Alors que les pourparlers sur le nucléaire iranien sont dans l'impasse, Washington doit trancher

Les discussions avec Téhéran ont conduit le monde au bord d'un deuxième accord sur les capacités nucléaires de Téhéran (Photo, AFP).
Les discussions avec Téhéran ont conduit le monde au bord d'un deuxième accord sur les capacités nucléaires de Téhéran (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 04 mai 2022

Alors que les pourparlers sur le nucléaire iranien sont dans l'impasse, Washington doit trancher

  • La stratégie de négociation indirecte de Biden à Vienne semble avoir peu contribué à contenir les ambitions régionales de l'Iran
  • Les responsables américains estiment que l'Iran pourrait être à quelques semaines de la fabrication d'une bombe, ce qui renforcerait l'influence de Téhéran

WASHINGTON: Les responsables de la Maison Blanche estiment que l'Iran se rapproche de plus en plus du seuil de puissance nucléaire et qu'il pourrait être à quelques semaines seulement de produire suffisamment de matières fissiles et la technologie nécessaire afin de fabriquer et livrer une charge nucléaire.
Si Téhéran parvenait à raccourcir considérablement la période de transition vers la fabrication d'une bombe nucléaire, il disposerait d'un levier et d'un pouvoir de négociation considérables dans les futures négociations, alors même qu'il cherche à exercer une hégémonie sur le Moyen-Orient, conformément à sa grande stratégie.
Malgré les efforts concertés de l'administration Biden pour inciter l'Iran à revenir à l'accord nucléaire de 2015, les négociations indirectes entre les deux parties se sont heurtées à un obstacle en raison de l'insistance de Téhéran pour que le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) soit retiré de la liste américaine des organisations terroristes étrangères désignées.
Jason Brodsky, directeur politique de United Against Nuclear Iran, un groupe de défense basé à Washington, estime que l'Iran a été libre de faire avancer son programme nucléaire parce que les puissances occidentales n'ont pas eu la volonté de fixer des conditions fermes.
«En ce qui concerne la recherche et la production de centrifugeuses avancées, l'Iran a fait des progrès significatifs au cours de l'année dernière, en particulier après avoir commencé à enrichir l'uranium à 60%, et dans sa production d'uranium métal», a déclaré Brodsky à Arab News.
«Tout cela s'est produit parce que les Iraniens ont testé les lignes rouges de la communauté internationale et ont découvert que ce que l'on pensait être des lignes rouges ne l'étaient pas vraiment.»
Si l'on se fie à l'histoire récente du Moyen-Orient, l'accord nucléaire conclu avec l'Iran sous l'ère Obama, connu officiellement sous le nom de Plan d'action global conjoint, n'a pas apaisé la soif du régime iranien pour les armes nucléaires ou la domination régionale.
Le président américain, Joe Biden, espère revenir sur la décision prise par son prédécesseur en 2018, de retirer les États-Unis de l'accord nucléaire de 2015. L'administration Trump estimait que l'accord ne permettait guère d'empêcher Téhéran d'obtenir une arme nucléaire, de ralentir son programme de missiles balistiques ou de mettre un terme à ses activités malveillantes à travers le Moyen-Orient.
Selon Brodsky, même après l'expérience peu réjouissante des sanctions paralysantes imposées à l'économie iranienne par l'administration Trump à la suite du retrait du JCPOA, le régime iranien nourrit toujours des ambitions nucléaires.
«L'Iran continuera sur cette voie. Téhéran augmente ses capacités dans la production de centrifugeuses, avec des lignes de production et des capacités étendues, selon les récentes observations du directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique. On peut le constater à Natanz ainsi que sur un nouveau site distinct à Ispahan», poursuit Brodsky.
Les négociations menées à Vienne entre l'Iran, les États-Unis et les autres cosignataires initiaux du JCPOA, la Chine, la France, l'Allemagne, la Russie et le Royaume-Uni, ainsi que l'UE, sont au point mort. Selon Brodsky, Téhéran cherche délibérément à gagner du temps, dans l'espoir de renforcer sa position dans les négociations.

Téhéran cherche délibérément à gagner du temps dans l'espoir de renforcer sa position dans les négociations. (Photo, AFP)


«Depuis plus d'un an, les Iraniens font traîner les négociations dans le but de faire avancer leur programme nucléaire de manière à obtenir un accord plus court et plus faible pour l'Occident, tout en obtenant un accord plus solide pour eux-mêmes sous la forme d'un allègement des sanctions non nucléaires», a-t-il souligné.
Alors que la communauté internationale est préoccupée par le conflit en Ukraine et la menace d'une confrontation armée entre la Russie et l'Otan, un moment décisif se profile, lorsque Washington devra décider si les négociations avec Téhéran sont dans l'impasse.
Andrea Stricker, chargée de recherche à la Fondation pour la défense des démocraties, estime que l'Iran se rapproche rapidement d'une phase nucléaire qui ne peut être réglée ultérieurement par un accord édulcoré.
«Il est inquiétant de constater que Téhéran est sur le point d'accumuler suffisamment d'uranium enrichi pour fabriquer une arme nucléaire, mais l'intention de Washington semble être d'effrayer les destinataires de ce message pour qu'ils soutiennent la relance de l'accord avec l'Iran», a-t-elle déclaré à Arab News.
«L'Iran a presque assez d'uranium enrichi à 60% pour une bombe atomique, qui ne nécessite pas d'enrichissement supplémentaire pour atteindre la qualité militaire. Et, globalement, il a assez d'uranium enrichi pour fabriquer au moins quatre bombes.»
Elle a affirmé que la solution au problème n'est pas un accord «qui prévoit un allègement des sanctions de plusieurs milliards de dollars pour Téhéran et lui permet d'accroitre son programme d'enrichissement de l'uranium à partir de 2024».
Selon Stricker, l'accord proposé par Biden pourrait signifier l’absence de restrictions sur le développement des centrifugeuses iraniennes avancées à partir de 2024, ce qui permettrait de raccourcir considérablement le délai de lancement d'une bombe par rapport au JCPOA initial.
«Selon les termes de l'accord rapporté, le temps de rupture de l'Iran ne s'étendrait qu'à environ quatre mois, et non à au moins sept mois, comme en 2015», a-t-elle prévenu.

Si l’Iran parvient à raccourcir considérablement la période de transition vers la fabrication d'une bombe nucléaire, il disposerait d’un moyen de pression considérable (Photo, AFP).


«L'Iran est autorisé à ajouter 400 centrifugeuses par an à son stock de centrifugeuses avancées à partir de 2024. À la fin de l'accord, Téhéran atteindra le seuil de l'arme nucléaire, et il sera impossible de l’arrêter s'il choisissait d'éclater.»
Par crainte d'un assaut préventif de ses ennemis, Téhéran semble placer ses centrifugeuses les plus avancées plus profondément sous terre, hors de portée des surveillants internationaux, des saboteurs et des frappes de missiles.
Cette stratégie renforce les soupçons latents selon lesquels les efforts de l'Iran en matière de production de centrifugeuses, de recherche sur l’enrichissement et de production servent des fins militaires et non des objectifs strictement civils, comme le prétend le régime.
«L'Iran relance la production de centrifugeuses avancées dans deux installations souterraines que Téhéran a déplacées pour rendre les sites résistants au sabotage ou aux frappes militaires», a assuré Stricker.
«Théoriquement, l'Iran pourrait utiliser environ 650 centrifugeuses IR-6, par exemple, et les stocks existants d'uranium enrichi pour fabriquer très rapidement de l'uranium de qualité militaire. Ces deux installations de fabrication de centrifugeuses ne sont pas actuellement sous le contrôle de l'AIEA, de sorte que le monde n'a aucune garantie que Téhéran ne détourne pas des centrifugeuses pour une usine d'enrichissement clandestine.»
Parmi les partisans d'un accord nucléaire Biden qui cède à la demande de l'Iran d'annuler la désignation terroriste du CGRI, on trouve Ben Rhodes, qui était conseiller adjoint à la sécurité nationale de l'ancien président Barack Obama. Rhodes a récemment déclaré publiquement que la désignation terroriste constituait un obstacle trop pesant à un accord qui serait bénéfique aux intérêts de la sécurité nationale des États-Unis. Les faits, cependant, racontent une histoire différente.
Selon les données compilées par l'Institut juif pour la sécurité nationale d'Amérique, les agressions iraniennes, plus précisément les frappes de missiles, les confrontations navales, les cyberattaques, les enlèvements et les essais d'armes, ont doublé depuis que Biden est entré en fonction. Rien ne prouve que le désir exprimé par l'équipe de Biden de relancer l'accord nucléaire et d'offrir des incitations considérables en matière de sanctions et d'inspections nucléaires ait modéré le comportement du régime iranien ou freiné sa tendance à la violence, ajoute le rapport.
Brodsky a toutefois souligné que «l'administration Biden dispose d'options politiques alternatives : une combinaison de sanctions, d'application agressive des sanctions, d'isolement diplomatique, d'action secrète, de dissuasion et d'une option militaire crédible en est certainement une».
«Il y a maintenant un plus grand réalignement avec les trois membres fondateurs de l’Union européenne (la France, l'Allemagne et l'Italie) sur la politique iranienne, et Washington devrait utiliser cette dynamique pour s’éloigner du JCPOA.»

Le JCPOA n'a pas apaisé la soif du régime de Téhéran pour les armes nucléaires ou la domination régionale (Photo, AFP).


Les détracteurs de la politique de l'administration Biden à l'égard de l'Iran affirment que le maintien de la désignation d'organisation terroriste étrangère (FTO) du CGRI sert des intérêts américains qui vont au-delà du cadre d'un accord nucléaire avec l'Iran.
«Il y a une importante opposition bipartisane à la suppression de la désignation d'organisation terroriste étrangère», a révélé Brodsky.
«Cela provoquerait sans doute une tempête si l'administration Biden, au cours d'une année d'élection de mi-mandat, retirait le CGRI de la liste des FTO. Et, en fin de compte, je m'interroge sur la quantité de capital politique que l'administration Biden veut dépenser pour relancer cet accord.»
Stricker croit que les dirigeants iraniens prennent des risques en espérant que les négociateurs américains finiront par céder, en grande partie parce que l'Iran n'a pas été confronté à de véritables sanctions pour avoir échappé aux sanctions ou pour ses avancées nucléaires clandestines.
«L'AIEA n'a pas été en mesure d'achever son enquête sur la question de savoir si le programme iranien a une dimension militaire, c'est pourquoi la proposition de l'accord d'assouplir progressivement les restrictions en matière d'enrichissement n'a aucun sens», a-t-elle avisé.
Selon Stricker, si l'administration Biden veut mettre un terme à sa chute dans les sondages, elle doit fixer des conditions beaucoup plus fermes pour l'Iran en échange d'un allègement des sanctions et d'une relance de l'accord nucléaire.
Elle a souligné qu'«une réinitialisation de la politique nécessite l'abandon de toute légalisation du programme d'enrichissement de l'Iran et d'exiger une transparence totale, ainsi que l'accès à l'AIEA. Téhéran devrait prouver au monde que le programme nucléaire est entièrement pacifique avant d'obtenir un allègement des sanctions.»
De l'avis général, il est peu probable que l'Iran opte pour la voie la plus directe et la plus étroite. Lundi, Ali Bahadori Jahromi, porte-parole du gouvernement iranien, a déclaré aux médias officiels que l'Iran avait l'intention de poursuivre les négociations en vue d'un accord nucléaire jusqu'à ce que ses «intérêts nationaux soient entièrement et complètement protégés».
L'administration Biden pourrait donc être amenée à réévaluer rapidement l'utilité d'offrir à l'Iran pratiquement tout ce qu'il demande sur un plateau d'argent et, au lieu de cela, à commencer à tracer une nouvelle voie politique qui tienne compte de la dure réalité du développement continu d'armes nucléaires par le régime iranien.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


La Syrie accuse Israël de vouloir la «déstabiliser» après une incursion et des frappes meurtrières

 Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG. (AFP)
Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG. (AFP)
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  • Des frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée
  • Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays

DAMAS: Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz,  dont le pays a mené des centaines de frappes en Syrie depuis la chute du pouvoir de Bachar al-Assad le 8 décembre, a averti le dirigeant syrien, Ahmad al-Chareh, qu'il paierait un "lourd tribut" si la sécurité d'Israël était menacée.

"Cette escalade injustifiée constitue une tentative préméditée de déstabiliser la Syrie", a pour sa part accusé le ministère syrien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Des frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée.

Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays.

Le ministère syrien a affirmé que l'aéroport avait été "presque entièrement détruit" et évoqué des "dizaines de blessés civils et militaires".

"Protectorat turc" 

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), basé au Royaume-Uni mais qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie, quatre militaires ont été tués et 12 blessés dans les raids contre l'aéroport de Hama.

Un correspondant de l'AFP a vu au moins un avion militaire calciné dans un hangar, et des véhicules militaires, dont un transportant un système de défense anti-aérienne, gravement endommagés.

Un bâtiment du centre de recherche scientifique à Barzé, dans la banlieue de Damas, également visé, a été détruit, selon un correspondant de l'AFP.

En Israël, l'armée a affirmé avoir "frappé les capacités militaires dans les bases syriennes de Hama et T4, dans la province de Homs, ainsi que d'autres infrastructures militaires dans la région de Damas".

Une source syrienne proche du dossier a indiqué à l'AFP que la Turquie, alliée des nouvelles autorités syriennes, tente d'établir des "positions militaires" en Syrie dont une "à l'intérieur de la base T4".

Lors d'une conférence de presse à Paris, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a imputé à la Turquie "un rôle négatif en Syrie" et "au Liban". "Nous ne pensons pas que la Syrie devrait être un protectorat turc", a-t-il dit.

Appels au combat 

A Deraa, neuf personnes tuées au cours de l'incursion israélienne ont été inhumées jeudi, a rapporté un correspondant de l'AFP.

Les autorités de la province avaient annoncé leur décès après un bombardement israélien près de la ville de Nawa, à l'ouest de Deraa, ayant suivi une "incursion israélienne" dans la région, "où les forces de l'occupation ont pénétré pour la première fois aussi profondément".

Selon l'OSDH, il s'agit d'habitants de la région qui ont pris les armes après des appels lancés dans les mosquées à contrer l'avancée des troupes israéliennes.

L'armée israélienne a indiqué avoir répondu à des tirs dans le sud de la Syrie et ciblé plusieurs combattants qui ont été "éliminés" dans des frappes terrestres et aériennes.

"La présence d'armes dans le sud de la Syrie constitue une menace pour l'Etat d'Israël", a déclaré un porte-parole militaire israélien, ajoutant que l'armée "ne permettrait pas l'existence d'une menace militaire en Syrie".

Dès la chute de Bachar al-Assad évincé par une coalition de rebelles dominés par les islamistes, après plus de 13 ans de guerre civile, Israël a envoyé des troupes dans une zone tampon démilitarisée du Golan, dans le sud-ouest de la Syrie.

Il a aussi mené des centaines de frappes aériennes sur des sites militaires, affirmant vouloir empêcher que des armes ne tombent entre les mains des nouvelles autorités, qu'il qualifie de "jihadistes".

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, avait exigé fin février "la démilitarisation totale du sud de la Syrie" et affirmé qu'il ne tolérerait pas que les forces du nouveau pouvoir se déploient au sud de Damas.

Le 26 mars, six civils avaient déjà été tués après une incursion israélienne similaire dans la province de Deraa, selon les autorités locales.


La Défense civile de Gaza fait état d'au moins 15 morts dans une frappe israélienne dans le nord

L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza. (AFP)
L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza. (AFP)
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  • L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza.
  • "L'armée israélienne opère avec une grande force dans vos zones pour détruire l'infrastructure terroriste" du mouvement islamiste palestinien Hamas, a déclaré le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, dans un message sur son compte X

GAZA: La Défense civile de Gaza a indiqué qu'au moins 15 personnes avaient été tuées jeudi à l'aube dans des frappes aériennes israéliennes dans la partie nord du territoire palestinien, après un appel à évacuer de l'armée israélienne.

Le porte-parole de la Défense civile, Mahmoud Bassal, a déclaré que les frappes avaient visé plusieurs maisons dans le quartier de Choujaiya, dans la ville de Gaza. "Il y a encore un certain nombre de personnes piégées sous les décombres", a-t-il ajouté.

L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza.

"L'armée israélienne opère avec une grande force dans vos zones pour détruire l'infrastructure terroriste" du mouvement islamiste palestinien Hamas, a déclaré le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, dans un message sur son compte X.

"Vous devez évacuer ces zones immédiatement et vous rendre dans les abris connus dans l'ouest de la ville de Gaza", a-t-il ajouté.


Israël morcèle Gaza, accentue la pression sur le Hamas pour récupérer les otages

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
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  • Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte
  • Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore

JERUSALEM: Israël a annoncé mercredi que son armée avait commencé à morceler la bande de Gaza et à y saisir de larges zones de territoire pour forcer le mouvement islamiste palestinien Hamas à rendre les otages.

Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte, ont indiqué deux responsables du mouvement islamiste palestinien à l'AFP alors que les bombardements israéliens sur la bande de Gaza ont fait plus de 30 morts mercredi, dont des enfants, selon les secours locaux.

Le Hamas souhaite avancer sur une proposition egypto-qatarie prévoyant un cessez-le-feu de 50 jours, période pendant laquelle le mouvement islamiste libérerait "cinq soldats israéliens" en échange de la remise en liberté de quelque 2.250 prisonniers palestiniens détenus par Israël, a indiqué un de ces deux responsables sous le couvert de l'anonymat

Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore.

"Nous morcelons la bande de Gaza et nous augmentons la pression pas à pas, afin qu'ils nous rendent nos otages", a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Critiques des familles d'otages 

Appelant "les habitants de Gaza à agir maintenant pour chasser le Hamas et rendre tous les otages", le ministre de la Défense, Israël Katz, a menacé une nouvelle fois de confisquer au profit d'Israël de "vastes secteurs" conquis par l'armée à la faveur de l'élargissement de son offensive dans la bande de Gaza.

"Expliquez (...) comment vous comptez éviter la mise en danger des otages", a réagi le Forum des familles, la plus grande association de proches d'otages en Israël, en reprochant au gouvernement d'envoyer "davantage de soldats à Gaza" plutôt que "de libérer les otages par un accord et de mettre fin à la guerre"

De leur côté, une cinquantaine d'otages libérés et des proches d'otages ont estimé dans une lettre ouverte que "la pression militaire met en danger les otages".

"Où est le monde?" 

La guerre a été déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque sans précédent du Hamas ayant entraîné la mort de 1.218 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP basé sur des données officielles.

Sur les 251 personnes enlevées ce jour-là, 58 sont toujours otages à Gaza dont 34 sont mortes selon l'armée israélienne.

En riposte Israël a juré de détruire le Hamas et lancé une campagne de représailles militaires ayant fait au moins 50.423 morts, majoritairement des civils, selon les données du ministère de la Santé du Hamas pour Gaza, jugées fiables par l'ONU.

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours.

Le centre sert de refuge à 160 familles déplacées, a indiqué l'Unrwa.

"Les martyrs sont des jeunes, des garçons et des filles. De quel droit il les tuent? Ils ont visé directement la clinique. Où sont les Nations unies, où est le monde?" a lancé Abou Ahmed Jaber, un déplacé réfugié dans le bâtiment.

L'armée israélienne a confirmé une frappe contre le bâtiment de l'Unrwa affirmant y avoir visé "des terroristes du Hamas".

Treize personnes ont également été tuées par un bombardement sur une maison abritant des déplacés à Khan Younès et deux par une frappe sur une maison à Nousseirat (centre), selon les secours.

Après l'interception de deux projectiles tirés de Gaza en direction d'Israël dans la soirée, l'armée israélienne a appelé les habitants à évacuer plusieurs régions du nord de Gaza, en prévision de frappes.

"Guerre sans limite" 

De son côté, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres est "choqué par les attaques de l'armée israélienne" contre un convoi médical et de secours, qui ont tué 15 secouristes et travailleurs humanitaires la semaine dernière à Gaza, selon son porte-parole.

La "fosse commune" où les secouristes ont été retrouvés expose une "guerre sans limite" à Gaza, a indiqué un responsable du Bureau des opérations humanitaires de l'ONU (Ocha), Jonathan Whittall.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, 1.066 personnes ont été tuées depuis le 18 mars.

Pour accroître la pression sur le Hamas, Israël a bloqué depuis le 2 mars l'entrée de l'aide humanitaire à Gaza, aggravant les pénuries dans le territoire.

Faute de farine et de sucre, des boulangeries ont fermé. "La situation est très difficile, il n'y a pas de farine, pas de pain, pas de nourriture ni d'eau", a témoigné un père de famille, Mahmoud Sheikh Khalil.

A Jérusalem, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, s'est rendu une nouvelle fois sur l'esplanade des Mosquées, lieu disputé dans le secteur oriental de la Ville sainte occupé et annexé par Israël.

Troisième lieu saint de l'islam, l'endroit est pour les juifs, le mont du Temple, lieu le plus sacré du judaïsme. Plusieurs pays arabes ont dénoncé une "provocation" susceptible d'alimenter encore un peu plus les tensions régionales.