Franck Riester: la France est une terre d’opportunités pour les investisseurs saoudiens

Franck Riester à Arab News en français: "Notre premier défi est de sortir de la crise. Tant au plan économique que sanitaire, la coopération internationale est la clé. C’est le sens de l’initiative ACT-Accelerator, ou ACT-A, qui vise à mettre les futurs vaccins contre la Covid-19 à la disposition du monde entier." (AFP).
Franck Riester à Arab News en français: "Notre premier défi est de sortir de la crise. Tant au plan économique que sanitaire, la coopération internationale est la clé. C’est le sens de l’initiative ACT-Accelerator, ou ACT-A, qui vise à mettre les futurs vaccins contre la Covid-19 à la disposition du monde entier." (AFP).
Short Url
Publié le Vendredi 11 décembre 2020

Franck Riester: la France est une terre d’opportunités pour les investisseurs saoudiens

  • L’Arabie saoudite est un partenaire économique important, et nous souhaitons renforcer encore cette dynamique
  • La France est une terre d’opportunités pour les investisseurs saoudiens qui cherchent à diversifier leur portefeuille

Ministre délégué auprès de Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Franck Riester est également ancien ministre de la Culture et ancien maire de Coulommiers. À 46 ans, il est aujourd’hui chargé du Commerce extérieur et de l'Attractivité.

Après son déplacement du 23 au 25 novembre en Jordanie puis aux Émirats arabes unis, le ministre délégué est optimiste quant à l’importance du rôle de la France dans la région.

Arab News en français a pu s'entretenir avec lui pour discuter du sommet du G20 de Riyad, des investissements français en Arabie saoudite, ainsi que de coopération bilatérale pour combattre le terrorisme.

Vous rentrez tout juste d’une tournée aux Émirats arabes unis et en Jordanie. Vos rencontres ont-elles été fructueuses?

Comme vous le savez, les prises de position du président de la république sur la laïcité ont fait l’objet de manipulations et ont suscité un certain nombre d’incompréhensions au sein du monde musulman. Je me suis donc déplacé en Jordanie pour dissiper les malentendus et rappeler la force des liens, notamment économiques, qui nous unissent. Il ne peut y avoir de malentendus entre partenaires et amis. Dans le même esprit, je me rendrai prochainement en Arabie saoudite et au Koweït.

Je me suis déplacé en Jordanie pour dissiper les malentendus et rappeler la force des liens, notamment économiques, qui nous unissent. 

J’ai également passé quarante-huit heures aux Émirats arabes unis pour amplifier nos relations économiques, tout particulièrement dans les secteurs d’avenir. Je pense notamment à la fintech [technologie financière], la Greentech [éco-innovation], l’intelligence artificielle, la ville durable ou encore les transports, où la coopération franco-émiratie est intense. J’ai pu mesurer la force de notre partenariat stratégique, que nous avons réaffirmé pour les dix années à venir en juin dernier. L’Expo 2020 de Dubaï, qui aura lieu l’an prochain et où la France sera naturellement présente, marquera une nouvelle étape de notre partenariat. Je me suis engagé à m’y rendre.

Quel rôle pour la France au sein du G20, à la lumière des nouveaux défis – crise économique, pandémie, terrorisme?

Avec ses partenaires européens, la France entend assumer un certain leadership dans l’élaboration des réponses que nous apportons collectivement aux grands défis mondiaux. Nous nous engageons notamment en faveur d’un véritable renouveau du multilatéralisme, car nous avons la conviction que l’échelon multilatéral est l’échelon d’action le plus pertinent. C’est vrai en matière de sécurité ou de climat, ça l’est également en matière commerciale. C’est pourquoi nous souhaitons une réforme profonde de l’Organisation mondiale du commerce, qui apaise les tensions commerciales et permette de mieux utiliser les règles du commerce pour répondre aux enjeux de développement durable.

En termes d’attractivité, sur une échelle de 1 à 10, où se place l’Arabie saoudite pour la France?

L’Arabie saoudite est un partenaire économique important, et nous souhaitons renforcer encore cette dynamique. Le Royaume compte parmi les 40 pays prioritaires que nous suivons étroitement en matière d’attractivité. Le réseau diplomatique français est pleinement mobilisé pour identifier et accompagner les projets d’investissements en France qui pourraient provenir d’Arabie saoudite.

Les récentes réformes sur la kafala – les travailleurs étrangers n’auront plus besoin de l’autorisation de leur employeur pour changer d’emploi, voyager ou quitter l’Arabie saoudite, à partir de mars 2021 – sont-elles de nature à encourager les investissements français dans le Royaume?

La France est d’ores et déjà très présente en Arabie saoudite, où elle est le troisième investisseur avec plus de 5 milliards d’euros d’investissements directs. Les autorités saoudiennes ont placé l’attractivité du Royaume et la diversification de l’économie saoudienne au cœur du programme Vision 2030. Nous nous attachons à sensibiliser l’ensemble des acteurs français à cet objectif. La création d’un ministère de l’Investissement ainsi que les réformes économiques en cours, dont celles de la kafala, sont des signaux positifs.

Prévoyez-vous une augmentation des flux d’investissement de l’Arabie saoudite vers la France? Si oui, comment?

La progression notable des investissements saoudiens en France ces dernières années est un signe encourageant et nous pouvons aller encore plus loin. Nous sommes d’ailleurs honorés d’accueillir le premier invité saoudien au sommet «Choose France 2021», au château de Versailles, organisé par le président de la République.

Pour aller plus loin, je crois qu’il nous faut aller au-delà des partenariats traditionnels dans le secteur immobilier et hôtelier, où se concentre encore aujourd’hui la grande majorité des investissements saoudiens. Car la France, c’est aussi un écosystème d’innovation leader en Europe, qui compte parmi les plus dynamiques du monde.

Nous sommes honorés d’accueillir le premier invité saoudien au sommet «Choose France 2021», au château de Versailles, organisé par le président de la République.

Avec le plan France Relance, nous mobilisons des moyens inédits pour consolider ce leadership, dont 30 milliards d’euros sur deux ans d’investissements pour la transition écologique. Notre ambition est de devenir la première grande économie décarbonée européenne à l’horizon 2050.

La France est une terre d’opportunités pour les investisseurs saoudiens qui cherchent à diversifier leur portefeuille en l’élargissant aux énergies vertes, aux hautes technologies et aux secteurs d’avenir où l’excellence du savoir-faire français est reconnue dans le monde entier.

Comment évaluez-vous cette édition du G20 en matière d’avancées des relations commerciales entre l’Arabie saoudite et la France?

Les réunions du G20 sont avant tout des sommets de chefs d’État et de gouvernement destinés à élaborer des réponses communes aux défis mondiaux. Ce n’est pas le lieu pour traiter des questions bilatérales. En matière commerciale, nous avons un certain nombre de projets en cours avec l’Arabie saoudite. Nous les suivons de près, avec l’objectif de densifier encore les relations que nous entretenons déjà.

Quel bilan faites-vous de la gestion de ce G20 par l’Arabie saoudite?

Je tiens à remercier l’Arabie saoudite pour l’organisation de ce sommet. Le G20 de Riyad a permis d’obtenir des résultats satisfaisants dans de nombreux domaines prioritaires pour la France et ses partenaires européens. En matière de santé notamment, les chefs d’État et de gouvernement se sont entendus pour considérer les vaccins contre la Covid-19 comme un «bien public mondial» afin d’y garantir un accès équitable.

Il faut le saluer, le G20 est parvenu à un accord sur la suspension du service de la dette pour 77 États fragiles, et sur un cadre pour le traitement des dettes à venir

Le G20 a également envoyé un signal positif en termes de lutte contre le réchauffement climatique: conformément à la feuille de route tracée par l’accord de Paris, ses signataires se sont engagés à relever leur niveau d’ambition et à réviser à la hausse leurs contributions nationales dans la perspective de la Conférence de Glasgow de 2021 sur les changements climatiques, ou COP26.

Enfin, et il faut le saluer, le G20 est parvenu à un accord sur la suspension du service de la dette pour 77 États fragiles, et sur un cadre pour le traitement des dettes à venir. Au moment où de nombreux États peinent à faire face aux conséquences financières de la crise économique et sanitaire, cela pose les bases de restructurations de dettes souveraines au cas par cas, dans un cadre multilatéral auquel souscrit la Chine.

L’Arabie saoudite va à présent transmettre sa présidence à l’Italie, et nous poursuivrons notre engagement l’année prochaine pour que le G20 continue de jouer son rôle de promotion d’une mondialisation mieux régulée et plus durable.

Quels défis à l’aune de la pandémie?

Notre premier défi est de sortir de la crise. Tant au plan économique que sanitaire, la coopération internationale est la clé. C’est le sens de l’initiative ACT-Accelerator, ou ACT-A, qui vise à mettre les futurs vaccins contre la Covid-19 à la disposition du monde entier.

C’est le sens de la réflexion, promue notamment par la France, pour rendre les circuits commerciaux mondiaux plus résilients et plus durables, pour sécuriser les chaînes de valeur dont dépend notre approvisionnement en produits stratégiques, pour verdir les pratiques commerciales multilatérales afin de mettre les échanges internationaux au service d’une croissance soutenable au plan environnemental.

C’est aussi le sens des efforts que déploie le gouvernement français pour diversifier ses partenaires économiques et approfondir les relations bilatérales à fort potentiel.


Anne-Claire Legendre: Une diplomate chevronnée à l’élégance maîtrisée à la présidence de l’IMA

À la croisée de la politique, de la culture et du dialogue des peuples, Anne-Claire Legendre semble avoir trouvé son lieu naturel — et l’Institut du monde arabe, peut-être, sa présidente idéale. (AFP)
À la croisée de la politique, de la culture et du dialogue des peuples, Anne-Claire Legendre semble avoir trouvé son lieu naturel — et l’Institut du monde arabe, peut-être, sa présidente idéale. (AFP)
Short Url
  • C’est elle, Anne-Claire Legendre, qui devient à 46 ans la première femme à diriger l’Institut du monde arabe (IMA), tête de pont reliant la France et les sociétés arabes contemporaines
  • Sa nomination n’est pas simplement un passage de relais institutionnel : elle marque un moment de bascule, presque un changement d’époque

PARIS: Silhouette longiligne rehaussée par des talons aiguilles, regard clair, élégance sobre et intelligence affûtée : en plus d’être une diplomate chevronnée, exigeante, cultivée et résolument tournée vers le dialogue.

C’est elle, Anne-Claire Legendre, qui devient à 46 ans la première femme à diriger l’Institut du monde arabe (IMA), tête de pont reliant la France et les sociétés arabes contemporaines. Sa nomination n’est pas simplement un passage de relais institutionnel : elle marque un moment de bascule, presque un changement d’époque.

Elle succède à Jack Lang, figure flamboyante de la vie culturelle française, qui aura présidé l’institution pendant près de treize ans. Avec Legendre, le style change, laissant percevoir moins d’éclat médiatique, davantage de rigueur stratégique et plus de méthode.

Le monde arabe, Legendre ne l’a pas étudié à distance : elle l’a vécu, arpenté, observé, analysé dans ses tensions comme dans ses espérances. Sa carrière commence à l’ambassade de France au Yémen, immersion fondatrice dans une région dont elle deviendra l’une des meilleures spécialistes françaises. Très vite, elle se distingue par une compréhension fine des équilibres politiques et humains. À la mission permanente de la France auprès de l’ONU à New York, elle travaille sur les dossiers les plus sensibles du Moyen-Orient au Conseil de sécurité.

Première femme consule générale de France à New York, ambassadrice au Koweït, puis porte-parole du Quai d’Orsay, elle devient finalement l’une des conseillères les plus influentes du président Emmanuel Macron pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.

Dans les cercles diplomatiques, on la décrit comme celle qu’on envoie quand la situation se complique : les dossiers brûlants ne la rebutent pas, ils la stimulent, et elle les travaille avec passion et acharnement. Elle tente ainsi de réchauffer les relations franco-algériennes lors d’une mission auprès du président Abdelmadjid Tebboune ; elle œuvre pour la désescalade au Liban et suit avec une attention minutieuse les évolutions du dossier israélo-palestinien. Certains diplomates lui attribuent même un rôle déterminant dans la décision française de reconnaître l’État palestinien en 2025, qui a constitué un tournant diplomatique majeur.

Ce qui frappe chez elle n’est pas seulement la compétence, mais la persévérance : elle travaille dans la durée, patiemment, presque obstinément. Sa désignation à la tête de l’Institut du monde arabe intervient à un moment charnière, puisque l’institution approche de son quarantième anniversaire et doit se réinventer pour continuer à peser dans le paysage culturel et diplomatique.

Une ambitieuse feuille de route

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a fixé une feuille de route ambitieuse : moderniser la gouvernance de l’IMA, restaurer l’équilibre financier, renforcer les règles de déontologie et surtout faire rayonner l’institut bien au-delà de ses murs. Une mission immense, mais qui semble taillée pour le tempérament de Legendre, qui a fait ses preuves dans l’art de structurer, clarifier, stabiliser, puis projeter.

Son élection a d’ailleurs fait l’unanimité au sein du conseil d’administration, où siègent représentants français et ambassadeurs des pays de la Ligue arabe, ainsi que des personnalités économiques. Rarement une nomination aura suscité un tel consensus. Cependant, réduire Legendre à une technicienne de la diplomatie serait une erreur, car sa formation intellectuelle dit autre chose.

Diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris, arabisante formée à l’INALCO, également diplômée en lettres modernes de l’Université Sorbonne-Nouvelle, elle appartient à cette tradition française où la culture nourrit l’action publique.

Et puis, il y a cette facette plus intime, presque secrète, dévoilée par un texte publié par la radio France Culture, qui révèle une plume sensible, habitée par la mémoire et la réparation des blessures collectives. Dans ce poème, Legendre évoque les morts qu’il faut nommer, les fractures qu’il faut recoudre, la lumière qu’il faut rallumer dans les zones sombres de l’histoire : un thème poignant au cœur de l’actualité du monde.

Sa présidence s’ouvre pour trois ans, soit une période décisive pour transformer l’Institut du monde arabe en un acteur encore plus central du dialogue entre la France, l’Europe et les sociétés arabes. Elle devra moderniser, réorganiser, assainir. Mais surtout, elle devra incarner. Car l’atout majeur de Legendre réside peut-être là : une autorité sans dureté, une rigueur sans rigidité, une élégance qui n’est jamais superficielle.

À la croisée de la politique, de la culture et du dialogue des peuples, elle semble avoir trouvé son lieu naturel — et l’Institut du monde arabe, peut-être, sa présidente idéale.


Anne-Claire Legendre, diplomate experte du monde arabe, à la tête de l’IMA à Paris

Nouvellement nommée à la tête de l’Institut du monde arabe, Anne-Claire Legendre s’adresse à la presse à l’Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris le 17 février 2026. (AFP)
Nouvellement nommée à la tête de l’Institut du monde arabe, Anne-Claire Legendre s’adresse à la presse à l’Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris le 17 février 2026. (AFP)
Short Url
  • Anne-Claire Legendre, diplomate chevronnée et experte du Maghreb et du Moyen-Orient, devient la première femme à diriger l’Institut du monde arabe, succédant à Jack Lang, après avoir été conseillère du président Emmanuel Macron pour la région
  • Elle s’illustre par sa gestion de dossiers sensibles : reconnaissance d’un État palestinien par la France, médiation au Liban et en Algérie, et lutte contre la désinformation internationale

PARIS: Désignée mardi pour prendre la succession de Jack Lang à la tête de l'Institut du monde arabe (IMA) à Paris, Anne-Claire Legendre est une diplomate chevronnée dont l'expertise sur le Maghreb et le Moyen-Orient est unanimement louée pour servir le prestigieux instrument d'influence française.

Conseillère du président Emmanuel Macron chargée de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient depuis fin 2023, elle a été élue mardi présidente, sur proposition de l'Etat français, pour succéder à Jack Lang, emporté par l'affaire Epstein.

Elle devient, à 46 ans, la première femme à diriger l'IMA.

Elle est "compétente, substantielle et engagée avec une connaissance aiguë de chaque pays qui compose le monde arabe, que ce soit le Maghreb ou le Moyen-Orient", souligne auprès de l'AFP un ambassadeur siégeant au conseil d'administration de l'institution.

Ce conseil d'administration est composé à parité d'ambassadeurs arabes et de personnalités choisies par le ministère des Affaires étrangères français - surnommé par métonymie le Quai d'Orsay, son adresse dans la capitale française.

Originaire de Bretagne (ouest), cette quadragénaire reconnaissable à ses cheveux blonds coupés courts parle l'arabe avec aisance. Elle est diplômée de la prestigieuse école de sciences politiques, Sciences Po, et de l'université de la Sorbonne, toutes deux à Paris.

Après avoir occupé diverses fonctions au Quai d'Orsay - qui contribue pour moitié (12,3 millions d'euros) au budget de l'IMA - elle était déjà devenue la première et plus jeune femme consul de France à New York, en 2016, où elle restera quatre ans.

- Riposte française -

En 2020, elle devient ambassadrice au Koweit, avant d'être rappelée à Paris à peine un an plus tard, pour devenir la porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

A ce poste, elle affûte la riposte française face aux campagnes de désinformation russes.

Au sein du ministère, certains lui reprochent parfois sa froideur, qui contraste avec le ton de ses conférences de presse hebdomadaires où elle se montre particulièrement à l'aise, maniant les éléments de langage sans jamais sortir du cadre imposé.

La diplomate contribue à rendre visible la fonction de porte-parole du ministère en multipliant les interventions à la télévision et sur les radios pour expliquer la position de la France sur les principaux dossiers du moment, en particulier la guerre en Ukraine et l'activisme des mercenaires du groupe russe Wagner en Afrique.

En décembre 2023, Anne-Claire Legendre devient conseillère Afrique du nord et Moyen-Orient à la cellule diplomatique de la présidence, en pleine recrudescence du conflit israélo-palestinien.

- Terrains minés -

La période est alors délicate pour le président Emmanuel Macron, dont la politique étrangère dans la région est critiquée jusque dans les rangs des diplomates français qui la jugent illisible.

Auprès d'Emmanuel Macron, Anne-Claire Legendre est la principale instigatrice de la reconnaissance d'un État palestinien par la France en septembre dernier, selon des sources diplomatiques à l'AFP.

Cette décision, qui a suscité l'ire d'Israël, sera suivie d'un cessez-le-feu mais la solution à deux États vivant en paix côte à côte semble à bien des égards encore chimérique.

Cette reconnaissance reste néanmoins "un point fort pour l'ensemble des pays arabes membres" à mettre à l'actif de la diplomate, explique un des ambassadeurs membres du conseil d'administration de l'IMA.

Au-delà du délicat dossier israélo-palestinien, Anne-Claire Legendre est aussi celle qu'on envoie volontiers pour déminer les terrains les plus difficiles, avec plus ou moins de succès.

Elle se rend ainsi à Alger en mars 2025 pour rencontrer le président algérien Abdelmadjid Tebboune afin de tenter d'apaiser les relations entre la France et l'Algérie, avant que les deux pays ne retombent dans la crise.

Au Liban, elle pousse pour la fin de la guerre entre le Hezbollah et Israël. Un accord est arraché en novembre 2024, en vertu duquel la France fait partie du mécanisme de surveillance de cessez-le-feu auprès des Américains.


Nuñez en Algérie pour tenter de renouer le dialogue entre les deux pays

"Je me rends en Algérie pour une réunion de travail avec mon homologue. Il y a eu une phase de préparation entre services à un niveau technique et donc maintenant, on passe à la phase politique". (AFP)
"Je me rends en Algérie pour une réunion de travail avec mon homologue. Il y a eu une phase de préparation entre services à un niveau technique et donc maintenant, on passe à la phase politique". (AFP)
Short Url
  • Ce déplacement hautement sensible avait été annoncé à la suite de l'invitation du ministre de l'Intérieur algérien Saïd Sayoud, lancée il y a plusieurs mois à son homologue français
  • Mais il tardait à se concrétiser de sorte que cette visite apparaît comme un premier signe de dégel entre les deux pays

PARIS: Le ministre de l'Intérieur français Laurent Nuñez va tenter lundi et mardi en Algérie de renouer les liens entre les deux pays sur les questions de sécurité dans un contexte de tensions diplomatiques persistantes entre Paris et Alger.

Ce déplacement hautement sensible avait été annoncé à la suite de l'invitation du ministre de l'Intérieur algérien Saïd Sayoud, lancée il y a plusieurs mois à son homologue français. Mais il tardait à se concrétiser de sorte que cette visite apparaît comme un premier signe de dégel entre les deux pays.

"Je me rends en Algérie pour une réunion de travail avec mon homologue. Il y a eu une phase de préparation entre services à un niveau technique et donc maintenant, on passe à la phase politique", a commenté vendredi Laurent Nuñez, lors d'un déplacement à Marseille.

Si aucune rencontre avec le président algérien n'est prévue à ce stade, le ministre français n'a pas écarté cette éventualité lundi sur France Inter: "Je verrai bien ce qu'il se passe sur place".

Avec prudence, il avait expliqué vendredi qu'au cours de cette "réunion de travail" seraient "discutées toutes les questions de sécurité", à savoir la lutte contre le terrorisme, contre les narcotrafiquants et l'immigration illégale.

"J'ai toujours été confiant dans le rétablissement des relations sécuritaires avec l'Algérie (...) Cette visite est l'aboutissement de cette position, qui est de continuer à dialoguer avec les autorités algériennes sur les questions de sécurité. Ça me paraît indispensable", avait-il ajouté.

Mais le sujet des réadmissions, c'est-à-dire du retour dans leur pays des ressortissants algériens en situation irrégulière en France (OQTF), reste le plus épineux.

A ce jour, aucun ressortissant algérien sous OQTF (obligation de quitter le territoire français) n'a été accepté par Alger, selon une source proche du dossier.

"Amorce" 

Début février, le ministre français avait affirmé attendre pour se rendre en Algérie "un bougé", une "amorce de réponse" d'Alger sur ce sujet ainsi que sur le cas de Christophe Gleizes, le journaliste sportif français arrêté en mai 2024 en Kabylie et condamné en appel, début décembre, à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme".

S'il y a eu une "amorce" qui pourrait expliquer la concrétisation du déplacement, elle n'a pas été rendue publique.

La relation entre les deux pays s'était fortement dégradée depuis l'été 2024 et la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, territoire au statut non défini selon l'ONU, où un conflit oppose depuis 50 ans le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenu par l'Algérie.

Les tensions franco-algériennes n'ont cessé ensuite de se multiplier entre l'enlèvement d'un influenceur algérien opposant au régime d'Abdelmadjid Tebboune en avril 2024, l'arrestation en novembre 2024 de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, gracié un an plus tard par le président algérien, la mise en examen d'un agent consulaire algérien en avril 2025 ou encore l'expulsion de douze agents de l'ambassade française à Alger quelques jours plus tard...

"Je trouve qu'il y a des signaux positifs qui se déclenchent des deux côtés", estimait récemment Sabrina Sebaihi, députée écologiste, auprès de l'AFP.

"D'un côté, on a le transfert de Christophe Gleizes à côté d'Alger, le président algérien qui dit +je reprends tous mes ressortissants+. De notre côté, le ministre de l'Intérieur dit +moi je vais y aller+. Peut-être qu'on est dans un moment de désescalade de la crise", a encore expliqué la députée des Hauts-de-Seine, qui a rencontré à Alger le président de l'Assemblée nationale.

Le dernier déplacement d'un ministre de l'Intérieur en Algérie remontait à fin 2022 et la visite de Gérald Darmanin.

Son successeur Bruno Retailleau avait cristallisé les crispations, tentant régulièrement d'aller au bras de fer, notamment autour de la libération de l'écrivain Boualem Sansal.

L'ancienne ministre socialiste Ségolène Royal, qui s'est rendue il y a peu en Algérie, s'était posée en médiatrice lors de cette visite, initiée à titre personnel en tant que présidente de l'Association France-Algérie. Elle était venue plaider pour une "reconstruction de l'amitié entre la France et l'Algérie".

En arrivant lundi à Alger, Laurent Nuñez n'entend pas montrer les dents comme son prédécesseur, ni afficher des objectifs ambitieux, l'important étant, selon des sources diplomatiques, de renouer le dialogue, si ténu soit-il, au niveau sécuritaire.