En Syrie, les enfants de l'EI croupissent dans des camps

Un enfant regarde vers la caméra dans le camp d'al-Hol, dans le gouvernorat d'Al-Hasakah, dans le nord-est de la Syrie, le 11 octobre 2023 (Photo, AFP).
Un enfant regarde vers la caméra dans le camp d'al-Hol, dans le gouvernorat d'Al-Hasakah, dans le nord-est de la Syrie, le 11 octobre 2023 (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 20 mars 2024

En Syrie, les enfants de l'EI croupissent dans des camps

  • Derrière les hautes clôtures du camp, des enfants, l'air las et frustré, jettent des pierres aux visiteurs
  • Les femmes et les enfants de l'annexe doivent obtenir une autorisation pour se rendre dans les centres de santé situés à l'extérieur du camp

AL-HOL: A 12 ans, Ali a vécu des expériences qu'aucun enfant ne devrait connaître et a déjà passé la moitié de sa vie dans un camp réservé aux familles de jihadistes, une prison à ciel ouvert dans le désert syrien.

Le gamin ne rêve même pas de liberté. Un ballon de football serait la lune pour lui. "Vous en avez un pour moi?"

Cinq ans après la chute du "califat" du groupe Etat islamique (EI), des dizaines de milliers de femmes et d'enfants proches de jihadistes sont détenus par les forces kurdes syriennes alliées des Etats-Unis dans des camps où règne la violence.

Plus de 40.000 personnes, pour moitié des enfants, vivent dans celui d'al-Hol, dans le nord de la Syrie, entouré de barbelés et de tours de guet, apparemment sans plan de rapatriement en vue.

Peu d'enfants vont à l'école et la plupart n'ont jamais vu de télévision ou mangé de glace. Ils vivent les uns sur les autres dans des tentes aux accès sanitaires limités.

Selon un expert de l'ONU, dès l'âge de 11 ans, les garçons sont retirés à leur mère par les gardes du camp, en violation du droit international.

Les autorités kurdes affirment que cette démarche vise à empêcher leur radicalisation.

Elles admettent que les jihadistes contrôlent certaines parties du camp par la terreur, les châtiments, voire le meurtre.

Même le petit Ali en est conscient: "Ils entrent dans les tentes la nuit et tuent les gens", dit-il.

"Ce n'est pas une vie pour les enfants (...) ils paient le prix de quelque chose qu'ils n'ont pas fait", commente pour l'AFP un humanitaire.

Lorsque la coalition internationale antijihadistes et ses alliés des Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes ont pris Baghouz, le dernier bastion de l'EI en Syrie en mars 2019, les familles de jihadistes présumés ont été transportées vers al-Hol.

Cinq ans plus tard, des dizaines de pays refusent toujours de rapatrier leurs ressortissants. Des milliers de jihadistes du monde entier avaient afflué en Syrie, proclamée nouvelle terre de jihad après le début du conflit en 2011, et avaient combattu dans les rangs de l'EI.

Pour le chef des FDS Mazloum Abdi - dont les soldats gardent le camp financé par l'Occident - al-Hol est une "bombe à retardement".

«L'annexe» pour les étrangers 

Lors d'un rare accès à ce camp, l'AFP a pu interroger des veuves de combattants de l'EI, des humanitaires, des membres des forces de sécurité et des employés de l'administration.

Dans "l'annexe" sous haute sécurité, qui constitue un camp dans le camp, se trouvent les femmes "étrangères", avec leurs enfants, venues de 45 pays dont la France, les Pays-Bas, la Suède, la Turquie, la Tunisie et la Russie ou encore du Caucase et d'Asie centrale.

Plus radicales, ces femmes étrangères sont tenues à l'écart des Syriens et des Irakiens, les "locaux". Certaines ont demandé à rester anonymes par crainte de représailles.

Pour compliquer les choses, quelque 3.000 hommes sont détenus avec les femmes et les enfants dans les secteurs syrien et irakien du camp. Certains sont de simples réfugiés, d'autres sont suspectés par les Kurdes d'être d'anciens combattants de l'EI.

Même les gardes ne s'y aventurent pas la nuit, sauf lors de descentes.

Dans cet immense camp poussiéreux - construit à l'origine pour les réfugiés fuyant les guerres en Irak et en Syrie -, il est presque impossible de marcher entre les tentes délabrées tant les résidents sont entassés.

L'intimité y est inexistante, les cuisines et les toilettes communes sont sordides et insuffisantes, affirment les humanitaires qui fournissent des services de base en plus de l'aide alimentaire grâce à laquelle les détenus survivent.

Derrière les hautes clôtures du camp, des enfants, l'air las et frustré, jettent des pierres aux visiteurs. Face à la caméra, un petit blond mime, le doigt sur la gorge, un geste de décapitation.

La plupart essaient de gagner un peu de sous en transportant de l'eau, en nettoyant ou en réparant les tentes de ceux qui reçoivent de l'argent envoyé par leurs familles.

D'autres travaillent au marché du camp ou échangent leur aide alimentaire.

"Vivre et grandir à al-Hol est asphyxiant pour les enfants", commente Kathryn Achilles de l'ONG Save the Children. Ils "ont enduré de graves privations, des bombardements et ils sont maintenant dans le camp depuis près de cinq ans".

«On nous laissera ici»

"Comment nos enfants peuvent-ils rêver s'ils n'ont jamais vu le monde extérieur?" demande à l'AFP une mère de cinq enfants détenue dans l'annexe.

Les deux tiers des 6.612 détenus de ce quartier de haute sécurité sont des enfants, selon les administrateurs du camp.

Cette femme de 39 ans a donné naissance à son benjamin à al-Hol, après avoir fui en 2019 Baghouz où son mari, un combattant de l'EI, a été tué.

Comme toutes les femmes du camp, elle est intégralement voilée d'un niqab qui laisse entrevoir ses yeux sombres, et porte des gants noirs.

Des femmes d'al-Hol ont déclaré à l'AFP ne pas oser enlever le niqab par crainte des extrémistes.

"C'est une vie amère et le pire, c'est qu'ils disent qu'on va rester ici", déplore cette femme.

Les autorités locales ont commencé à construire de nouvelles sections où chaque tente disposera de ses propres toilettes et de sa cuisine. Ces travaux sont menés "parce que le camp pourrait rester en place à long terme", confirme Jihan Hanane, directrice de l'administration civile du camp.

La responsable admet que la vie est "difficile pour les résidents". "Mais elle l'est également pour nous, compte tenu de la situation sécuritaire et du contexte régional global", dit-elle.

Meurtres et violences sexuelles 

Les organisations humanitaires s'inquiètent surtout de ce qui arrive aux enfants.

En 2022, deux Egyptiennes, âgées de 12 et 15 ans, ont été égorgées dans l'annexe et leurs corps jetés dans une fosse septique.

La même année, Rana, une jeune Syrienne, a été blessée au visage et à l'épaule par des hommes armés qui l'ont accusée d'avoir eu un enfant hors mariage à 18 ans.

"Ils m'ont kidnappée pendant 11 jours et m'ont frappée avec des chaînes", raconte-t-elle à l'AFP.

D'autres enfants sont victimes de violences sexuelles et de harcèlement, déclare à l'AFP une agente de santé. En trois mois en 2021, elle dit avoir traité 11 cas de violences sexuelles sur enfants.

Parfois, des enfants en maltraitent d'autres. "Ils ne savent peut-être pas qu'ils se font du mal", poursuit-elle en soulignant qu'un enfant coupable de violences sexuelles est susceptible d'en avoir été lui-même victime ou témoin.

Dans un rapport de 2022, Save the Children indiquait que les enfants d'al-Hol avaient été témoins de meurtres, "de fusillades, de coups de couteau et d'étranglements".

Un traumatisme qui déclenche troubles du sommeil et comportements agressifs, selon le rapport.

"J'essaie de ne pas laisser mes enfants socialiser pour les protéger, mais c'est presque impossible parce que le camp est bondé", raconte Chatha, une mère irakienne de cinq enfants. "Chaque fois que mes enfants sortent, quand ils reviennent ils ont été roués de coups."

Mais confiner les enfants dans leur tente revient à les enfermer "dans une prison à l'intérieur d'une prison", commente une travailleuse sociale.

«Je n'arrive pas à dormir»

Toutes les mères avec lesquelles l'AFP s'est entretenue à al-Hol - en particulier dans l'annexe sous haute sécurité - sont terrifiées à l'idée que leurs fils leur soient retirés par les gardes et envoyés dans des "centres de réadaptation".

Les forces de sécurité prennent régulièrement des garçons de plus de 11 ans lors de raids nocturnes sur l'annexe ou de descentes sur le marché, une politique qu'un expert de l'ONU a qualifiée de "séparation forcée et arbitraire".

Zeinab, une mère égyptienne, raconte que son fils de 13 ans lui a été enlevé il y a un an. Elle craint maintenant que ce soit le tour de son garçon de 11 ans.

"Je n'arrive pas à dormir la nuit. Quand j'entends des bruits dehors, j'ai peur qu'ils viennent chercher mon fils", dit-elle.

Des mères empêchent leurs garçons de sortir ou vont même jusqu'à les cacher dans des trous ou tranchées qu'elles creusent elles-mêmes.

"Certains garçons ont peut-être 20 ans, mais nous ne savons pas où ils se cachent", admet un membre des forces de sécurité.

Les autorités affirment qu'elles emmènent ces garçons pour les protéger des "violences sexuelles" et d'un environnement "radicalisé".

Le Pentagone a déclaré à l'AFP être au courant du transfert de jeunes "vers des centres de jeunesse et de détention".

"Nous gardons le bien-être des enfants au centre de nos politiques et encourageons les autorités locales à veiller à ce que leurs actions servent au mieux (leurs) intérêts", a-t-il ajouté.

Cellules de l'EI 

Les forces kurdes mettent depuis longtemps en garde contre le danger que constituent les cellules de l'EI dans le camp - avec en 2019 un pic dans le nombre des meurtres, incendies criminels et tentatives d'évasion.

Des fusils, des munitions et des tunnels ont été découverts lors de fouilles régulières du camp.

Une Syrienne, qui a fui le camp en 2019, a raconté qu'un membre de l'EI connu sous le nom d'Abou Mohamed rendait visite aux veuves chaque mois et leur versait entre 300 et 500 dollars.

"Il avait l'habitude de venir en uniforme des forces de sécurité et de promettre que le groupe reviendrait", a-t-elle dit.

Sur le triste marché de l'annexe, des femmes examinent les quelques morceaux de viande disponibles tandis que d'autres transportent des bouteilles d'eau et des tapis dans des chariots à trois roues ou des caddies de fortune, faits de cordes et de cartons.

A la vue des journalistes, certaines lèvent leur index ganté vers le ciel, geste fréquemment utilisé par les jihadistes de l'EI pour rappeler "l'unicité de Dieu".

Si de nombreuses femmes se repentent, d'autres ne cachent pas leur fidélité à l'EI.

Le groupe avait proclamé en juin 2014 un "califat" sur les territoires conquis en Syrie et en Irak et y avait instauré un régime de terreur, imposant une stricte application de la loi islamique et se livrant à de nombreuses exactions, dont des exécutions notamment par décapitation, en public.

L'EI "est toujours là et sa présence est plus forte dans certains secteurs du camp", dit Abou Khodor, un Irakien de 26 ans qui y vit depuis sept ans.

«La mort ne nous fait pas peur»

"Il y a des partisans de l'EI et d'autres qui sont devenus encore pires", affirme une femme du camp. D'autres, en revanche, "ne veulent plus rien avoir à faire avec ça".

Lors d'une manifestation contre les descentes de sécurité dans le camp plus tôt cette année, une femme a été filmée disant aux gardes: "Nous sommes ici maintenant, mais un jour, ce sera votre tour".

"L'Etat islamique ne disparaîtra pas, même si vous nous tuez et nous battez (...) La mort ne nous fait pas peur", a-t-elle ajouté.

Une Egyptienne a ensuite été vue en train d'appeler au calme en disant: "Nous ne voulons pas de problèmes".

La méfiance est telle que certaines femmes refusent d'être traitées par la médecine occidentale, ce qui entraîne des épidémies, comme récemment la rougeole.

Les femmes et les enfants de l'annexe doivent obtenir une autorisation pour se rendre dans les centres de santé situés à l'extérieur du camp.

Cela prend "des jours, des semaines, voire des mois" pour les cas moins critiques, selon Liz Harding, chef de mission de Médecins sans frontières (MSF) dans le nord-est de la Syrie.

"La peur, les restrictions de mouvement, l'insécurité et le manque de services d'urgence la nuit" les privent de soins, ajoute-t-elle.

Certains font entrer clandestinement des médicaments et au moins une femme effectue des interventions dentaires clandestines, ce qui a conduit à des cas de septicémie.

"Elle n'a pas les outils nécessaires, mais il n'y a pas d'autres soins dentaires", se plaint une Russe.

Un fardeau énorme 

La situation pèse lourdement sur les Kurdes syriens qui dirigent le camp.

De nombreux gardes ont perdu leurs camarades tués par des combattants de l'EI dont ils doivent désormais protéger les familles.

"C'est un problème majeur, (...) un fardeau à la fois financier, politique et moral", déclare à l'AFP le chef des FDS Mazloum Abdi.

Les ONG présentes dans le camp estiment que les enfants ne devraient pas avoir à payer le prix des actions de leurs parents.

"Les mères veulent que leurs enfants aillent à l'école, grandissent en bonne santé et espèrent qu'ils ne seront pas victimes de discrimination à cause de tout ce qu'ils ont vécu", affirme Mme Achilles de Save The Children.

Interrogé par l'AFP sur le sort de ces femmes et de ces enfants, le Pentagone a déclaré que "la seule solution durable à long terme pour les résidents (...) est le retour ou le rapatriement des personnes déplacées vers leurs régions ou pays d'origine".

Les autorités kurdes exhortent constamment les pays à rapatrier leurs ressortissants, mais elles ont peu d'espoir.

Selon Jihan Hanane, la directrice de l'administration civile du camp, il y a "des nationalités qui n'intéressent personne".

La Suède vient de déclarer qu'elle ne rapatriera ni enfants ni adultes des camps de prisonniers jihadistes du nord-est de la Syrie.

La France a cessé à l'été 2023 les rapatriements collectifs faute de volontaires et après avoir mené quatre opérations en un an.

L'Irak a commencé à lentement rapatrier ses ressortissants, mais le retour des Syriens dans les zones contrôlées par le gouvernement semble impossible.

"Nous souhaitons que tous puissent rentrer chez eux", dit Mme Hanane.

Cela ne suffit pas à rassurer une mère russe de deux enfants qui déclare à l'AFP se sentir abandonnée. "Il n'y a nulle part où aller. Il n'y a pas de solution."


«Si le Liban echoue, cela impactera sur la région et sur l'Europe», déclare Haneen Sayed, ministre des Affaires sociales, à Arab News

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  • Haneen Sayed avertit que la guerre et les déplacements risquent d'accélérer l'effondrement institutionnel et le déclin économique du Liban
  • Beyrouth appelle à un cessez-le-feu et à un soutien mondial pour reconstruire l'autorité de l'État et contenir l'influence du Hezbollah

NEW YORK CITY : Haneen Sayed, ministre libanaise des Affaires sociales, a profité de sa visite à New York et à Washington cette semaine pour souligner le besoin urgent de renforcer les institutions de l'État alors que le pays est confronté aux pressions combinées de la guerre, des déplacements massifs de population et de la pression économique.

Elle a déclaré que le renforcement de l'État libanais, de l'armée aux services sociaux, est essentiel non seulement pour répondre à la crise humanitaire immédiate, mais aussi pour restaurer la confiance du public et prévenir toute nouvelle érosion institutionnelle à un moment critique.

Mme Sayed a également souligné l'importance des pourparlers directs entre le Liban et Israël qui auront lieu cette semaine à Washington et qui visent à obtenir un cessez-le-feu entre Israël et la milice du Hezbollah soutenue par l'Iran, affirmant que l'arrêt de la violence est une première étape nécessaire pour rendre les négociations viables.

S'adressant à Arab News au siège des Nations unies à New York avant de participer aux réunions de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale à Washington, M. Sayed a décrit l'ampleur de la crise à laquelle le Liban est confronté.

"Lorsque le Hezbollah a décidé de lancer six missiles sur la frontière (israélienne) le 2 mars, ce qui nous a entraînés dans cette guerre, notre économie ne s'était pas encore rétablie", a-t-elle déclaré.

"Notre secteur financier et les réformes que nous avons entreprises l'année dernière en tant que gouvernement n'ont pas encore porté leurs fruits. Au niveau régional, nos partenaires du Golfe font face à leurs propres défis et, au niveau mondial, les financements sont en baisse depuis deux ans.

"Nous comprenons les contraintes, mais notre message à la communauté internationale est que le Liban ne peut pas échouer : en tant que pays, en tant que gouvernement ou en tant qu'idée. L'échec du Liban aurait des conséquences pour ses voisins, la région et même l'Europe."

Le 2 mars, le Hezbollah a lancé des roquettes et des drones sur le nord d'Israël en représailles à l'assassinat par les États-Unis et Israël du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 28 février. Israël a répondu par une nouvelle offensive aérienne et terrestre contre le Liban.

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Un volontaire de la Croix-Rouge libanaise inspecte les dégâts subis par ses véhicules de secours sur le site d'une attaque de drone israélien, le 13 avril. (AFP)


Les perspectives de paix restent incertaines après qu'Israël a déclaré le 11 avril qu'il ne discuterait pas d'un cessez-le-feu avec le Hezbollah lors des discussions avec les responsables libanais à Washington, selon les médias.

À ce jour, le conflit a fait plus de 2 000 morts, plus de 6 500 blessés et plus d'un million de personnes déplacées à travers le pays, selon les autorités libanaises.

M. Sayed a vivement critiqué le rôle du Hezbollah dans le conflit et son impact plus large sur le pays. "Le Hezbollah est un groupe armé dont les activités sont illégales", a-t-elle déclaré.

"Je ne crois pas que le Hezbollah ait réussi à défendre le pays et son peuple. Il n'a fait qu'apporter la dévastation à son peuple, à son pays.

Ces propos ont été tenus alors que le chef du Hezbollah, Naim Qassem, a appelé le gouvernement libanais à annuler les pourparlers directs avec Israël à Washington, les qualifiant d'"inutiles" et d'une forme de "soumission et de capitulation".

Il a également promis que le Hezbollah poursuivrait ses opérations militaires et ne rendrait jamais ses armes, affirmant que le groupe se battrait "jusqu'à son dernier souffle" et qu'il était prêt à une confrontation prolongée.

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Environ 85 % des personnes déplacées ne se trouvent pas dans des abris officiels. (AFP)



La réponse de M. Sayed à cette menace reflète une réalité difficile mais inéluctable. Nous ne nous attendions pas à ce que Naim Qassem vienne nous dire : "D'accord, nous allons nous asseoir à la table avec vous", a-t-elle déclaré.

"Et bien sûr, il y a un facteur externe majeur, à savoir les soutiens du Hezbollah, y compris l'Iran, et cela se joue sur un autre front. Je pense que les décisions ne sont pas prises uniquement par le Hezbollah lui-même.

Il y a, en quelque sorte, un "grand frère" qui prend ces décisions, ce qui est préjudiciable à notre pays. Nous espérons que cette question sera abordée dans le cadre d'un accord régional plus large.

La priorité du Liban reste le renforcement de l'État lui-même, a-t-elle déclaré. "Il faut du temps et de la patience, et maintenir le cap en voulant ce qu'il y a de mieux pour le pays.

"Nous voulons une armée forte. Si l'armée libanaise est en mesure de protéger les citoyens, c'est ce que nous voulons, plutôt qu'une faction armée, qui n'a pas réussi à protéger les gens. Elle a semé la dévastation sur son propre territoire".

M. Sayed a également souligné que l'État devait être le principal fournisseur de services et de sécurité. "Les gens ont besoin d'être rassurés sur la présence de l'État et sur le fait qu'en fin de compte, seul l'État peut vraiment les protéger.

Elle a ajouté que le renforcement des capacités de l'État doit aller de pair avec le soutien international, car le Liban est confronté à des pressions à la fois sécuritaires et sociales. Ces pressions ont alimenté les craintes d'instabilité interne.

Si Mme Sayed s'est déclarée convaincue que le Liban pourrait éviter un retour à la guerre civile, elle a néanmoins reconnu la pression qu'elle subit. "Pour être honnête, nous sommes à bout de souffle", a-t-elle déclaré. "On ne peut pas s'en cacher, et toutes les communautés sont anxieuses.

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Une pelleteuse dégage les décombres d'un bâtiment dans le quartier de Hay al-Selloum à Beyrouth, visé par une frappe israélienne. (AFP)
 


Elle a expliqué qu'elle se rendait régulièrement dans des abris pour personnes déplacées et qu'elle était témoin des difficultés croissantes. "On voit le désespoir sur les visages des mères, les maris et les fils assis dans les abris, attendant que quelque chose se passe.

Selon elle, l'aggravation des conditions pourrait intensifier la pression sur des communautés déjà fragiles, d'autant plus que la plupart des personnes déplacées ne sont pas dans des abris formels mais restent dans des communautés d'accueil ou comptent sur des économies qui s'épuisent rapidement.

La situation humanitaire est gérée sous une forte pression financière. Le Liban a lancé un appel d'urgence de 308 millions de dollars auprès des Nations unies, mais n'a reçu qu'à peine 30 % des fonds nécessaires.

"Nous sommes déjà dans le deuxième mois, et nous ne savons pas exactement où cela va nous mener", a-t-elle déclaré.

Elle a souligné la nécessité d'un soutien urgent en matière d'abris, de nourriture, d'eau et de services d'assainissement, notant que les municipalités sont également soumises à une forte pression alors que les systèmes d'infrastructure luttent pour absorber l'impact des déplacements massifs.

Environ 85 % des personnes déplacées ne sont pas dans des abris formels - elles vivent avec des proches, louent un logement ou comptent sur leurs économies.

"Ces économies s'épuiseront si la guerre se prolonge", a-t-elle averti, ajoutant que l'économie libanaise, déjà fragile, pourrait voir sa croissance récente s'inverser si le conflit se poursuit.

"L'économie se contracte et les 5 % de croissance atteints en 2025 pourraient être effacés en quelques mois. Si la guerre se poursuit pendant l'été, période où le Liban reçoit habituellement des envois de fonds et des activités touristiques, la contraction de l'économie devrait s'aggraver de manière significative."


Les services municipaux des régions accueillant des populations déplacées, notamment Beyrouth, Sidon et le Mont-Liban, sont particulièrement sollicités, avec une demande accrue d'eau, d'électricité et de services de gestion des déchets.

Malgré la crise, M. Sayed a déclaré que le renforcement des institutions de l'État était une priorité essentielle. "Les institutions de l'État sont encore plus importantes aujourd'hui, c'est une priorité absolue", a-t-elle déclaré.

Elle a souligné que l'armée libanaise était une institution clé nécessitant un soutien, aux côtés des services publics tels que l'éducation et les programmes de protection sociale.

"Nous avons mis au point un programme très solide", a-t-elle déclaré, faisant référence aux transferts directs d'argent liquide conçus pour créer un lien plus fort entre les citoyens et l'État. "Le citoyen sait alors que c'est le gouvernement qui l'aide.

Elle a également souligné l'importance de maintenir la présence de l'État sur le terrain. "L'État est là, nous sommes là pour aider les gens", a-t-elle déclaré.

Mme Sayed a déclaré que la crise libanaise avait des implications plus larges au-delà des frontières du pays. "Le Liban ne peut pas échouer en tant que pays, en tant que gouvernement, en tant qu'idée", a-t-elle déclaré. "L'échec du Liban aura des conséquences ... pour les voisins, pour la région et même pour l'Europe.

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a exhorté Israël et le Liban à saisir une "occasion historique" lors de l'ouverture mardi à Washington de pourparlers directs - les premiers depuis 1993 - afin de tracer la voie vers un cessez-le-feu et une stabilité à long terme.

Ces pourparlers interviennent alors que les États-Unis craignent que le conflit entre Israël et le Hezbollah ne déstabilise le fragile cessez-le-feu lié à l'impasse plus large avec l'Iran, après que la diplomatie avec Téhéran la semaine dernière n'a pas abouti à une percée.

Le Hezbollah a lancé des salves de roquettes simultanées sur 13 villes du nord d'Israël peu après le début des pourparlers, soulignant ainsi l'instabilité de la situation.

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Une boule de feu s'élève d'un bâtiment touché par une frappe aérienne israélienne dans la région d'Abbasiyeh, à la périphérie de la ville de Tyr, au sud du Liban, le 8 avril. (AFP)



Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a déclaré mardi qu'il était peu probable que les pourparlers aboutissent à une percée immédiate. "Personne ne s'attend à ce que ces pourparlers aujourd'hui résolvent tous les problèmes", mais il a souligné qu'ils pourraient contribuer à modifier des dynamiques de longue date.

Il a décrit un cycle dans lequel "le Hezbollah et Israël se sont toujours aidés mutuellement à déstabiliser le gouvernement libanais", les actions de chaque partie fournissant à l'autre une justification pour l'escalade.

Les opérations israéliennes, a-t-il dit, permettent au Hezbollah d'affirmer que "nous ne pouvons pas désarmer", tandis que les tirs de roquettes du Hezbollah donnent à Israël des raisons de mener de nouvelles attaques à grande échelle.

M. Guterres a souligné que le gouvernement libanais recherchait à la fois l'intégrité territoriale et "le monopole de l'usage de la force", ce qui implique le désarmement du Hezbollah, et a appelé à une évolution vers la coopération afin que le Liban ne soit plus "la victime" de ce cycle "négatif".

M. Sayed a déclaré qu'un arrêt immédiat de la violence était essentiel.

"Avant toute chose, nous avons besoin d'un cessez-le-feu. Nous devons arrêter les bombes qui nous tombent sur la tête", a-t-elle déclaré, ajoutant qu'un cessez-le-feu rendrait également les négociations plus réalisables.

"J'espère qu'il y aura une désescalade et un cessez-le-feu. Je pense qu'en fin de compte, même pour les Israéliens, ce n'est pas dans leur intérêt. S'il y a un véritable conflit civil au Liban, cela ne fera qu'engendrer le chaos".

Le 8 avril, le Liban a été frappé par une importante vague de frappes aériennes israéliennes qui ont touché plusieurs zones, notamment Beyrouth, la banlieue sud, Sidon, Tyr et la vallée de la Bekaa, quelques heures seulement après l'annonce d'un cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran et alors que le Hezbollah signalait une pause dans ses attaques.

Les frappes ont touché sans préavis des quartiers résidentiels et commerciaux très fréquentés, ont submergé les hôpitaux de blessés et ont fait au moins 350 morts et plus de 1 000 blessés, certains rapports libanais et internationaux faisant état d'un bilan encore plus lourd.

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Un volontaire de la Croix-Rouge libanaise inspecte les dégâts subis par ses véhicules de secours sur le site d'une attaque de drone israélien, le 13 avril. (AFP)


Certains Libanais craignent qu'Israël n'essaie délibérément d'attiser les divisions sectaires internes au Liban avec de telles attaques.

"C'est possible, c'est possible", a déclaré M. Sayed. "Je pense que ce qu'a fait Israël aurait pu facilement attiser les tensions. Mais heureusement, je fais confiance aux Libanais pour qu'ils voient plus loin. Il y a eu de la retenue et beaucoup de sympathie. Les communautés se sont rassemblées.

Elle a également répondu aux avertissements israéliens selon lesquels le Liban pourrait connaître le même sort que Gaza, en déclarant que la population libanaise est profondément consciente des risques, mais qu'elle s'efforce d'éviter l'escalade.

"Ces menaces, nous les avons entendues à maintes reprises de la part des Israéliens. Il faut prendre au sérieux ce que disent les Israéliens, surtout après ce qui s'est passé lors du 'mercredi noir' il y a une semaine. Ils ne s'arrêteront probablement pas là.

"Le peuple libanais se méfie donc et c'est pourquoi, en tant que gouvernement, nous avons pris des mesures. Le président a déclaré il y a plus d'un mois que nous étions prêts pour des négociations et des pourparlers directs, et c'est ce qui se passe.

"Espérons que ce sera le début d'un processus.

Mme Sayed a déclaré que le but ultime de sa visite était d'obtenir un soutien humanitaire et politique de la part de la communauté internationale - "l'assurance pour le peuple libanais que la communauté internationale est toujours à ses côtés".


Le Hezbollah a tiré une trentaine de roquettes sur le nord d'Israël mercredi matin 

Les camarades du sergent-major (réserve) Ayal Uriel Bianco, qui aurait été tué au combat dans le sud du Liban, se tiennent au garde-à-vous devant son cercueil recouvert du drapeau lors de ses funérailles à Katzrin, dans le plateau du Golan annexé par Israël, le 14 avril 2026. (AFP)
Les camarades du sergent-major (réserve) Ayal Uriel Bianco, qui aurait été tué au combat dans le sud du Liban, se tiennent au garde-à-vous devant son cercueil recouvert du drapeau lors de ses funérailles à Katzrin, dans le plateau du Golan annexé par Israël, le 14 avril 2026. (AFP)
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  • Ces tirs interviennent au lendemain de discussions directes, à Washington, entre Israël et le Liban, les premières en plus de 30 ans, dénoncées par le Hezbollah
  • "Environ 30 tirs ce matin", a déclaré vers 06h40 GMT le porte-parole militaire à l'AFP, en réponse à une question sur le nombre de roquettes tirées depuis les premières heures de la matinée par le mouvement chiite

JERUSALEM: Les combattants du mouvement libanais Hezbollah ont tiré une trentaine de roquettes sur Israël à partir du Liban mercredi matin, a indiqué à l'AFP un porte-parole de l'armée israélienne.

Ces tirs interviennent au lendemain de discussions directes, à Washington, entre Israël et le Liban, les premières en plus de 30 ans, dénoncées par le Hezbollah. A l'issue de ces discussions, Israël et le Liban ont accepté d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable, selon le département d'Etat américain qui accueillait la rencontre.

"Environ 30 tirs ce matin", a déclaré vers 06h40 GMT le porte-parole militaire à l'AFP, en réponse à une question sur le nombre de roquettes tirées depuis les premières heures de la matinée par le mouvement chiite, allié de l'Iran.

 

 


Liban: frappe israélienne au sud de Beyrouth 

Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable. (AFP)
Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable. (AFP)
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  • "L'aviation ennemie a visé une voiture à Saadiyat", une localité côtière, a annoncé l'Agence nationale d'information (Ani, officielle)
  • Depuis ses frappes massives du "mercredi noir", le 8 avril, qui avaient fait plus de 350 morts à Beyrouth et ailleurs dans le pays, Israël n'a plus visé la capitale libanaise à la suite de pressions diplomatiques

BEYROUTH: Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable.

"L'aviation ennemie a visé une voiture à Saadiyat", une localité côtière, a annoncé l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Depuis ses frappes massives du "mercredi noir", le 8 avril, qui avaient fait plus de 350 morts à Beyrouth et ailleurs dans le pays, Israël n'a plus visé la capitale libanaise à la suite de pressions diplomatiques.