La faim dans le monde augmente mais le financement des programmes d'aide diminue, alerte le PAM

Abdel-Mageed Yahia, directeur du bureau des Émirats arabes unis et représentant auprès du CCG, Programme alimentaire mondial des Nations Unies, lors d'une interview avec Ali Itani, directeur régional d'Arab News en français (Photo AN).
Abdel-Mageed Yahia, directeur du bureau des Émirats arabes unis et représentant auprès du CCG, Programme alimentaire mondial des Nations Unies, lors d'une interview avec Ali Itani, directeur régional d'Arab News en français (Photo AN).
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Publié le Lundi 04 septembre 2023

La faim dans le monde augmente mais le financement des programmes d'aide diminue, alerte le PAM

  • Si les changements climatiques, les guerres et les pandémies n'ont rien de nouveau, la conjonction de tous ces événements a contraint le PAM à «établir des priorités»
  • Alors que la crise soudanaise et le changement climatique font des ravages parmi les populations affamées du Sahel et de la Corne de l'Afrique, un conflit menace la sécurité alimentaire du monde entier : l'invasion de l'Ukraine par la Russie

DUBAΪ : Alors que les conflits, les catastrophes naturelles et le changement climatique frappent des régions du monde, une épidémie parallèle se propage : environ 345 millions de personnes dans 79 pays sont confrontées à une famine sévère.

Abdel-Mageed Yahia, directeur du bureau du Programme alimentaire mondial aux Émirats arabes unis et représentant de la région du Conseil de coopération du Golfe, affirme que si les besoins alimentaires ne sont pas satisfaits, ce fléau pourrait devenir catastrophique.

« Il est vrai que cette année, nous sommes confrontés à un niveau de famine sans précédent », a-t-il déclaré lors d'une interview spéciale avec Arab News Japan enregistrée à Dubaï.

« Nous avons dit que 2023 serait une année difficile, bien que nous ayons eu beaucoup de succès en 2022, lorsque nous avons pu atteindre environ 140 millions de personnes. »

Sur les plus de 340 millions de personnes confrontées à la faim dans le monde, a-t-il ajouté, 40 millions se trouvent « au niveau extrême de la faim, qui est à un pas de la famine ».

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Des jeunes filles soudanaises qui ont fui le conflit à Geneina, dans la région soudanaise du Darfour, reçoivent des portions de riz de la part de volontaires de la Croix-Rouge à Ourang, dans la banlieue d'Adre, au Tchad, le 25 juillet 2023 (Photo, Reuters).

Selon Yahia, « tout cela commence par les conflits auxquels nous assistons dans différentes parties du monde, du Moyen-Orient à l'Afrique, de la Corne de l'Afrique et du Sahel à l'Afghanistan ».

Le changement climatique joue également un rôle majeur, a-t-il ajouté : « Le ralentissement économique est une autre cause, et c'est la conséquence du Covid-19 ».

Les variations à long terme des températures et des conditions météorologiques peuvent être naturelles, mais la quasi-totalité des recherches indiquent que l'homme est le principal responsable du réchauffement de la planète au cours des 200 dernières années.

Cependant, les conflits sont le facteur « numéro un » de l'insécurité alimentaire, a affirmé Yahia.

« Je peux vous donner l'exemple du Soudan, ou, en l'espace de quatre mois seulement depuis le début du conflit, quatre millions de personnes déplacées, se sont installées ailleurs au Soudan ou ont fui le pays pour se réfugier dans les pays voisins. »

« Cela a créé un fardeau pour les pays de destination, tels que le Sud-Soudan, qui avaient déjà du mal à offrir une assistance (aux populations déplacées existantes) ».

Cette situation n'est pas propre au Soudan et à ses voisins. Yahia, qui a été représentant du PAM, directeur de pays et coordinateur d'urgence en Jordanie, responsable de l'une des plus importantes opérations d'urgence du PAM dans la région du Moyen-Orient, a une expérience de terrain en matière de crises alimentaires.

Il a souligné que l'accueil d'environ un demi-million de réfugiés syriens que le PAM soutient en Jordanie, et d'un million d'autres au Liban, ne fait qu'ajouter aux défis auxquels les pays bénéficiaires sont déjà confrontés.

Si les changements climatiques, les guerres et les pandémies n'ont rien de nouveau, la survenue de tous ces événements en même temps a contraint le PAM à « établir des priorités », a expliqué Yahia.

« En d'autres termes, il faut prendre à ceux qui ont faim pour donner à ceux qui sont affamés. C'est exactement la situation dans laquelle nous nous trouvons. Lorsque vous êtes confronté à un nombre croissant de populations ayant besoin d'une aide humanitaire d'une part et à une diminution des fonds d'autre part, c'est exactement ce que vous faites », a-t-il déclaré.

« Nous nous débattons également avec le financement, parce qu'il y a maintenant des priorités concurrentes, de l'Afghanistan au Yémen, à la Syrie, à la Corne de l'Afrique, au Sahel, au Soudan ».

Selon lui, le PAM ne sera probablement pas en mesure de réunir les 24 milliards de dollars dont il a besoin pour venir en aide à 170 millions de personnes parmi les plus vulnérables de la planète.

« Je me souviens qu'il y a une quinzaine d'années, le PAM se demandait s'il serait capable de gérer deux crises à la fois. Mais aujourd'hui, nous parlons de plus de 10 crises qui se produisent en ce moment. Et vous en voyez bien les répercussions », a poursuivi Yahia. 

« L'année dernière a été un succès, car nous avons pu récolter 14 milliards de dollars et toucher 140 millions de personnes. Mais cette année, nous estimons que nous pourrions atteindre ou même collecter 10 milliards de dollars. La situation est donc la suivante : d'un côté, la faim augmente et de l'autre, les fonds diminuent, ce qui nous met dans une situation très délicate. »

Dans ce contexte, l'Arabie saoudite est intervenue pour sauver un programme d'aide alimentaire d'une importance capitale en Jordanie. En août, le PAM a accueilli un don de 6,8 millions de dollars de KSrelief, qui a permis la poursuite de ses programmes d'aide alimentaire aux réfugiés syriens vivant dans des camps en Jordanie.

Cette dernière contribution est loin d'être la première du Royaume : depuis sa création en 2015, KSrelief a versé plus de 1,25 milliard de dollars au PAM pour des programmes dans 26 pays.

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L'afflux de personnes déplacées augmentant la demande alimentaire dans des pays déjà ravagés par la guerre, le conflit au Soudan a perturbé les chaînes d'approvisionnement et les routes commerciales essentielles (Photo, Reuters).

« Ce don a permis de sauver les opérations en Jordanie, ... la filière alimentaire que nous avons maintenue pour les réfugiés à l'intérieur des camps. Le 1er septembre, nous étions censés annoncer que nous réduisions l'assistance à la population des camps. La donation est venue à point nommé pour prêter main forte a notre opération en Jordanie et nous en observerons les effets immédiats », a précisé Yahia.

« Les réfugiés dans les camps continueront à recevoir leurs tickets ou leurs rations alimentaires de manière continue. Cependant, il y a encore d'autres réfugiés, car cette contribution est destinée aux réfugiés dans les camps. »

« Il y a des réfugiés en dehors des camps. Si nous ne recevons pas de contributions d'autres donateurs, nous serons obligés d'opter pour cette solution, ce qui est une décision très difficile à prendre. Mais la contribution saoudienne a permis de financer notre opération en Jordanie et elle est arrivée au bon moment. »

L'afflux de personnes déplacées augmentant la demande alimentaire dans des pays déjà ravagés par la guerre, le conflit au Soudan a perturbé des chaînes d'approvisionnement et des routes commerciales essentielles.

« Lorsqu'un pays traverse une telle crise, l'importation de denrées alimentaires est interrompue, les routes commerciales sont perturbées, et ainsi de suite. La situation n'est donc pas bonne. La situation n'était pas bonne même avant la crise, et maintenant elle prend une tournure résolument mauvaise » , a dit Yahia.

« Mais nous sommes présents sur le terrain. Nous avons lancé une opération transfrontalière du Tchad vers le Darfour occidental, puis nous avons atteint d'autres régions du Soudan. Avec difficulté, nous avons pu atteindre Khartoum, mais (comme je l'ai dit) avec difficulté. L'accès reste un problème pour nous ».

LA FAIM EN BREF

  • 783 millions de personnes dans le monde ne sont pas certaines de de garantir leur prochain repas
  • 345 millions de personnes confrontées à des niveaux élevés d'insécurité alimentaire dans le monde en 2023
  • 129 000 personnes au Burkina Faso, au Mali, en Somalie et au Sud-Soudan risquent de connaître la famine
  • 25,6 millions de dollars de dons saoudiens au PAM pour les réfugiés syriens dans les camps jordaniens depuis 2021

Yahia a rappelé que près de la moitié de la population soudanaise souffre d'insécurité alimentaire. La situation était déjà désastreuse avant que les violences n'éclatent entre les forces armées soudanaises et le groupe paramilitaire des Forces de soutien rapide, le 15 avril.

« Le conflit est venu ajouter de l'huile sur le feu qui brûlait déjà », a-t-il déclaré. « Le Soudan a également accueilli des réfugiés d'autres pays, malgré une situation économique (précaire). On prévoit donc que 19 millions de personnes auront besoin d'une aide humanitaire. Aujourd'hui, nous sommes confrontés à des problèmes d'accès en raison de la situation sécuritaire ».

Alors que la crise soudanaise et le changement climatique font des ravages parmi les populations affamées du Sahel et de la Corne de l'Afrique, un conflit menace la sécurité alimentaire du monde entier : l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Étant donné que les deux pays fournissent plus d'un quart du blé mondial - 40 % des réserves de céréales du PAM - l'invasion de 2022 risque de provoquer une pénurie alimentaire massive et une flambée des prix des denrées alimentaires dans le monde entier, en particulier pour les pays qui dépendent de l'aide alimentaire.

« Nous avons constaté, bien sûr, de fortes augmentations en avril 2022 à la suite de l'éclatement de la guerre dans ce pays, ce qui à ce moment-là (a aggravé la hausse) des coûts d'expédition en raison de l'effet de la Covid, de la perturbation de la chaîne d'approvisionnement à ce moment-là », a déclaré Yahia.

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Abdel-Mageed Yahia, directeur du bureau des Émirats arabes unis et représentant auprès du CCG, Programme alimentaire mondial des Nations Unies, lors d'une interview avec Ali Itani, directeur régional d'Arab News en français. (Photo AN)

Les prix mondiaux des denrées alimentaires sont revenus à leur niveau d'avant l'invasion, mais les conflits en cours pourraient entraîner une nouvelle détérioration de la situation de l'approvisionnement.

« Nous continuerons à observer une réduction de la production alimentaire en Ukraine parce que les agriculteurs ne peuvent pas accéder à leurs fermes à cause des mines terrestres, des problèmes d'accès aux ports, etc. »

Selon Yahia, le PAM a pu fournir environ deux milliards de repas aux Ukrainiens touchés par la guerre et a maintenu sa présence sur le terrain alors qu'un tiers des Ukrainiens sont toujours confrontés à l'insécurité alimentaire.

En juillet, la Russie s'est retirée d'un accord conclu il y a un an sous l'égide des Nations unies et de la Turquie, qui permettait d'acheminer des céréales, des denrées alimentaires, des engrais et d'autres produits de base depuis les ports ukrainiens de la mer Noire, soumis à un blocus, vers certains des pays les plus touchés par l'insécurité alimentaire dans le monde.

Selon Yahia, l'effondrement de l'accord sur les céréales et la fermeture du corridor crucial de la mer Noire pourraient avoir des effets bien au-delà des frontières de l'Ukraine. « Cela pourrait entraîner une augmentation des coûts d'expédition pour se procurer ces produits ailleurs dans le monde », a-t-il déclaré.

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Des garçons font la queue en attendant de recevoir des repas d'une cuisine caritative à Sanaa, au Yémen (Photo, Reuters).

Bien que les conflits soient la principale raison de la propagation de la faim dans le monde, le changement climatique joue également un rôle majeur dans l'insécurité alimentaire, selon Yahia, qui a plus de 30 ans d'expérience dans le domaine humanitaire et a exercé ses fonctions dans des régions dévastées par les guerres, les génocides, les famines et les catastrophes naturelles. 

Le rapport 2019 du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat « Climate Change and Land » indique que le changement climatique a déjà commencé à affecter la sécurité alimentaire, en particulier dans les régions de basse latitude et les climats arides d'Afrique.

Les sociétés pastorales, ajoute le rapport, sont particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique.

« Le climat joue un rôle similaire à celui des conflits lorsqu'il s'agit de réduire la production alimentaire et de déplacer des populations, comme nous l'avons vu l'année dernière dans la Corne de l'Afrique, en Somalie et en Éthiopie, entre autres », a ajouté Yahia.

« Je pense que le climat joue un rôle important à cet égard. On ne peut plus en parler à huis clos. Le climat est une réalité qui affecte la sécurité alimentaire mondiale ».

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


La coalition de défense maritime dirigée par l'Arabie saoudite s'apprête à mettre en place une structure de commandement multinationale

L'Arabie saoudite a annoncé la formation de cette coalition le mois dernier, à l'issue d'une réunion à Riyad qui avait rassemblé des représentants de 43 pays dans le cadre des efforts visant à renforcer la sécurité maritime collective. (SPA)
L'Arabie saoudite a annoncé la formation de cette coalition le mois dernier, à l'issue d'une réunion à Riyad qui avait rassemblé des représentants de 43 pays dans le cadre des efforts visant à renforcer la sécurité maritime collective. (SPA)
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  • Quinze pays ont jusqu’à présent signé la déclaration commune de la coalition
  • 13 pays en sont officiellement devenus membres et le premier commandant adjoint sera pakistanais

DJEDDAH : La Coalition multinationale de défense maritime dirigée par l’Arabie saoudite a finalisé les dispositions clés pour mettre en place sa structure de commandement, a déclaré jeudi le ministère saoudien de la Défense.

Les préparatifs ont commencé pour intégrer les officiers et le personnel des États membres au sein de son commandement, de ses opérations maritimes et de ses opérations de renseignement, a-t-il ajouté.

Cette annonce a été faite lors de la troisième réunion de planification de la coalition, qui s’est tenue au commandement de la flotte occidentale à Djeddah, en présence de représentants de 39 pays.

À ce jour, quinze nations ont signé la déclaration commune de la coalition, et treize ont achevé les procédures nationales supplémentaires requises pour devenir officiellement membres. Les autres États participants continuent de mener à bien les procédures nationales nécessaires à leur adhésion, a indiqué le ministère.

Les participants ont convenu que le premier commandant adjoint de la coalition serait originaire du Pakistan. Le contre-amiral saoudien Abdullah bin Salem Al-Shehri a été nommé commandant la semaine dernière. La coalition a également désigné son quartier général, approuvé son logo officiel et mis en place les cadres organisationnels et de planification nécessaires au démarrage de ses activités.

Al-Shehri a souligné l’objectif de la coalition, qui est de parvenir à une « participation défensive maritime durable », et a précisé que cette coopération multinationale visait à renforcer la sécurité et la stabilité maritimes à long terme, a rapporté Asharq News.

Il a noté que la coalition continuait de recevoir de nombreuses demandes d’adhésion de la part de divers pays, et que cet afflux constant de candidatures reflétait une reconnaissance mondiale croissante de l’importance de la coalition pour faire face aux menaces et aux défis maritimes communs, a ajouté Asharq News.

« Ces mesures visent à accélérer le développement des capacités opérationnelles de la coalition et à renforcer sa préparation à mener des missions de défense dans sa zone de responsabilité », a déclaré le ministère de la Défense.

La coalition dirigée par l’Arabie saoudite vise à mettre en place un cadre de défense multinational permanent afin de protéger la liberté de navigation maritime, les routes maritimes et les voies navigables stratégiques, tout en préservant le commerce international et les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Elle se concentrera sur la sécurité maritime en mer Rouge, dans le détroit de Bab el-Mandeb et dans le golfe d’Aden, voies navigables clés reliant l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe.

La prochaine étape de la mise en œuvre sera axée sur l’atteinte de la préparation opérationnelle et l’exécution des missions confiées à la coalition, a précisé le ministère.

L’Arabie saoudite a annoncé la formation de la coalition le mois dernier à l’issue d’une réunion à Riyad rassemblant des représentants de 43 pays, dans le cadre des efforts visant à renforcer la sécurité maritime collective face aux menaces croissantes pesant sur la navigation commerciale et les voies navigables stratégiques. Quatorze pays, dont le Royaume, ont initialement rejoint l’alliance. M. Al-Shehri a déclaré par la suite que la coalition resterait ouverte à tous les pays partageant ses objectifs et ses principes. Il a souligné à cette occasion que le niveau de participation reflétait un large soutien international en faveur d’une approche collective de la sécurité des voies navigables mondiales.

La coalition est de nature défensive et ne vise aucun pays, organisation ou alliance en particulier, ont déclaré des responsables saoudiens. Elle agira conformément au droit international et respectera la souveraineté des États ainsi que la liberté de navigation.


«Pas d'autre option»: le destin du Koweït lié au détroit d'Ormuz

Ni oléoduc ni façade maritime de substitution: depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le Koweït est prisonnier du blocage du détroit d'Ormuz, par où transitaient auparavant ses exportations de pétrole. (AFP)
Ni oléoduc ni façade maritime de substitution: depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le Koweït est prisonnier du blocage du détroit d'Ormuz, par où transitaient auparavant ses exportations de pétrole. (AFP)
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  • En battant retraite face aux Etats-Unis, les troupes de Saddam Hussein avaient incendié des centaines de puits pétroliers, détruit des réservoirs de stockage et pris pour cible des raffineries
  • Le conflit régional, déclenché fin février par des frappes israélo-américaines sur l'Iran, n'a pas infligé au Koweït de dommages matériels comparables à l'assaut irakien, mais il l'a significativement éprouvé

KOWEIT: Ni oléoduc ni façade maritime de substitution: depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le Koweït est prisonnier du blocage du détroit d'Ormuz, par où transitaient auparavant ses exportations de pétrole.

"Il s'agit sans aucun doute de la crise la plus grave qu'ait connue le secteur pétrolier depuis l'invasion du pays par l'Irak en 1990", estime dans un entretien à l'AFP le PDG de la Kuweit Petroleum Company (KPC), Cheikh Nawaf Saud al-Sabah.

En battant retraite face aux Etats-Unis, les troupes de Saddam Hussein avaient incendié des centaines de puits pétroliers, détruit des réservoirs de stockage et pris pour cible des raffineries.

Le conflit régional, déclenché fin février par des frappes israélo-américaines sur l'Iran, n'a pas infligé au Koweït de dommages matériels comparables à l'assaut irakien, mais il l'a significativement éprouvé.

Le petit Etat du Golfe, qui détient environ 6% des réserves mondiales de pétrole, est ultra dépendant de l'or noir, qui représente la quasi-totalité de ses exportations et génère plus de 90% des recettes publiques.

"Vulnérabilité stratégique" 

Si d'autres pays de la région, comme l'Arabie saoudite ou les Emirats arabes unis, ont mis en place des itinéraires pour contourner le stratégique détroit d'Ormuz, le Koweït ne possède lui aucun pipeline.

Et avec Bahreïn, il figure parmi les principales cibles des représailles iraniennes, avec des usines de dessalement d'eau et des infrastructures énergétiques, dont pétrolières, touchées.

"Cette crise nous a confrontés à un nouveau défi", souligne M. Sabah, depuis le bureau provisoire où il s'est installé après que le siège du groupe a été touché par une frappe de drone en avril.

Quelques jours seulement après le début de la guerre, la KPC avait invoqué un "cas de force majeure", une disposition la protégeant de pénalités et d'éventuels manquements contractuels vis-à-vis de ses clients. La mesure a été levée en juin.

La compagnie publique s'attelle désormais à trouver des solutions d'urgence, explique son patron. Des réservoirs de stockage situés en dehors de la région ont notamment contribué à amortir la crise.

Mais les experts maintiennent qu'à long terme, le Koweït ne pourra se passer du détroit d'Ormuz. "La dépendance du Koweït au détroit est devenue une vulnérabilité stratégique", résume Amena Bakr, analyste chez Kpler.

"Le pays dispose des ressources financières nécessaires pour faire face à un choc temporaire grave. Mais plus la guerre s'éternise, plus l'économie souffre de l'absence d'une route sécurisée pour exporter son pétrole", ajoute-t-elle.

Selon les premières données officielles, le PIB a reculé de 4,6% sur un an au premier trimestre 2026, les revenus du secteur pétrolier plongeant eux de 12,5%. Et la chute pourrait être encore plus sévère au deuxième.

"La résistance dans le sang" 

Alors que la guerre approche des six mois et que les négociations piétinent, le Koweït scrute la situation dans le détroit, où se succèdent les attaques de navires.

"Une fois qu'il sera rouvert, la libre circulation reprendra et nous pourrons alors facilement revenir à nos niveaux de production d'avant-guerre, et même plus", espère Nawaf Saud al-Sabah.

Elle s'élevait alors à un peu plus de 2,6 millions de barils par jour et devait atteindre les 4 millions d'ici 2040. Le PDG n'a pas souhaité communiquer les chiffres actuels.

"Il n'y a pas d'autre option" que de rétablir un accès sans entrave à Ormuz, insiste-t-il.

"Vous pouvez avoir tous les oléoducs au monde, toutes les infrastructures de stockage. Mais sans la liberté de circulation des hydrocarbures à travers le détroit, vous serez très rapidement confrontés à une nouvelle crise énergétique".

En attendant, les Koweïtiens s'adaptent. La nuit, la plupart des grandes installations énergétiques du pays éteignent désormais leurs lumières.

D'épaisses structures métalliques ont également été construites autour de nombreux réservoirs de pétrole brut, dans l'espoir de le protéger d'éventuelles frappes.

"Nous avons survécu à pire. Nous sommes le Koweït. Nous avons la résistance dans le sang", lance Noura, une Koweïtienne de 45 ans qui n'a pas souhaité donner son nom de famille, rencontrée dans un marché.

Mais la volonté des Etats-Unis de poursuivre la guerre laisse un goût amer à certains Koweïtiens qui, en privé, maudissent les troupes américaines, autrefois symboles de liberté.

 


L'Iran affirme contrôler le détroit d'Ormuz après les déclarations de Trump sur un contrôle américain

Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
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  • Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder"
  • Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens

TEHERAN: Un haut responsable iranien a affirmé jeudi que le détroit d'Ormuz restait sous le contrôle de l'Iran, après que le président américain Donald Trump a revendiqué la veille le contrôle américain de ce détroit stratégique.

"Aujourd'hui, vous voyez que le détroit d'Ormuz est sous la gestion et le contrôle de la République islamique, et que notre pays poursuit sa trajectoire en toute sécurité", a déclaré selon la télévision d'Etat Hossein Taeb, chef des forces paramilitaires du Bassidj, affiliées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder".

Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Les hostilités ont repris entre les deux pays début juillet, quand le protocole d'accord conclu en juin pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient a volé en éclat.

Les frappes se sont depuis atténuées, Donald Trump assurant que des négociations étaient en cours avec l'Iran, qui a démenti, assurant de son côté ne parler qu'avec Oman d'un futur itinéraire pour franchir le détroit d'Ormuz.