Psychologie du vote libanais: 2022, encore une revanche de la classe politique ?

Des jeunes libanais se rassemblent autour du Poing de la Révolution, symbole du soulèvement libanais d'octobre 2019. (AFP)
Des jeunes libanais se rassemblent autour du Poing de la Révolution, symbole du soulèvement libanais d'octobre 2019. (AFP)
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Publié le Samedi 14 mai 2022

Psychologie du vote libanais: 2022, encore une revanche de la classe politique ?

  • Le problème principal est une question d’identité, estime le psychanalyste Chawki Azouri
  • Une partie des Libanais se trouvent en situation de soumission aveugle devant leur leader

BEYROUTH: À la veille des législatives libanaises du dimanche 15 mai, la campagne électorale semble bien loin de l’esprit révolutionnaire qui a balayé le pays en octobre 2019, puis en août 2020 après l’explosion au port de Beyrouth. Les partis et les chefs traditionnels ont repris le dessus. Les dirigeants issus de la société civile sont divisés et la population semble être revenue à son apathie antérieure et à son suivisme coutumier.

Les Libanais, toutes confessions confondues, étaient descendus en masse dans la rue pour manifester contre la classe politique, constituée dans sa majorité d’anciens chefs de guerre ou de leaders féodaux qui dirigent le pays depuis près d’un demi-siècle. Tous ont été accusés de corruption, de népotisme, de clientélisme, de mauvaise gouvernance…

Deux ans après le soulèvement du 17 octobre 2019, la situation continue de se dégrader rapidement. La livre libanaise a fortement chuté. Plus de la moitié de la population du Liban est «prise au piège de la pauvreté», selon un rapport publié en août 2021 par la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale (Cesao, ou «Escwa» en anglais).

Un problème d’identité

«Il y a aujourd’hui une déception, une désillusion de la part d’un grand nombre de Libanais», explique le psychanalyste Chawki Azouri à Arab News en français. Ce retour en arrière vient du fait qu’il n’y a pas une alternative crédible. «Le mouvement révolutionnaire reste fragile. Il n’y a pas eu un projet politique qui a pu unir les Libanais et remplacer les projets des leaders communautaires», ajoute-t-il. Ces derniers combattent tout discours qui propose une identité nationale commune, puisqu’ils tirent leur légitimité et leur pouvoir du contexte confessionnel dans lequel ils règnent sans partage sur leur groupe depuis des décennies. «Ils savent toucher la fibre confessionnelle et jouer sur le sentiment religieux. Et c’est typique du leader populiste, partout dans le monde», précise le psychanalyste libanais.

Les raisons de cette déconfiture retentissante au niveau national sont multiples. Le système confessionnel, consacrant le partage du pouvoir entre les différentes communautés religieuses, a exacerbé la rivalité entre elles pour le partage du gâteau, entraînant une pratique politique minée par le clientélisme et la corruption.

«Le problème principal est une question d’identité. Le repli identitaire est lié au difficile établissement d’une identité libanaise qui précèderait l’appartenance aux communautés religieuses. Il y a un réel problème chez les Libanais concernant leur identité nationale qui n’arrive pas à s’affirmer face aux identités confessionnelles. Ils sont d’abord sunnites, chiites, druzes, maronite… Et c’est là où le bât blesse», explique Chawki Azouri.

De son côté, le sociologue Melhem Chaoul précise: «Le problème, c’est que la société libanaise n’a pas créé un État de droit, mais une sorte de confédération tribalo-confessionnelle. On n’a pas déstructuré les liens traditionnels pour que les gens se regroupent en fonction de nouvelles bases de solidarité.»

Généralement, en période de paix et de prospérité, les appartenances deviennent plus souples, plus ouvertes. En revanche, en période de crise, qu’il s’agisse de la guerre ou, comme aujourd’hui, d’une crise financière et économique foudroyante pour les Libanais, le repli identitaire s’accentue et les positions se polarisent. Pour Melhem Chaoul: «Il faut que la société accepte de nouvelles formes de protection. Il faut en finir avec l’identitaire et les menaces identitaires.»

Servitude face au leader

Deux ans après, et contrairement aux espérances, le soulèvement populaire de 2019 au Liban ne semble pas avoir brisé les liens fondamentaux entre les Libanais et leurs chefs traditionnels. Bien au contraire, le contexte électoral de 2022 au Liban sonne comme une revanche de la classe de leaders politique sur toute possibilité de changement structurel. Le leader politique traditionnel réussit à se repositionner de nouveau comme défenseur ultime de sa communauté et de son identité en danger.

Les intérêts et la dignité du zaïm redeviennent une ligne rouge pour ses partisans, et l’on se retrouve ainsi, de nouveau, dans une situation de soumission aveugle devant le leader. «Sigmund Freud, le père de la psychanalyse, explique la servitude face au leader, quand les individus projettent sur leur chef leur figure idéale. Le leader devient un ramassis de figures idéales individuelles, d’où la force phénoménale du dirigeant tel qu’on le voit actuellement au Liban, aux dépens de l’individu qui s’efface complétement. C’est ainsi que la foule s’appauvrit et que le chef se renforce», explique Chawki Azouri.

«En psychanalyse, dès qu’on est en groupe (plus de trois personnes), il y a un phénomène qui rabaisse le quotient intellectuel des individus. Ce qui peut expliquer partiellement pourquoi, durant la campagne électorale, beaucoup de gens sont entraînés par les sentiments (la peur et la colère) au détriment d’une analyse rationnelle et logique», ajoute-t-il. Ce phénomène augmente aussi quand une personne est assujettie au discours collectif depuis son enfance, de père en fils, sans qu’il puisse remettre en cause le discours des parents.

La classe politique libanaise est enracinée dans le système institutionnel étatique qu’elle a complètement gangrené. Elle a réussi l’établissement d’un système de clientélisme bien rodé en s’accaparant les ressources du pays qu’elle se partage, et en se posant souvent comme un passage obligé pour l’obtention d’un travail, d’un contrat, d’un service…

Les gens qui suivent le zaïm le font de manière instinctive et pas du tout rationnelle, explique Chawki Azouri en concluant qu’«il faudrait parvenir à un niveau social et à une maturité nationale qui place le projet politique, l’espoir d’un changement avant le suivisme instinctif des gens, afin d’estimer les leaders politiques à leur juste valeur».


Liban: Israël vise un commandant de haut rang du Hezbollah dans la banlieue de Beyrouth

Israël a mené mercredi soir une frappe sur la banlieue sud de Beyrouth pour la première fois depuis près d'un mois, tuant un commandant de haut rang du Hezbollah, selon une source proche de la formation pro-iranienne. (AFP)
Israël a mené mercredi soir une frappe sur la banlieue sud de Beyrouth pour la première fois depuis près d'un mois, tuant un commandant de haut rang du Hezbollah, selon une source proche de la formation pro-iranienne. (AFP)
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  • Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a confirmé de son côté une frappe visant à "neutraliser le commandant" de cette unité, sans préciser son identité, dans un communiqué conjoint avec le ministre de la Défense
  • Le bombardement a eu lieu dans le quartier de Ghobeiri, dans la banlieue sud de la capitale libanaise, bastion du mouvement chiite, selon l'Agence nationale d'information (ANI, officielle)

BEYROUTH: Israël a mené mercredi soir une frappe sur la banlieue sud de Beyrouth pour la première fois depuis près d'un mois, tuant un commandant de haut rang du Hezbollah, selon une source proche de la formation pro-iranienne.

Par ailleurs, au moins 11 personnes ont été tuées mercredi dans des frappes sur le sud et l'est du Liban, selon le ministère de la Santé, alors que Israël poursuit ses opérations malgré la trêve entrée en vigueur le 17 avril.

Une frappe à Saksakiyeh, entre Saïda et Tyr, a notamment fait quatre morts et 33 blessés, dont six enfants, selon le ministère.

D'autre part, quatre soldats israéliens en opération dans le sud du Liban ont été blessés, dont un grièvement, mercredi, par un drone explosif, selon un communiqué militaire israélien publié jeudi.

A Beyrouth, "Malek Ballout, commandant des opérations de la force al-Radwan", l'unité d'élite du groupe, a été tué, a déclaré à l'AFP la source proche du Hezbollah.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a confirmé de son côté une frappe visant à "neutraliser le commandant" de cette unité, sans préciser son identité, dans un communiqué conjoint avec le ministre de la Défense.

Le bombardement a eu lieu dans le quartier de Ghobeiri, dans la banlieue sud de la capitale libanaise, bastion du mouvement chiite, selon l'Agence nationale d'information (ANI, officielle).

De la fumée s'est élevée du quartier visé, ont constaté des journalistes de l'AFP qui ont vu des habitants quitter les lieux avec leurs effets personnels.

De nombreux Libanais ont déjà fui cette banlieue au début des hostilités le 2 mars, quand le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale en visant Israël, en représailles à l'offensive israélo-américaine sur l'Iran.

D'après une source de sécurité libanaise s'exprimant sous couvert d'anonymat, la frappe a ciblé un appartement où se tenait une réunion de responsables de la force al-Radwan.

Depuis le 8 avril, date à laquelle l'aviation israélienne avait mené des frappes massives sur le Liban, faisant plus de 350 morts, Beyrouth et sa banlieue n'avaient plus été visées.

"Chaque occasion" 

Le Hezbollah a pour sa part annoncé avoir ciblé des forces et véhicules israéliens dans plusieurs localités frontalières du sud du Liban, affirmant riposter à "la violation du cessez-le-feu par l'ennemi israélien".

Au terme de l'accord de cessez-le-feu, rendu public par le département d'Etat américain, Israël "se réserve le droit de prendre, à tout moment, toutes les mesures nécessaires en légitime défense contre des attaques planifiées, imminentes ou en cours" du Hezbollah.

"Nous saisirons chaque occasion pour approfondir le démantèlement du Hezbollah et continuer à l'affaiblir", a averti le chef de l'armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, venu rendre visite aux soldats israéliens déployés dans le sud.

Les frappes israéliennes au Liban ont fait près de 2.700 morts, plus de 8.200 blessés et un million de déplacés depuis début mars.

Sur cette période, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) "a vérifié 152 attaques contre des structures de santé, qui ont fait 103 morts et 241 blessés", selon son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

"Ces attaques ont entraîné la fermeture de trois hôpitaux et de 41 centres de soins (...) et endommagé 16 autres hôpitaux", a-t-il précisé sur X.


Huit morts dans l'incendie d'un centre commercial près de Téhéran

Au moins huit personnes ont été tuées et une quarantaine blessées dans l'incendie d'un centre commercial dans une ville proche de Téhéran, a rapporté mercredi la télévision d'Etat. (AFP)
Au moins huit personnes ont été tuées et une quarantaine blessées dans l'incendie d'un centre commercial dans une ville proche de Téhéran, a rapporté mercredi la télévision d'Etat. (AFP)
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  • Le parquet a ouvert une enquête afin de déterminer les raisons de ce drame et a délivré un mandat d'arrêt contre le constructeur du bâtiment
  • Les incendies sont fréquents en Iran mais font rarement des victimes

TEHERAN: Au moins huit personnes ont été tuées et une quarantaine blessées dans l'incendie d'un centre commercial dans une ville proche de Téhéran, a rapporté mercredi la télévision d'Etat.

L'incendie a débuté mardi dans ce centre commercial de la ville d'Andisheh qui héberge 250 commerces et une cinquantaine de bureaux situé à une trentaine de kilomètres de la capitale, selon les autorités locales.

Des images diffusées mardi par les médias iraniens montraient plusieurs étages en flammes, laissant s'échapper d'épaisses fumées noires.

Le parquet a ouvert une enquête afin de déterminer les raisons de ce drame et a délivré un mandat d'arrêt contre le constructeur du bâtiment.

Les incendies sont fréquents en Iran mais font rarement des victimes.

En juin 2020, une puissante explosion provoquée par des bonbonnes de gaz qui avaient pris feu dans une clinique du nord de Téhéran avait fait au moins 19 morts.

En janvier 2017, un incendie dans un centre commercial de 15 étages à Téhéran avait fait au moins 22 morts, dont 16 pompiers.


Israël appelle à l'évacuation de 12 villages du sud du Liban 

Plus de 2.700 personnes ont été tuées dans les frappes israéliennes depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah le 2 mars, selon les autorités libanaises. L'armée israélienne a dénombré 17 soldats et un contractuel tués dans le sud du Liban. (AFP)
Plus de 2.700 personnes ont été tuées dans les frappes israéliennes depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah le 2 mars, selon les autorités libanaises. L'armée israélienne a dénombré 17 soldats et un contractuel tués dans le sud du Liban. (AFP)
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  • Israël affirme avoir le droit selon les termes de la trêve de frapper à l'intérieur d'un secteur délimité par une "ligne jaune" qu'elle appelle "zone de sécurité", qui s'étend sur une dizaine de km depuis la frontière
  • La plupart des villages désignés par le porte-parole se trouvent cependant bien au-delà de cette zone

JERUSALEM: L'armée israélienne a appelé mercredi à l'évacuation de 12 villages du sud du Liban, avant de probables frappes visant selon elle le mouvement pro-iranien Hezbollah.

"Pour votre sécurité, vous devez évacuer vos maisons immédiatement et vous éloigner (...) d'au moins 1.000 mètres vers des zones dégagées", a écrit sur son compte X Avichai Adraee, le porte-parole de l'armée israélienne en langue arabe.

Israël et le Hezbollah s'accusent régulièrement de violer le cessez-le-feu, entré en vigueur le 17 avril.

Israël affirme avoir le droit selon les termes de la trêve de frapper à l'intérieur d'un secteur délimité par une "ligne jaune" qu'elle appelle "zone de sécurité", qui s'étend sur une dizaine de km depuis la frontière.

La plupart des villages désignés par le porte-parole se trouvent cependant bien au-delà de cette zone.

Plus de 2.700 personnes ont été tuées dans les frappes israéliennes depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah le 2 mars, selon les autorités libanaises. L'armée israélienne a dénombré 17 soldats et un contractuel tués dans le sud du Liban.