Colère au Liban contre l’armée après le naufrage d’un bateau de passeurs

Des soldats de l’armée libanaise se tiennent près d’un véhicule pénétrant le port de Tripoli après qu’un bateau a chaviré au large de la côte libanaise pendant la nuit, à Tripoli, au nord du Liban, le 24 avril 20222. (Photo, Reuters)
Des soldats de l’armée libanaise se tiennent près d’un véhicule pénétrant le port de Tripoli après qu’un bateau a chaviré au large de la côte libanaise pendant la nuit, à Tripoli, au nord du Liban, le 24 avril 20222. (Photo, Reuters)
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Publié le Lundi 25 avril 2022

Colère au Liban contre l’armée après le naufrage d’un bateau de passeurs

  • L’ancien Premier ministre Hariri appelle à une enquête rapide
  • Lundi déclaré jour de deuil national

BEYROUTH: La tension est montée dimanche dans la ville de Tripoli, dans le nord du Liban, après qu’un bateau a chaviré et coulé au large de ses côtes alors qu’il était poursuivi par l’armée. Des foules agitées se sont rassemblées devant les hôpitaux soignant les survivants.

Six personnes, dont une fillette de 18 mois appelée Taline al-Hamwi, et deux femmes, sont mortes.

On comptait 45 survivants le dimanche matin, et plus de 10 personnes sont toujours portées disparues.

Environ 60 personnes étaient à bord du bateau depuis une zone située entre Qalamoun et Haricha, une plage qui n’est pas soumise à un contrôle de sécurité strict et qui est souvent utilisée pour des activités de trafic d’êtres humains.

Le bateau se dirigeait vers Chypre, puis vers l’Europe continentale.

Le Premier ministre libanais, Najib Mikati, a annoncé une journée de deuil national lundi.

L’ancien Premier ministre Saad Hariri a appelé à une «enquête rapide qui révèle les circonstances et détermine les responsabilités. Sinon, nous avons autre chose à dire».

Il a tweeté: «Lorsque les conditions obligent les citoyens libanais à avoir recours aux bateaux de la mort pour échapper à l’enfer de l’État, cela signifie que nous sommes dans un état déchu. Tripoli annonce aujourd’hui cette chute à travers ses victimes. Les témoignages des victimes du bateau de la mort sont dangereux, et nous ne permettrons pas (à ces témoignages) d’être enterrés dans la mer de la ville.»

Les familles des victimes se sont dirigées vers la plage pour connaitre le sort des disparus. Leur colère s’est également portée sur l’armée libanaise.

Le journaliste Ghassan Rifi, originaire de Tripoli, a déclaré à Arab News que le bateau avait une cabine inférieure où les femmes et les enfants étaient probablement cachés. Il est possible qu’ils aient coulé avec le bateau, a-t-il ajouté.

Le commandant des forces navales, le colonel Haitham Dannawi, a accusé le capitaine du bateau d’avoir tenté de fuir et d’avoir percuté le croiseur des forces navales.

Le bateau infortuné a été fabriqué en 1974, a-t-il indiqué.

Il était petit, 10 mètres de long, 3 mètres de large, et sa charge autorisée n’était que de 10 personnes, a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse. Mais il manquait de mesures de sécurité.

«La patrouille qui a suivi le bateau à quelques kilomètres de la côte et dans les eaux territoriales a essayé de l’inciter à rentrer parce que la situation n’était pas sûre et que, si nous ne l’avions pas arrêté, il aurait coulé en dehors des eaux territoriales», a-t-il ajouté.

Aucune arme n’a été utilisée par les forces navales, a-t-il précisé.

«Le bateau a coulé rapidement en raison de la surcharge et en l’absence de nos forces navales, le nombre de victimes aurait été bien plus important.»

Il a précisé que le bateau portait 15 fois plus de poids que ce qu’il pouvait supporter et que l’armée n’a commis aucune erreur sur le plan technique et sur le terrain.

«Nous assumons toutes nos responsabilités au sein de la direction de l’armée, et s’il y a une quelconque offense verbale, nous tiendrons la personne concernée pour responsable.»

Une dispute a éclaté entre les soldats et les familles au port de Tripoli, après que les familles ont essayé d’empêcher le ministre des Affaires sociales, Hector Hajjar, délégué par Mikati, de finir sa déclaration à la presse.

Les familles ont proféré des insultes contre lui et d’autres responsables présents, tandis que la région d’Al-Qubba a été le théâtre de tirs intensifs pendant les funérailles des victimes.

À Tripoli, des manifestants en colère ont détruit un centre médical militaire et ont appelé à descendre dans les rues de la ville pour «déclarer une escalade majeure».

L’un des survivants, un jeune homme d’une vingtaine d’années, trempé et frissonnant, a déclaré peu après minuit samedi: «Le croiseur de sécurité nous a poursuivis, et les officier à bord ont dit qu’ils allaient nous enterrer. Puis, ils ont enfoncé le bateau au milieu et sur les côtés jusqu’à ce qu’il coule.»

Des sources de sécurité ont laissé entendre que le nombre de victimes pourrait augmenter. 

Cet incident tragique est survenu une semaine après que l’armée a déjoué une opération d’immigration clandestine au point frontalier d’Arida, dans le nord, avec la capture d’un bateau qui avait 20 Syriens à son bord, dont des femmes et des enfants.

«Les passeurs reçoivent des milliers de dollars des migrants. Dans l’incident de samedi, chaque personne avait payé au moins 2000 dollars (1 dollar américain = 0,93 euro)», a déclaré Rifi.

L’année dernière, l’armée a arrêté 21 bateaux transportant 707 personnes, selon la Direction de l’orientation de l’armée libanaise.

En 2020, l’armée a arrêté quatre bateaux transportant 126 personnes.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Guerre au Moyen-Orient: le chef de la diplomatie française en visite au Liban jeudi

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot participe à une conférence de presse conjointe avec le ministre allemand des Affaires étrangères après des entretiens au ministère des Affaires étrangères à Berlin, le 18 mars 2026. (AFP)
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot participe à une conférence de presse conjointe avec le ministre allemand des Affaires étrangères après des entretiens au ministère des Affaires étrangères à Berlin, le 18 mars 2026. (AFP)
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  • Le ministre français Jean-Noël Barrot se rend au Liban pour exprimer le soutien de la France et discuter d’une désescalade avec les dirigeants libanais
  • Le conflit entre Hezbollah et Israël a causé près de 1 000 morts et déplacé plus d’un million de personnes, tandis que Paris renforce son aide humanitaire

PARIS: Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, se rendra jeudi au Liban, où l'armée israélienne mène des opérations militaires contre le Hezbollah pro-iranien qui ont provoqué des déplacements massifs de population, a annoncé mercredi à l'AFP le ministère des Affaires étrangères.

"Cette visite témoigne du soutien et de la solidarité de la France avec le peuple libanais, entraîné dans une guerre qu'il n'a pas choisie", affirme le ministère, en indiquant que "le ministre consultera les principales autorités du pays sur la situation au Liban et les voies d'une désescalade, dans le prolongement de leurs échanges avec le président de la République".

Selon une source diplomatique, M. Barrot devrait notamment s'entretenir avec le président, Michel Aoun, le Premier ministre, Nawaf Salam et le président du Parlement, Nabih Berri.

Cette visite intervient notamment après des discussions téléphoniques avec ses homologues israélien, Gideon Sarr, et américain, Marco Rubio, mercredi, a-t-on précisé de même source.

Le président français, Emmanuel Macron, s'est entretenu vendredi avec MM. Aoun, Salam et Berri, et a appelé le lendemain Israël à accepter des "discussions directes" avec l'exécutif libanais et "toutes les composantes" du Liban. M. Macron s'est dit prêt à "faciliter" ces discussions en "les accueillant à Paris", afin d'empêcher que "le Liban ne sombre dans le chaos".

Le mouvement chiite Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale au Moyen-Orient le 2 mars, en lançant des missiles sur Israël pour venger la mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué au premier jour de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.

Israël mène depuis des bombardements massifs sur de vastes parties du Liban, y compris la capitale Beyrouth, et des incursions au sol dans le sud du pays avec des soldats et des blindés.

Les frappes israéliennes ont fait au moins 968 morts parmi lesquels 116 enfants, selon les autorités, et jeté sur les routes plus d'un million de personnes, soit plus du sixième de la population de ce petit pays.

La France a envoyé la semaine dernière 60 tonnes d'aide humanitaire, et Jean-Noël Barrot devrait "annoncer un nouveau paquet d'aide humanitaire pour venir en aide aux Libanais", a indiqué le ministère.


Pour le ministre saoudien des AE, la patience de son pays n'est «pas illimitée»,  se réserve le droit d'agir contre l'Iran

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan. (AFP)
Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan. (AFP)
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  • Dans des propos parmi les plus fermes qu'il ait tenus depuis le début du conflit, le prince Fayçal a déclaré que l'Arabie saoudite "se réservait le droit d'entreprendre une action militaire si elle le jugeait nécessaire"
  • Il a ajouté que le "peu de confiance" rétabli avec Téhéran après le rétablissement des liens diplomatiques en 2023 "a été complètement brisé"

RIYAD : Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan, a averti jeudi que la retenue du Royaume face à l'escalade des attaques iraniennes "n'est pas illimitée", signalant que l'action militaire reste une option.

"Le Royaume et ses partenaires possèdent d'importantes capacités et la patience dont nous avons fait preuve n'est pas illimitée. Cela pourrait prendre un jour, deux jours ou une semaine - je ne le dirai pas", a-t-il déclaré aux journalistes à l'issue d'une réunion d'urgence des ministres des affaires étrangères arabes et islamiques à Riyad.

Dans des propos parmi les plus fermes qu'il ait tenus depuis le début du conflit, le prince Fayçal a déclaré que l'Arabie saoudite "se réservait le droit d'entreprendre une action militaire si elle le jugeait nécessaire", avertissant que la poursuite de l'escalade iranienne aurait des conséquences politiques et morales.

Il a ajouté que le "peu de confiance" rétabli avec Téhéran après le rétablissement des liens diplomatiques en 2023 "a été complètement brisé" et a averti que de nouvelles attaques pourraient ne laisser "presque rien" à sauver dans les relations.

Depuis le 28 février, l'Iran a lancé des vagues de missiles et de drones armés visant l'Arabie saoudite et les États voisins du Golfe, notamment les Émirats arabes unis, le Koweït, Bahreïn et le Qatar, en représailles, selon Téhéran, aux frappes américano-israéliennes sur des cibles en Iran.

Le conflit s'est intensifié mercredi après que l'Iran a accusé Israël d'avoir frappé des installations du champ gazier de South Pars et a promis de cibler des infrastructures énergétiques dans tout le Golfe. Les autorités d'Arabie saoudite, du Qatar et des Émirats arabes unis ont signalé le même jour des attaques contre des installations pétrolières et gazières.

Dans la capitale saoudienne, les défenses aériennes ont intercepté quatre missiles balistiques visant Riyad, selon le ministère de la défense. Les débris des projectiles interceptés sont tombés près d'une raffinerie au sud de la ville, tandis que les habitants ont signalé avoir entendu des explosions et reçu des alertes d'urgence, ce qui constitue un rare moment où le conflit a été directement ressenti dans la capitale.

Les responsables saoudiens de la défense affirment que les défenses aériennes ont intercepté au moins 457 drones, 40 missiles balistiques et sept missiles de croisière depuis le début de l'escalade. Les Émirats arabes unis auraient été confrontés à un volume d'attaques encore plus important, tandis que d'autres États du Golfe ont également été touchés.

"Préparés à l'avance

Le prince Faisal a déclaré que les frappes semblaient avoir été "préparées à l'avance" et a accusé l'Iran de mener des "actions hostiles préméditées" contre ses voisins, à la fois directement et par l'intermédiaire de mandataires régionaux.

Il a également confirmé que deux raffineries de pétrole saoudiennes avaient été visées, contredisant ainsi les affirmations de l'ambassadeur iranien selon lesquelles les frappes se limitaient aux installations américaines.

"L'Iran n'a pas traité ses voisins dans un esprit de fraternité, mais dans une optique hostile", a-t-il déclaré, ajoutant que les États du Golfe avaient à plusieurs reprises exhorté Téhéran à cesser de soutenir des groupes armés et à assurer la sécurité de la navigation maritime.

L'Iran est accusé de soutenir le mouvement Houthi, qui a pris pour cible la navigation commerciale dans le Bab el-Mandeb, ainsi que le Hezbollah, dont la confrontation avec Israël a intensifié la crise au Liban.

Les frappes israéliennes au Liban depuis le début du mois de mars - déclenchées par les attaques du Hezbollah en soutien à l'Iran - ont tué au moins 968 personnes et en ont blessé plus de 2 400, selon l'Associated Press, citant le ministère libanais de la santé. Plus d'un million de personnes ont été déplacées à la suite d'avertissements d'évacuation généralisés.

Malgré l'escalade, le prince Faisal a déclaré que l'Arabie saoudite préférait toujours la diplomatie, mais il a averti que la poursuite des attaques pourrait fermer la porte à une désescalade.

Plus d'un million de personnes ont été déplacées, Israël ayant émis de nombreux avis d'évacuation dans certaines parties du pays.


L'Arabie saoudite abat 4 missiles balistiques visant Riyad

Les défenses aériennes de l'Arabie saoudite ont réussi à intercepter des drones et des missiles tirés sur le Royaume depuis le début du conflit. (Capture d'écran du ministère saoudien de la Défense)
Les défenses aériennes de l'Arabie saoudite ont réussi à intercepter des drones et des missiles tirés sur le Royaume depuis le début du conflit. (Capture d'écran du ministère saoudien de la Défense)
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  • Le quartier des ambassades à Riyad est la cible d'un drone, des débris de missiles balistiques tombent près de la base aérienne Prince Sultan.
  • Les Émirats arabes unis, le Qatar et le Koweït interceptent également les attaques de drones

RIYAD: Les systèmes de défense aérienne de l'Arabie saoudite ont intercepté des vagues de drones et de missiles balistiques tirés sur le Royaume mercredi.

Un drone a été intercepté et détruit alors qu'il s'approchait du quartier diplomatique de Riyad, a déclaré un porte-parole du ministère de la défense vers midi.

Vers 19h30, le ministère a déclaré que les défenses aériennes traitaient une menace balistique à Riyad.

Plus tôt, un missile balistique lancé vers le gouvernorat d'Al-Kharj a été abattu et les débris de l'interception sont tombés près de la base aérienne Prince Sultan "sans causer de dommages", a déclaré un porte-parole.

Deux autres missiles balistiques lancés vers la province orientale ont été interceptés et détruits dans la soirée.

Le ministère a fait état de neuf drones ciblant la même région depuis minuit heure locale.

Les attaques contre l'Arabie saoudite s'inscrivent dans le cadre d'une nouvelle journée de tentatives iraniennes de frapper les pays du Golfe.

Aux Émirats arabes unis, le ministère de la défense a déclaré avoir abattu 13 missiles balistiques et 27 drones lancés depuis l'Iran mercredi.

De fortes détonations ont été entendues au-dessus de Dubaï dans la matinée.

Les Émirats ont également cité les six victimes civiles des attaques iraniennes depuis le début du conflit, le 28 février.

Il s'agit notamment de la Palestinienne Alaa Mushtaha, qui a été tuée lundi à Abou Dhabi lorsqu'un missile est tombé sur sa voiture. Ses funérailles ont eu lieu mardi soir, ont rapporté les médias locaux.

Le ministre des affaires étrangères, Sheikh Abdullah, a exprimé mercredi ses "sincères condoléances et sa profonde sympathie aux familles des victimes des attaques terroristes non provoquées de l'Iran contre les Émirats arabes unis".

Il a condamné les attaques de missiles et de drones iraniens visant des infrastructures civiles essentielles, des aéroports, des zones résidentielles et des sites civils dans l'ensemble des Émirats arabes unis.

Le Qatar et le Koweït ont également signalé avoir intercepté des attaques de drones mercredi.