Peut-on empêcher l'Afghanistan en crise de redevenir un refuge pour les extrémistes?

Pays en faillite, instable et isolé sur le plan international, l’Afghanistan pourrait-il redevenir un refuge pour les extrémistes ? (Photo, AFP)
Pays en faillite, instable et isolé sur le plan international, l’Afghanistan pourrait-il redevenir un refuge pour les extrémistes ? (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 25 juin 2022

Peut-on empêcher l'Afghanistan en crise de redevenir un refuge pour les extrémistes?

  • Des inquiétudes croissantes quant à l'avenir d'un pays en faillite, instable et isolé sur le plan international
  • L'État islamique - Province de Khorasan (IS-K) exploite la désunion des talibans sur le choix du pragmatisme ou de la pureté idéologique

LONDRES: Près d'un an après le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan à la suite du retrait militaire américain, on craint de plus en plus que ce pays en faillite, instable et isolé sur le plan international ne redevienne un refuge pour les groupes extrémistes, voire un tremplin pour le terrorisme mondial.

Les États-Unis ont précipitamment battu en retraite d'Afghanistan en août 2021 après avoir conclu un accord de paix peu solide avec les talibans, dont les dirigeants se sont engagés à ne plus jamais offrir de refuge à des groupes extrémistes tels qu'Al-Qaïda, qui avait préparé les attentats du 11 septembre 2001 depuis le sol afghan.

L'espoir était que l'Afghanistan ne devienne pas un foyer de terrorisme international comme il l'avait été en 2001, et qu'un complot pour une attaque de l'ampleur du 11 septembre n'émane plus jamais du pays.

Mais, à l'instar de millions d'Afghans, peu d'observateurs d'Asie du Sud étaient convaincus de la sincérité des talibans et pensaient plutôt que le pays était une fois de plus pris en otage par un groupe fondamentaliste violent et borné.

«Je crois que l'Afghanistan est déjà devenu une ruche du terrorisme», a déclaré à Arab News Ahmad Wali Massoud, ancien ambassadeur d'Afghanistan au Royaume-Uni.

«Nous pouvons déjà voir de nombreux volets du terrorisme, d'Al-Qaïda à Daesh. Ils restent déjà à l'intérieur de l'Afghanistan, ils sont protégés par les talibans, ils sont protégés par le gouvernement des talibans à l'intérieur de l'Afghanistan», a-t-il affirmé.

Massoud est le frère cadet d'Ahmad Shah Massoud, le commandant de la guérilla tadjike qui, jusqu'au retour au pouvoir des talibans l'année dernière, était considéré comme le héros national de l'Afghanistan.

La branche afghane de Daech, IS-K, reste une menace pour l'emprise des talibans sur le pouvoir. (Photo, AFP)

«Le départ des États-Unis d'Afghanistan était très irréaliste, très irresponsable, il n'a pas été correctement coordonné et a complétement ignoré le peuple afghan», a déclaré Ahmad Wali Massoud à Arab News.

«Les États-Unis ont abandonné leurs alliés, le peuple afghan, les forces de sécurité de l'Afghanistan, qu'ils ont aidés pendant près de 20 ans. Ils les ont totalement ignorés. Ils les ont laissés seuls à la merci du terrorisme, des talibans et de l'extrémisme.»

Aujourd'hui, le neveu d'Ahmad Wali Massoud, Ahmad Massoud, dirige le Front national de résistance contre les talibans dans son Panjshir natal, au nord de Kaboul, où son père avait brillamment résisté aux Soviétiques et aux talibans des décennies auparavant.

Les récents combats dans le Panjshir ne représentent pas encore un défi pour le contrôle de l'Afghanistan par les talibans, mais il s'agit de l'opposition armée la plus importante et la plus soutenue à laquelle le groupe a été confronté depuis son retour au pouvoir.

Pour Massoud et d'autres, l'idée de croire qu’une fois au pouvoir, les talibans agiraient moins comme un mouvement d'insurgés et plus comme un gouvernement pour tous les Afghans, n'était pas tout à fait ancrée dans la réalité.

Avec la violence politique qui sévit désormais dans tout le pays, la liberté d'expression réduite et les droits des femmes et des filles qui diminuent progressivement, les Afghans, las de la guerre, sont de plus en plus pessimistes.

En réaction aux événements survenus depuis août dernier, les États-Unis et les institutions financières mondiales ont gelé les avoirs de l'Afghanistan, ont retenu l'aide et les prêts et ont essayé d’isoler le régime des talibans.

Selon un rapport de l'ONU publié récemment, l'IS-K compte entre 1 500 et 4 000 combattants, «concentrés dans des zones éloignées» des provinces de Kunar, Nangarhar et probablement Nuristan. (Photo, AFP)

En conséquence, le gouvernement afghan est perpétuellement au bord de l'effondrement économique et, dans certaines régions du pays, le spectre de la famine plane. Selon un rapport publié en mai sous l'égide des Nations unies, près de la moitié de la population, soit 20 millions de personnes, souffre d'une famine sévère.

Ce mercredi, le pays a été confronté à une nouvelle crise humanitaire lorsqu'un séisme de magnitude 5,9 a frappé l'est du pays, faisant plus de 1 000 morts et 1 500 blessés. La plupart des décès ont eu lieu dans les provinces de Paktika, Khost et Nangarhar.

En outre, les talibans sont aux prises avec une violente insurrection menée par la branche locale de Daesh, l'État islamique au Khorasan, ou l’IS-K, qui, ces derniers mois, a pris pour cible à plusieurs reprises les membres des communautés minoritaires, notamment les chiites, les sikhs et les soufis.

Selon un rapport des Nations unies publié récemment, l'IS-K compte entre 1 500 et 4 000 combattants, «concentrés dans les zones éloignées» des provinces de Kunar, Nangarhar et probablement Nuristan. Selon l'étude, des cellules plus petites et secrètes se trouvent dans les provinces du nord et du nord-est, notamment à Badakhshan, Takhar, Jowzjan, Kunduz et Faryab.

Alors que les talibans se contentent de mettre en place une politique islamique en Afghanistan, l'objectif de l'IS-K est de créer un État unique pour l'ensemble du monde musulman, selon les spécialistes de l'islam politique.

L'IS-K cherche à exploiter les dissensions dans les rangs des talibans pour savoir si le groupe doit adopter le pragmatisme ou la pureté idéologique. Les tensions sont aggravées par le méli-mélo d'organisations présentes en Afghanistan, dont Daesh, les talibans pakistanais et Al-Qaïda.

EN CHIFFRES

* 20 millions d'Afghans souffrent de la faim.

* Plus de 1 000 morts lors du séisme du 22 juin.

* L'ONU estime à plus de 1 500 le nombre de combattants de l'IS-K en Afghanistan.

Le dilemme des talibans, qui tentent de gouverner un pays qui a connu 20 ans de modernisation menée par l'Occident, a été prédit par Kamran Bokhari dans une tribune publiée dans le Wall Street Journal le 27 août 2021.

«Les talibans afghans doivent changer mais ne le peuvent pas, pas sans provoquer une rupture interne», écrit-il. «De tels changements... nécessitent un processus long et tortueux, et même dans ce cas, la transformation reste insaisissable.»

«Le risque de fracture est particulièrement élevé lorsqu'un mouvement doit changer brusquement de comportement pour des raisons géopolitiques», a-t-il averti.

D'une part, le nombre d'attentats à la bombe en Afghanistan a diminué depuis août dernier et les talibans 2.0 ne peuvent être accusés de parrainer directement le terrorisme. D'autre part, l'effondrement de l'autorité de l'État qui s'en est suivi dans certaines zones rurales et la perte du soutien aérien occidental pour les opérations anti-insurrectionnelles ont été une bénédiction pour les groupes extrémistes.

«La prise de pouvoir des talibans a été bénéfique aux groupes militants de plusieurs façons», a déclaré à Arab News, Michael Kugelman, directeur adjoint du programme Asie et associé principal pour l'Asie du Sud au Wilson Center.

«Cette prise de pouvoir a encouragé et dynamisé un réseau extrémiste islamiste pour lequel l'expulsion des troupes américaines du sol musulman et l'élimination des gouvernements alignés sur les États-Unis sont des objectifs fondamentaux. Elle a également porté au pouvoir un groupe ayant des liens idéologiques et opérationnels étroits avec un large éventail de groupes militants», a-t-il ajouté.

«Cela signifie au moins que les talibans n'essaieront pas d'expulser ces groupes du territoire afghan et, dans le cas du seul groupe qu'ils ciblent, l'IS-K, ils n'ont ni la discipline ni la capacité d'entreprendre des tactiques antiterroristes prudentes et efficaces», a avisé Kugelman.

 «Dans le même contexte, les talibans n'ont pas la capacité d'exploiter la puissance aérienne, qui était le principal moyen utilisé par les forces de l'OTAN et l'armée afghane pour gérer la menace de l’IS-K. En outre, les talibans ne sont pas en mesure d'atténuer une crise économique sévère, et les privations généralisées favorisent un environnement propice à la radicalisation, ce qui est avantageux à l'IS-K», a-t-il souligné.

Le 22 juin, l'un des séismes les plus meurtriers depuis des décennies est venu s'ajouter aux malheurs de l'Afghanistan. (Photo, AFP)

Depuis le retrait américain d'Afghanistan, la patience de la communauté internationale a diminué et l'attention s'est portée sur la guerre en Ukraine et la perspective alarmante d'une confrontation directe entre la Russie et les États de l'OTAN.

Kugelman estime que les menaces terroristes émanant de l'Afghanistan ont disparu du radar politique bien avant que la Russie n'envahisse l'Ukraine en février.

«Je dirais que le monde laissait s'envenimer la menace terroriste en Afghanistan bien avant la guerre en Ukraine, principalement parce que les États-Unis avaient du mal à se doter des capacités nécessaires pour surveiller et cibler les menaces terroristes en Afghanistan depuis l'extérieur du pays», a-t-il expliqué à Arab News.

Kugelman a signalé que «cela n'est pas un gros problème actuellement, étant donné que la menace n'est plus ce qu'elle était auparavant. Mais si cette négligence permet à la menace terroriste mondiale de reprendre progressivement de l'ampleur en Afghanistan et que les États-Unis et leurs partenaires n'ont toujours pas de plan, alors tous les paris sont ouverts et il pourrait y avoir de gros problèmes».

Certes, la situation en Afghanistan est encore très différente de celle d'avant 2001, lorsque l'ensemble des dirigeants d'Al-Qaïda étaient installés dans le pays en tant qu'invités du mollah Omar, fondateur et chef des talibans.

Al-Qaïda et son chef de l'époque, Oussama ben Laden, avaient initialement été accueillis en Afghanistan par Abdul Rasul Sayyaf, un chef des moudjahidin, après l'expulsion de ben Laden du Soudan en 1996.

Dans l'isolement politique et géographique de l'Afghanistan hérité des talibans, Al-Qaïda a pu librement préparer ses attaques contre les États-Unis.

En avril 2001, quelques mois à peine avant le 11 septembre et son assassinat aux mains d'agents d'Al-Qaïda, Ahmad Shah Massoud s'était adressé au Parlement européen à Strasbourg, avertissant que l'Occident paierait un lourd tribut s'il continuait à laisser l'extrémisme se développer en Afghanistan.

Ce discours fatidique a-t-il un rapport avec la situation actuelle ?

Des résidents afghans et des membres des familles des victimes se rassemblent à côté d'un véhicule endommagé à l'intérieur d'une maison, au lendemain d'une frappe aérienne de drone américain à Kaboul, le 30 août 2021. (Photo, AFP)

«Bien qu'il ne faille jamais se reposer sur ses lauriers, on peut affirmer que la menace terroriste mondiale émanant de l'Afghanistan n'est pas aussi grave aujourd'hui qu'elle ne l'était lorsque Massoud a lancé son avertissement en 2001», a souligné Kugelman.

Il a poursuivi: «Al-Qaïda s'est considérablement affaibli et le seul autre groupe en Afghanistan ayant des objectifs mondiaux est une section de Daesh qui ne peut actuellement projeter une menace au-delà de la région immédiate.»

Kugelman a ainsi prévenu: «Cela dit, soyons clairs: avec les forces de l'OTAN hors d'Afghanistan et un régime allié d'Al-Qaïda maintenant au pouvoir, le terrain est fertile à moyen terme pour que les groupes terroristes internationaux se reconstituent, surtout si nous voyons de nouveaux afflux de combattants étrangers en Afghanistan qui peuvent fournir des troupes de choc, des armes, de l'argent et une expertise tactique à ces groupes.»

En exil en Europe, Ahmad Wali Massoud est convaincu que les deux administrations Trump et Biden ont commis une grave erreur en décidant de négocier avec les talibans et en se retirant d'Afghanistan.

Selon lui, permettre au groupe de reprendre le pouvoir transformerait inévitablement l'Afghanistan en un foyer de terreur, une évolution dont il est convaincu, tout comme son frère l'avait prévenu, qu'elle reviendrait hanter l'Occident.

«Je crois qu'à présent, elles doivent avoir réalisé, après presque un an, qu'elles ont fait une erreur, car elles savent maintenant que les talibans sont hors de contrôle», a affirmé Massoud à Arab News.

«Je pense que si la situation reste telle quelle, Washington paiera un prix très élevé. Certainement, l'Afghanistan a déjà payé un prix très élevé. Mais je suis presque sûr que les États-Unis paieront aussi un prix très élevé», a-t-il soutenu.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Witkoff et Kushner à Doha, pas de pourparlers directs entre américains et iraniens

Le Premier ministre du Qatar, le cheikh Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani. (AFP)
Le Premier ministre du Qatar, le cheikh Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani. (AFP)
  • Accusant Téhéran d'avoir ciblé deux navires la semaine dernière, les Etats-Unis ont annoncé dimanche avoir bombardé le pays en retour
  • En réponse, l'Iran a ciblé deux de ses voisins du Golfe, le Koweït et Bahreïn

DOHA: Une délégation iranienne doit rencontrer des médiateurs mercredi à Doha dans le cadre des négociations avec Washington pour mettre fin à la guerre, selon les autorités iraniennes qui soulignent leur refus de négociations directes avec les Etats-Unis.

Des émissaires américains sont arrivés mardi à Doha pour des discussions sur l'Iran avec des médiateurs qataris.

L'Iran a lui aussi annoncé l'envoi cette semaine d'une délégation au Qatar, mais exclu tout contact direct avec les responsables américains, après des échanges de frappes qui ont menacé de faire voler en éclats la trêve.

Voici ce que l'on sait de la situation:

Witkoff et Kushner à Doha 

Les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner, hommes de confiance du président Donald Trump, sont arrivés à Doha pour discuter avec des responsables qataris de l'Iran et de la situation au Liban, a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Qatar, Majed al-Ansari.

"A ma connaissance, aucune rencontre directe n'est programmée entre les deux parties (américaine et iranienne) dans les prochains jours", a-t-il néanmoins ajouté.

Lundi, Donald Trump avait laissé entendre que des discussions entre Washington et Téhéran devaient se tenir mardi. "L'Iran a demandé une réunion. Elle aura lieu demain (mardi) à Doha", avait-il affirmé.

Après avoir d'abord démenti toute réunion, la diplomatie iranienne a confirmé lundi l'envoi d'une "délégation d'experts" cette semaine à Doha, menée par le vice-ministre des Affaires étrangères Kazem Gharibabadi. Une première réunion est prévue avec les médiateurs mercredi selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.

Mais "dans les prochains jours, nous ne négocierons pas avec la partie américaine, à aucun niveau", a-t-il insisté.

Les Etats-Unis et l'Iran se sont à plusieurs reprises contredits depuis le début des discussions ayant abouti le 17 juin à la signature d'un protocole d'accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, avec des négociations se matérialisant subitement alors que la situation semblait dans l'impasse.

Ormuz, le nœud gordien 

Un diplomate au fait des pourparlers a déclaré à l'AFP que des "équipes techniques" américaines et iraniennes devaient se rencontrer pour parler de "la mise en œuvre du protocole d'accord" conclu entre les deux pays.

"Les canaux de communication pour désamorcer les incidents sont opérationnels", a-t-il ajouté.

Si la signature du pacte entre Washington et Téhéran a permis de réduire l'intensité du conflit, d'importantes tensions existent autour de la gestion du stratégique détroit d'Ormuz, où le trafic a ralenti ce weekend après deux attaques de navires.

Au total, 29 bateaux transportant des matières premières ont franchi le détroit samedi et 12 dimanche, selon les données de la société de suivi maritime Kpler, un chiffre en net recul par rapport aux jours précédents.

L'Iran répète depuis des semaines vouloir imposer un droit de passage sous une forme ou une autre, une mesure jugée inacceptable par les Etats-Unis.

Depuis la levée du blocus ayant suivi le protocole d'accord avec les Etats-Unis, l'Iran a exporté "plus de 40 millions de barils de pétrole, a déclaré le chef de l'équipe de négociation Mohammad Bagher Ghalibaf lors d'une interview diffusée mardi soir à la télévision d'Etat.

En revanche, durant les 50 à 60 jours précédents, "nous avions été dans l'impossibilité totale d'exporter ne serait-ce qu'un seul baril de pétrole", a-t-il observé.

Reflétant les incertitudes sur les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, le prix du brut progressait mercredi. Vers 01H50 GMT, le Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, montait de 0,32% à 73,18 dollars.

L'Iran prêt pour le dialogue et la guerre  

Accusant Téhéran d'avoir ciblé deux navires la semaine dernière, les Etats-Unis ont annoncé dimanche avoir bombardé le pays en retour. En réponse, l'Iran a ciblé deux de ses voisins du Golfe, le Koweït et Bahreïn.

La situation semble depuis s'être apaisée sur le plan militaire, même si le chef de l'équipe de négociation iranienne Mohammad Bagher Ghalibaf a encore répété que l'Iran se tenait prêt pour "la guerre" - tout en privilégiant "le dialogue".

Au Liban, que Téhéran avait exigé d'inclure dans les pourparlers avec les Etats-Unis, Israël a poursuivi ses frappes ces derniers jours, malgré la signature vendredi à Washington d'un accord-cadre pour une "paix durable".

L'accord-cadre prévoit notamment qu'Israël continue d'occuper le sud du Liban, comme depuis le début de cette nouvelle guerre contre le Hezbollah, jusqu'à ce que le mouvement chiite soutenu par l'Iran rende les armes - ce qu'il refuse de faire.

Une exigence de longue date, que le gouvernement libanais peine à mettre en œuvre malgré la pression des Etats-Unis.

Le Liban a été entraîné dans le conflit le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le nord d'Israël en soutien à l'Iran, visé par l'offensive américano-israélienne. Israël a riposté en jurant d'"éliminer" le mouvement, et déployé ses troupes dans le sud. Ses frappes ont depuis fait plus de 4.200 morts, selon Beyrouth.


Pas de négociation directe entre l'Iran et les Etats-Unis à Doha, selon le Qatar

  • "M. Steve Witkoff et M. Jared Kushner sont ici à Doha pour rencontrer des médiateurs et des responsables qataris, et les discussions porteront sur l'ensemble des questions régionales (...) y compris, bien sûr, les négociations avec l'Iran, mais aussi le L
  • "Ils ne sont pas ici pour leurs négociations avec les Iraniens"

DOHA: Le Qatar, un des pays médiateurs dans le conflit Iran/Etats-Unis, a affirmé mardi qu'aucune discussion directe n'était prévue dans les jours à venir à Doha, où Washington a envoyé ses émissaires pour des réunions avec des médiateurs.

Les deux camps avaient annoncé l'envoi de responsables au Qatar pour avancer après la signature mi-juin d'un protocole d'accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient sur tous les fronts, y compris au Liban.

"M. Steve Witkoff et M. Jared Kushner sont ici à Doha pour rencontrer des médiateurs et des responsables qataris, et les discussions porteront sur l'ensemble des questions régionales (...) y compris, bien sûr, les négociations avec l'Iran, mais aussi le Liban", a déclaré Majed Al Ansari, porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Qatar.

"Ils ne sont pas ici pour leurs négociations avec les Iraniens", a-t-il précisé. Par ailleurs, selon lui, "aucune rencontre directe n'est programmée entre les deux parties dans les prochains jours" ni aucune "réunion de haut niveau".

Côté iranien, une "délégation technique effectue des allers-retours à Doha en fonction de l'avancée des négociations. Il n'y a actuellement aucune délégation de haut niveau sur place", a ajouté le porte-parole.

Les discussions techniques portent sur des points du dossier nucléaire, des questions économiques, de performance de l'Etat ou sur la sécurité, a énuméré Majed Al Ansari.

Le Qatar a d'abord refusé de prendre le rôle de médiateur, après avoir été la cible de tirs iraniens en représailles aux frappes américano-israéliennes contre l'Iran. Mais depuis plusieurs semaines, il joue un rôle plus actif dans les négociations auprès du Pakistan, autre pays médiateur.


Hostilités en pause entre Téhéran et Washington, réunions annoncées au Qatar

Un avion de chasse F-16 de l’US Air Force patrouille dans le ciel au-dessus du Moyen-Orient. (Central Command)
Un avion de chasse F-16 de l’US Air Force patrouille dans le ciel au-dessus du Moyen-Orient. (Central Command)
  • L’Iran et les États-Unis prévoient des échanges au Qatar, mais Téhéran exclut toute négociation directe
  • Tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz après des attaques et un ralentissement du trafic maritime

WASHINGTON: L'Iran et les Etats-Unis ont annoncé lundi des réunions cette semaine au Qatar après leurs attaques des derniers jours, mais Téhéran évoque des rencontres techniques sans négociations directes avec le camp adverse quand Washington parle de "réunions de haut niveau".

Les deux camps ont décidé, selon un responsable américain, de cesser leurs attaques, menées en dépit de la signature d'un protocole d'accord à la mi-juin pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient.

Et le président américain a écrit sur son réseau Truth Social: "L'IRAN A DEMANDE UNE REUNION. ELLE AURA LIEU DEMAIN (mardi) A DOHA !".

Peu après, la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt a annoncé sur Fox News que les émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner se rendraient sur place "cette semaine pour participer à des réunions de haut niveau".

D'après CNN, qui cite deux responsables américains, Steve Witkoff est déjà en route pour Doha.

Un diplomate au fait des pourparlers a confirmé à l'AFP une rencontre "ces prochains jours des équipes techniques", ajoutant que "les canaux de communication pour désamorcer les incidents étaient opérationnels".

- Tensions autour d'Ormuz -

Après avoir d'abord démenti toute réunion, la diplomatie iranienne a confirmé lundi l'envoi d'une "délégation d'experts" cette semaine à Doha. Mais "dans les prochains jours, nous ne négocierons pas avec la partie américaine, à aucun niveau", a insisté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.

Les tensions se cristallisent autour de la gestion du stratégique détroit d'Ormuz, où le trafic a ralenti ce week-end après deux attaques de navires.

Au total, 29 bateaux transportant des matières premières ont franchi le détroit samedi et 12 dimanche, selon les données de la société de suivi maritime Kpler, un chiffre en net recul par rapport aux jours précédents.

L'Iran répète depuis des semaines en dépit de l'opposition des Etats-Unis qu'il n'y aura pas de retour à la situation d'avant-guerre, quand le passage était gratuit. Et il a menacé les navires tentés de contourner l'itinéraire autorisé.

Accusant Téhéran d'avoir ciblé deux navires la semaine dernière, les Etats-Unis ont bombardé le pays en retour, et l'Iran a ciblé ses voisins du Golfe, Koweït et Bahreïn.

De quoi fragiliser le protocole d'accord signé le 17 juin entre Téhéran et Washington.

- Frais de service -

L'Iran et Oman revendiquent leur souveraineté sur le transit dans le détroit et envisagent donc des frais de service. Pourtant la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, non ratifiée par Téhéran, garantit la liberté de navigation "sans entrave" des navires dans les détroits servant à la navigation internationale.

Verrouillé par la République islamique pendant la guerre lancée le 28 février par Israël et les Etats-Unis, cette voie maritime cruciale pour le commerce mondial d'hydrocarbures a rouvert peu après la signature du protocole d'accord.

Téhéran n'autorise cependant qu'un seul couloir de passage, le long de ses côtes.

Oman entretient de son côté le flou et a annoncé l'ouverture d'une voie de navigation alternative temporaire, présentée comme une initiative concertée avec l'ONU pour évacuer les marins et navires bloqués.

Le sultan d'Oman, Haïtham ben Tariq, et le président français Emmanuel Macron ont plaidé lundi pour une "navigation libre, sans conditions ni restrictions" et convenu d'y mener des "opérations de déminage conjointes". Ce à quoi la diplomatie iranienne a répondu en sommant la France de ne pas "compliquer davantage" la situation.

- "Détermination" -

Au Liban, que Téhéran avait exigé d'inclure dans les pourparlers avec les Etats-Unis, Israël a poursuivi ses frappes ce week-end, malgré la signature vendredi à Washington d'un accord-cadre pour une "paix durable".

Selon un média d'Etat libanais, une frappe israélienne a encore eu lieu lundi dans le sud du pays.

L'accord-cadre prévoit notamment qu'Israël continue à occuper le sud du Liban, comme depuis le début de cette nouvelle guerre contre le Hezbollah, jusqu'à ce que le mouvement chiite soutenu par l'Iran rende les armes.

Une exigence de longue date, que le gouvernement libanais peine à mettre en oeuvre malgré la pression des Etats-Unis.

Lundi, le président libanais Joseph Aoun a justement affiché sa "détermination" à asseoir l'autorité de l'Etat en déployant son armée jusqu'à la frontière avec Israël, dans une zone où le Hezbollah est implanté.

Le Liban a été entraîné dans le conflit le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le nord d'Israël en soutien à son parrain iranien, visé par l'offensive américano-israélienne. Israël a riposté en jurant d'"éliminer" le mouvement, et déployé ses troupes dans le sud. Ses frappes ont depuis fait plus de 4.200 morts, selon Beyrouth.