Elues au Parlement européen : «il faut travailler beaucoup plus qu'un homme»

En 1979, lors de la première élection au suffrage universel direct et lorsque Simone Veil est devenue la première présidente du Parlement européen, les femmes ne représentaient 16,6% des eurodéputés. (AFP)
En 1979, lors de la première élection au suffrage universel direct et lorsque Simone Veil est devenue la première présidente du Parlement européen, les femmes ne représentaient 16,6% des eurodéputés. (AFP)
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Publié le Jeudi 07 mars 2024

Elues au Parlement européen : «il faut travailler beaucoup plus qu'un homme»

  • «On ne devrait pas devoir choisir entre exercer son mandat correctement et donner naissance à un enfant», a plaidé Leïla Chaibi au Parlement en juin 2023
  • Quand une eurodéputée s'attaque à la règlementation des cryptomonnaies, elle est victime d'une campagne de cyberharcèlement

STRASBOURG: Combattre les préjugés sexistes sur les matières "techniques", défendre son vote pendant les congés maternité, affronter les attaques en ligne : trois eurodéputées élues en 2019 racontent à l'AFP leurs cinq ans de mandat.

"Une femme doit travailler beaucoup plus qu'un homme parce qu'en face on ne vous fera pas de cadeau si vous avez la moindre faille technique", prévient Aurore Lalucq.

Avec le mouvement français proeuropéen Place Publique, coprésidé par Raphaël Glucksmann, elle a été élue en 2019, et siège parmi les "Sociaux et démocrates" (S&D), le deuxième plus grand groupe politique du Parlement.

Economiste de formation, l'élue de 44 ans a fait de la règlementation bancaire et financière son cheval de bataille. En rejoignant la Commission des affaires économiques et monétaires, elle découvre un univers rempli d'"hommes en costumes gris" : cette commission compte deux fois plus d'hommes que de femmes.

"On associe les femmes aux politiques sociales, familiales ou aux droits humains", raconte-t-elle. "Tout ce qui fait sérieux, technique, ce sont encore des choses considérées, malheureusement, comme faites pour les hommes".

Et quand elle s'attaque à la règlementation des cryptomonnaies, elle est victime d'une campagne de cyberharcèlement : "+Retourne à tes cuisines+, +La dinde, qu'est-ce qu'elle y connait+ : tout de suite on vous parle de votre physique, on vous lance des attaques sexistes ou de nature sexuelle".

40% de femmes au Parlement

"Vous allez être attaquée, on va vous observer sous toutes vos coutures... Si vous travaillez, ce ne sera jamais assez bien", raconte en écho Assita Kanko, eurodéputée belge membre du parti du parti N-VA (nationalistes flamands).

Cette parlementaire de 43 ans, qui a notamment travaillé sur les questions de sécurité ou encore sur les violences faites aux femmes, siège dans les rangs du groupe des Conservateurs et réformistes européens (ECR, droite nationaliste).

"Je veux travailler dur, mener mes dossiers à fond mais je veux aussi être à la maison pour mon enfant et ça c'est compliqué. C'est une des raisons pour lesquelles beaucoup de femmes ne veulent pas entrer en politique", témoigne cette mère célibataire d'une adolescente de 16 ans.

En Belgique, où elle vit depuis 2004 après une jeunesse au Burkina Faso, elle a fondé l'incubateur Polin, pour aider les femmes à se lancer et réussir en politique.

En 1979, lors de la première élection au suffrage universel direct et lorsque Simone Veil est devenue la première présidente du Parlement européen, les femmes ne représentaient 16,6% des eurodéputés.

Aujourd'hui, environ quatre sur dix sont des femmes.

Ce chiffre se situe "au-dessus de la moyenne mondiale des parlements nationaux (26,5% début 2023) et au-dessus de la moyenne européenne des parlements nationaux (31%)", notent Rosamund Shreeves et Ionel Zamfir dans un rapport du Service de recherche du Parlement européen publié au printemps 2023.

Quotas hommes/femmes 

"Cependant, il existe de grandes différences entre les États membres", ajoutent les chercheurs. Le pourcentage actuel de femmes eurodéputées varie de 15% pour la Roumanie, en bas du classement, à 57% pour la Finlande, à la première place. Un peu moins de la moitié (38) des 79 eurodéputés français sont des femmes.

Pour atteindre la parité, plusieurs leviers sont possibles comme les quotas hommes/femmes. Lors des élections de 2019, onze Etats membres en avaient mis en place pour éviter une sous-représentation.

Mais une fois élues, des difficultés persistent, comme l'a découvert l'eurodéputée LFI (gauche radicale française) Leïla Chaibi, 41 ans, qui a accouché en 2023 d'une petite fille.

"Pendant tout notre congé maternité, nos votes ne comptent pas, on ne peut faire de procuration ou voter à distance comme on avait fait pendant le Covid", a raconté à l'AFP cette membre du groupe de La Gauche. Avec d'autres eurodéputées, elle en a discuté avec la présidente du Parlement, Roberta Metsola. Pour l'instant sans succès.

"On ne devrait pas devoir choisir entre exercer son mandat correctement et donner naissance à un enfant", a-t-elle plaidé au Parlement en juin 2023, une intervention dont la vidéo a fait 1,4 millions de vues sur son compte TikTok.

Pour Aurore Lalucq, les lignes doivent encore bouger : "Il faut qu'il y ait des femmes en politique, ne serait-ce que pour donner un modèle à nos filles".


Erdogan et Netanyahu s'écharpent sur le Proche-Orient

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Benjamin Netanyahu de « suivre la voie d’Hitler » jeudi, après que le dirigeant israélien a affirmé qu’il était un « dictateur antisémite » ayant commis un « génocide » contre les Kurdes. (AFP/archives)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Benjamin Netanyahu de « suivre la voie d’Hitler » jeudi, après que le dirigeant israélien a affirmé qu’il était un « dictateur antisémite » ayant commis un « génocide » contre les Kurdes. (AFP/archives)
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  • Recep Tayyip Erdogan a vivement accusé Benjamin Netanyahu de “marcher sur les pas d’Hitler”, dénonçant la politique israélienne à Gaza comme une “usine à souffrance” et un “réseau génocidaire”
  • Les échanges verbaux se sont durcis : Israël a répliqué en qualifiant Erdogan de “dictateur antisémite”, tandis que les tensions s’intensifient autour de Gaza, du Liban et de la sécurité régionale

ISTANBUL: Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé jeudi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de "marcher sur les pas d'Hitler", les deux dirigeants se renvoyant le qualificatif de "génocidaire" par discours et communiqués interposés.

Affirmant qu'Israël s'est mué en une "usine à créer de la souffrance" se nourrissant "de sang et de larmes", le chef de l'Etat turc a à nouveau comparé M. Netanyahu à Adolf Hitler, lui prédisant "le même sort que celui des autres tyrans de l'histoire".

Mercredi, le président Erdogan, à couteaux tirés avec Benjamin Netanyahu depuis le déclenchement de la guerre à Gaza fin 2023, avait déjà déclaré que "la sécurité de la Turquie commence (...) à Alep, Damas et Beyrouth", estimant que le Premier ministre israélien et "sa clique criminelle" menacent également la Turquie.

"Nous ne tolérerons aucun fait accompli dans les pays frères et ne resterons pas les bras croisés face aux attaques", a-t-il ajouté face aux députés de son parti. En soulignant que l'armée israélienne "refuse de se retirer du Liban", où ses frappes ont fait quelque 3.700 morts depuis le déclenchement le 2 mars de sa nouvelle guerre contre le Hezbollah, selon les autorités locales.

Le bureau de Benjamin Netanyahu a rétorqué mercredi soir dans un communiqué en accusant "le dictateur antisémite Erdogan, auteur d'un génocide contre les Kurdes", de soutenir le Hamas et d'emprisonner ses opposants, jugeant qu'"il est bien le dernier à pouvoir donner des leçons de morale à Israël".

Revenant à la charge, Recep Tayyip Erdogan a dénoncé jeudi les méfaits à Gaza du "réseau génocidaire sioniste dirigé par Netanyahu".

"Ceux qui s'attaquent à notre région comme des requins assoiffés de sang devront un jour répondre de leurs actes", a-t-il conclu.


Médiation Etats-Unis/Iran : le Premier ministre du Pakistan affirme qu'un accord sur un texte de paix a été "atteint"

Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les commentaires divulgués de l’Iran sur un accord avec les États-Unis ne correspondent pas à ce qui a été convenu par écrit. (Photo d’archive Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les commentaires divulgués de l’Iran sur un accord avec les États-Unis ne correspondent pas à ce qui a été convenu par écrit. (Photo d’archive Reuters)
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  • Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif affirme qu’un accord sur le texte final d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran aurait été atteint, le Pakistan jouant un rôle de médiation entre les deux parties
  • Malgré des tensions et des accusations de désinformation, l’Iran estime que la conclusion d’un accord avec les États-Unis n’a jamais été aussi proche, tandis que Donald Trump conteste des fuites et nie qu’un texte corresponde à ce qui a été convenu

ISLAMABAD: Le Premier ministre du Pakistan Shehbaz Sharif a déclaré vendredi qu'un accord avait été "atteint" sur le texte d'un accord de paix entre les Etats-Unis et l'Iran.

"Nous pouvons confirmer qu'un accord sur le texte final de l'accord de paix a été atteint et que le Pakistan maintenant travaille avec les deux parties pour finaliser les étapes suivantes", a écrit M. Sharif sur X.

"La paix n'a jamais été aussi proche qu'aujourd'hui", a-t-il dit.

L'Iran a lui-même affirmé vendredi qu'un accord avec les Etats-Unis n'avait "jamais été aussi proche", semblant vouloir calmer le jeu après un message furieux de Donald Trump accusant Téhéran de faire circuler un faux texte.

"Alors que le Pakistan déploie d'intenses efforts de médiation, nous avons pleinement conscience du fait qu'une campagne de désinformation incessante est menée par ceux qui veulent saboter l'accord de paix", a encore déclaré le ministre pakistanais.


Téhéran dit ne pas avoir tranché sur un accord brandi par Trump après l'annulation de frappes

Le président des États-Unis, Donald Trump, s'exprime dans le Bureau ovale de la White House, jeudi. (Reuters)
Le président des États-Unis, Donald Trump, s'exprime dans le Bureau ovale de la White House, jeudi. (Reuters)
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  • Donald Trump affirme qu’un accord avec l’Iran est proche et a annulé des frappes américaines prévues
  • Téhéran assure qu’aucune décision finale n’a encore été prise concernant cet accord

TEHERAN: Téhéran a indiqué vendredi ne pas avoir encore tranché sur l'accord annoncé par le président américain pour mettre fin à la guerre, tempérant cette nouvelle annonce de Donald Trump qui a évoqué une signature dès "ce week-end".

Donald Trump a annulé jeudi des frappes américaines qu'il avait menacées de lancer dans la soirée contre l'Iran, assurant qu'un terrain d'entente avait été trouvé.

"Nous venons de trouver un très bon accord pour mettre fin à la guerre avec l'Iran et, une fois les documents finalisés, ce qui devrait être fait dans les prochains jours, nous aurons probablement une signature, peut-être en Europe", a déclaré le président américain depuis le Bureau ovale.

La diplomatie iranienne a toutefois peu après assuré que Téhéran n'avoir pas encore décidé de signer.

"Jusqu'à présent, l'Iran n'a pas encore abouti à une conclusion définitive concernant l'accord", a déclaré le porte-parole Esmaeil Baqaei aux médias d'Etat iraniens.

Le dirigeant républicain a dit penser que le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, avait validé ce qu'il a qualifié "d'accord-cadre très solide" avec les Etats-Unis et avancé que son vice-président, JD Vance, le signerait possiblement dès "ce week-end".

Mais il n'a donné aucun détail sur le contenu de ce compromis, si ce n'est qu'il assurait une réouverture immédiate du détroit d'Ormuz après la signature, et l'impossibilité pour l'Iran de se doter de l'arme nucléaire.

Selon un message sur X du bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, Donald Trump avait promis que tout accord final inclurait "l'élimination de l'uranium enrichi" de Téhéran.

Cet espoir de résolution du conflit a entraîné à la baisse le pétrole, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, cédant 1,11% à 89,37 dollars vers 2H30 GMT. Rassérénés, les marchés asiatiques bondissent aussi vendredi matin, l'indice Nikkei à Tokyo grimpant de presque 4%, et le Kospi à Séoul flambant de plus de 7%.

- Terminal pétrolier menacé -

Jeudi, Donald Trump avait promis de frapper "très fort" l'Iran dans la soirée, menaçant notamment de "prendre l'île de Kharg", son principal terminal pétrolier.

Mais "prenant acte du fait que les discussions avec la République islamique d'Iran ont été vues et approuvées par les plus hautes autorités iraniennes", il a annoncé plus tard avoir "annulé les frappes et les bombardements qui étaient prévus contre l'Iran", sur son réseau Truth Social.

Mardi, Donald Trump avait déjà promis un accord imminent avec l'Iran, pour la 38e fois depuis le début du conflit, selon un décompte de CNN.

L'Egypte a appelé Washington et Téhéran à saisir "l'opportunité" d'un accord pour mettre fin à la guerre, après l'annulation des frappes sur l'Iran, dans un communiqué publié tard jeudi.

Le cessez-le-feu au Moyen-Orient, entré en vigueur le 8 avril, a globalement été respecté jusqu'au week-end dernier, mais cette semaine a été marquée par une reprise marquée des hostilités, plus de trois mois après le début du conflit.

L'armée américaine a indiqué avoir ciblé dans la nuit de mercredi à jeudi "des installations de surveillance militaire, des systèmes de communication et des sites de défense aérienne iraniens à travers tout le pays".

L'Iran a riposté en tirant une vingtaine de missiles vers une base américaine à Azraq en Jordanie - tous interceptés - et a à nouveau ciblé les monarchies du Golfe avec des drones. A Bahreïn, une enfant a été blessée par des débris.

- Ormuz fermé -

Le détroit d'Ormuz, par lequel passait avant la guerre un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, a concentré les tensions: l'autorité maritime iranienne a annoncé le fermer totalement "jusqu'à nouvel ordre", alors que le passage d'une vingtaine de navires par jour était jusque-là autorisé.

L'Iran le verrouille depuis le début du conflit le 28 février, les Etats-Unis imposant en retour un blocus des ports iraniens.

Le conflit avait repris dimanche quand l'Iran a lancé des missiles sur Israël, pour la première fois depuis le début de la fragile trêve, en représailles à des frappes israéliennes sur Beyrouth.

Téhéran, parrain du Hezbollah libanais, insiste pour que tout accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient inclue le Liban, dont Washington voudrait traiter le sort à part.

Israël avait riposté aux missiles iraniens, avant que les deux ennemis n'annoncent suspendre les hostilités, comme réclamé par Donald Trump.

Dix membres du personnel d'un hôpital de la ville de Tyr, dans le sud du Liban, ont été blessés dans un bombardement israélien jeudi, a indiqué à l'AFP le directeur de l'établissement.

Le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le territoire israélien en soutien à l'Iran. Depuis, Israël pilonne le pays voisin, disant vouloir "éliminer" le mouvement chiite.

Les opérations israéliennes ont tué plus de 3.700 personnes, principalement dans le sud du pays où son armée occupe désormais une partie du territoire.