Comment la crise du coronavirus a changé les priorités des villes arabes

La capitale saoudienne a rapidement développé ses infrastructures. (AFP)
La capitale saoudienne a rapidement développé ses infrastructures. (AFP)
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Publié le Jeudi 31 décembre 2020

Comment la crise du coronavirus a changé les priorités des villes arabes

  • Pour préparer leur avenir, les agglomérations doivent adopter les trois «i» – investissement, infrastructure et innovation
  • Les villes sont essentielles à notre vie en tant que centres d’innovation et de création d’emplois, générant environ 80% du PIB mondial

WASHINGTON, DC: Si vous êtes en quête de quelque chose de nouveau dans l’histoire de l’humanité, ne cherchez pas plus loin que l’urbanisation de masse. Les grandes métropoles urbaines animées, qui comptent des millions d’habitants, sont devenues une caractéristique si commune de notre monde d’aujourd’hui qu’il est facile d’oublier à quel point elles sont nouvelles.

Il faut noter qu’en 1800 environ 3% de la population mondiale vivait dans des villes et, en 1900, ce nombre était passé à seulement 15%.

Aujourd’hui, environ 55% des humains sur notre planète sont citadins, et nous nous dirigeons vers deux personnes sur trois vivant dans des villes d’ici à une génération.

Les villes sont essentielles à notre vie en tant que centres d’innovation et de création d’emplois, générant quelque 80% du PIB mondial. Il n’est pas exagéré de dire que l’économie mondiale est un ensemble d’économies urbaines.

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Les villes de la région arabe n’ont pas aussi bien évolué que leurs homologues d’Asie de l’Est, mais elles ont suivi le rythme d’autres villes du monde en développement. (AFP)

Selon certaines estimations, au cours des trois dernières décennies, quelque 2 milliards de personnes ont déménagé de la campagne à la ville.

Si l’on devait peindre une image emblématique de notre époque, il y figurerait un migrant nouvellement arrivé dans une ville, de préférence une agglomération asiatique, avec une ligne d’horizon surchargée, des avions zébrant le ciel, des trains à grande vitesse au loin, le rythme de la mondialisation en arrière-plan.

La majorité de l’urbanisation rapide du monde au cours de cette période s’est produite en Afrique et en Asie, y compris, bien entendu, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (Mena). Dans la région Mena, au cours des années 1960, environ 35% de la population vivait dans les villes, c’est près de deux personnes sur trois aujourd’hui – plus que la moyenne mondiale. S’il y a eu une tendance à long terme déterminante au cours des quatre dernières décennies dans la région, c’est bien l’urbanisation rapide.

Bien sûr, l’idée d’agglomération elle-même n’est pas nouvelle. D’ailleurs, les premiers exemples de ce que nous pourrions appeler des «villes» se sont développés dans le Croissant fertile, en Irak, il y a environ 7 000 ans. Et dès l’antiquité, puis au Moyen Âge, les villes du Moyen-Orient constituent des grands centres civilisationnels: Le Caire, Bagdad, Damas, Alep, Istanbul, Ispahan.

Des découvertes archéologiques récentes montrent également que plusieurs cités côtières de la péninsule Arabique, d’Aden à Dubaï, ont joué un rôle essentiel dans les échanges commerciaux de la Route de la soie et les réseaux civilisationnels avancés.

Mais qu’en est-il de la ville du monde arabe aujourd’hui? Comment se situe la région dans cette tendance historique d’urbanisation de masse? Et comment les villes de la région ont-elles géré la pandémie de Covid-19?

De manière générale, à quelques exceptions près dans les États du Conseil de coopération du Golfe (CCG), les villes de la région arabe n’ont pas aussi bien évolué que leurs homologues d’Asie de l’Est, mais elles ont suivi le rythme d’autres villes du monde en développement.

Jetons d’abord un coup d’œil à la plus grande ville: Le Caire. Avec une région métropolitaine de plus de 20 millions d’habitants, c’est la seule mégapole (agglomération urbaine de 10 millions d’habitants ou plus) du monde arabe.

Il existe aujourd’hui quelque 33 millions de mégapoles dans le monde, principalement en Asie de l’Est et du Sud.

Les mégapoles sont des centres de croissance et d’innovation, de prospérité et de connaissance, mais elles présentent également une myriade de défis allant de la pollution et de la congestion aux inégalités de revenus et aux besoins massifs en infrastructures.

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Le Caire «n’a pas réussi à capitaliser sur les avantages d’agglomération offerts par la taille de sa population». Karim Elgendy et Natasha Abaza. (AFP)

La densité de population du Caire équivaut à peu près à celle de Pékin, mais son PIB représente environ un quart de la capitale chinoise, selon une étude menée par McKinsey.

Une forte démographie peut constituer un atout pour une ville, ou au contraire un lourd fardeau.

Selon une étude portant sur les agglomérations de la région réalisée par Karim Elgendy et Natasha Abaza, Le Caire «n’a toujours pas réussi à tirer parti des avantages offerts par la taille de sa population».

La réponse de l’Égypte à la pandémie de Covid-19 a été médiocre. Dans une dépêche du Caire signée Declan Walsh du New York Times, il écrit que, lorsque les patients arrivent en transit dans les hôpitaux, «les ressources sont extrêmement rares. Les médecins manquaient d’équipement de protection, se contentant souvent d’un seul masque pour une période de travail de vingt-quatre heures. Les matériaux de dépistage étaient insuffisants».

Les dépistages ont été extrêmement faibles en Égypte, loin derrière l’Irak, la Jordanie ou même la Libye déchirée par la guerre. Pourtant, quiconque a visité Le Caire comprendra un fait fondamental: ses habitants sont souvent ingénieux, inventifs et remarquablement entreprenants dans des conditions difficiles.

Plutôt que de désigner comme «personnalité de l’année» le président élu Joe Biden, le magazine Time aurait dû honorer le personnel médical en première ligne dans les pays en développement, du Caire à Karachi, qui a combattu cette maladie mortelle avec peu de soutien de la part de leur gouvernement national.

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Le récent Kearney Global Cities Report and Index – une étude complète qui classe les villes sur 29 indicateurs de connectivité mondiale – classe Dubaï au 27e rang, la seule agglomération de la région à figurer dans le top 30. (AFP)

Qu’en est-il des autres villes de la région Mena? Comment ont-ils vécu la pandémie et, plus largement, comment ont-ils vécu dans notre monde contemporain ?

Il est devenu axiomatique de désigner Dubaï et Abu Dhabi comme leaders. Le récent Kearney Global Cities Report and Index – une étude complète qui classe les villes sur 29 indicateurs de connectivité mondiale – classe Dubaï au 27e rang mondial, la seule ville arabe à figurer dans le top 30.

On notera en particulier l’ascension fulgurante d’Abu Dhabi. La capitale des Émirats arabes unis (EAU) s’est classée 7e cette année dans le Global City Outlook Index de Kearney, devant les grandes villes comme Amsterdam, San Francisco, Berlin et New York.

Le rapport Outlook se concentre sur les «villes en plein essor», et justifie le saut d’Abu Dhabi de la 20e à la 7e place en un an «par des investissements à long terme dans la performance économique et la diversification».

Les EAU ont été un chef de file mondial dans la gestion de la pandémie de coronavirus grâce à ses programmes nationaux complets de dépistage, à la recherche des cas contacts et à la réponse aux besoins des infrastructures de santé. L’indice mondial de réponse aux maladies infectieuses basé en Australie a classé le pays parmi les 10 meilleurs au monde pour sa réponse à la Covid-19, à égalité avec la Nouvelle-Zélande, Singapour, la Norvège, le Japon et Taïwan.

L’une des principales raisons du succès de Dubaï et d’Abu Dhabi a été la construction continue d’infrastructures. Selon AT Kearney, les deux villes des Émirats sont championnes du monde en ce domaine.

Riyad mérite également d’être mentionnée ici. La capitale saoudienne a rapidement développé ses infrastructures: ses premières lignes de métro devraient ouvrir en 2021, et les grands projets visant à décongestionner les routes et à développer l’aéroport dénotent une politique urbaine axée sur les transports dont la capitale profitera à long terme.

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Riyad se classe parmi les cinq plus grandes villes de la région, tandis que l’aire métropolitaine de Djeddah fait partie du top 10. (AFP)

Avec une population d’environ 7,2 millions d’habitants, Riyad se classe parmi les cinq plus grandes villes de la région, tandis que l’aire métropolitaine de Djeddah fait partie du top 10. Les deux villes bénéficieraient d’un mouvement simultané de décongestion des routes et d’expansion des réseaux commerciaux mondiaux.

Un rapport récent d’Euromonitor International souligne que la prochaine mégapole régionale pourrait être Bagdad. Malheureusement, à l’instar d’autres villes historiquement riches et cosmopolites comme Beyrouth ou Damas d’avant-guerre, la capitale irakienne a pris beaucoup de retard dans la réalisation d’infrastructures et la fourniture de services à sa population.

Comme l’Égypte, cependant, ces pays sont riches en ressources humaines qui peuvent, si elles se développent, libérer une capacité d’innovation considérable.

Après l’infrastructure, cela nous amène au deuxième «i», l’innovation. Or, toute ville du futur doit être sans cesse innovante.

Le géostratège mondial Parag Khanna me disait récemment: «Même au plus fort de la pandémie, il est devenu clair que plusieurs villes – notamment celles du Golfe – ont les ressources et la volonté stratégique d’investir dans leurs futures infrastructures et leurs domaines d’innovation.» Il existe aujourd’hui très peu d’endroits de ce type dans le monde.

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Quelque 55% des êtres humains sur notre planète sont citadins, et nous nous dirigeons vers deux personnes sur trois vivant dans des villes d’ici à une génération. (AFP)

Pour préparer leur avenir, les agglomérations doivent adopter les trois «i» – investissement, infrastructure et innovation. Elles doivent investir dans l’éducation, la santé, les ressources humaines, les capacités, la technologie et toute une série d’autres secteurs pour renforcer la résilience.

Mais, et c’est peut-être plus important encore, les villes doivent investir dans les infrastructures et l’innovation. Les projets à grande échelle sont coûteux, mais lorsqu’ils sont bien planifiés, on en tire bénéfice pour des générations.

En matière d’innovation, les villes régionales doivent créer la bonne combinaison de politiques réglementaires permettant aux entrepreneurs naturels de la région de prospérer.

L’auteur et spécialiste en stratégie géoéconomique Michael O’Sullivan m’a expliqué que la région Mena devrait surfer sur la vague de l’économie croissante du commerce électronique alimentée par la pandémie en investissant davantage dans les technologies financières et médicales, et dans d’autres industries du numérique.

Ce sont des conseils judicieux, ancrés dans l’histoire: après tout, les grandes villes de la région ont toujours été à la pointe des réseaux d’échanges et d’innovation.

Il n’y a pas vraiment de «recette» pour bâtir des villes plus dynamiques, plus prospères et plus résilientes.

La différence aujourd’hui se fera entre ceux qui peuvent exécuter leurs plans et ceux qui, pour des raisons d’inertie, de mauvaise gestion ou de corruption, ne parviennent pas à répondre aux besoins de leur peuple.

Twitter: @AfshinMolavi

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


La guerre au Moyen-Orient déclarée «crise humanitaire majeure» par l'agence de l'ONU pour les réfugiés

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  • "Des efforts sont actuellement en cours pour fournir une assistance humanitaire vitale aux pays touchés dans toute la région", a affirmé Ayaki Ito
  • Il a également relevé qu'"il est impératif que tous les civils contraints de franchir les frontières pour trouver refuge puissent le faire en toute sécurité"

GENEVE: L'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a annoncé vendredi que la guerre au Moyen-Orient constituait une "crise humanitaire majeure" nécessitant une réponse immédiate de tous les acteurs "dans toute la région".

"La crise croissante au Moyen-Orient constitue une urgence humanitaire majeure nécessitant une réponse immédiate dans toute la région et en Asie du Sud-Est", a annoncé devant la presse à Genève Ayaki Ito, directeur de la division des urgences et du soutien aux programmes du HCR.

"La récente escalade des hostilités et des attaques au Moyen-Orient a provoqué d'importants mouvements de population, tandis que les affrontements le long de la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan ont également contraint plusieurs milliers de familles à fuir", a-t-il ajouté.

L'ensemble des régions touchées accueillent déjà près de 25 millions de personnes, qu'il s'agisse de réfugiés, de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays ou de réfugiés récemment rentrés chez eux, selon le HCR.

"Des efforts sont actuellement en cours pour fournir une assistance humanitaire vitale aux pays touchés dans toute la région", a affirmé Ayaki Ito.

Il a également relevé qu'"il est impératif que tous les civils contraints de franchir les frontières pour trouver refuge puissent le faire en toute sécurité".

Le HCR suit de près l'évolution de la situation en Iran, pays où il est présent depuis 1984 et où il affirme être la plus grande agence des Nations unies, avec des bureaux à Téhéran et cinq antennes régionales.

Le HCR dispose en Iran d'environ 110 employés et "nous continuer à fonctionner avec des capacités réduites", a indiqué Ayaki Ito.

"Notre personnel est en danger" et "les réfugiés continuent à se rendre dans nos centres d'accueil", a-t-il affirmé.

L'Iran accueillait avant la guerre au Moyen-Orient 1,65 million de réfugiés et d'autres personnes ayant besoin d'une protection internationale, selon le HCR, qui continue de leur venir en aide et de les soutenir, malgré les défis logistiques.

Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) des Nations unies, quelque 50.000 Syriens ont notamment fui du Liban vers leurs pays au cours de la semaine dernière.


Israël affirme avoir frappé le «bunker» du guide suprême

L'armée israélienne a annoncé avoir frappé vendredi dans le centre de Téhéran, lors d'un bombardement mené par une cinquantaine d'avions de combat, le bunker du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué le 28 février au premier jour de l'offensive isréalo-américaine sur l'Iran. (AFP)
L'armée israélienne a annoncé avoir frappé vendredi dans le centre de Téhéran, lors d'un bombardement mené par une cinquantaine d'avions de combat, le bunker du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué le 28 février au premier jour de l'offensive isréalo-américaine sur l'Iran. (AFP)
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  • Ali Khamenei a été tué "avant de pouvoir utiliser le bunker" durant les frappes, "mais le complexe a continué à être utilisé par de hauts responsables du régime iranien", a ajouté l'armée
  • L'armée a précisé qu'environ 50 avions de combat avaient participé aux frappes contre le réseau souterrain qui s'étendait, selon elle, sur "de nombreuses rues au coeur de Téhéran"

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé avoir frappé vendredi dans le centre de Téhéran, lors d'un bombardement mené par une cinquantaine d'avions de combat, le bunker du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué le 28 février au premier jour de l'offensive isréalo-américaine sur l'Iran.

"Le bunker militaire souterrain, situé sous le complexe abritant la direction du régime au centre de Téhéran, était destiné à être utilisé par le guide suprême comme centre de commandement d'urgence sécurisé", a déclaré l'armée dans un communiqué.

Ali Khamenei a été tué "avant de pouvoir utiliser le bunker" durant les frappes, "mais le complexe a continué à être utilisé par de hauts responsables du régime iranien", a ajouté l'armée.

L'armée a précisé qu'environ 50 avions de combat avaient participé aux frappes contre le réseau souterrain qui s'étendait, selon elle, sur "de nombreuses rues au coeur de Téhéran, comprenait de nombreuses entrées et salles de réunion pour de hauts responsables du régime terroriste iranien".

Le guide suprême a été tué dans son complexe par une frappe attribuée par le Pentagone à l'aviation israélienne. Le président américain Donald Trump a souligné que l'opération avait été menée en partie sur la base d'informations fournies par les services de renseignement américains.

Jeudi, le chef d'état-major de l'armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, a déclaré qu'en "40 secondes, environ 40 hauts responsables du régime de terreur iranien ont été éliminés" y compris le guide suprême, lors de cette frappe.


Violentes frappes israéliennes sur le sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah

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  • D'après l'Agence nationale d'information, ces frappes, conduites par des avions de guerre israéliens, ont visé les localités de Srifa, Aita Alshaab, Touline, Alsawana, et Majdal Selm
  • Une autre frappe a ciblé tôt vendredi le village de Dours, en périphérie de Baalbek (est), selon la même source

BEYROUTH: De violentes frappes ont visé jeudi soir la banlieue sud de Beyrouth, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle), plusieurs heures après un appel inédit d'Israël à évacuer ce bastion du Hezbollah pro-iranien.

Presque simultanément, l'armée israélienne a annoncé vers 20h55 GMT avoir commencé à frapper "des infrastructures du Hezbollah dans le secteur de la banlieue [sud] de Beyrouth".

Des images de l'AFPTV ont montré plusieurs panaches de fumée se dégager de ce secteur et former un brouillard au-dessus de la banlieue.