Incendie de Sarouja: La Syrie pleure la perte d’un quartier historique de Damas

Le palais d’Al-Azm et plusieurs maisons, magasins et ateliers voisins, situés le long de la rue Al-Thawra, ont été endommagés (Photo fournie).
Le palais d’Al-Azm et plusieurs maisons, magasins et ateliers voisins, situés le long de la rue Al-Thawra, ont été endommagés (Photo fournie).
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Publié le Vendredi 21 juillet 2023

Incendie de Sarouja: La Syrie pleure la perte d’un quartier historique de Damas

  • Des bâtiments dotés d'une grande valeur historique, dont le palais d'Abderrahmane Pacha al-Yusuf, ont été détruits dans l'incendie du 16 juillet
  • Sarouja est un quartier très apprécié qui a joué un rôle central dans le passé ottoman de la Syrie et au début de son indépendance

LONDRES: Dans la nuit du 16 juillet, un incendie a ravagé le quartier historique de la ville, détruisant le palais d'Abderrahmane Pacha al-Yusuf dans le Souk Sarouja de la vieille ville.

Le feu s'est déclaré dans une maison adjacente au palais vers 3 heures du matin, heure locale, avant de se propager rapidement, selon l'agence de presse d'État SANA. Des rapports locaux estiment qu’une panne électrique est à l’origine de l’incendie. Sur les réseaux sociaux, la thèse criminelle était privilégiée.

L'incendie a également endommagé de façon partielle le palais d’Al-Azm, qui abrite le Centre des documents historiques, et a ravagé plusieurs maisons, magasins et ateliers voisins dans la rue Al-Thawra.

Il a fallu plus de quatre heures aux pompiers pour maîtriser les flammes. Malgré leurs efforts, la vieille ville, classée au patrimoine mondial de l'Unesco et l'une des plus anciennes agglomérations au monde, a subi d'immenses dégâts.

Les récents incendies dans la vieille ville de Damas, classée au patrimoine mondial de l'Unesco, ont causé des dégâts irréversibles (Photo fournie).

Pour une ville aussi ancienne que Damas, «Souk Sarouja est relativement récent», a déclaré à Arab News Sami Moubayed, historien et écrivain basé à Damas et ancien chercheur invité au Centre Carnegie du Moyen-Orient.

Le quartier a environ huit-cent ans : il avait été construit à l’époque par les Mamelouks pour loger les soldats.

Moubayed a indiqué : «Au milieu du XIXe siècle, Sarouja s'est développée pour abriter certaines des plus belles demeures de Damas.»

Le quartier était qualifié de «Petite Istanbul» parce plusieurs plus hauts responsables de la capitale ottomane y résidaient et parce que sa grandeur ressemblait étrangement à celle de la ville.

«À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, elle a acquis une importance politique parce qu'une poignée de hauts fonctionnaires arabes de la cour impériale d'Istanbul y ont établi leurs palais», a ajouté Moubayed.

Parmi ces personnalités historiques de premier plan, on trouve Abderrahmane Pacha al-Yusuf, l'émir du Hajj, qui était également le chef adjoint du Congrès pan-syrien avant de devenir président du Conseil de la Choura. C'est la maison d'Al-Yusuf qui a été détruite dans l'incendie du 16 juillet.

L'incendie a également endommagé de façon partielle le palais d’Al-Azm, qui abrite le Centre des documents historiques, et a ravagé plusieurs maisons, magasins et ateliers voisins dans la rue Al-Thawra (Photo fournie).

«La maison d'Al-Yusuf a perdu son importance politique à la suite de son assassinat en 1920, mais sa pertinence culturelle et sociale a été préservée», a expliqué Moubayed.

Un autre personnage important de l'histoire de Damas est Mohammed Fawzi Pacha al-Azm, père de Khaled al-Azm, dont la maison était adjacente à celle de Yusuf et qui a été partiellement endommagée dans l'incendie.

«Al-Azm a été nommé ministre ottoman des Awqafs en 1912, mais avant cela, il était à la tête de la municipalité de Damas, puis a été élu président du Congrès national syrien, le premier Parlement syrien de l'après-Ottomane.

«Après la mort de Mohammed Fawzi Pacha al-Azm en 1919, son fils Khaled, qui a formé cinq gouvernements dans l'histoire moderne de la Syrie, a continué à vivre dans le palais», a indiqué Moubayed.

Ahmad Izzat Pacha al-Abid, deuxième secrétaire et confident du sultan ottoman Abdülhamid II, figure également parmi les habitants historiques notables de Sarouja.

«La maison a conservé son importance politique pendant la vie de son fils Mohammed Ali al-Abid, qui, lorsqu'il est devenu le premier président de la République syrienne en 1932, a choisi de gouverner depuis Sarouja pendant une brève période. Il s'est ensuite installé dans le palais d’Al-Abid, dans le quartier de Muhajirin», a précisé Moubayed. 

Sarouja a eu la chance de survivre aux catastrophes précédentes.

INCENDIES RÉCENTS DANS LA VIEILLE VILLE DE DAMAS

23 avril 2016

Au moins 80 magasins du Souk al-Asrouniyah ont été gravement endommagés par un incendie prolongé qui a mis sept heures à s'éteindre.

13 septembre 2017

Une famille de trois personnes a été tuée dans un incendie qui a ravagé 15 magasins et plusieurs échoppes à Souk Al-Hal.

1er octobre 2017

Un incendie s'est déclaré dans le souk Al-Asrouniyah, au sud du souk Al-Hamidiyeh.

22 janvier 2019

Sept enfants ont péri dans l'incendie de leur maison dans le quartier d'Al-Amarah, à quelques mètres de la mosquée des Omeyyades.

25 janvier 2019

Un incendie d'origine électrique a été maitrisé en quelques minutes dans une vieille maison de Sarouja.

25 juillet 2020

L'incendie d'un entrepôt à Souk al-Buzuriyah a endommagé plusieurs magasins et unités adjacentes.

«En 1945, Sarouja a été touchée par le bombardement de Damas par la France. Le 29 mai 1945, Jamil Mardam Bey, qui était ministre des Affaires étrangères de la Syrie et Premier ministre par intérim, se trouvait au siège du gouvernement lorsque l'agression française a atteint ses abords.»

«Il s'est enfui avec d'autres fonctionnaires de Zukak Ramy au coucher du soleil et s'est réfugié dans la maison de Khaled al-Azm à Sarouja car il y avait un mandat d'arrêt contre eux. Cette même maison a été partiellement endommagée ce dimanche», a-t-il poursuivi.

«En 1945, la maison a servi de refuge à plus de 100 personnes. Lorsque les Français ont découvert que Mardam Bey se trouvait dans la maison d'Al-Azm, ils ont commencé à bombarder massivement Sarouja», a ajouté Moubayed.

Bien que Sarouja ait déjà rebondi par le passé, les dégâts causés par l'incendie du 16 juillet sont considérables et laisseront des traces durables, tant pour le quartier que pour ses habitants.

«Le feu n'a pas seulement brûlé l'histoire de ma ville»

Loujein Haj Youssef, une journaliste basée à Paris, a déclaré que la vue de Sarouja engloutie dans les flammes lui a fait monter les larmes aux yeux. Elle a grandi et passé le début de sa vie d'adulte à Damas et a indiqué que l'ampleur des destructions lui brisait le cœur.

«Je pensais que Damas était une ville éternelle. Je n'ai jamais pensé, par exemple, à prendre une photo dans le palais de Khaled al-Azm, un chef-d'œuvre architectural exquis, bien que j'y passe régulièrement beaucoup de temps.

Le palais d’Al-Yusuf avant l'incendie (Photo fournie).

«Notre mémoire récente de Damas est perdue. Un jour, nous chercherons dans notre mémoire des photos de la vieille ville, mais nous constaterons qu'elles ont été remplacées par des images de cendres et de murs de ciment nus», a ajouté Youssef.

Marwah Morhly, écrivaine damascène résidant actuellement en Turquie, a eu le sentiment qu'une partie de son identité avait disparu dans les flammes.

«Le feu n'a pas seulement brûlé l'histoire de ma ville, il a aussi brûlé notre jeunesse, les rires qui résonnaient dans les anciennes ruelles et notre goût précoce de la liberté, lorsque nous avons quitté pour la première fois les limites de l'école et de l'université.»

«Sarouja a été le lieu de rencontre des amoureux et des politiciens, des rires et des larmes, des rêves de notre jeunesse. C'est aujourd'hui un lieu qui nous brûle de l'intérieur, comme si nos cœurs n'étaient pas assez fatigués par tous les feux qui y font rage», s’est-elle desolée.

Malgré l'affection que lui portent de nombreux Syriens, le quartier a longtemps été négligé. En 2013, l'Unesco a inscrit l'ancienne ville de Damas, qui comprend Sarouja, sur sa liste du patrimoine mondial en péril.

Sami Moubayed, historien et écrivain basé à Damas (Photo fournie).

D’après Moubayed, «le quartier de Sarouja s'est dégradé, comme le reste de la vieille ville, parce qu'avec l'arrivée des Français, de nombreuses familles damascènes ont déménagé pour s'installer dans des appartements.

«Des quartiers dotés de logements modernes, comme Al-Chuhadaa, Al-Abid et Chaalan, ont vu le jour, et les gens ont abandonné leurs vieilles maisons pour de nombreuses raisons, notamment les difficultés d'accès et d'entretien et les inconvénients liés au fait que plusieurs familles vivent au même endroit.

«Les femmes ont également progressé et ont commencé à exiger d'avoir leur propre résidence. Les gens ont commencé à posséder des voitures et les ruelles étroites sont difficiles à emprunter», a-t-il clarifié.

Moubayed a souligné que la restauration des vieilles maisons de la ville n'a suscité que peu d'intérêt jusqu'aux années 1990, lorsque les travaux de récupération et de réaffectation des quartiers chrétiens de Bab Touma et Bab Charqi, où des hôtels-boutiques et des restaurants ont vu le jour.

Il a fallu plus de quatre heures aux pompiers pour maîtriser l'incendie (Photo fournie).

«Souk Sarouja, ne bénéficiant pas du même niveau d'attention, s'est peu à peu détérioré pour devenir un quartier délabré, à faible revenu, avec de petits cafés, contrairement à d'autres parties de la vieille ville, qui sont réputées pour être des quartiers huppés, abritant des hôtels prestigieux tels que Talisman et Beit al-Mamlouka», a ajouté Moubayed.

Si la région ne suscite pas le même intérêt, ce qui reste des bâtiments historiques de Sarouja pourrait bientôt être perdu dans le temps.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Nouvelle session de pourparlers directs entre Israël et le Liban à Washington

Nada Hamadeh (au centre), ambassadrice du Liban aux États-Unis, participe à une réunion entre les délégations israélienne et libanaise organisée par les États-Unis au département d’État à Washington, le 2 juin 2026. (AFP)
Nada Hamadeh (au centre), ambassadrice du Liban aux États-Unis, participe à une réunion entre les délégations israélienne et libanaise organisée par les États-Unis au département d’État à Washington, le 2 juin 2026. (AFP)
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  • Des représentants d’Israël et du Liban participent à une quatrième session de pourparlers directs à Washington, sous médiation américaine, malgré l’absence de relations diplomatiques entre les deux pays
  • Malgré les appels à l’apaisement, les combats entre Israël et le Hezbollah se poursuivent

WASHINGTON: Les ambassadeurs d'Israël et du Liban ont été reçus mardi au département d'Etat pour une nouvelle session de pourparlers directs, alors qu'Israël et le Hezbollah ont échangé des tirs après que Donald Trump a assuré que les deux camps lui avaient promis l'apaisement.

Cette quatrième rencontre entre les représentants des deux pays, qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques, a lieu au département d'Etat et doit durer deux jours.

Elle réunit les représentants israélien Yechiel Leiter et libanais Nada Hamadeh Moawad, ainsi que Daniel Holler, un haut conseiller du secrétaire d'Etat Marco Rubio, qui ne participe pas à cette session.

Aucun des participants n'a fait de déclarations.

Le président américain a indiqué lundi soir sur son réseau Truth Social que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'était engagé à ne pas envoyer de troupes à Beyrouth et que le Hezbollah allait "cesser totalement le feu".

Mais les combats qui opposent l'armée israélienne et le Hezbollah depuis le 2 mars, se sont poursuivis malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril et qui avait été prolongé une fois à l'issue de ces pourparlers, les premiers depuis des décennies.

Des frappes israéliennes lundi soir ont fait au moins six morts dans le sud du pays, portant à 13 le bilan global pour la journée, selon des sources libanaises. Et le Hezbollah a revendiqué mardi une attaque à la roquette contre un char israélien à Hadatha dans la région, disant y lutter contre "l'avancée des forces israéliennes".


Israël dit avoir obtenu l'aval des Etats-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth si le Hezbollah attaque ses localités

Les premiers intervenants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne qui a touché les environs d’un hôpital dans la ville de Tyr, dans le sud, le 1er juin 2026. (Reuters)
Les premiers intervenants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne qui a touché les environs d’un hôpital dans la ville de Tyr, dans le sud, le 1er juin 2026. (Reuters)
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  • Le ministre de la Défense israélien Israël Katz affirme qu’Israël aurait obtenu l’aval des États-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth (Dahiyeh), bastion du Hezbollah, en cas d’attaques contre le nord d’Israël
  • Il expose une logique de dissuasion : si les tirs continuent, Israël dit qu’il ciblerait Dahiyeh, en liant le sort de cette zone aux attaques subies par les localités israéliennes

JERUSALEM: Le ministre de la Défense israélien Israël Katz a affirmé mardi que son pays avait obtenu l'aval des Etats-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, en cas d'attaque du groupe pro-iranien sur son sol, selon un communiqué de son bureau.

"Le Premier ministre et moi-même avons mené, avec l'armée israélienne, une démarche visant à établir une équation selon laquelle le sort de Dahiyeh (la banlieue sud, ndlr) à Beyrouth serait lié à celui des localités du nord d'Israël. Si les localités israéliennes continuent d'être attaquées, nous évacuerons et frapperons le quartier chiite de Dahiyeh à Beyrouth, bastion du Hezbollah", a dit M. Katz.

"Les Etats-Unis ont validé ce principe et l'ont communiqué au gouvernement libanais ainsi qu'à toutes les parties concernées (...) Soit les tirs contre les localités cessent, soit, s'ils se poursuivent, nous frapperons Dahiyeh à Beyrouth", a poursuivi le ministre.


Paris s’inquiète des évolutions au Liban et tente un déblocage

Le ministre Français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. (AFP)
Le ministre Français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. (AFP)
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  • La diplomatie française se mobilise pour venir en aide à un pays dont la situation est une véritable plaie pour ses habitants
  • Pour Paris, l’objectif de cette réunion est clair : il ne s’agit pas tant d’arracher une résolution, peu probable en raison des équilibres au Conseil de sécurité, que de « remettre la pression » et de replacer le Liban au cœur de l’attention international

PARIS: Soucieuse des évolutions alarmantes de la situation au Liban, Paris a appelé à une réunion urgente du Conseil de sécurité, alors que l’envoyé spécial du président français, Jean-Yves Le Drian, doit se rendre à Beyrouth demain mercredi.

La diplomatie française se mobilise pour venir en aide à un pays dont la situation est une véritable plaie pour ses habitants, notamment les centaines de milliers de déplacés disséminés à travers le territoire au gré des ordres d’évacuation israéliens.

Derrière cette initiative, une question centrale se pose : à quoi peut encore servir une réunion d’urgence à l’ONU dans un contexte où les rapports de force semblent verrouillés ?

Pour Paris, l’objectif de cette réunion est clair : il ne s’agit pas tant d’arracher une résolution, peu probable en raison des équilibres au Conseil de sécurité, que de « remettre la pression » et de replacer le Liban au cœur de l’attention internationale, alors que les regards sont largement tournés vers l’Iran.

Il est clair, pour la diplomatie française, que la situation a franchi un seuil critique ces derniers jours. D’autant que, déjà fragile, le cessez-le-feu apparaît désormais vidé de sa substance.

Les frappes se poursuivent, les menaces israéliennes s’intensifient, y compris contre Beyrouth, et les conditions minimales d’un dialogue crédible semblent s’effondrer.

Canal de discussion entre le Liban et Israël

On ne peut même plus parler de cessez-le-feu, reconnaît-on en substance du côté français, et cette dégradation inquiète d’autant plus qu’elle intervient au moment où un canal de discussion s’est ouvert entre le Liban et Israël sous médiation américaine.

Un choix jugé courageux par la diplomatie française, mais qui place Beyrouth dans une position extrêmement délicate car, faute de réciprocité sur le terrain, ces négociations risquent de perdre toute crédibilité.

Paris insiste sur ce point : si l’on veut que les autorités libanaises puissent avancer dans ces discussions, encore faut-il leur en laisser la possibilité. Or, l’intensification des opérations militaires israéliennes réduit cet espace politique à néant.

Pire encore, elle pourrait renforcer les acteurs que ces négociations cherchent précisément à contenir, au premier rang desquels figure le Hezbollah.

Dans cette équation, la France tente de défendre une approche pragmatique. Elle continue de rappeler la responsabilité du Hezbollah dans l’engrenage du conflit, tout en soulignant que la stratégie actuelle d’Israël est contre-productive, estimant que, s’il fallait saboter les discussions, on ne s’y prendrait pas autrement.

Dès lors, la priorité affichée est le rétablissement d’un cessez-le-feu « robuste », condition indispensable à toute avancée politique, ainsi que la réactivation et l’amélioration du mécanisme mis en place fin 2024, aujourd’hui largement inopérant.

Paris insiste sur le fait que, sans cadre crédible de vérification et de désescalade, les initiatives diplomatiques risquent de rester lettre morte.

Mais au-delà de l’urgence immédiate, la France travaille sur une stratégie de plus long terme qui repose notamment sur un renforcement de l’État libanais, à commencer par son armée. L’objectif est d’aider le Liban à retrouver progressivement sa souveraineté en limitant l’influence des acteurs armés non étatiques.

Cela passe par un soutien accru — financier, logistique mais aussi politique — aux forces armées libanaises, sans pour autant leur demander une confrontation directe avec le Hezbollah, jugée irréaliste dans le contexte actuel. Il s’agit plutôt de renforcer leur présence sur le terrain, de contrôler les flux logistiques et financiers et de sécuriser des zones clés, notamment la frontière avec la Syrie.

Sur ce dernier point, Paris voit un levier important car, contrairement aux années précédentes, un certain niveau de coopération avec les autorités syriennes semble possible, ouvrant la voie à un meilleur contrôle des flux qui alimentent le Hezbollah.

Autre chantier majeur du point de vue français : l’avenir de la présence internationale au Liban. Le retrait annoncé de la FINUL d’ici à la fin de l’année suscite de vives inquiétudes.

Les leviers de la France demeurent limités

La France estime qu’un tel vide sécuritaire serait dangereux et plaide donc pour une réflexion rapide sur un nouveau dispositif, potentiellement plus adapté aux réalités actuelles.

Cette approche s’inscrit dans une volonté plus large consistant à remobiliser les partenaires internationaux. À ce propos, Paris travaille étroitement avec plusieurs pays de la région, notamment l’Arabie saoudite, l’Égypte et le Qatar, ainsi qu’avec certains partenaires européens, afin de tenter de recréer une dynamique collective autour du Liban.

Reste toutefois une réalité difficile à contourner : les leviers de la France demeurent limités face au rôle central des États-Unis dans la médiation. La diplomatie française s’efforce néanmoins de peser indirectement en multipliant les échanges avec Washington et en délivrant un message constant : sans cessez-le-feu, aucune avancée durable n’est possible.

Par ailleurs, Paris explore d’autres pistes de pression, notamment au niveau européen. Le débat sur l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël pourrait ainsi évoluer sous l’effet conjugué des situations à Gaza, en Cisjordanie et désormais au Liban.

Enfin, la mission de l’envoyé spécial Jean-Yves Le Drian à Beyrouth revêt une dimension politique essentielle puisque, au-delà du soutien affiché, il s’agira pour lui de dialoguer avec l’ensemble des forces politiques libanaises afin de favoriser un minimum de cohésion interne.

Un enjeu jugé crucial par la diplomatie française dans un pays profondément fragmenté, où les divisions communautaires affaiblissent toute stratégie nationale.