Tunisie: la dissolution du Parlement ne fait pas l’unanimité à l’intérieur et inquiète à l’extérieur

Le président tunisien Kais Saied reçoit son homologue algérien en visite dans la capitale tunisienne (Photo, AFP).
Le président tunisien Kais Saied reçoit son homologue algérien en visite dans la capitale tunisienne (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 02 avril 2022

Tunisie: la dissolution du Parlement ne fait pas l’unanimité à l’intérieur et inquiète à l’extérieur

  • Le 30 mars 2022, la crise politique tunisienne a connu un nouveau rebondissement
  • Non seulement la décision qui a consisté à dissoudre l’ARP n’a pas fait l’unanimité en Tunisie, mais elle a été critiquée à l’étranger

TUNIS: Alors que plusieurs voix tunisiennes exhortent le président Kaïs Saïed à revoir son calendrier initial, dévoilé en décembre dernier pour se diriger plus rapidement vers des élections législatives, l’ONU et les États-Unis expriment leur «inquiétude» face à sa décision de dissoudre le Parlement.
 
Le 30 mars 2022, la crise politique tunisienne a connu un nouveau rebondissement. Ce jour-là, en début de soirée, Kaïs Saïed a annoncé la dissolution de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), dont il avait déjà gelé les prérogatives le 25 juillet 2021. Le chef de l’État tunisien a pris cette décision en réaction à la tenue, quelques heures plus tôt, d’une plénière virtuelle de cette instance au cours de laquelle cent vingt députés ont adopté une loi qui annule les mesures d’exception prises le 25 juillet par le président Saïed.

Ce dernier n’y a pas vu une simple provocation, mais, comme il l’a affirmé haut et fort mercredi dernier et réitéré le lendemain en recevant le chef du gouvernement, Najla Bouden, le ministre de la Justice, Leïla Jaffel, celui de la Défense nationale, Imed Memmich, et celui de l’Intérieur, Taoufik Charfeddine, «une tentative putschiste ratée, un complot contre la sûreté intérieure et extérieure de l’État et une tentative misérable de porter atteinte à l’unité et à l’indépendance de l’État».

La décision de dissoudre l’ARP ne fait pas l’unanimité en Tunisie et a été critiquée à l’étranger. À l’exception de l’UGTT, qui a apporté un soutien total et sans nuance à la décision du président, les Tunisiens sont divisés sur le sujet ainsi que l'a montré un reportage de la télévision nationale diffusé dans la soirée du jeudi 31 mars.

Le professeur de droit Sghaier Zakraoui, qui s’est montré plutôt favorable au président après le 25 juillet, est aujourd’hui plus critique. Certes, à l’instar d’un bon nombre de Tunisiens, cet enseignant à la Faculté de droit et des sciences politiques de Tunis admet1 avoir poussé un ouf de soulagement après l’annonce de la décision de Kaïs Saïed de dissoudre l’ARP. Mais il se montre réservé sur la manière et sur les objectifs.

Sghaier Zakraoui estime d’abord qu’il «aurait dû le faire depuis le 25 juillet» et que, dans la mesure où la dissolution a été prononcée après la réunion virtuelle d’une majorité de députés de l’ARP, «elle laisse à penser qu’il s’agit d’un combat de légitimités, ce qui donne une mauvaise image de la Tunisie».

Ensuite, il s’étonne que Kaïs Saïed – qui, rappelle-t-il, refusait jusqu’à récemment de dissoudre l’ARP en arguant du fait que la Constitution ne le permettait pas –, fasse aujourd’hui appel à cette même Constitution pour mettre hors circuit le Parlement. «Il y a une contradiction entre hier et aujourd’hui», observe le juriste.

Ce dernier trouve en outre inapproprié le fait que le président fonde la dissolution sur l’article 72, qui stipule que «le président de la république est le chef de l'État, symbole de son unité», qu’«il garantit son indépendance et sa continuité» et qu’«il veille au respect de la Constitution». Car, rappelle-t-il, cet article figure parmi ceux qu’il avait suspendus au mois de septembre 2022 afin de les remplacer par un décret destiné à renforcer ses pouvoirs. «Il a enfin pris la bonne décision. En tant qu’homme de loi, je considère que la décision est bonne pour des considérations politiques et réalistes, mais il ne peut pas la justifier» de la manière dont il l’a fait.

L’universitaire estime que le président aurait pu se baser sur «la légitimité populaire» pour justifier la dissolution de l’ARP. Selon lui, s’il a eu recours à l’article 72 de la Constitution, c’est dans le seul but de rendre l’opération plus acceptable à l’étranger.

Surtout, Sghaier Zakraoui est à l’unisson de la plupart des personnalités qui ont exprimé des réserves au sujet de ce qui se passera après la dissolution du Parlement. Car, pour lui, il faut qu’il y ait un après, en l’occurrence la révision par le chef de l’État du calendrier qu’il avait annoncé à la mi-décembre 2021 et qui prévoit notamment un référendum le 25 juillet prochain sur les réformes politiques à introduire ainsi que des élections le 17 décembre 2022.

«Le président doit abréger la période d’exception instaurée le 25 juillet dernier, car plus rien ne justifie le calendrier initial. Il faut aller rapidement vers un dialogue national, réviser le code électoral, amender la Constitution pour instaurer un régime présidentiel et organiser des élections pour entrer dans une phase de stabilité politique», recommande Sghaier Zakraoui.

Cette demande, l’universitaire n’est pas le seul à la formuler. Elle est aussi portée par Abir Moussi, présidente du Parti destourien libre (PDL), une formation donnée régulièrement vainqueur par les sondages des prochaines élections législatives. D’après elle, les mesures prises par le président après le 25 juillet 2021 «n’ont plus de raison d’être».

L’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie) ne dit pas autre chose lorsqu’elle rappelle jeudi 31 mars par l’intermédiaire de l’un de ses membres, Farouk Bouaskar, que «la loi oblige le président à prendre un décret convoquant des élections législatives anticipées dans les quatre-vingt-dix jours». Mais le membre de l’Isie ajoute aussitôt qu’il ne voit pas d’indication d’une organisation des élections durant cette période.

Plus inquiétant pour le président, sa décision a également été critiquée à l’étranger. Jeudi dernier, l’ONU s’est ainsi déclarée «préoccupée par la décision du président tunisien […] de dissoudre le Parlement».

Les États-Unis ont, les premiers, exprimé le même sentiment par le biais de Ned Price, porte-parole du département d’État américain. Dans un communiqué, ils se sont déclarés «profondément préoccupés par la décision unilatérale du président tunisien» et par les informations qui font état de l’intention des autorités tunisiennes de «prendre des mesures légales contre des députés».

Les Américains rappellent aussi avoir régulièrement expliqué aux responsables tunisiens que «toute opération de réforme politique doit être transparente, englober tout le monde, en coordination avec les diverses formations politiques, les organisations syndicales et la société civile».

Jamais depuis le 25 juillet 2021 les États-Unis n’ont été aussi sévères à l’égard du président tunisien. Et c’est là probablement le véritable but recherché par les opposants à Kaïs Saïed menés par le mouvement islamiste Ennahdha à travers l’organisation de la réunion virtuelle du Parlement.


Trump offre sa médiation à propos du mégabarrage sur le Nil

Le président américain Donald Trump et le président égyptien Abdel Fattah Al-Sisi à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 13 octobre 2025. (REUTERS)
Le président américain Donald Trump et le président égyptien Abdel Fattah Al-Sisi à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 13 octobre 2025. (REUTERS)
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  • Donald Trump propose de relancer la médiation américaine entre l’Égypte et l’Éthiopie afin de résoudre durablement le différend sur le partage des eaux du Nil lié au Grand barrage de la Renaissance
  • Le président américain met en garde contre tout contrôle unilatéral du Nil et appelle à une solution évitant un conflit armé

WASHINGTON: Donald Trump a offert sa médiation à l'Egypte et l'Ethiopie à propos du mégabarrage sur le Nil, le plus grand d'Afrique, dans une lettre adressée au dirigeant égyptien Abdel Fattah al-Sissi et rendue publique vendredi par la Maison Blanche.

"Je suis prêt à relancer la médiation américaine entre l'Egypte et l'Ethiopie afin de résoudre de manière responsable et définitive la question du partage des eaux du Nil", écrit le président américain dans ce courrier.

Il a ajouté qu'"aucun Etat dans la région ne devrait contrôler de manière unilatérale les ressources précieuses du Nil et, ce faisant, désavantager ses voisins".

Le dirigeant républicain a souligné qu'il espérait trouver une formule garantissant un approvisionnement en eau prévisible pour l'Egypte et le Soudan, et permettant à l'Ethiopie de vendre ou de fournir de l'électricité aux deux pays en aval.

Dans ce courrier, avec copie aux dirigeants saoudien, émirati, éthiopien et soudanais, M. Trump salue le rôle joué par l'Egypte dans le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas à Gaza.

Et il dit "sincèrement espérer que cette dispute légitime à propos du GERD ne mènera pas à un conflit armé majeur entre l'Egypte et l'Ethiopie".

L'Ethiopie, après 14 ans de travaux, a officiellement inauguré en septembre son Grand barrage de la Renaissance (GERD) sur le Nil, plus grand ouvrage hydroélectrique d'Afrique, malgré les tensions générées avec l'Egypte en particulier, qui le qualifie de "menace existentielle", craignant un tarissement de sa principale source d'approvisionnement en eau.

Le GERD se trouve sur le Nil Bleu, qui prend sa source en Ethiopie et s'écoule jusqu'au Soudan, où il rencontre le Nil Blanc pour former le Nil. Le Nil Bleu fournit jusqu'à 85% des eaux du Nil.

Or l'Egypte et ses environ 110 millions d'habitants dépendent à 97% du Nil pour leurs besoins hydriques, notamment pour l'agriculture.

Le Soudan a également fait part de son inquiétude.

Différentes tentatives de médiation depuis une décennie entre les trois pays - sous l'égide successivement des Etats-Unis, de la Banque mondiale, de la Russie, des Emirats arabes unis et de l'Union africaine - ont toutes échoué.


Les dernières sanctions américaines ciblent les réseaux de financement des Houthis, selon le Trésor

Vendredi, l'administration Trump a imposé de nouvelles sanctions visant davantage les Houthis soutenus par l'Iran au Yémen et le transfert de produits pétroliers, d'armes et d'autres équipements dits à double usage qui, selon elle, contribuent à financer le groupe. (AP/Photo d'archive)
Vendredi, l'administration Trump a imposé de nouvelles sanctions visant davantage les Houthis soutenus par l'Iran au Yémen et le transfert de produits pétroliers, d'armes et d'autres équipements dits à double usage qui, selon elle, contribuent à financer le groupe. (AP/Photo d'archive)
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  • Depuis 2023, les Houthis ont lancé de nombreuses attaques contre des navires en mer Rouge qu’ils considèrent liés à Israël

WASHINGTON : L’administration Trump a annoncé vendredi de nouvelles sanctions visant les Houthis soutenus par l’Iran au Yémen, ainsi que le transfert de produits pétroliers, d’armes et d’autres équipements dits à double usage, qui auraient financé le groupe.

Cette action cible 21 personnes et entités ainsi qu’un navire, incluant certaines sociétés-écrans présumées au Yémen, à Oman et aux Émirats arabes unis, a indiqué l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du Trésor dans un communiqué.

« Les Houthis menacent les États-Unis en commettant des actes de terrorisme et en attaquant des navires commerciaux transitant par la mer Rouge », a déclaré le secrétaire au Trésor Scott Bessent.

Cette mesure s’inscrit dans la continuité des actions précédentes du Trésor pour faire pression sur les « vastes réseaux de génération de revenus et de contrebande des Houthis, qui permettent au groupe de maintenir sa capacité à mener des activités régionales déstabilisatrices », y compris les attaques en mer Rouge.

Le point central du nouveau paquet de sanctions est Janat Al Anhar General Trading LLC, l’un des nœuds financiers les plus sensibles du réseau extérieur des Houthis.

Bien que la société soit enregistrée aux Émirats, selon des sources consultées par Al-Masdar Online, elle fonctionne pratiquement comme une chambre de compensation pour les transferts d’argent du marché noir liés aux Houthis. Elle traite des fonds utilisés par des commerçants affiliés au groupe pour acheter des marchandises de contrebande, des pièces détachées, du matériel et même des cargaisons liées à l’armement en provenance de Chine et d’autres pays.

Janat Al Anhar relie un réseau de commerçants à Sanaa à des circuits financiers externes aux Émirats et au-delà, permettant aux Houthis de gérer des flux financiers parallèles hors du système bancaire officiel et à l’abri de la surveillance.

Janat Al Anhar est le nouveau nom commercial d’Abu Sumbol General Trading LLC après sa désignation en 2024 pour soutien à Sa’id Al-Jamal, facilitateur financier des Houthis basé en Iran.

Les sociétés émiraties Al Sharafi Oil Companies Services et Adeema Oil FZC, détenues par Waleed Fathi Salam Baidhani, ainsi qu’Arkan Mars Petroleum DMCC, ont également été désignées comme facilitatrices majeures pour le pétrole et le gaz au profit des Houthis.

« Ces sociétés reçoivent un soutien financier du gouvernement iranien et maintiennent des liens avec des ressortissants iraniens », note le Trésor.

Également sanctionnée, Alsaa Petroleum and Shipping FZC (Alsaa), détenue par le ressortissant iranien Imran Asghar, facilite les transactions financières entre le gouvernement iranien et les sociétés pétrolières affiliées aux Houthis. Alsaa a également agi comme société-écran pour effectuer des paiements et examiner des transactions pour Arkan Mars Petroleum DMCC.

Le Trésor américain a aussi désigné New Ocean Trading FZE (New Ocean) comme agent d’une société yéménite qui se procurait du matériel militaire pour les Houthis.

« New Ocean a importé des dispositifs de communication, des systèmes techniques et de contrôle, des ordinateurs, de l’électronique, du matériel de forage, des matériaux industriels et électriques et des systèmes énergétiques vers les zones contrôlées par les Houthis au Yémen », précise l’agence américaine.

« New Ocean a fourni des services logistiques et financiers à l’importateur de pétrole Houthi Arkan Mars Petroleum Company en tant qu’expéditeur d’une cargaison de carburant entre Sharjah (Émirats) et Ras Isa (Yémen).

« Suite à cette action, tous les biens et intérêts dans les biens des personnes désignées ou bloquées, situés aux États-Unis ou en possession ou sous contrôle de ressortissants américains, sont bloqués et doivent être signalés à l’OFAC. »

« De plus, toute entité possédée, directement ou indirectement, à hauteur de 50 % ou plus par une ou plusieurs personnes bloquées est également bloquée. Sauf autorisation par une licence générale ou spécifique délivrée par l’OFAC, ou exemption, la réglementation de l’OFAC interdit généralement toutes les transactions par des ressortissants américains ou aux États-Unis impliquant des biens ou intérêts de personnes bloquées. »

Depuis 2023, les Houthis ont mené de nombreuses attaques contre des navires en mer Rouge qu’ils considèrent liés à Israël, affirmant agir en solidarité avec les Palestiniens face à la guerre israélienne à Gaza.

L’influence régionale de Téhéran a été affaiblie par les attaques israéliennes contre ses proxies, y compris les Houthis au Yémen.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le roi Salmane d’Arabie saoudite quitte l’hôpital après des examens médicaux à Riyad

Aucune autre information n'a été fournie concernant son état de santé ou tout autre détail médical. (AFP)
Aucune autre information n'a été fournie concernant son état de santé ou tout autre détail médical. (AFP)
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RIYAD : Le roi Salmane d’Arabie saoudite a quitté vendredi soir l’hôpital spécialisé King Faisal de Riyad, a rapporté l’Agence de presse saoudienne.

Le souverain y avait effectué des examens médicaux, avait indiqué plus tôt l’Agence.

Selon le communiqué, les résultats des examens se sont révélés « rassurants ». 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com