Al-Radi. (Image reproduite avec l'aimable autorisation d'Abbad Al-Radi)
Nuha Al-Radi. (Image reproduite avec l'aimable autorisation d'Abbad Al-Radi)

L'artiste irakienne a travaillé sur plusieurs supports, tels que la céramique, la peinture et les objets trouvés. Fille d'un ambassadeur, Al-Radi a vécu une vie cosmopolite, résidant en Inde, au Liban et au Royaume-Uni. Elle était également une diariste reconnue, qui a écrit sur la vie quotidienne pendant la première guerre du Golfe. Au début des années 2000, période de turbulences politiques, elle a créé un "junk art", des sculptures figuratives en bois décorées de plumes et d'ornements "en réponse aux sanctions occidentales contre l'Iraq", selon sa biographie.    

Mona Saudi (1945 - 2022)

Mona Saudi. (avec la permission de Dia Battal)
Mona Saudi. (Avec la permission de Dia Battal)

L'artiste jordanienne, célèbre pour ses sculptures abstraites en marbre, a mené une vie remarquable, marquée par la rébellion et la créativité. À l'âge de 17 ans, elle a quitté la Jordanie en taxi pour Beyrouth afin de poursuivre sa carrière artistique. "Elle a grandi dans un environnement conservateur. Son père lui a interdit d'aller à l'université", raconte Ayad.

À Beyrouth, elle côtoie des artistes et des poètes et, en 1964, organise une exposition dans un café. Les fonds récoltés lui permettent de financer ses études à Paris. Militante, elle dessine des affiches pour l'Organisation de libération de la Palestine.

Asim Abu Shakra (1961 - 1990)

Asim Abu Shakra. (Image reproduite avec l’aimable autorisation de Karim Abu Shakra)
Asim Abu Shakra. (Image reproduite avec l’aimable autorisation de Karim Abu Shakra)

Au cours de sa courte vie, l'artiste palestinien a utilisé le cactus comme motif symbolique, représentant la résilience et la robustesse, dans ses peintures chargées d'émotion.

"Il étudiait à Tel Aviv, en Israël", raconte Ayad. "Pouvez-vous imaginer ce que cela lui a fait sur le plan psychologique ? Il s'est senti déraciné et mis dans une boîte. Il est séparé et seul. 

Abu Shakra est mort d'un cancer à l'âge de 29 ans. "Lorsque les cactus sont devenus de plus en plus sombres dans ses peintures, c'est à ce moment-là qu'il a été de plus en plus malade", explique M. Ayad.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Ahmad Kaabour : la voix de Beyrouth s’éteint à 71 ans

Le chanteur libanais Ahmad Kaabour en concert au festival « Angham min al-Sharq » (Les Sons de l’Arabie) à Abou Dhabi, le 7 mai 2010. Organisé par l’Autorité pour la Culture et le Patrimoine d’Abou Dhabi (ADACH), l’événement célèbre la richesse musicale du monde arabe. (AFP)
Le chanteur libanais Ahmad Kaabour en concert au festival « Angham min al-Sharq » (Les Sons de l’Arabie) à Abou Dhabi, le 7 mai 2010. Organisé par l’Autorité pour la Culture et le Patrimoine d’Abou Dhabi (ADACH), l’événement célèbre la richesse musicale du monde arabe. (AFP)
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  • Ahmad Kaabour est décédé à 71 ans à Beyrouth, après une longue lutte contre le cancer, laissant un héritage musical engagé et profondément lié à la mémoire de la ville
  • Son répertoire transforme Beyrouth en protagoniste, célébrant sa résilience, sa culture et ses traditions à travers plus de quatre décennies de carrière

​​​​​DUBAÏ: La disparition d’Ahmad Kaabour marque un chapitre essentiel de la mémoire musicale de Beyrouth. Figure emblématique de la chanson engagée et du patrimoine musical libanais, Kaabour aura traversé les décennies comme un témoin sonore des douleurs et des renaissances de sa ville natale. 

L’artiste s’est éteint à Beyrouth à l’âge de 71 ans, après une longue lutte contre le cancer. Né dans la capitale libanaise en 1955, il laisse derrière lui un héritage musical profondément ancré dans l’histoire et l’identité de la ville. Sa disparition marque la fin d’une voix qui a su chanter à la fois la douleur, l’espoir et la résilience de Beyrouth et du Liban.

Né dans une famille d’artistes, Kaabour commence à composer dès l’adolescence. En 1975, alors que le Liban s’enfonce dans la guerre civile, il compose la musique de « Ounadikom », sur des paroles du poète palestinien Tawfiq Ziad. La chanson devient un hymne de protestation et de solidarité, traversant générations et frontières.

Au fil des années, Kaabour travaille aux côtés de figures majeures de la scène libanaise, devenant partenaire artistique de Ziad Rahbani et Marcel Khalifé, tout en naviguant entre engagement politique et sensibilité populaire. 

Cette ouverture à des influences internationales se manifeste également dans son adaptation de « Baddi Ghanni Lannas », version arabe de « Chanter pour ceux qui sont loin de chez eux » de Michel Berger, parue en 1985 sur l’album Différences. Dans cette relecture, Ahmad Kaabour conserve la mélodie poignante et épurée de l’original, tout en y insufflant des paroles arabes ancrées dans les réalités libanaises et, plus largement, arabes.

Là où Berger chantait l’exil et la marginalité, Kaabour en élargit la portée pour en faire un hymne à la dignité et à la présence des peuples, fidèle à son engagement artistique. Cette collaboration indirecte — où Berger est crédité pour la musique et Kaabour pour l’adaptation — illustre sa capacité à faire dialoguer les cultures tout en restant profondément enraciné dans son identité.

Le lien avec Beyrouth reste central dans son œuvre. « La3younak » (1993) est une véritable déclaration d’amour à la ville, diffusée largement dans les années 1990, notamment sur Future TV, et incarnant l’esprit d’une capitale en reconstruction  derrière sa mélodie douce et nostalgique, c’est une ville-personne qui se dessine : aimée, fragilisée, mais toujours debout. 

Cette fibre beyrouthine traverse aussi d’autres titres. Dans ses reprises, comme « Shu Beddak » après l’explosion du port de 2020, Kaabour transforme une chanson populaire en élégie contemporaine, appelant à la mémoire et à la responsabilité collective. Dans des registres plus festifs, comme « Allou Al Bayarek », associé aux traditions du Ramadan à Beyrouth, il célèbre les rituels et la vie quotidienne de la ville, inscrivant son œuvre au cœur de la culture et des traditions locales.

Au-delà de ses succès pour adultes, Kaabour n’a jamais négligé le jeune public. Ses spectacles pour enfants, souvent avec la troupe Firkat al-Sanabel et le Théâtre libanais de marionnettes, évitaient la simplification, mêlant rythme, histoire et réflexion sur le monde. Pour lui, la musique était un pont entre générations et un moyen de transmettre mémoire et émotion.

Avec plus de quatre décennies de carrière, Ahmad Kaabour laisse un héritage unique : Beyrouth, avec toutes ses blessures et ses espoirs, comme protagoniste de sa musique. Sa voix restera à jamais l'écho de la ville qu’il a tant aimée.


Le décès de Loana pourrait être dû à une chute, selon le parquet

Agée de 48 ans, l'ex-star a été retrouvée sans vie mercredi vers 18h à son domicile près de la gare de Nice par les pompiers, prévenus par un voisin inquiet de ne plus la voir depuis plusieurs jours. (AFP)
Agée de 48 ans, l'ex-star a été retrouvée sans vie mercredi vers 18h à son domicile près de la gare de Nice par les pompiers, prévenus par un voisin inquiet de ne plus la voir depuis plusieurs jours. (AFP)
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  • Une enquête en recherche des causes de la mort a été confiée à la police judiciaire, et le corps a été transporté à l'institut médico-légal en vue d'une autopsie et d'analyses toxicologiques et de recherches d'éventuelles pathologies
  • "A ce stade des investigations, aucun élément ne permet d'envisager l'intervention d'un tiers en lien avec le décès", a ajouté le procureur

NICE: Le décès de Loana, première vedette de la télé-réalité en France, retrouvée morte mercredi à son domicile à Nice, pourrait être dû à une chute, sans intervention d'un tiers, a annoncé jeudi le procureur de Nice, Damien Martinelli.

Agée de 48 ans, l'ex-star a été retrouvée sans vie mercredi vers 18h à son domicile près de la gare de Nice par les pompiers, prévenus par un voisin inquiet de ne plus la voir depuis plusieurs jours.

La porte de l'appartement étant fermée à clé de l'intérieur, les pompiers sont entrés par une fenêtre. Loana était "manifestement décédée depuis plusieurs jours", et son chien a également été retrouvé mort, selon le communiqué du procureur.

Une plaie à l'arrière du crâne et des ecchymoses dans la région lombaire laissent envisager que le décès puisse être lié à une chute en arrière.

Une enquête en recherche des causes de la mort a été confiée à la police judiciaire, et le corps a été transporté à l'institut médico-légal en vue d'une autopsie et d'analyses toxicologiques et de recherches d'éventuelles pathologies.

"A ce stade des investigations, aucun élément ne permet d'envisager l'intervention d'un tiers en lien avec le décès", a ajouté le procureur.

La France avait découvert Loana Petrucciani (de son nom complet) en avril 2001 lorsqu'elle a vécu avec d'autres anonymes dix semaines durant 24 heures sur 24 sous l'oeil des caméras de M6.

Le succès du "Loft" a été immédiat et phénoménal et l'émission, considérée comme culte, a inspiré une série pour la plateforme de streaming d'Amazon, Prime Video, en 2024.

Mais Loana a quitté peu à peu le monde du show business et entamé un long déclin personnel, entre violences subies, problèmes de santé, tentatives de suicide, overdoses et épisodes psychiatriques.

"On peut dire que nous avons vécu un conte de fées. Une vie que jamais nous n'aurions osé imaginer. Un rêve éveillé, intense. Et puis, je t'ai vue tomber, te redresser, te battre, lutter, céder... Tu as tout donné, jusqu'au bout", a témoigné sur Instagram le chroniqueur Steevy Boulay, autre "lofteur" de la première édition.

 

 


A Tyr, dans le sud du Liban, des joyaux de l'antiquité sous les bombes israéliennes

Fumée s’élevant après une frappe aérienne israélienne, en arrière-plan du site archéologique des ruines de l’ancien port phénicien à Tyr, dans le sud du Liban, le 23 mars 2026. Au site d’Al-Bass, seul un symbole de l’UNESCO rappelle la protection des vestiges antiques, désormais menacés par les frappes. (AFP)
Fumée s’élevant après une frappe aérienne israélienne, en arrière-plan du site archéologique des ruines de l’ancien port phénicien à Tyr, dans le sud du Liban, le 23 mars 2026. Au site d’Al-Bass, seul un symbole de l’UNESCO rappelle la protection des vestiges antiques, désormais menacés par les frappes. (AFP)
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  • Le site antique de Tyr, classé à l’UNESCO, est protégé symboliquement par l’initiative « Boucliers bleus », mais reste exposé aux frappes israéliennes dans le contexte du conflit avec le Hezbollah
  • Les attaques ont déjà causé des victimes civiles à proximité des vestiges, suscitant des inquiétudes sur la protection du patrimoine archéologique du sud du Liban en pleine guerre

TYR: Le "bouclier" pourra-t-il arrêter la foudre? Sur le site archéologique d'Al-Bass, dans le sud du Liban, aucune présence militaire mais un panneau symbolique de l'Unesco flanqué d'un écusson bleu et blanc, unique rempart pour protéger les ruines antiques des bombes israéliennes.

Située à une vingtaine de km de la frontière avec Israël, Tyr, l'une des plus anciennes cités du monde méditerranéen, a été la cible de plusieurs frappes israéliennes depuis le début de la guerre avec le Hezbollah le 2 mars.

L'initiative "Boucliers bleus", lancée par un comité lié à l'Unesco, concerne une trentaine de sites au Liban, dont celui de Tyr. C'est d'abord un message adressé à l'armée israélienne: la convention de la Haye de 1954 oblige à préserver les biens culturels en cas de conflit armé.

Le 6 mars, une frappe israélienne s'est abattue à quelques mètres des poteries anciennes. Huit personnes, une famille entière, ont été tuées, selon les autorités. Leur maison, pulvérisée par l'explosion, n'est plus qu'un amas de gravats, à côté d'une voiture calcinée. 

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Un emblème de protection renforcée, symbole du droit international humanitaire, est affiché sur le site de l’hippodrome romain à Tyr, le 23 mars 2026. À Al-Bass, aucun dispositif militaire, seulement un signe censé protéger les ruines antiques, désormais touchées par les frappes. (AFP)

"C'était nos voisins, ils vivaient ici depuis des décennies (...) Ils pensaient que la proximité du site les protégerait parce qu'il est classé au patrimoine mondial de l'Unesco, qu'il ne serait pas touché", raconte Nader Saqlaoui, directeur des fouilles archéologiques dans le sud, rattaché au ministère de la Culture.

Détail macabre, l'équipe venue inspecter d'éventuels dégâts sur les monuments a, dit-il, "découvert des restes humains sur le toit du musée" encore en construction.

Celui-ci a subi quelques dommages, ses vitres ont volé en éclats, mais l'explosion n'a pas atteint la nécropole des IIe et IIIe siècles, ni l'arc de triomphe monumental, les aqueducs ou encore l'hippodrome qui s'élèvent sur le site, témoins d'une époque romaine prospère.

Beaucoup d'habitants de la ville ont fui, à la suite d'un appel à évacuer d'Israël, mais quelques milliers sont restés, avec des combattants du Hezbollah pro-iranien - et les précieux vestiges.

Durant l'Antiquité, la ville fut un important port phénicien, avant d'être conquise par Alexandre le Grand, puis l'Empire romain.

Le ministre de la Culture Ghassan Salamé a dénoncé une "agression" d'Israël.

"Il n'existe aucune présence militaire ou sécuritaire sur ces sites (archéologiques, NDLR) et un tel argument ne peut être utilisé pour les bombarder ou y porter atteinte", a-t-il fustigé dans un communiqué.

Interrogée par l'AFP, l'armée israélienne, qui dit viser le Hezbollah, n'a pas commenté dans un premier temps.

- Transport risqué -

Les archéologues doivent encore examiner les vieilles pierres pour détecter d'éventuelles fissures ou altérations qui pourraient avoir été provoquées par l'onde de choc.

"Le Liban est plein de richesses archéologiques (...) et les dépôts de Beyrouth n'ont pas la capacité d'accueillir tous ces objets" menacés, raconte David Sassine, expert de l'Alliance internationale pour la protection du patrimoine (Aliph), une fondation qui aide le gouvernement à aménager des lieux sécurisés pour les objets de valeur.

Le dilemme est double: rien ne garantit qu'ils seront davantage en sécurité dans la capitale, elle-même bombardée régulièrement par Israël, et le transport des objets depuis le sud du pays, même sous escorte militaire, "reste risqué", dit-il. 

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Caisses remplies de fragments de poteries antiques après une frappe israélienne près de l’hippodrome romain à Tyr, au sud du Liban, le 23 mars 2026. À Al-Bass, un simple emblème de protection marque un site archéologique désormais touché par les frappes. (AFP)

Lors du précédent conflit de 2023-2024, des pièces d'or, des amphores plurimillénaires et des sarcophages de grande valeur avaient ainsi été transférés à Beyrouth - où ils se trouvent encore.

Les environs immédiats de Tyr avaient déjà été touchés. Et la citadelle de Chamaa, une forteresse médiévale de la zone frontalière, a été à moitié détruite par l'armée israélienne.

Le directeur des fouilles ne se fait pas beaucoup d'illusion.

"Les Israéliens savent tout, même la pointure de vos chaussures (...) Ils savaient très bien où se trouvait le site", assure M. Saqlaoui. "Nous avons vécu au moins six guerres avec Israël (...) ça ne les a pas empêché d'attaquer des sites archéologiques". 

Mustafa Najdi, employé comme gardien, était présent à Al-Bass le jour du bombardement: "j'ai entendu un choc très violent et j'ai pris la fuite avant de prévenir les responsables", dit-il.

"Personne ne s'intéresse à nous", dénonce le trentenaire à la barbe épaisse, appelant "tous ceux qui le peuvent à faire pression pour mettre fin à cette barbarie".

"Cette civilisation représente l'histoire et elle nous représente tous, Libanais comme non Libanais".