Le Croissant-Rouge soudanais et le CICR se félicitent de la déclaration de Djeddah

Cette capture d'écran de la chaîne de télévision saoudienne Al-Ekhbariya montre des représentants de l'armée soudanaise et des forces paramilitaires de soutien rapide (RSF) signant un accord à Jeddah, le 11 mai 2023. (Photo AL-EKHBARIYA / AFP)
Cette capture d'écran de la chaîne de télévision saoudienne Al-Ekhbariya montre des représentants de l'armée soudanaise et des forces paramilitaires de soutien rapide (RSF) signant un accord à Jeddah, le 11 mai 2023. (Photo AL-EKHBARIYA / AFP)
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Publié le Samedi 13 mai 2023

Le Croissant-Rouge soudanais et le CICR se félicitent de la déclaration de Djeddah

  • Un mois après le début des combats, les besoins humanitaires explosent ; le Croissant-Rouge soudanais et le CICR se félicitent de l’engagement public des parties à respecter le droit international humanitaire
  • « Nous espérons que l’accord conclu à Djeddah améliorera la situation sécuritaire, ce qui nous permettra d’intensifier notre intervention d’urgence » a déclaré Alfonso Verdú Pérez, chef de la délégation du CICR au Soudan

GENÈVE : Dans un communiqué publié au lendemain de la déclaration de Djeddah, le Croissant-Rouge soudanais et le CICR se sont félicité de l’engagement public des parties à respecter le droit international humanitaire. L’Arabie saoudite a en effet pris l’initiative d’accueillir à Djeddah les émissaires des deux camps, parrainant ainsi les négociations en vue d’une trêve. Ces pourparlers, à défaut de donner lieu à un cessez-le-feu stable et durable, ont au moins abouti à une déclaration, co-signée par les deux généraux rivaux. Ce traité, ratifié le 11 mai 2023, engage les belligérants à respecter le droit international humanitaire et faciliter le travail du CICR et du Croissant-Rouge soudanais.

Difficulté de l’acheminement rapide de l’aide d’urgence

Le communiqué publié par le CICR détaille, dans son introduction, la situation sur le terrain :  « Près d’un mois après le déclenchement d’intenses combats au Soudan, la situation humanitaire se détériore rapidement. Les civils pris au piège à Khartoum sont confrontés à de graves pénuries de nourriture et d’eau, tout comme des centaines de milliers de personnes qui ont fui leur foyer. Nombreux sont ceux qui ignorent ce qu’il est advenu de leurs proches. Les rares hôpitaux qui fonctionnent manquent cruellement de fournitures essentielles et de nombreux corps n’ont pas encore été récupérés et identifiés ».

Dans le même temps, les combats incessants et l’insécurité généralisée ont rendu extrêmement difficile l’acheminement rapide de l’aide d’urgence. Dans ces conditions, le Croissant-Rouge soudanais et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) se félicitent de la déclaration de Djeddah, dans laquelle les parties au conflit ont réaffirmé leur engagement à respecter le droit international humanitaire et à faciliter l’action humanitaire. Il est urgent de traduire cet engagement en actions concrètes sur le terrain.

Le mois dernier a été un cauchemar pour la population soudanaise, qui a vu ses quartiers ravagés par les combats et se retrouve maintenant confrontée à d’incroyables difficultés. En tant que travailleur humanitaire, je ressens de la frustration face à de telles souffrances et à l’impossibilité de fournir une assistance à l’échelle et à la vitesse nécessaires », a déclaré Alfonso Verdú Pérez, chef de la délégation du CICR au Soudan. « Nous espérons que l’accord conclu à Djeddah améliorera la situation sécuritaire, ce qui nous permettra d’intensifier notre intervention d’urgence. Faciliter le travail humanitaire est une obligation au titre du droit international humanitaire et c’est aussi une question de vie ou de mort. L’urgence grandit chaque jour ».

Importance de la déclaration de Djeddah

Le communiqué rappelle ensuite les conditions de travail du CICR et ses partenaires au Soudan, ainsi que la nécessité d’assurer la sécurité de leurs opérations :

« Les règles du droit international humanitaire régissent l’accès aux victimes des conflits armés, qui doit être facilité par toutes les parties. Le CICR a pris contact avec toutes les parties prenantes pour demander les garanties de sécurité nécessaires à l’acheminement de fournitures médicales d’urgence de ses entrepôts vers les hôpitaux et à la remise en état des infrastructures civiles essentielles, telles que les centrales électriques et les stations de traitement des eaux. À ce jour, le CICR a pu ravitailler trois hôpitaux et fournir des housses mortuaires aux volontaires du Croissant-Rouge soudanais chargés de récupérer les dépouilles mortelles. Il reste cependant beaucoup à faire sur le plan humanitaire, notamment pour visiter les détenus dans les deux camps et rétablir le contact avec les membres des familles qui ont été séparés en fuyant Khartoum ou le Darfour.

Malgré l’augmentation des besoins, les conditions de sécurité nécessaires n’ont pas été réunies pour que le CICR, le Croissant-Rouge soudanais et les autres partenaires du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge puissent mener l’opération d’intervention d’urgence à l’échelle requise pour apporter assistance et protection aux personnes touchées par le conflit et la violence, des menaces directes et des attaques contre le personnel médical et humanitaire, notamment les volontaires du Croissant-Rouge soudanais, ayant été signalées ».

« Le respect des principes énoncés dans cet accord, tout comme la simplification des processus administratifs, permettront de sauver des vies humaines », a déclaré M. Verdú Pérez. « Nous continuons à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour répondre aux besoins et appelons tout le monde à faciliter l’action humanitaire. C’est ainsi que l’on pourra sauver davantage de vies ».

Présent au Soudan depuis 1978, le CICR vient en aide aux personnes touchées par le conflit dans la région du Darfour et les États du Nil Bleu et du Kordofan Sud. Actuellement, les activités qu’il mène à travers le pays, seul ou en coopération avec le Croissant-Rouge soudanais, consistent entre autres à fournir aux hôpitaux et autres structures de santé du matériel et des articles médicaux, à améliorer l’accès de la population à l’eau potable en collaboration avec les services des eaux locaux, et à aider les autorités à répondre aux besoins de réadaptation physique des personnes handicapées. 

LA DÉCLARATION DE DJEDDAH

Préambule

Reconnaissant la nécessité de soulager la détresse et la misère de notre peuple résultant des combats en cours depuis le 15 avril 2023, en particulier dans la capitale Khartoum, en répondant aux besoins humanitaires urgents de nos citoyens civils,

Répondant aux diverses initiatives des pays frères et amis, à commencer par l'initiative américano-saoudienne,

Nous, soussignés, représentant les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF), par cette déclaration d'engagement, réaffirmons nos obligations fondamentales en vertu du droit international humanitaire de faciliter l'action humanitaire pour répondre aux besoins des civils.

Nous affirmons notre attachement indéfectible à la souveraineté du Soudan et au maintien de son unité et de son intégrité territoriale.

Nous reconnaissons que l'adhésion à la déclaration d'engagement n'affectera en rien le statut juridique, sécuritaire ou politique des parties qui la signent et qu'elle ne sera pas non plus liée à la participation à un quelconque processus politique.

Nous saluons les efforts déployés par les amis du Soudan qui peuvent utiliser leurs relations et leurs bons offices pour assurer le respect du droit humanitaire international et du droit international des droits de l'homme, notamment en s'engageant à respecter la présente déclaration et en la mettant immédiatement en œuvre.

Aucun des points énumérés ci-dessous ne supplante les obligations ou les principes du droit international humanitaire et/ou du droit international des droits de l'homme qui s'appliquent à ce conflit armé, en particulier le protocole additionnel (II) de 1977 aux conventions de Genève de 1949, et que toutes les parties doivent respecter.

Engagements

1.  Nous convenons que les intérêts et le bien-être du peuple soudanais sont notre priorité absolue et nous affirmons notre engagement à veiller à ce que les civils soient protégés à tout moment. Il s'agit notamment de permettre aux civils de quitter volontairement et en toute sécurité les zones d'hostilités actives, dans la direction qu'ils choisissent.

2.  Nous affirmons qu'il nous incombe de respecter le droit international humanitaire et le droit international relatif aux droits de l'homme, et notamment de nous acquitter des obligations suivantes :

-Distinguer à tout moment entre civils et combattants et entre biens de caractère civil et objectifs militaires.

-S'abstenir de toute attaque dont on peut attendre qu'elle cause incidemment des dommages aux civils qui seraient excessifs par rapport à l'avantage militaire concret et direct attendu.

-Prendre toutes les précautions possibles pour éviter et réduire au minimum les dommages aux civils, dans le but d'évacuer les centres urbains, y compris les habitations civiles. Les civils ne doivent pas être utilisés comme boucliers humains, par exemple.

-Veiller à ce que les points de contrôle ne soient pas utilisés pour enfreindre le principe de la liberté de circulation des civils et des acteurs humanitaires.

-Permettre à tous les civils de quitter volontairement et en toute sécurité les zones d'hostilités et les zones assiégées.

-S'engager à préserver les besoins et les nécessités indispensables à la survie de la population civile, ce qui peut inclure les denrées alimentaires, les zones agricoles, les récoltes et le bétail. Le pillage, le saccage et le ravage sont interdits.

-S'engager à libérer et à s'abstenir d'occuper, ainsi qu'à respecter et à protéger toutes les installations publiques et privées, telles que les hôpitaux et les installations d'eau et d'électricité, et à s'abstenir de les utiliser à des fins militaires.

-S'engager à respecter et à protéger les transports médicaux tels que les ambulances et s'abstenir de les utiliser à des fins militaires.

-S'engager à respecter et à protéger le personnel médical et les installations publiques.

-Respecter et ne pas entraver le droit des civils de passer et de voyager par les routes et les ponts, à l'intérieur et à l'extérieur de l'État de Khartoum.

-S'engager à libérer et à s'abstenir d'occuper, ainsi qu'à respecter et à protéger toutes les installations publiques et privées, telles que les hôpitaux et les installations d'eau et d'électricité, et à s'abstenir de les utiliser à des fins militaires.

-S'engager à respecter et à protéger les transports médicaux tels que les ambulances et s'abstenir de les utiliser à des fins militaires.

-S'engager à respecter et à protéger le personnel médical et les installations publiques.

-Respecter et ne pas entraver le droit des civils de passer et de voyager par les routes et les ponts, à l'intérieur et à l'extérieur de l'État de Khartoum.

3.  Nous reconnaissons que les activités humanitaires visent uniquement à atténuer les souffrances humaines et à protéger la vie et la dignité des personnes qui ne combattent pas ou ne combattent plus. Nous convenons de la nécessité de permettre la reprise des principales opérations humanitaires et de protéger le personnel et les biens humanitaires, notamment pour :

-Respecter les principes humanitaires fondamentaux d'humanité, d'impartialité, de neutralité et d'indépendance opérationnelle.

-Permettre et faciliter le passage rapide et sans entrave des secours humanitaires, y compris du matériel médical et chirurgical, et garantir au personnel humanitaire la liberté de mouvement nécessaire à l'exercice de ses fonctions. Il s'agit notamment de :

-Faciliter le passage sûr, rapide et sans entrave du personnel humanitaire par tous les itinéraires disponibles (et tous les couloirs humanitaires établis) en fonction des besoins, à l'intérieur et à l'extérieur du pays, y compris la circulation des convois humanitaires.

 -Adopter des procédures simples et rapides pour toutes les dispositions logistiques et administratives nécessaires aux opérations d'aide humanitaire.

-Observer la mise en œuvre de pauses humanitaires régulières et de jours de tranquillité, selon les besoins.

-S'abstenir d'interférer avec les principales opérations humanitaires et ne jamais accompagner le personnel humanitaire menant des activités humanitaires, conformément aux directives et procédures modifiées relatives à l'action humanitaire au Soudan.

-Protéger et respecter les travailleurs humanitaires, les biens, les fournitures, les bureaux, les entrepôts et les autres installations.  Les acteurs armés ne doivent pas interférer dans les actions des opérations humanitaires.  Tout en respectant le principe de neutralité des acteurs humanitaires, les acteurs armés doivent garantir la sécurité des couloirs de transport et des zones de stockage et de distribution.  Il est interdit d'attaquer, de harceler, d'intimider ou de détenir arbitrairement du personnel, ou d'attaquer, de détruire, de détourner ou de piller des fournitures, des installations, du matériel, des unités ou des véhicules de secours.

4.  Nous nous engageons à déployer tous les efforts nécessaires pour faire en sorte que ces engagements - et toutes les obligations découlant du droit humanitaire international - soient pleinement diffusés dans nos rangs et nous désignons des points de contact chargés de nouer le dialogue avec les acteurs humanitaires afin de faciliter leurs activités.

5.  Nous permettrons aux acteurs humanitaires responsables, tels que le Croissant-Rouge soudanais et/ou le Comité international de la Croix-Rouge, de recueillir, d'enregistrer et d'enterrer les personnes décédées en coordination avec les autorités compétentes.

6.  Nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour veiller à ce que toutes les personnes agissant selon nos instructions, sous notre direction ou sous notre contrôle respectent le droit humanitaire international, et en particulier les engagements prévus dans la présente déclaration d'engagement.

7.  Conformément aux principes et aux engagements énoncés dans le présent document, nous nous engageons à donner la priorité aux discussions visant à instaurer un cessez-le-feu à court terme afin de faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire d'urgence et le rétablissement des services essentiels, et nous nous engageons à programmer des discussions élargies ultérieures afin de parvenir à une cessation permanente des hostilités.

Signé à Djeddah le 11 mai 2023 avec la facilitation du Royaume d'Arabie saoudite et des États-Unis d'Amérique.

Forces armées soudanaises, Contre-amiral, Mahjoub Bushra Ahmed Rahma

Forces de soutien rapide, Général de brigade, Omer Hamdan Ahmed Hammad

Les belligérants tardent, cependant, à concrétiser leurs engagements sur les règles humanitaires

De nouvelles frappes aériennes ont touché samedi les environs de Khartoum, capitale du Soudan où les engagements des deux généraux rivaux quant à l'évacuation des civils des zones de combats et l'acheminement de l'aide humanitaire tardent à se matérialiser.

Les émissaires du général Abdel Fattah al-Burhane, chef de l'armée, et du Mohamed Hamdane Daglo, qui commande les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), ont signé dans la nuit de jeudi à vendredi à Jeddah, en Arabie saoudite une "déclaration pour la protection des civils au Soudan".

Ce document négocié sous médiation saoudo-américaine prévoit la création de "passages sécurisés" pour permettre aux civils de quitter les zones d'affrontements ainsi que la facilitation de l'acheminement de l'aide humanitaire.

Il ne mentionne en revanche pas de trêve, mais seulement de futures tractations pour un cessez-le-feu temporaire, et encore ultérieurement des "discussions élargies pour un arrêt permanent des hostilités" qui ont fait en quatre semaines quelque 750 morts, 5.000 blessés, ainsi que plus de 900.000 déplacés et réfugiés.

Les pourparlers sur l'application de cet accord doivent reprendre cette fin de semaine à Jeddah, a affirmé à l'AFP un haut responsable de la diplomatie saoudienne sous le couvert de l'anonymat. Il a qualifié cette déclaration de "pas important", reconnaissant néanmoins que le processus en était encore à un "stade préliminaire".

Près d'Omdourman, ville de la banlieue de Khartoum, des témoins ont fait état de frappes aériennes visant des groupes des FSR. D'autres ont signalé des affrontements au nord de cette ville dont le fracas faisait trembler les maisons.

- Invitation au sommet arabe -

Depuis quatre semaines, des millions de Soudanais, principalement à Khartoum, sont barricadés chez eux, survivant à une chaleur étouffante pratiquement sans eau courante ni électricité. Partout se font sentir des pénuries de nourriture, d'argent, de médicaments et de carburant.

Hors de la capitale, la situation est particulièrement critique au Darfour, dans l'ouest frontalier du Tchad, ravagé dans les années 2000 par une répression sanglante. Selon l'ONU, 450 personnes y ont été tuées dans la ville d'El-Geneina dans les récents combats auxquels participent, outre militaires et paramilitaires, des civils armés et des combattants tribaux ou de groupes armés locaux.

Le gouvernement soudanais en a appelé samedi à la communauté internationale, citant notamment l'ONU, l'Union africaine (UA), la Ligue arabe et les organisations régionales dans un communiqué de son ministère des Affaires étrangères pour fournir une aide face à la "situation humanitaire catastrophique".

Il précise que le port et l'aéroport de Port-Soudan, sur la mer Rouge (est), l'aéroport de Dongola (nord) et celui de Wadi Sidna (est) seront destinés à recevoir cette aide.

Le haut responsable de la diplomatie saoudienne a indiqué à l'AFP que le général Burhane avait été invité au sommet de la Ligue arabe prévu le 19 mai à Djeddah, sans pouvoir préciser qui représenterait le Soudan à cette réunion.

Bien que les belligérants s'accusent par communiqués interposés de violer les engagements de la "déclaration de Jeddah", ce responsable a assuré que les deux parties avaient fait preuve "d'un bon esprit" lors des négociations.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a déclaré vendredi soir "espérer que cette déclaration garantira que l'opération de secours puisse se déployer rapidement et en sécurité pour répondre aux besoins de millions de personnes au Soudan".

Il a "réitéré son appel à un cessez-le-feu immédiat et à des discussions élargies pour parvenir à un arrêt permanent des hostilités".

"Nous entendons sans cesse dire qu'il y aura une trêve dans les sept prochains jours", déclare à l'AFP à la frontière égypto-soudanaise Wahag Gafar, qui a quitté son pays pour se réfugier en Egypte. "Mais quand on sort dans la rue, il y a des balles partout".


La Syrie accuse Israël de vouloir la «déstabiliser» après une incursion et des frappes meurtrières

 Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG. (AFP)
Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG. (AFP)
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  • Des frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée
  • Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays

DAMAS: Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz,  dont le pays a mené des centaines de frappes en Syrie depuis la chute du pouvoir de Bachar al-Assad le 8 décembre, a averti le dirigeant syrien, Ahmad al-Chareh, qu'il paierait un "lourd tribut" si la sécurité d'Israël était menacée.

"Cette escalade injustifiée constitue une tentative préméditée de déstabiliser la Syrie", a pour sa part accusé le ministère syrien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Des frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée.

Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays.

Le ministère syrien a affirmé que l'aéroport avait été "presque entièrement détruit" et évoqué des "dizaines de blessés civils et militaires".

"Protectorat turc" 

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), basé au Royaume-Uni mais qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie, quatre militaires ont été tués et 12 blessés dans les raids contre l'aéroport de Hama.

Un correspondant de l'AFP a vu au moins un avion militaire calciné dans un hangar, et des véhicules militaires, dont un transportant un système de défense anti-aérienne, gravement endommagés.

Un bâtiment du centre de recherche scientifique à Barzé, dans la banlieue de Damas, également visé, a été détruit, selon un correspondant de l'AFP.

En Israël, l'armée a affirmé avoir "frappé les capacités militaires dans les bases syriennes de Hama et T4, dans la province de Homs, ainsi que d'autres infrastructures militaires dans la région de Damas".

Une source syrienne proche du dossier a indiqué à l'AFP que la Turquie, alliée des nouvelles autorités syriennes, tente d'établir des "positions militaires" en Syrie dont une "à l'intérieur de la base T4".

Lors d'une conférence de presse à Paris, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a imputé à la Turquie "un rôle négatif en Syrie" et "au Liban". "Nous ne pensons pas que la Syrie devrait être un protectorat turc", a-t-il dit.

Appels au combat 

A Deraa, neuf personnes tuées au cours de l'incursion israélienne ont été inhumées jeudi, a rapporté un correspondant de l'AFP.

Les autorités de la province avaient annoncé leur décès après un bombardement israélien près de la ville de Nawa, à l'ouest de Deraa, ayant suivi une "incursion israélienne" dans la région, "où les forces de l'occupation ont pénétré pour la première fois aussi profondément".

Selon l'OSDH, il s'agit d'habitants de la région qui ont pris les armes après des appels lancés dans les mosquées à contrer l'avancée des troupes israéliennes.

L'armée israélienne a indiqué avoir répondu à des tirs dans le sud de la Syrie et ciblé plusieurs combattants qui ont été "éliminés" dans des frappes terrestres et aériennes.

"La présence d'armes dans le sud de la Syrie constitue une menace pour l'Etat d'Israël", a déclaré un porte-parole militaire israélien, ajoutant que l'armée "ne permettrait pas l'existence d'une menace militaire en Syrie".

Dès la chute de Bachar al-Assad évincé par une coalition de rebelles dominés par les islamistes, après plus de 13 ans de guerre civile, Israël a envoyé des troupes dans une zone tampon démilitarisée du Golan, dans le sud-ouest de la Syrie.

Il a aussi mené des centaines de frappes aériennes sur des sites militaires, affirmant vouloir empêcher que des armes ne tombent entre les mains des nouvelles autorités, qu'il qualifie de "jihadistes".

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, avait exigé fin février "la démilitarisation totale du sud de la Syrie" et affirmé qu'il ne tolérerait pas que les forces du nouveau pouvoir se déploient au sud de Damas.

Le 26 mars, six civils avaient déjà été tués après une incursion israélienne similaire dans la province de Deraa, selon les autorités locales.


La Défense civile de Gaza fait état d'au moins 15 morts dans une frappe israélienne dans le nord

L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza. (AFP)
L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza. (AFP)
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  • L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza.
  • "L'armée israélienne opère avec une grande force dans vos zones pour détruire l'infrastructure terroriste" du mouvement islamiste palestinien Hamas, a déclaré le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, dans un message sur son compte X

GAZA: La Défense civile de Gaza a indiqué qu'au moins 15 personnes avaient été tuées jeudi à l'aube dans des frappes aériennes israéliennes dans la partie nord du territoire palestinien, après un appel à évacuer de l'armée israélienne.

Le porte-parole de la Défense civile, Mahmoud Bassal, a déclaré que les frappes avaient visé plusieurs maisons dans le quartier de Choujaiya, dans la ville de Gaza. "Il y a encore un certain nombre de personnes piégées sous les décombres", a-t-il ajouté.

L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza.

"L'armée israélienne opère avec une grande force dans vos zones pour détruire l'infrastructure terroriste" du mouvement islamiste palestinien Hamas, a déclaré le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, dans un message sur son compte X.

"Vous devez évacuer ces zones immédiatement et vous rendre dans les abris connus dans l'ouest de la ville de Gaza", a-t-il ajouté.


Israël morcèle Gaza, accentue la pression sur le Hamas pour récupérer les otages

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
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  • Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte
  • Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore

JERUSALEM: Israël a annoncé mercredi que son armée avait commencé à morceler la bande de Gaza et à y saisir de larges zones de territoire pour forcer le mouvement islamiste palestinien Hamas à rendre les otages.

Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte, ont indiqué deux responsables du mouvement islamiste palestinien à l'AFP alors que les bombardements israéliens sur la bande de Gaza ont fait plus de 30 morts mercredi, dont des enfants, selon les secours locaux.

Le Hamas souhaite avancer sur une proposition egypto-qatarie prévoyant un cessez-le-feu de 50 jours, période pendant laquelle le mouvement islamiste libérerait "cinq soldats israéliens" en échange de la remise en liberté de quelque 2.250 prisonniers palestiniens détenus par Israël, a indiqué un de ces deux responsables sous le couvert de l'anonymat

Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore.

"Nous morcelons la bande de Gaza et nous augmentons la pression pas à pas, afin qu'ils nous rendent nos otages", a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Critiques des familles d'otages 

Appelant "les habitants de Gaza à agir maintenant pour chasser le Hamas et rendre tous les otages", le ministre de la Défense, Israël Katz, a menacé une nouvelle fois de confisquer au profit d'Israël de "vastes secteurs" conquis par l'armée à la faveur de l'élargissement de son offensive dans la bande de Gaza.

"Expliquez (...) comment vous comptez éviter la mise en danger des otages", a réagi le Forum des familles, la plus grande association de proches d'otages en Israël, en reprochant au gouvernement d'envoyer "davantage de soldats à Gaza" plutôt que "de libérer les otages par un accord et de mettre fin à la guerre"

De leur côté, une cinquantaine d'otages libérés et des proches d'otages ont estimé dans une lettre ouverte que "la pression militaire met en danger les otages".

"Où est le monde?" 

La guerre a été déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque sans précédent du Hamas ayant entraîné la mort de 1.218 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP basé sur des données officielles.

Sur les 251 personnes enlevées ce jour-là, 58 sont toujours otages à Gaza dont 34 sont mortes selon l'armée israélienne.

En riposte Israël a juré de détruire le Hamas et lancé une campagne de représailles militaires ayant fait au moins 50.423 morts, majoritairement des civils, selon les données du ministère de la Santé du Hamas pour Gaza, jugées fiables par l'ONU.

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours.

Le centre sert de refuge à 160 familles déplacées, a indiqué l'Unrwa.

"Les martyrs sont des jeunes, des garçons et des filles. De quel droit il les tuent? Ils ont visé directement la clinique. Où sont les Nations unies, où est le monde?" a lancé Abou Ahmed Jaber, un déplacé réfugié dans le bâtiment.

L'armée israélienne a confirmé une frappe contre le bâtiment de l'Unrwa affirmant y avoir visé "des terroristes du Hamas".

Treize personnes ont également été tuées par un bombardement sur une maison abritant des déplacés à Khan Younès et deux par une frappe sur une maison à Nousseirat (centre), selon les secours.

Après l'interception de deux projectiles tirés de Gaza en direction d'Israël dans la soirée, l'armée israélienne a appelé les habitants à évacuer plusieurs régions du nord de Gaza, en prévision de frappes.

"Guerre sans limite" 

De son côté, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres est "choqué par les attaques de l'armée israélienne" contre un convoi médical et de secours, qui ont tué 15 secouristes et travailleurs humanitaires la semaine dernière à Gaza, selon son porte-parole.

La "fosse commune" où les secouristes ont été retrouvés expose une "guerre sans limite" à Gaza, a indiqué un responsable du Bureau des opérations humanitaires de l'ONU (Ocha), Jonathan Whittall.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, 1.066 personnes ont été tuées depuis le 18 mars.

Pour accroître la pression sur le Hamas, Israël a bloqué depuis le 2 mars l'entrée de l'aide humanitaire à Gaza, aggravant les pénuries dans le territoire.

Faute de farine et de sucre, des boulangeries ont fermé. "La situation est très difficile, il n'y a pas de farine, pas de pain, pas de nourriture ni d'eau", a témoigné un père de famille, Mahmoud Sheikh Khalil.

A Jérusalem, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, s'est rendu une nouvelle fois sur l'esplanade des Mosquées, lieu disputé dans le secteur oriental de la Ville sainte occupé et annexé par Israël.

Troisième lieu saint de l'islam, l'endroit est pour les juifs, le mont du Temple, lieu le plus sacré du judaïsme. Plusieurs pays arabes ont dénoncé une "provocation" susceptible d'alimenter encore un peu plus les tensions régionales.