En 2020, feu vert pour la finance durable, qui veut passer à la vitesse supérieure

Le président français Emmanuel Macron fait des gestes en parlant lors de la réunion de vidéoconférence du Sommet ambition climat 2020 à l'Elysée à Paris, le 12 décembre 2020, alors que cette année marque le cinquième anniversaire de l'Accord de Paris adopté par 196 pays le 12 décembre 2015. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron fait des gestes en parlant lors de la réunion de vidéoconférence du Sommet ambition climat 2020 à l'Elysée à Paris, le 12 décembre 2020, alors que cette année marque le cinquième anniversaire de l'Accord de Paris adopté par 196 pays le 12 décembre 2015. (AFP)
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Publié le Jeudi 31 décembre 2020

En 2020, feu vert pour la finance durable, qui veut passer à la vitesse supérieure

  • «C'est le moment d'augmenter le niveau d'ambition»
  • Dans un univers encore à défricher, la bataille se joue dans la création de normes. Et la compétition est mondiale

PARIS: La crise, quelle crise ? Les investissements dits responsables ou prenant mieux en compte l'environnement sont sortis renforcés de 2020, surtout en Europe. Pour continuer de grandir, ils ont besoin de se constituer de nouveaux cadres.

Où que l'on regarde sur les marchés, le vert attire.

Dans la gestion d'actifs, de plus en plus de fonds se sont réclamés des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Les labels pour faire certifier cette démarche, comme l'Investissement socialement responsable (ISR), ont tourné à plein régime.

En 2020 en France, le nombre de fonds agréés ISR a presque doublé (618 contre 365 fin 2019) et a concerné près d'une centaine de sociétés de gestion, un nombre en hausse de 50%. Désormais, ces fonds gèrent « bien au-delà » de 230 milliards d'euros, selon le label, qui n'a pas encore fini le recensement précis pour 2020.

Quant au marché obligataire, l'émission de dettes vertes au niveau mondial a augmenté de 12% sur les 11 premiers mois de l'année, avec une vive accélération au deuxième semestre. L'Europe est de loin le premier marché, tant pour les entreprises que les États.

« Et 2021 sera encore meilleure » en raison de la quantité de dettes que tous les acteurs doivent émettre pour faire face aux conséquences de la crise sanitaire, explique Jovita Razauskaite, gérante obligataire de NN IP.

« Tour de Babel »

L'appétit pour la partie durable est tel que de nombreuses appellations coexistent.

Rien que sur le marché obligataire, une entreprise peut émettre une « dette verte » pour des projets précis et contrôlés, mais aussi une « dette de développement soutenable » alignée sur les objectifs du millénaire de l'ONU ou encore une « dette de transition », plus vaste. Sans compter les dettes dont les rendements dépendent d'objectifs de développement durable, avec des pénalités si l'entreprise ne les atteint pas.

Même constat sur la gestion d'actifs: « l'ESG est une tour de Babel sémantique », estime Emmanuelle Mourey, présidente du directoire de La Banque Postale Asset AM.

« L'ESG est de l'auto-proclamation car il n'y a aucun cahier des charges précis. Le label ISR a le mérite d'imposer à la société de gestion de mettre en place une méthodologie stricte », poursuit-elle.

Après l'élargissement des encours du label ISR, celui-ci commence à durcir ses critères, au début essentiellement conditionnés à la mesure de l'impact des investissements et à la bonne information des épargnants.

« C'est le moment d'augmenter le niveau d'ambition », confie Pierre Chabrol, chef du bureau épargne et marché financier à la direction générale du Trésor, qui gère le label ISR.

Depuis 2020, « les fonds labellisés doivent pouvoir montrer des progrès concrets réalisés sur deux critères ESG qu'ils ont choisis ». Le label doit continuer de monter en exigence dans les prochaines années. « Tous les acteurs sont du même avis », affirme-t-il.

Bataille des régulations

Les progrès se font pas à pas. « Est ce que cela va assez vite ? La réponse est sans doute non, mais on avance », estime Jean-Jacques Barberis directeur du pôle ESG d'Amundi.

D'autant que si des mesures de l'impact d'un fonds sur les émissions de CO2 existent, la prise en compte d'autres facteurs, comme la biodiversité, n'en est qu'à des balbutiements.

Dans un univers encore à défricher, la bataille se joue dans la création de normes. Et la compétition est mondiale.

Si elle est pionnière et leader dans la finance durable, « sur le sujet de la normalisation, l'Europe se fait battre régulièrement ces 25 dernières années », remarque Jean-Jacques Barberis, alors que les Etats-Unis de Joe Biden et la Chine pourraient passer à la vitesse supérieure.

Le Vieux continent a toutefois pris de l'avance, notamment sur les dettes, avec le standard européen d'obligations vertes.

« Cela crée plus de clarté pour les investisseurs et des parties du standard peuvent être reprises dans d'autres régions du monde », confirme Bram Bros, gérant de NNIP.


La France publie sa stratégie pour être neutre en carbone, en pleine vague de chaleur

De la vapeur s'élève des tours de refroidissement de la centrale nucléaire du Bugey, à Saint-Vulbas, dans le centre-est de la France, le 25 janvier 2022. (AFP)
De la vapeur s'élève des tours de refroidissement de la centrale nucléaire du Bugey, à Saint-Vulbas, dans le centre-est de la France, le 25 janvier 2022. (AFP)
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  • La France présente sa stratégie SNBC-3 visant la neutralité carbone d'ici 2050, avec une sortie progressive du charbon, du pétrole et du gaz fossile
  • Les émissions baissent, mais pas assez vite pour atteindre les objectifs, tandis que le financement de la transition reste un défi

PARIS: Après des mois de préparation, le gouvernement présente mercredi sa copie définitive pour une France "neutre en carbone" en 2050, qui se passerait du pétrole et du gaz, qui réchauffent l'atmosphère terrestre.

Cette troisième Stratégie nationale bas carbone (SNBC-3) doit être présentée dans la matinée au ministère de la Transition écologique à l'occasion d'une conférence, et être suivie par la publication d'un décret, attendu dans les prochains jours, selon le ministère.

Les "principales évolutions" du texte et son calendrier doivent notamment être présentés à la presse, indique le ministère, tout comme l'impact du plan d'électrification du gouvernement sur la trajectoire de décarbonation.

Le projet de feuille de route pour baisser les rejets de gaz à effet de serre de la France avait déjà été publié en décembre et devait ensuite faire l'objet d'une série de consultations par des instances diverses, avant celle du public.

Lors de la récente première conférence sur la sortie des énergies fossiles à Santa Marta (Colombie) fin avril, qui regroupait une cinquantaine de pays volontaires, les engagements français avaient été salués.

La France a présenté un document prévoyant notamment la fin de la consommation de charbon à horizon 2030, de pétrole d'ici à 2045 et de gaz fossile en 2050.

Depuis, l'ouest de l'Europe a connu trois épisodes de chaleurs intenses en moins de deux mois, témoins des effets dévastateurs du réchauffement climatique principalement causé par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz.

Le gouvernement a aussi annoncé en juin un gel de 163 millions d'euros sur le fonds vert, programme gouvernemental destiné à accélérer la transition écologique dans les collectivités locales, en dépit de l'urgence de la question climatique, venant poser avec insistance la question du financement par la France de son ambition en matière d'adaptation au changement climatique, à l'heure où les finances publiques sont exsangues.

La nouvelle stratégie climatique française ambitionne une baisse des émissions de gaz à effet de serre d'environ 4% par an pour la période 2024-2028, en vue d'atteindre la neutralité carbone en 2050.

Or la tendance actuelle (-1,5% en 2025) n'est pas alignée avec cette trajectoire, bien que le pays ait nettement fait baisser ses émissions au premier trimestre 2026 de 4,8% sur un an, à la faveur d'un recul des consommations de chauffage l'hiver dernier.

Pour accélérer, le gouvernement a lancé en avril un plan d'électrification de l'économie, de l'industrie aux transports en passant par le numérique.


Un défilé «massif» et européen pour le dernier 14-Juillet d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron préside mardi pour la dernière fois le traditionnel défilé militaire du 14-Juillet, une édition 2026 voulue "massive" et qui mettra à l'honneur l'Ukraine et ses alliés, essentiellement européens. (AFP)
Emmanuel Macron préside mardi pour la dernière fois le traditionnel défilé militaire du 14-Juillet, une édition 2026 voulue "massive" et qui mettra à l'honneur l'Ukraine et ses alliés, essentiellement européens. (AFP)
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  • Pour la présidence française, c'est un "symbole fort de l'Europe qui prend conscience de la dangerosité du monde et qu'il faut prendre en main son destin"
  • Cette coalition, initiée par la France et le Royaume-Uni et composée essentiellement d'Européens, s'est engagée à soutenir militairement l'Ukraine, y compris par l'envoi de soldats sur le terrain une fois un cessez-le-feu conclu

PARIS: Emmanuel Macron préside mardi pour la dernière fois le traditionnel défilé militaire du 14-Juillet, une édition 2026 voulue "massive" et qui mettra à l'honneur l'Ukraine et ses alliés, essentiellement européens.

Près de 6.700 troupes à pied, 98 avions, 31 hélicoptères et 315 véhicules: jamais autant de militaires n'auront défilé sur les Champs-Elysées afin d'illustrer "le réarmement de la France, l'autonomie stratégique de la France et le réveil stratégique européen", selon l'Elysée.

Au lendemain d'un nouveau sommet dans la capitale française des 37 pays de la "coalition des volontaires" pour l'Ukraine, la France met à l'honneur des contingents de chacun de ces pays -500 défilants au total- ainsi que 25 militaires ukrainiens qui défileront à leur suite.

Pour la présidence française, c'est un "symbole fort de l'Europe qui prend conscience de la dangerosité du monde et qu'il faut prendre en main son destin", alors que la Russie menace la sécurité du continent et que les Etats-Unis de Donald Trump sont perçus comme imprévisibles.

Cette coalition, initiée par la France et le Royaume-Uni et composée essentiellement d'Européens, s'est engagée à soutenir militairement l'Ukraine, y compris par l'envoi de soldats sur le terrain une fois un cessez-le-feu conclu, afin de dissuader la Russie de toute nouvelle offensive. "Une coalition d'illuminés et de va-t-en-guerre", a réagi lundi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky ainsi que 24 chefs d'Etat ou de gouvernement européens, parmi lesquels l'Allemand Friedrich Merz, le Britannique Keir Starmer, le Polonais Donald Tusk ou encore la Danoise Mette Frederiksen, doivent assister au défilé.

"Le message que nous envoyons au monde est le suivant: oui, la paix est notre but, oui, nous chérissons la liberté et le droit. Et oui, nous nous tenons prêts à combattre pour les défendre toujours et au prix du sang s'il le faut", a déclaré le chef de l'Etat lors de son traditionnel discours aux Armées à la veille de la fête nationale.

"Signalement stratégique" 

Le défilé sera ouvert par la Patrouille de France suivie de deux Mirage 2000 français, avec à leur bord des copilotes ukrainiens formés en France. Des avions de dix pays européens y participeront également.

Pour son dernier défilé en tant que chef des Armées, Emmanuel Macron, qui avait invité le président américain Donald Trump pour son premier en 2017, entend aussi montrer la remontée en puissance des armées sous sa présidence, au cours de laquelle le budget de défense aura doublé.

"L'engagement a été tenu, les faits sont là et l'histoire jugera", a-t-il fait valoir lundi.

La loi de programmation militaire, dont l'actualisation a été approuvée le 1er juillet par le Parlement, prévoit 436 milliards d'euros sur la période 2024-2030, soit 36 milliards de plus que dans sa version adoptée en 2023.

Selon l'Elysée, "il faut concevoir ce défilé comme un signalement stratégique, c'est-à-dire un message que la France envoie, celui d'armées puissantes qui sont capables d'entrer en premier dans un conflit, de combattre".

La France entend donc montrer ses muscles avec des avions qui voleront au-dessus des Champs-Elysées avec des maquettes d'armements sous les ailes, une première pour un 14-Juillet, ou encore des hélicoptères qui défileront "au-dessus des chars, de façon à reproduire un petit peu ce qui se passe sur le champ de bataille", explique-t-on à l'Elysée, qui entend montrer "une armée modernisée prête au combat".

Au cours du défilé seront également mis à l'honneur les militaires français déployés sur le flanc Est de l'Europe, notamment en Estonie et en Roumanie, ainsi que la Marine nationale qui célèbre ses 400 ans.


14 juillet : dans un Golfe en transformation, la France mise sur des partenariats de long terme

De gauche à droite : Sheikh Faisal Al Rawas, président de la Chambre de commerce et d'industrie d'Oman ; Emmanuel Macron, président de la République française ; Gérard Wolf, MEDEF International ; et Lionel Rabin, président du Conseil d'affaires conjoint Oman-France. (Fournie)
De gauche à droite : Sheikh Faisal Al Rawas, président de la Chambre de commerce et d'industrie d'Oman ; Emmanuel Macron, président de la République française ; Gérard Wolf, MEDEF International ; et Lionel Rabin, président du Conseil d'affaires conjoint Oman-France. (Fournie)
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  • Les pays du Golfe redéfinissent leurs partenariats autour de la sécurité, de l’innovation et de la création de valeur à long terme, au-delà des seuls échanges commerciaux
  • La France, grâce à son ancrage historique et à une coopération diversifiée, reste un partenaire stratégique pour des pays comme Oman et les Émirats arabes unis

DUBAÏ: Le 14 juillet ne se limite pas à la célébration de l’histoire et des valeurs françaises. Il offre aussi un regard sur la place de la France auprès de ses partenaires internationaux. Dans le Golfe, où les équilibres économiques et géopolitiques évoluent rapidement, les attentes en matière de coopération changent. Les États de la région ne recherchent plus uniquement des fournisseurs ou des investisseurs, mais des partenaires capables de s’inscrire dans la durée.

Sécurité, diversification économique, innovation technologique, souveraineté industrielle et développement des compétences sont désormais au cœur des relations entre les pays du Golfe et leurs partenaires internationaux. Dans un environnement régional en mutation rapide, les questions de défense et de sécurité sont de plus en plus liées aux enjeux économiques.

La relation entre la France et Oman illustre cette évolution. Pour Lionel Rabin, fondateur et Managing Director de Haltiqa – Bridging Energies et président du Oman–France Joint Business Council, « la relation avec la France illustre ce qui définit aujourd’hui un partenariat stratégique de long terme : la confiance, la continuité et la capacité à contribuer concrètement aux priorités nationales ».

Selon lui, la coopération franco-omanaise s’est progressivement étendue « à la défense, à l’énergie, à la logistique, aux infrastructures, à l’industrie, aux technologies et à l’intelligence artificielle », avec l’objectif de transformer le dialogue politique en projets économiques concrets.

Cette évolution concerne également les Émirats arabes unis, où la relation avec la France s’est renforcée autour de secteurs stratégiques. Agnès Lopez Cruz, directrice de la CCI France-Émirats, souligne que ce partenariat repose sur « la qualité et la continuité du dialogue », mais aussi sur une coopération élargie à « l’énergie, l’innovation, les technologies de pointe et, de plus en plus, l’intelligence artificielle ».

Face aux incertitudes régionales et à la volonté des pays du Golfe de diversifier leurs économies, la France conserve plusieurs atouts : une présence historique, un dialogue stratégique établi et une coopération qui dépasse désormais les secteurs traditionnels.

À l’occasion du 14 juillet, l’enjeu est donc moins de dresser le bilan d’une relation historique que d’observer sa transformation. Dans un Golfe qui cherche à construire de nouveaux équilibres, les partenariats se mesurent désormais à leur capacité à accompagner les ambitions nationales sur le long terme.