Désillusion, vote utile ou partisan, de jeunes Libanais s’expriment sur le scrutin du 15 mai

Un panneau d'affichage de campagne pour les élections parlementaires libanaises du candidat Melhem Khalaf (à gauche) est accroché à un bâtiment à côté de celui de l'ancien Premier ministre Saad Hariri, à Beyrouth le 5 mai 2022 (Photo, AFP).
Un panneau d'affichage de campagne pour les élections parlementaires libanaises du candidat Melhem Khalaf (à gauche) est accroché à un bâtiment à côté de celui de l'ancien Premier ministre Saad Hariri, à Beyrouth le 5 mai 2022 (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 15 mai 2022

Désillusion, vote utile ou partisan, de jeunes Libanais s’expriment sur le scrutin du 15 mai

  • «J’aurais opté pour les indépendants mais ils sont dépourvus de vision claire et d’agenda politique précis», confie Randa, 27 ans
  • Certains propos viennent rappeler qu’au Liban, les opinions politiques se transmettent toujours en famille, sur la base de réflexes communautaires

BEYROUTH: Les électeurs libanais sont appelés aux urnes pour élire leur Parlement ce dimanche 15 mai. Alors que certains voient dans ce scrutin un outil de survie pour une classe politique fortement contestée, d’autres estiment que l’élection d’un nouveau parlement est en elle-même un signe d’espoir. En apparence censée garantir une meilleure représentativité grâce à son adoption des deux modes proportionnel et préférentiel, la loi électorale en vigueur reste contestée car élaborée et votée par des forces politiques soucieuses de garantir leur présence au pouvoir.
Loin d’avoir la capacité d'entraîner des bouleversements majeurs sur l’échiquier national, ce mode de scrutin pourrait toutefois faciliter l’entrée au Parlement de quelques candidats indépendants, issus de la société civile.

Randa, 27 ans, se dit « démoralisée ». Depuis le début de la crise économique et l’explosion au port de Beyrouth en août 2020, cette jeune libanaise se demande constamment si un « événement encore plus dramatique surviendra avant la fin du spectacle ». Perdant tout espoir, elle décide de s'abstenir: « La "thawra" (révolution, en allusion aux forces du soulèvement du 17 octobre 2019)  ne parvient pas à s’unir. J’aurais opté pour les indépendants mais ils sont dépourvus de vision claire et d’agenda politique précis », confie-t-elle à Arab News en français.
Ex-activiste, elle était parmi les premières à descendre dans les rues de Beyrouth en octobre 2019, et à scander des slogans hostiles à l’ensemble de la classe politique. Mais aujourd’hui, Randa veut « tourner la page, tout laisser, et aller à la recherche d’un avenir meilleur loin d’ici ».

Les partis se maintiennent
A l'image de Randa, Georges Abdo, 24 ans, était tenté de voter pour les anti-systèmes afin de leur offrir une chance. « Leur manque de vision », comme il le décrit, ne l’a cependant pas convaincu. Ce nouvel électeur se dit conscient d’avoir une « grande responsabilité envers son pays, ses compatriotes, sa famille et lui-même ». Partisan du Courant Patriotique Libre (CPL) fondé par l’actuel président libanais Michel Aoun et dirigé par son gendre le député et l’ancien ministre Gebran Bassil, Georges n’est plus tenté par les forces qui se disent se battre pour le changement. « Aujourd’hui, à la veille du jour J, pourquoi renoncer au parti qui a imposé un équilibre au sein de l'État et qui a sans cesse dénoncé la politique économique mise en place par les dirigeants de l'après-guerre ». Il fait « confiance au CPL et à sa performance », même si elle n’a pas été fructueuse comme il l’aurait souhaité. Dimanche 15 mai, Georges non seulement votera CPL, mais essaiera, comme il l’affirme, de convaincre le maximum de personnes pour le faire « même si cela pourrait me coûter des critiques et des insultes ».

Au Liban d’aujourd’hui, les forces de la société civile peinent à s’imposer, et le vote pour les partis traditionnels semble se maintenir, même sans grande ferveur.

Le fantôme de l’abstention
De tout temps, Nour dénonce le confessionnalisme qui est au cœur du système politique libanais. « Tous ont alimenté le clientélisme et le communautarisme. Ils ont préservé les intérêts de leurs clientèles au détriment de ceux de l’État ». Pourtant, à la veille des élections législatives, elle veut voter utile : « voter FL (Forces libanaises, parti chrétien qui s’oppose au Hezbollah chiite et son allié le CPL) pour le soutenir face à la présence du parti chiite, c’est stratégique », selon Nour.
Pour elle, le Hezbollah est la principale cause du naufrage du Liban. C’est ce que « ses oncles lui ont toujours dit ». Les propos de Nour viennent nous rappeler qu’au Liban, aujourd’hui, les opinions politiques se transmettent toujours en famille, sur la base de réflexes communautaires persistants. « J’aurais voté pour les candidats de la société civile s’ils portaient un projet plus sérieux pour désarmer la milice chiite », explique la jeune femme. Pour Nour, le Liban est « condamné du fait de la mainmise du Hezbollah sur l’État », et son vote utile ira à ceux qui selon elle, sont « capables de contrer le projet de ce parti qui non seulement veut dominer le pays, mais qui souhaite le remodeler à son image qui n’a rien de libanais ».

Malgré les désillusions, le retour au vote partisan et le repli sur le vote utile, militants et candidats de la société civile tentent d’imposer un nouveau tempo aux législatives de 2022 au Liban. Ils se sont présentés en masse, souvent désunis, et tentent de mobiliser des générations de jeunes votants en reprenant les slogans d’octobre 2019. Si leur ennemi déclaré est le système et ses forces qui ont conduit le pays à la débâcle, leur principal rival dimanche sera sans doute l’abstention.


Israël va «intensifier» ses opérations au Liban, après avoir détruit un pont reliant Tyr au reste du pays

Israël va «intensifier» ses opérations au Liban, après avoir détruit un pont reliant Tyr au reste du pays
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  • Des images de l'AFP ont montré de la fumée s'élever après l'attaque contre le pont de Qasmiyeh, situé sur la principale route côtière reliant la région de Tyr au reste du pays
  • Le président libanais Joseph Aoun a aussitôt "condamné le ciblage et la destruction par Israël d'infrastructures et d'installations vitales"

BEYROUTH: Israël a annoncé dimanche qu'il allait "intensifier" ses opérations terrestres au Liban et étendre son "contrôle" sur le terrain, après avoir détruit un pont stratégique dans le sud du pays, utilisé selon lui par le Hezbollah pro-iranien.

Des images de l'AFP ont montré de la fumée s'élever après l'attaque contre le pont de Qasmiyeh, situé sur la principale route côtière reliant la région de Tyr au reste du pays.

Le président libanais Joseph Aoun a aussitôt "condamné le ciblage et la destruction par Israël d'infrastructures et d'installations vitales".

"Ces attaques représentent une escalade dangereuse et une violation flagrante de la souveraineté du Liban, et sont considérées comme un prélude à une invasion terrestre", a-t-il estimé dans un communiqué.

Peu de temps après ces déclarations, l'armée israélienne a annoncé intensifier ses "opérations terrestres ciblées" et ses frappes.

"L'opération contre l'organisation terroriste Hezbollah ne fait que commencer (...) Il s'agit d'une opération de longue haleine et nous y sommes préparés", a affirmé le chef d'état-major, le lieutenant-général Eyal Zamir.

"Nous n'arrêterons pas avant que la menace ne soit repoussée loin de la frontière et qu'une sécurité à long terme soit assurée aux habitants du nord d'Israël", a-t-il ajouté.

Dans un autre communiqué, le porte-parole de l'armée israélienne Effie Defrin a précisé que ces opérations terrestres débuteraient "dans la semaine".

"Nous commencerons à consolider notre emprise", a-t-il déclaré. "Nous allons étendre notre contrôle sur le terrain et nos manœuvres pour empêcher des tirs directs".

Détruire "tous les ponts" 

Le ministre de la Défense, Israël Katz, avait annoncé plus tôt avoir ordonné de "détruire immédiatement tous les ponts au-dessus du fleuve Litani qui servent à des activités terroristes, afin d'empêcher le passage (...) du Hezbollah et d'armes vers le sud".

D'après l'agence nationale d'information libanaise, l'Ani, quatre frappes ont visé le pont de Qasmiyeh, le rendant impraticable. Ces frappes ont également causé des dommages "aux réseaux électriques, ainsi que de graves dégâts aux commerces, aux vergers et aux parcs situés à proximité du pont", précise l'Ani.

L'armée israélienne avait déjà indiqué mercredi avoir détruit deux ponts sur le fleuve, qui traverse le Liban à une trentaine de kilomètres de la frontière avec Israël, dans le cadre de son offensive contre le Hezbollah, organisation chiite libanaise.

Plus tôt dimanche, les secours israéliens avaient annoncé la mort d'un civil près de la frontière.

Le Hezbollah a revendiqué avoir ciblé des soldats, mais l'armée israélienne a ouvert une enquête pour déterminer si cette mort était liée à un tir de ses propres soldats.

Il s'agit de la première victime civile sur la frontière nord du pays depuis le début de la guerre entre le mouvement libanais et Israël début mars.

"Deux véhicules se sont entièrement embrasés après un impact direct dans le kibboutz de Misgav Am: les pompiers ont dégagé une victime décédée sur les lieux", ont précisé les services de secours de cette région.

Le 8 mars, deux soldats israéliens avaient été tués par des tirs du Hezbollah dans le sud du Liban, tout près de la frontière.

Destructions de maisons 

Le Hezbollah est entré dans la guerre au Moyen-Orient le 2 mars pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué au premier jour des frappes israélo-américaines sur Téhéran.

Depuis, Israël mène des représailles massives à travers une vaste campagne de frappes aériennes sur le Liban et des avancées terrestres dans une zone tampon le long de la frontière, qui ont fait plus d'un millier de morts et plus d'un million de déplacés.

Selon Israël Katz, l'armée va aussi "accélérer la destruction des maisons libanaises dans les villages de contact" à la frontière, "afin de contrer les menaces qui pèsent sur les communautés israéliennes".

D'après l'agence Ani, les forces israéliennes ont détruit "un certain nombre de maisons" dans le village de Taybeh. Le Hezbollah a lui annoncé avoir pris pour cible des soldats israéliens dans la ville frontalière de Khiam, où des affrontements ont lieu depuis plusieurs jours, ainsi qu'à Maroun al-Ras, Marwahin et dans d'autres zones frontalières avec Israël.

L'Ani a aussi rapporté plusieurs frappes ailleurs dans le sud, notamment dans la localité stratégique de Khiam et la ville côtière de Naqoura, mais aussi dans la vallée de la Bekaa (est).

 

 


L'Arabie saoudite et ses voisins du Golfe à nouveau attaqués

La région de Ryad en Arabie saoudite a été visée par deux missiles balistiques, a annoncé lundi le ministère de la Défense du royaume au 24e jour de la guerre au Moyen-Orient, d'autres pays du Golfe faisant également état de tirs iraniens vers leurs territoires. (AFP)
La région de Ryad en Arabie saoudite a été visée par deux missiles balistiques, a annoncé lundi le ministère de la Défense du royaume au 24e jour de la guerre au Moyen-Orient, d'autres pays du Golfe faisant également état de tirs iraniens vers leurs territoires. (AFP)
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  • Un des missiles a été intercepté et l'autre est tombé dans une zone inhabitée, a précisé le ministère saoudien
  • Aux Emirats arabes unis, autre pays régulièrement visé par Téhéran depuis le début de la guerre, le ministère de la Défense a annoncé lundi qu'il "réagissait actuellement à des menaces de missiles et de drones en provenance d'Iran"

RYAD: La région de Ryad en Arabie saoudite a été visée par deux missiles balistiques, a annoncé lundi le ministère de la Défense du royaume au 24e jour de la guerre au Moyen-Orient, d'autres pays du Golfe faisant également état de tirs iraniens vers leurs territoires.

Un des missiles a été intercepté et l'autre est tombé dans une zone inhabitée, a précisé le ministère saoudien.

Aux Emirats arabes unis, autre pays régulièrement visé par Téhéran depuis le début de la guerre, le ministère de la Défense a annoncé lundi qu'il "réagissait actuellement à des menaces de missiles et de drones en provenance d'Iran", expliquant que "les bruits entendus sont le résultat de l'interception de missiles et de drones par les systèmes de défense aérienne".

Une alerte a également été déclenchée à Bahreïn. "Les citoyens et les résidents sont invités à rester calmes et à se rendre à l'endroit sûr le plus proche", a indiqué le ministère de l'Intérieur du pays sur les réseaux sociaux.

Les pays du Golfe, qui se sont longtemps présentés comme des oasis de sécurité et de stabilité dans une région en proie aux conflits, ont été entraînés dans la guerre au Moyen-Orient alors que la République islamique riposte aux frappes américano-israéliennes.

L'Iran a pris pour cible des installations militaires américaines ainsi que des infrastructures civiles, notamment des aéroports, des ports et des installations pétrolières autour du Golfe.

 


Les autorités saoudiennes saluent le succès du plan opérationnel durant le Ramadan

Des fidèles musulmans se rassemblent autour de la Kaaba, le sanctuaire le plus sacré de l’islam, dans l’enceinte de la Grande Mosquée de la ville sainte de La Mecque. (AFP)
Des fidèles musulmans se rassemblent autour de la Kaaba, le sanctuaire le plus sacré de l’islam, dans l’enceinte de la Grande Mosquée de la ville sainte de La Mecque. (AFP)
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  • L’autorité souligne que ce succès repose sur un système opérationnel intégré fondé sur une planification proactive, une coordination entre les services, la sécurité, les opérations et la santé, ainsi qu’une exécution efficace sur le terrain

LA MECQUE : L’Autorité générale pour la gestion des Deux Saintes Mosquées a salué le succès de son plan opérationnel pour le Ramadan, mettant en avant la capacité du Royaume à gérer l’une des opérations de foule les plus vastes et complexes au monde.

Des millions de pèlerins ont visité les deux saintes mosquées durant le Ramadan, bénéficiant d’un flux de fidèles et de services fluide et minutieusement organisé, reflétant l’engagement du Royaume à leur service.

L’autorité a souligné que ce succès est le fruit d’un système opérationnel intégré reposant sur une planification proactive, une coordination entre les entités de service, de sécurité, opérationnelles et sanitaires, ainsi qu’une exécution efficace sur le terrain.

Cette approche a permis une gestion très efficace des foules et la fourniture de services de haute qualité, améliorant l’expérience spirituelle des fidèles et des visiteurs.

Au cours des dix derniers jours du mois sacré, plus de 18 000 agents et près de 6 000 véhicules ont été mobilisés, alors que les fidèles entamaient l’itikaf dans les deux saintes mosquées.

Durant cette période, divers services leur ont été fournis, notamment orientation, soins de santé, traduction, hospitalité et fournitures essentielles, afin de garantir une expérience confortable et spirituellement enrichissante. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com