Un diplomate explique en quoi la crise des relations avec le monde musulman met l'Inde en danger

Un activiste en colère piétine une affiche de la porte-parole du Bharatiya Janata Party(BJP) à Bombay, en Inde, le 6 juin 2022, lors d'une manifestation contre ses propos blasphématoires sur le prophète Mahomet. (Reuters/Francis Mascarenhas)
Un activiste en colère piétine une affiche de la porte-parole du Bharatiya Janata Party(BJP) à Bombay, en Inde, le 6 juin 2022, lors d'une manifestation contre ses propos blasphématoires sur le prophète Mahomet. (Reuters/Francis Mascarenhas)
Des Indiens demandent l'arrestation de Nupur Sharma lors d'une manifestation dans la ville d'Ahmedabad, le 8 juin 2022. (AFP)
Des Indiens demandent l'arrestation de Nupur Sharma lors d'une manifestation dans la ville d'Ahmedabad, le 8 juin 2022. (AFP)
Des militants indiens brandissent le drapeau national dans la ville de Calcutta, le 7 juin 2022, alors qu'ils manifestent pour demander l'arrestation de Nupur Sharma, porte-parole du parti BJP, pour ses propos blasphématoires sur le prophète Mahomet. (Reuters)
Des militants indiens brandissent le drapeau national dans la ville de Calcutta, le 7 juin 2022, alors qu'ils manifestent pour demander l'arrestation de Nupur Sharma, porte-parole du parti BJP, pour ses propos blasphématoires sur le prophète Mahomet. (Reuters)
Des Pakistanais manifestent à Karachi, le 7 juin 2022, contre Nupur Sharma à cause de ses propos sur le prophète Mahomet. (Arif AlI / AFP)
Des Pakistanais manifestent à Karachi, le 7 juin 2022, contre Nupur Sharma à cause de ses propos sur le prophète Mahomet. (Arif AlI / AFP)
Des Indiens demandent l'arrestation de Nupur Sharma lors d'une manifestation dans la ville d'Ahmedabad, le 8 juin 2022. (AFP)
Des Indiens demandent l'arrestation de Nupur Sharma lors d'une manifestation dans la ville d'Ahmedabad, le 8 juin 2022. (AFP)
Short Url
Publié le Jeudi 09 juin 2022

Un diplomate explique en quoi la crise des relations avec le monde musulman met l'Inde en danger

  • Talmiz Ahmad affirme que l'Inde ne peut pas faire ce qu'elle veut de sa minorité religieuse tout en entretenant de bonnes relations avec les pays islamiques
  • L'ex-ambassadeur souligne que la crise doit être désamorcée étant donné les intérêts économiques considérables de l'Inde dans les pays du CCG

DUBAΪ: Le gouvernement indien dirigé par Narendra Modi est sans doute confronté à son test diplomatique le plus difficile depuis neuf ans qu'il est à la tête du pays, alors que le monde islamique bouillonne de colère et que les pays musulmans expriment leur indignation à la suite des remarques désobligeantes faites par une responsable du parti Bharatiya Janata Party (BJP) au pouvoir sur le prophète Mahomet lors d'un récent débat télévisé. 

Alors qu’au moins seize pays à majorité islamique ont exprimé leurs objections par des tweets, des déclarations officielles et des convocations de diplomates indiens, le BJP a été contraint de suspendre Nupur Sharma, porte-parole nationale du parti, et d'expulser un autre responsable pour avoir fait une capture d'écran de son commentaire offensant dans un tweet. 

Auparavant, les manifestations organisées dans la ville de Kanpur, dans le nord de l'Inde, pour protester contre ces propos, ont fait plus de quarante blessés lorsque le ministre en chef de l'État d'Uttar Pradesh, un nationaliste hindou pur et dur, s'en est pris aux manifestants. 

'
Nupur Sharma, la porte-parole nationale du BJP, dont les propos haineux ont provoqué des affrontements en Inde et des protestations de la part des nations musulmanes dans le monde entier.  

Les remarques de Nupur Sharma, formulées le 27 mai au cours d'un débat télévisé sur un litige porté devant un tribunal, ont pris de l’ampleur lorsqu'un journaliste ainsi qu’un vérificateur de faits ont partagé sur Twitter un extrait de ses propos. 

Après son limogeage, elle a écrit qu'elle retirait ses remarques «sans condition» et qu'il n'a «jamais été dans son intention de blesser les sentiments religieux de quiconque». Mais nombreux sont ceux qui ont considéré ses excuses trop tardives. 

Un certain nombre de diplomates indiens à la retraite se sont depuis exprimés sur l'incident, avertissant que la crise des relations de l'Inde avec le monde islamique est grave, et ils ont exhorté le gouvernement Modi à faire une introspection au lieu de panser les blessures. 

Selon les anciens diplomates, le gouvernement Modi devrait se rendre compte qu'il ne peut pas continuer à faire ce qu'il veut chez lui en toute impunité et à entretenir de bonnes relations avec les pays islamiques ou occidentaux. 

«À de nombreuses reprises, nous avons assisté à des abus à l'encontre de la communauté musulmane de l'Inde et à des tentatives d'effacer l'héritage islamique du pays. La tradition veut que les autres pays ne s'immiscent pas dans les affaires intérieures d'un autre pays, mais abuser du saint Prophète, c'est une ligne à ne pas franchir», déclare à Arab News Talmiz Ahmad, diplomate indien à la retraite, auteur et commentateur politique.  

«À un certain moment, les gens à l'étranger vont dire: “Trop, c'est trop!” Je crois que ce moment est arrivé. Vous ne pouvez pas persécuter une communauté dans votre pays et prétendre que vous avez une haute stature morale à l'étranger. Cela ne fonctionne pas ainsi.» 

Le ministère indien des Affaires étrangères a publié un communiqué affirmant que les tweets et commentaires offensants «ne reflètent en aucun cas l'opinion du gouvernement. Ce sont les opinions d'éléments marginaux.» 

La première tâche du BJP au pouvoir est de désamorcer ce que l'opposition indienne considère comme une crise diplomatique dont elle est responsable. 

Appelant au «respect des croyances et des religions», le ministère saoudien des Affaires étrangères a déclaré qu'il «réaffirme son rejet continu des préjugés contre les symboles de la religion islamique, et refuse de porter préjudice à toutes les figures et symboles religieux». 

Le ministère s'est félicité de l'action entreprise par le BJP pour suspendre Mme Sharma de son poste. 

Le Qatar a exigé que l'Inde présente des excuses pour ses commentaires «islamophobes» et a convoqué l'ambassadeur indien au ministère des Affaires étrangères, au deuxième jour d'une visite officielle du vice-président indien, Venkaiah Naidu, et d'une délégation d'entreprises visant à stimuler le commerce. 

Le Koweït a également convoqué l'ambassadeur indien, tandis qu'un supermarché de cet État du Golfe a retiré des produits indiens de ses rayons en signe de protestation contre ces propos. Les Émirats arabes unis (EAU), Bahreïn et l'Iran figurent parmi les autres pays du Moyen-Orient traditionnellement favorables à l'Inde qui ont fait connaître leurs objections de diverses manières. 

La mosquée égyptienne Al-Azhar a condamné les propos de Mme Sharma, les qualifiant de «véritable action terroriste qui contribue à pousser le monde entier vers des crises dévastatrices et des guerres sanglantes», et elle a exhorté les Nations unies à prendre des mesures pour protéger les droits des minorités en Inde dans un contexte qu'elle décrit comme «une intensification de la haine et des abus envers l'islam en Inde et contre les musulmans». 

Pour replacer les condamnations officielles dans leur contexte, Javed Ansari, grand reporter politique et commentateur indien, déclare à Arab News: «Le prophète Mahomet est la figure la plus vénérée et la plus sacrée de l'islam. C'est lui qui a diffusé la parole d’Allah et posé les jalons de la religion. C'est pourquoi les musulmans du monde entier, y compris en Inde, refusent de tolérer toute remarque désobligeante à son égard. S'ils acceptent en principe le droit à la liberté d'expression, ils estiment que cette liberté ne donne à personne le droit d'insulter ou de faire des remarques désobligeantes sur le Prophète. Ils considèrent que leurs sentiments et leurs croyances doivent être respectés.» 

Pour le gouvernement indien, on ne saurait trop insister sur le danger de laisser s'envenimer la colère du monde musulman. Le commerce annuel entre l'Inde et les six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) s'élève à 87 milliards de dollars (1 dollar = 0,93 euro). L'Arabie saoudite est le deuxième plus grand exportateur de pétrole vers l'Inde, après l'Irak, tandis que le Qatar fournit 40 % des besoins en gaz naturel de l'Inde. 

À l’échelle macroéconomique, selon M. Ahmad, les envois de fonds de la communauté indienne dans les pays du CCG génèrent des revenus qui couvrent plus d'un tiers des factures annuelles d'importation de pétrole du gouvernement indien. Il décrit les liens entre l'Inde et le bloc, qui englobent le commerce, la logistique, l'énergie et les investissements, comme étant substantiels, ajoutant que pour New Delhi, le véritable danger ne réside pas dans un boycott des produits indiens, mais dans un éventuel impact négatif sur le recrutement de travailleurs indiens. 

On estime que 8,5 millions d'Indiens travaillent dans le bloc du CCG, constituant la plus grande communauté d'expatriés dans chaque pays membre. Chaque année, ils envoient quelque 35 milliards de dollars en transferts de fonds qui font vivre 40 millions de membres de leur famille en Inde. On estime que chaque Indien employé dans le Golfe a au moins quatre ou cinq personnes qui dépendent de ses revenus à l'étranger. 

M. Ahmad souligne que les relations entre le Golfe et l'Inde remontent à cinq mille ans, et il indique qu'il était peu probable que le contrecoup diplomatique porte atteinte à long terme aux liens qui unissent l'Inde au golfe Arabique et à d'autres pays à majorité musulmane. 

«Les Indiens sont la première communauté du CCG et la communauté majoritaire dans certains pays, et ce parce que nous avons choisi l'adaptation et la modération, et complètement rejeté toute implication dans la politique locale. C'est la force de la communauté», indique M. Ahmad. 

«Je pense à titre personnel que le tir sera corrigé. Certains conseils et avertissements ont été donnés. Je pense que le redressement est en bonne voie et qu'il est susceptible de fonctionner des deux côtés dans un intérêt mutuel.» 

Cela dit, Talmiz Ahmad, ancien ambassadeur de l'Inde en Arabie saoudite, à Oman et aux EAU de 2000 à 2011, ajoute: «Dans le Golfe, nous avons certains des amis les plus chers de l'Inde. J'aurais souhaité que leurs hauts dirigeants et leurs diplomates aient discrètement conseillé à certains responsables indiens que les relations bilatérales subiront des conséquences négatives si des abus continus sont dirigés contre une certaine communauté dans le pays.» 

Pour sa part, il déclare: «Le parti au pouvoir en Inde devrait revoir en profondeur sa politique intérieure et convaincre les amis de l'Inde dans le monde musulman que des mesures adéquates sont prises. Nous devons revenir au scénario de l'Inde en tant que nation pluraliste, multiculturelle et modérée, démocratique et souple.» 

D'un autre côté, M. Ahmad estime que l'Inde a la chance d'avoir comme ministre des Affaires étrangères «un grand intellectuel et un diplomate très expérimenté, très respecté dans le monde et dans son pays» comme le Dr S. Jaishankar.  

«Je suis convaincu qu'il informera les pouvoirs en place qu'il est impossible de séparer la politique intérieure de la politique étrangère. L'une dépend de l'autre», souligne-t-il. 

Évoquant l'avenir, Talmiz Ahmad déclare: «Nos politiques étrangère et intérieure doivent être synchronisées. Nous devons revenir aux principes fondamentaux de cette nation, qui sont le pluralisme, le multiculturalisme, la modération et la souplesse.» 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Liban: frappe israélienne à proximité du principal hôpital de Beyrouth

 Israël a frappé dimanche Beyrouth et ses environs, touchant un important hôpital, et soumis sa banlieue sud, bastion du Hezbollah, à un intense pilonnage, tout en menaçant le principal poste-frontière avec la Syrie qui a dû fermer. (AFP)
Israël a frappé dimanche Beyrouth et ses environs, touchant un important hôpital, et soumis sa banlieue sud, bastion du Hezbollah, à un intense pilonnage, tout en menaçant le principal poste-frontière avec la Syrie qui a dû fermer. (AFP)
Short Url
  • Une frappe a visé en milieu de journée un quartier populaire au sud de Beyrouth, selon un photographe de l'AFP, faisant au moins cinq morts et 52 blessés d'après un bilan du ministère de la Santé
  • La frappe s'est produite à proximité de l'hôpital Rafic-Hariri, le plus grand établissement médical public du Liban, d'après une source médicale

BEYROUTH: Israël a frappé dimanche Beyrouth et ses environs, touchant un important hôpital, et soumis sa banlieue sud, bastion du Hezbollah, à un intense pilonnage, tout en menaçant le principal poste-frontière avec la Syrie qui a dû fermer.

Une frappe a visé en milieu de journée un quartier populaire au sud de Beyrouth, selon un photographe de l'AFP, faisant au moins cinq morts et 52 blessés d'après un bilan du ministère de la Santé.

La frappe s'est produite à proximité de l'hôpital Rafic-Hariri, le plus grand établissement médical public du Liban, d'après une source médicale.

Une équipe de l'AFP a vu une vingtaine de personnes, certaines en pleurs, devant l'entrée de l'hôpital, alors que des ambulances, sirènes hurlantes, transportaient des blessés.

"Nous avons perdu nos maisons, où pouvons-nous aller?", s'écriait Nancy Hassan, 53 ans, une habitante du quartier visé. "Ma fille qui avait 23 ans a été tuée" lors de la précédente guerre avec Israël, "et aujourd'hui, ses voisines et amies ont été tuées", a-t-elle ajouté.

Deux Soudanais ont été tués, ainsi qu'une adolescente de 15 ans, a indiqué à l'AFP le docteur Zakaria Tawbé, directeur adjoint de l'hôpital, où sont soignés 31 des blessés.

"La frappe a été très violente" et des "malades ont fait des crises de panique", a-t-il raconté, ajoutant que l'établissement n'a subi que des dégâts mineurs.

"Ils ont frappé une zone totalement civile, il y a surtout des migrants, des Soudanais... Les gens étaient chez eux, et ils les ont frappés. C'est ça leurs objectifs militaires?", s'insurgeait Abou Qassem, un habitant du quartier.

Médecins sans Frontières (MSF) a condamné cette frappe sur X, rappelant que "des frappes aussi proches d'un hôpital suscitent la peur et peuvent dissuader les gens de se faire soigner".

"Lorsque des frappes touchent sans avertissement des zones résidentielles densément peuplées, les conséquences sont graves, tant en termes de pertes humaines que de capacité des hôpitaux à faire face", a dénoncé l'ONG.

Stations-service visées 

Une frappe a en outre visé un appartement d'un immeuble d'habitation à Aïn Saadeh, ville à l'est de Beyrouth, faisant trois morts dont deux femmes, selon le ministère libanais de la Santé.

Un responsable local des Forces libanaises, un parti chrétien opposé au Hezbollah pro-iranien, serait mort dans cette frappe, selon l'Agence nationale d'informations (Ani).

Les frappes israéliennes ont fait 1.467 tués et près de 4.500 blessés depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale début mars, et plus d'un million de déplacés.

L'aviation israélienne, qui a survolé la capitale à basse altitude, a également mené huit frappes sur la banlieue sud de Beyrouth, désertée par une grande partie de ses habitants et dont s'élevaient d'épaisses colonnes de fumée.

L'armée israélienne a annoncé avoir lancé des frappes à Beyrouth "sur des centres de commandement du Hezbollah", et a affirmé avoir touché "plus de 15 stations-service" de la compagnie Al-Amana depuis le début de la guerre, qu'il accuse d'être "contrôlée" par la formation pro-iranienne.

Depuis le sud du Liban où Israël poursuit son invasion, le chef d'état major israélien Eyal Zamir a promis d"intensifier" les opérations contre le Hezbollah, selon un communiqué militaire.

Le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars lorsque le Hezbollah a tiré des roquettes sur Israël pour venger l'attaque américano-israélienne qui a tué le guide suprême iranien, Ali Khamenei.

Ces bombardements interviennent alors que le principal poste-frontière reliant le Liban à la Syrie a fermé après des menaces israéliennes de le viser samedi soir. Israël l'avait déjà bombardé en 2024 lors de sa précédente guerre contre le Hezbollah.

Famille décimée 

Dans le sud du pays, où l'aviation israélienne a continué de bombarder, six membres d'une même famille ont été tués dans la localité de Kfar Hatta. Ils n'avaient pas pu évacuer à temps, malgré un avertissement samedi sur ce village à une quarantaine de kilomètres au nord de la frontière.

Cette famille, déjà déplacée d'un village plus au sud et sans moyen de transport, attendait un proche venu les évacuer, selon la Défense civile. Cet homme a également été tué, portant le bilan à sept morts, dont une fillette de quatre ans.

A Toul, toujours dans le sud du Liban, une autre frappe a tué un couple et blessé leurs deux enfants, selon le ministère de la Santé.

Alors que l'armée israélienne progresse dans la zone frontalière du sud, provoquant de larges destructions sur son passage, le président libanais Joseph Aoun a renouvelé son appel à des négociations directes avec Israël pour éviter que le sud du pays ne devienne "un nouveau Gaza".

"Pourquoi ne pas négocier pour arrêter ces tragédies (...) sauver ce qui reste de maisons qui n'ont pas encore été détruites?", a-t-il dit dans un discours.

 


L'Iran attaque et menace Trump de représailles «dévastatrices»

L'Iran lance lundi davantage d'attaques vers Israël et les pays du Golfe, avertissant de représailles "dévastatrices" si Donald Trump met à exécution ses menaces répétées. (AFP)
L'Iran lance lundi davantage d'attaques vers Israël et les pays du Golfe, avertissant de représailles "dévastatrices" si Donald Trump met à exécution ses menaces répétées. (AFP)
Short Url
  • L'armée israélienne, de son côté, a annoncé avoir mené une nouvelle série de frappes contre Téhéran
  • Dans la capitale iranienne, c'est une université qui a été ciblée, la frappe endommageant une installation gazière à proximité, privant une partie de la capitale iranienne de gaz, selon la télévision d'Etat (Irib)

TEHERAN: L'Iran lance lundi davantage d'attaques vers Israël et les pays du Golfe, avertissant de représailles "dévastatrices" si Donald Trump met à exécution ses menaces répétées.

Aux premières heures du 38e jour de la guerre du Moyen-Orient, qui a fait des milliers de morts et ébranlé l'économie mondiale, Téhéran a visé avec ses missiles et ses drones Israël, le Koweït et les Emirats arabes unis.

L'armée israélienne, de son côté, a annoncé avoir mené une nouvelle série de frappes contre Téhéran.

Dans la capitale iranienne, c'est une université qui a été ciblée, la frappe endommageant une installation gazière à proximité, privant une partie de la capitale iranienne de gaz, selon la télévision d'Etat (Irib). Selon les médias iraniens, plusieurs attaques ont aussi eu lieu sur des quartiers résidentiels de Téhéran.

"Si les attaques contre des cibles civiles se poursuivent, les prochaines phases de nos opérations offensives et de représailles seront bien plus dévastatrices et étendues", a averti le porte-parole du commandement militaire iranien dans un communiqué.

"Les pertes et dégâts (...) seront décuplés", a-t-il mis en garde.

Le conflit, déclenché le 28 février, ne montre aucun signe de désescalade: les frappes se succèdent jour après jour et les menaces de faire vivre "l'enfer" à l'autre camp également.

"Ouvrez le Putain de Détroit, espèce de tarés, ou vous vivrez en Enfer - VOUS ALLEZ VOIR!", a écrit Donald Trump sur sa plateforme Truth Social, fixant désormais son ultimatum à "mardi 20H00".

Imprévisible dans ses annonces, le président américain a prévu une conférence de presse - un format dont il est peu coutumier - à la Maison Blanche lundi à 13H00 heure de Washington (17H00 GMT).

Donald Trump devrait y revenir sur l'opération de sauvetage en Iran d'un aviateur américain, "gravement blessé" selon lui, alors qu'entre deux menaces il a encore évoqué auprès de médias américains de "bonnes chances" d'un accord avec Téhéran pour cesser les combats.

Le baril à 110 dollars 

Estimant avoir atteint les cibles militaires voulues, le président américain menace de s'en prendre désormais aux infrastructures civiles de l'Iran, ponts et centrales électriques en tête, si l'Iran ne rouvre pas entièrement le passage dans le détroit d'Ormuz, voie maritime cruciale pour l'approvisionnement mondial d'hydrocarbures.

"Toute notre région va brûler parce que vous insistez pour suivre les ordres de (Benjamin) Netanyahu", le Premier ministre israélien, lui a rétorqué le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf.

Une rhétorique guerrière qui a nourri les craintes des investisseurs sur le marché du pétrole, au retour de trois jours de pause pascale.

Tant le prix du baril de Brent que celui de WTI, les deux principales variétés d'or noir, évoluaient lundi autour du seuil symbolique de 110 dollars le baril.

Ces inquiétudes ont à peine été apaisées par la décision de la Russie, l'Arabie saoudite et six autres membres de l'Opep+ d'augmenter de nouveau leurs quotas de production à partir de mai.

Les tensions sur les prix de l'énergie ont des répercussions partout dans le monde. L'Egypte a ainsi imposé un couvre-feu commercial à 21 heures en semaine et 22 heures le week‑end.

"D'habitude, c'est à cette heure‑ci que le travail commence", soupire Ali Haggag, un vendeur devant sa boutique de vêtements soudainement silencieuse. "On a l'impression de revivre la période du Covid", dit-il en évoquant le confinement sanitaire de 2020.

Discussions Oman/Iran 

En parallèle des menaces et des attaques, des efforts diplomatiques se poursuivent: Oman, situé face à l'Iran de l'autre côté du détroit d'Ormuz, a discuté avec Téhéran de sa réouverture, tandis que le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi s'est entretenu par téléphone avec ses homologues pakistanais et égyptien, qui jouent un rôle de médiateur.

Cependant, la perspective d'un accord entre Américains et Iraniens, "du moins dans les conditions actuelles, est quasi inexistante", a estimé sur X Danny Citrinowicz, analyste en sécurité et ancien expert des services de renseignement israéliens, spécialiste de l'Iran.

Au Liban, autre front qui paie un lourd tribut à la guerre, le Hezbollah pro-iranien a revendiqué de nouveaux tirs de roquettes de l'autre côté de la frontière avec Israël.

Dimanche, Israël a poursuivi le pilonnage de la banlieue sud de Beyrouth, considéré comme un bastion du Hezbollah, une frappe à proximité d'un hôpital faisant au moins cinq morts et une autre tuant trois personnes à l'est de la capitale libanaise.

 


Un hôpital endommagé par des frappes israéliennes dans le sud du Liban

De la fumée s’élève du site d’une frappe aérienne israélienne ayant ciblé la périphérie est de la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
De la fumée s’élève du site d’une frappe aérienne israélienne ayant ciblé la périphérie est de la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
Short Url
  • Des frappes aériennes israéliennes près de Tyr (sud du Liban) ont endommagé un hôpital, faisant 11 blessés, tout en laissant l’établissement opérationnel malgré d’importants dégâts
  • Les attaques ont également touché des zones civiles (port, habitations), dans un contexte de conflit élargi ayant causé plus de 1.300 morts et environ un million de déplacés

BEYROUTH: Un hôpital de Tyr, importante ville côtière du sud du Liban, a été endommagé par deux frappes aériennes israéliennes qui ont visé des bâtiments à proximité, faisant 11 blessés, dont trois secouristes, a annoncé samedi le ministère de la Santé.

Une série de frappes israéliennes a visé la région samedi. A Al-Houch, une localité de Tyr, deux frappes ont détruit deux bâtiments situés à proximité de l'hôpital italo-libanais, selon un correspondant de l'AFP.

Des vitres ont été brisées et des faux plafonds se sont effondrés alors que des médecins dispensaient des soins, a indiqué la direction de l'hôpital.

Elle a ajouté que l'établissement continuait de fonctionner malgré les dégâts.

L'hôpital "restera ouvert pour assurer les soins médicaux nécessaires", a souligné son directeur, Youssef Jaafar, auprès de l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Un correspondant de l'AFP a vu des débris jonchant les rues, une voiture calcinée et de la fumée s'élever de bâtiments en partie détruits.

Le port de Tyr a lui aussi été ciblé. Une frappe a touché un bateau de tourisme dans lequel une personne dormait, selon le correspondant de l'AFP. Des bateaux de pêche à quai ont également été endommagés, a-t-il constaté.

Quelque 20.000 personnes, dont environ 15.000 déplacés venus des villages voisins, se trouvent encore à Tyr, malgré les ordres d'expulsion israéliens qui ont forcé des dizaines de milliers de personnes à fuir la région, où Israël poursuit ses bombardements et son invasion terrestre.

Le Hezbollah pro-iranien a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en menant une attaque contre Israël, en représailles aux frappes israélo-américaines ayant tué le guide suprême iranien, Ali Khamenei.

La guerre a déjà fait plus de 1.300 morts et un million de déplacés, selon les chiffres officiels.