Moscou bombarde l'est de l'Ukraine, Zelensky va parler à Davos

Près de trois mois après le début de son offensive, la Russie poursuivait dimanche ses bombardements sur l'est de l'Ukraine (Photo, AFP).
Près de trois mois après le début de son offensive, la Russie poursuivait dimanche ses bombardements sur l'est de l'Ukraine (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Dimanche 22 mai 2022

Moscou bombarde l'est de l'Ukraine, Zelensky va parler à Davos

  • Après avoir échoué à prendre le contrôle de Kiev et de sa région, les troupes russes concentrent depuis mars leurs efforts sur l'est de l'Ukraine
  • Selon la présidence ukrainienne, des bombardements russes ont visé les villes de Mykolaïv, Kharkiv et Zaporijjia dans la nuit de samedi à dimanche

KIEV : Près de trois mois après le début de son offensive, la Russie poursuivait dimanche ses bombardements sur l'est de l'Ukraine, à la veille d'un discours du président ukrainien Volodymyr Zelensky aux élites politiques et économiques mondiales réunies à Davos.

Dans le même temps, la France a estimé que l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne prendrait "sans doute 15 ou 20 ans", assurant que Kiev pouvait entrer, en attendant, dans la communauté politique européenne proposée par le président Emmanuel Macron. 

Mais le chef de l'Etat ukrainien a déjà rejeté cette idée et affirmé qu'il n'y avait "pas d'alternative" à la candidature à l'UE.

Après avoir échoué à prendre le contrôle de Kiev et de sa région, les troupes russes concentrent depuis mars leurs efforts sur l'est de l'Ukraine, déjà en partie aux mains de séparatistes pro russes depuis 2014 et où les combats sont intenses.

Selon la présidence ukrainienne, des bombardements russes ont visé les villes de Mykolaïv, Kharkiv et Zaporijjia dans la nuit de samedi à dimanche.

Samedi, sept civils ont été tués et 10 autres blessés dans des bombardements dans la région de Donetsk, a annoncé sur Telegram son gouverneur Pavlo Kyrylenko. Dans celle de Lougansk, une personne a été tuée et deux blessées lors de bombardements, a déclaré sur Telegram son gouverneur Serguiï Gaïdaï. 

"Les Russes jettent tous leurs efforts pour capturer Severodonetsk" où les frappes "ont été multipliées plusieurs fois ces derniers jours", avait-il assuré samedi soir.

L'état-major ukrainien a relevé dans son point matinal quotidien dimanche que l'armée russe continuait "ses frappes de missiles et aériennes sur tout le territoire", et en avait même "augmenté l'intensité en utilisant l'aviation pour détruire des infrastructures cruciales".

Discours à Davos 

La Russie a affirmé avoir frappé un important stock d'armes fournies par les Occidentaux à l'Ukraine, une information jusqu'ici impossible à confirmer de source indépendante.

Signe supplémentaire que le conflit pourrait s'inscrire dans la durée, la loi martiale et la mobilisation générale en Ukraine ont été prolongées dimanche de trois mois, jusqu'au 23 août.

Le dirigeant ukrainien prépare par ailleurs son intervention en visioconférence devant le Forum économique de Davos en Suisse, qui commence lundi après deux ans d'interruption à cause du Covid-19. 

M. Zelensky sera lundi le premier chef d'Etat à faire un discours. Nombre de responsables politiques ukrainiens feront le voyage en personne. En revanche, les Russes ont été exclus.

Il devrait profiter de cette nouvelle tribune pour exhorter le monde à fournir davantage d'aides, tant financières que militaires. Le président ukrainien pourrait également renouveler la demande de Kiev pour adhérer à l'UE, une "priorité" selon lui. 

«15 ou 20 ans»

Mais Paris a répété dimanche qu'une telle adhésion était exclue à court terme. "Il faut être honnête. (...) Si on dit que l’Ukraine va rentrer dans l’UE dans 6 mois, 1 an ou 2 ans, on ment. Ce n’est pas vrai. C’est sans doute 15 ou 20 ans, c’est très long", a affirmé le ministre français délégué français aux Affaires européennes Clément Beaune.

En revanche, la communauté politique européenne proposée début mai par le président Macron est "complémentaire de l’UE" et "peut offrir un projet politique et concret à des pays qui ne sont pas dans le cœur de l’UE et qui veulent se rapprocher de nous", a assuré le ministre.

Une perspective froidement accueillie à Kiev et qui divise au sein de l'Union. Le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba avait dénoncé jeudi un "traitement de seconde zone" de la part de "certaines capitales".

Samedi, le président Zelensky a été clair, déclarant: "Nous n'avons pas besoin d'alternatives à la candidature de l'Ukraine à l'Union européenne (UE), nous n'avons pas besoin de tels compromis" avec la Russie. 

Et dimanche, devant le parlement ukrainien, le président polonais Andrzej Duda a affirmé qu'il ne relâcherait pas ses efforts "tant que l'Ukraine n'est pas membre de l'UE", regrettant que "des voix se soient élevées récemment en Europe pour demander que l'Ukraine accepte certaines demandes de Poutine".

"Si pour leur propre tranquillité, intérêts économiques ou ambitions politiques", les pays occidentaux "sacrifient l'Ukraine, ne serait-ce qu'un centimètre de son territoire ou un pan de sa souveraineté, cela portera un grand coup au peuple ukrainien, mais aussi à toute la communauté occidentale", a prévenu M. Duda.

"Seule l'Ukraine a le droit de décider de son futur (...) Il ne peut y avoir de négociations ou de décision prise dans le dos de l'Ukraine. Rien sur vous sans vous. Absolument! C'est une règle inflexible. Il faut y adhérer", a-t-il martelé.

Le projet de communauté politique européenne doit être débattu lors d'un sommet européen fin juin.

Paysage apocalyptique à Marioupol

Loin des batailles diplomatiques, la ville martyre de Marioupol (sud-est), récemment conquise par les militaires russes et leurs alliés séparatistes, offrait un paysage apocalyptique avec des carcasses d'immeubles calcinés dans de nombreux quartiers.  

Trois mois de combats ont mis en fuite des centaines de milliers d'habitants et fait un nombre inconnu, mais sans doute énorme, de morts dans cette cité portuaire qui comptait plus d'un demi-million d'habitants avant la bataille. 

Des journalistes de l'AFP ont constaté l'ampleur des dégâts il y a quatre jours lors d'un voyage de presse organisé par le ministère russe de la Défense. 

On n'entend plus les incessantes canonnades des semaines précédentes, car sur le site sidérurgique d'Azovstal, les derniers soldats ukrainiens se rendent. L'armée russe n'a cependant pas permis aux médias d'approcher l'immense aciérie, devenue le symbole de la farouche résistance ukrainienne.

Les autorités pro-russes ont promis de faire de Marioupol une station balnéaire.

Un projet difficile à imaginer dans cet enchevêtrement de tôles et de débris, de barres d'immeubles éventrées par les missiles et les obus.


Rubio met en garde contre le «chaos total» en cas de péage à Ormuz

"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn). (AFP)
"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn). (AFP)
  • L'Iran réfléchit à l'imposition de "droits de redevance", qui n'existaient pas avant la guerre, auxquels les Etats-Unis sont radicalement opposés
  • C'est l'un des principaux points d'achoppement entre les deux pays qui ont récemment signé un protocole d'accord pour mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient

MANAMA: Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, en tournée dans le Golfe, a mis en garde jeudi contre le "chaos total" que pourrait engendrer la mise en place par l'Iran de frais dont devraient s'acquitter les navires dans le détroit d'Ormuz.

Plus tôt jeudi, Téhéran avait menacé de "mesures appropriées" contre tout bateau s'aventurant à franchir le détroit sans leur autorisation, semblant répondre à l'aonnonce par Oman de l'ouverture d'un "corridor maritime temporaire" présenté comme une intiative concertée avec l'ONU.

Ormuz est une étroite voie navigable d'une trentaine de kilomètres de large qui sépare l'Iran et Oman, mais le seul passage autorisé par l'Iran se fait dans un couloir qui longe ses côtes.

L'Iran réfléchit à l'imposition de "droits de redevance", qui n'existaient pas avant la guerre, auxquels les Etats-Unis sont radicalement opposés - c'est l'un des principaux points d'achoppement entre les deux pays qui ont récemment signé un protocole d'accord pour mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient.

"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn).

Le chef de la diplomatie américaine, venu rassurer ses alliés du Golfe largement ciblés par Téhéran pendant la guerre en représailles des frappes israélo-américaines sur l'Iran, a ajouté que les Etats-Unis souhaitaient un accord de paix, mais pas "à n'importe quel prix".

"Nous voulons un accord qui soit bon, nous voulons un accord qui soit réel, nous voulons un accord qui soit vérifiable, et nous voulons un accord qui soit respecté", a poursuivi M. Rubio.

Le responsable, qui s'est rendu aux Emirats arabes unis, au Koweït et à Bahreïn, a également donné l'assurance que les intérêts des pays du Golfe seraient pris en compte.

"Nous voulons nous assurer qu'aucune partie de cet accord ne porte atteinte, de quelque manière que ce soit, à la sécurité, à la stabilité ou à la prospérité de l'un de nos partenaires de la région du Golfe", a-t-il souligné.

Son homologue de Bahreïn, Abdoullatif ben Rachid Al Zayani, a lui mis en avant les "incertitudes" affectant ces pays.

Les monarchies du Golfe ont payé un lourd tribut à l'offensive américano-israélienne lancée le 28 février contre l'Iran. Elles accueillent des bases militaires américaines et ont été visées par des missiles et drones iraniens en représailles.


Double séisme au Venezuela: au moins 32 morts et plus de 700 blessés

Deux puissants séismes ont fait au moins 32 morts et plus de 700 blessés au Venezuela mercredi, selon un premier bilan provisoire des autorités qui redoutent davantage de victimes notamment dans la région proche de Caracas où des journalistes de l'AFP ont vu des immeubles effondrés et des habitants paniqués. (AFP)
Deux puissants séismes ont fait au moins 32 morts et plus de 700 blessés au Venezuela mercredi, selon un premier bilan provisoire des autorités qui redoutent davantage de victimes notamment dans la région proche de Caracas où des journalistes de l'AFP ont vu des immeubles effondrés et des habitants paniqués. (AFP)
  • Au pied d'un bâtiment de 22 étages entièrement détruit dans le quartier d'Altamira, une journaliste de l'AFP a vu des gens crier les noms de leurs proches enfouis sous les décombres
  • Signe de la gravité de la situation, les Etats-Unis ont annoncé l'envoi immédiat de secouristes et d'aide humanitaire au Venezuela

CARACAS: Deux puissants séismes ont fait au moins 32 morts et plus de 700 blessés au Venezuela mercredi, selon un premier bilan provisoire des autorités qui redoutent davantage de victimes notamment dans la région proche de Caracas où des journalistes de l'AFP ont vu des immeubles effondrés et des habitants paniqués.

Dans la capitale de ce pays d'Amérique latine de près de 30 millions d'habitants régulièrement frappé par des séismes, des photographes de l'AFP ont vu des secouristes et des habitants fouiller des immeubles réduits à des gravats. Des personnes étaient extirpées des décombres puis emmenées sur des brancards.

Au pied d'un bâtiment de 22 étages entièrement détruit dans le quartier d'Altamira, une journaliste de l'AFP a vu des gens crier les noms de leurs proches enfouis sous les décombres. "Nous avons besoin de lampes torches !", lance l'un d'eux dans la nuit noire.

"A l'heure actuelle, nous avons reçu des informations faisant état de 32 morts" et "de plus de 700 blessés", a déclaré la présidente par intérim Delcy Rodriguez dans un message à la nation, après avoir déclaré l'état d'urgence.

Elle a précisé ne pas encore disposer de données concernant l'Etat de La Guaira, situé à proximité de la capitale et qui est selon elle la région la plus touchée. L'aéroport de Caracas, gravement endommagé selon elle, a été fermé.

Signe de la gravité de la situation, les Etats-Unis ont annoncé l'envoi immédiat de secouristes et d'aide humanitaire au Venezuela. "Nous serons aux côtés de nos nouveaux et formidables amis", a assuré le président américain Donald Trump, tandis que Mme Rodriguez a indiqué s'être entretenue au téléphone avec le secrétaire d'Etat Marco Rubio.

Cette initiative américaine, un acte diplomatique fort après des années de tensions, s'inscrit dans le cadre du rétablissement des relations entre les deux pays depuis que les forces américaines ont capturé le président déchu Nicolas Maduro, aujourd'hui incarcéré aux Etats-Unis.

La Chine et l'Inde ont elles aussi proposé leur aide, et plusieurs pays d'Amérique latine ont fait de même et exprimé leur solidarité, parfois au-delà de leurs divergences politiques. 


L'Iran accuse l'Otan de «complicité» dans la guerre menée contre lui

Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a accusé jeudi l'Otan de "complicité" dans la "guerre d'agression illégale" lancée contre l'Iran par les Etats-Unis et Israël. (AFP)
Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a accusé jeudi l'Otan de "complicité" dans la "guerre d'agression illégale" lancée contre l'Iran par les Etats-Unis et Israël. (AFP)
  • M. Baghaï a réagi à des propos sur Fox News du secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, selon qui "500 avions américains ont décollé de bases américaines en Italie" pour soutenir l'opération militaire israélo-américaine "Epic Fury"
  • "Il s'agit là d'un aveu clair et accablant de la complicité active de l'Otan dans une guerre d'agression illégale menée contre un Etat membre souverain de l'ONU", a écrit M. Baghaï sur X

TEHERAN: Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a accusé jeudi l'Otan de "complicité" dans la "guerre d'agression illégale" lancée contre l'Iran par les Etats-Unis et Israël.

M. Baghaï a réagi à des propos sur Fox News du secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, selon qui "500 avions américains ont décollé de bases américaines en Italie" pour soutenir l'opération militaire israélo-américaine "Epic Fury" lancée contre l'Iran le 28 février.

M. Rutte a également affirmé que l'aéroport de Bucarest avait réduit ses vols commerciaux pour laisser la place aux avions de ravitaillement utilisés dans le cadre de cette opération, et qu'entre 4.000 et 5.000 sorties d'avions américains avaient été effectuées depuis des bases européennes pendant le conflit.

"Il s'agit là d'un aveu clair et accablant de la complicité active de l'Otan dans une guerre d'agression illégale menée contre un Etat membre souverain de l'ONU", a écrit M. Baghaï sur X.

"Le secrétaire général de l'Otan a explicitement désigné l'Italie et la Roumanie comme ayant participé à l'agression contre l'Iran", a souligné le porte-parole du ministère iranien.

"Ces pays, ainsi que tous les autres pays européens ayant apporté leur soutien à l'agression américano-israélienne contre l'Iran, doivent expliquer à leur propre population et au monde entier pourquoi ils ont choisi de se rendre complices de cet acte d'agression flagrant et de la perpétration d'atrocités de masse contre les populations iraniennes", a-t-il ajouté.

En Italie, le ministère de la Défense a condamné mercredi les propos de M. Rutte, estimant qu'ils avaient envoyé "un message complètement trompeur", Rome n'ayant permis aux Etats-Unis d'utiliser ses bases que pour des vols techniques et logistiques, et non des missions de combat.