L'immigration, débat star de la campagne présidentielle

La police sécurise la zone lors d'une opération d'évacuation d'un camp de migrants de fortune installé sous un tunnel piétonnier passant sous le périphérique entre Paris et la banlieue nord-est du Pré Saint Gervais tôt le 10 décembre 2021. (Christophe Archambault/AFP)
La police sécurise la zone lors d'une opération d'évacuation d'un camp de migrants de fortune installé sous un tunnel piétonnier passant sous le périphérique entre Paris et la banlieue nord-est du Pré Saint Gervais tôt le 10 décembre 2021. (Christophe Archambault/AFP)
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Publié le Mardi 22 février 2022

L'immigration, débat star de la campagne présidentielle

  • Si l'ampleur prise par le sujet interpelle, les spécialistes s'accordent à dire que le thème, lui, est un grand classique des scrutins présidentiels
  • Depuis 125 ans au moins, l'immigration provoque des poussées de fièvre politique

PARIS : A droite et à l'extrême droite, le sujet migratoire est omniprésent dans la campagne présidentielle. Une place démesurée dans le débat, au regard des chiffres, mais révélatrice d'un «impensé» de la France, qui ne s'assume pas comme pays d'immigration, estiment historiens et démographes.

Si l'ampleur prise par le sujet interpelle, les spécialistes s'accordent à dire que le thème, lui, est un grand classique des scrutins présidentiels, quelle que soit par ailleurs la situation du pays en matière de flux migratoires.

«Le pourcentage d'immigrés, la réalité de l'immigration, n'a jamais eu de rapport avec l'omniprésence de la question dans certaines franges politiques. C'est un sujet cyclique et nous sommes au pic d'un cycle», observe l'historien Pascal Blanchard, auteur de l'«Atlas des immigrations» (2021, Autrement).

Depuis 125 ans au moins, l'immigration provoque des poussées de fièvre politique: du massacre des travailleurs italiens à Aigues-Mortes en 1893 et l'assassinat du président Sadi Carnot par un anarchiste italien en 1894, en passant par l'entre-deux guerres. A l'époque, en 1930, la France est le pays qui compte le plus fort taux d'immigrés au monde.

Aujourd'hui, le niveau de la demande d'asile, symboliquement scruté depuis la crise migratoire de 2015, a bien atteint un record en 2019 (151.000 dossiers), qui n'a reflué depuis qu'en raison de la pandémie. Mais dans l'ensemble, la France est revenue dans le rang: elle est en dessous de la moyenne par le nombre d'étrangers sur son sol (7,6%), 15e sur les 27 pays de l'Union européenne d'après Eurostat.

Comment expliquer, alors, que la question soit si brûlante ?

Amalgames

D'abord parce qu'il s'agit d'un thème «de mobilisation qui marche, qui est fédérateur pour la droite et l'extrême droite» qui le font «monter en puissance depuis sept, huit ans», jusqu'à déployer aujourd'hui «une vision très radicale», analyse Pascal Blanchard. 

Son explosion s'appuie aussi sur «un impensé français»: «Nous sommes historiquement un grand pays d'immigration qui ne s'est jamais pensé comme un grand pays d'immigration», estime l'historien.

L'immigration «ne fait pas partie du Panthéon analytique français», explique-t-il. «On met ça sous le tapis, du coup le sujet se cristallise de manière particulière», là où le voisin allemand, par exemple, s'assume comme «pays d'assimilation», fut-ce en invoquant la «rationalité économique».

Le thème fleurit aussi, depuis quelques années, sur la disparition d'un discours alternatif.

«Pour être élu, il faut forcément mobiliser le +nous+ français. Dans le passé, la gauche est parvenue à contrer ce discours identitaire en privilégiant la question sociale et en l'élargissant aux questions humanitaires», relève Gérard Noiriel, historien spécialiste de l'immigration.

Pour lui, «ce qui distingue le plus notre époque, ce n'est pas l'ampleur de l'immigration, mais la tension de plus en plus vive entre un champ politique qui reste national et les autres sphères d'activité qui sont déjà fortement mondialisées», comme l'économie ou l'immigration.

Enfin, au moment où l'agenda fait s'entrechoquer campagne et procès des attentats du 13 novembre 2015, «l'impact du discours sur l'immigration dans l'opinion s'explique par la multiplication des attentats terroristes commis par des criminels qui se réclament de l'islam», souligne Gérard Noiriel.

Cet amalgame «immigration, islamisme, quartiers populaires, tout ça fabrique une matrice» qui infuse dans la société, reprend Pascal Blanchard.

«Anachronique»

A une époque où la moindre affirmation des candidats est soumise à vérification, «la bataille de chiffres pour savoir s'il y a 250.000 ou 300.000 immigrés entrés en France n'est pas le sujet», poursuit-il.

«Pour leurs électeurs, qu'ils soient 7%, 10% ou 14%, c'est de toute façon trop. Ce n'est pas rationnel, ça joue sur des réalités visuelles, comme lorsqu'on a entendu que l'équipe de France (de football) n'était plus l'équipe de France car il y a trop de Noirs.»

«Ne parler que de chiffres est une impasse», juge également l'actuel patron de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, Didier Leschi.

«La question n'est pas +est-ce qu'il en faut plus ou moins ?+, mais celle de l'intégration», dans un pays où l'immigration est «en grande partie liée à l'échec des espérances portées par la décolonisation», considère l'auteur de «Ce grand dérangement, l'immigration en face» (2020, Gallimard). «Or, aujourd'hui le débat est porté par des gens qui font fi de la question sociale et focalisent l'attention sur les difficultés d'une partie de l'immigration qui a du mal à s'intégrer.»

Le «décalage complet entre réalité de l'immigration, relativement faible, et le ressenti ou l'affirmation» d'une pression migratoire insoutenable donnent à cette campagne «un côté anachronique», constate le démographe Hervé Le Bras.

Et quand bien même faudrait-il répondre en se basant purement sur les chiffres, le compte n'y est pas, explique-t-il.

«En 2019, selon l'Insee, il y a eu 109.000 immigrés de plus en France. Alors sur 67 millions de Français, combien de temps faudra-t-il pour qu'il y ait un grand remplacement ?»

«L'impression qu'on est nuisibles»

A moins de deux mois de l'élection présidentielle, les débats sur l'immigration «donnent la migraine» à Georgette*, une travailleuse sans-papiers ivoirienne déjà éprouvée par deux années de pandémie, qui préfère souvent laisser sa télévision éteinte.

«C'est trop. On a l'impression qu'on est juste nuisibles, qu'on n'apporte rien à la société», s'agace cette employée d'une société de nettoyage de 36 ans, qui vit en région parisienne.

«On prend soin de leurs enfants, on prend soin de leurs parents, on prend soin de leurs maisons» dit-elle, soupirant à l'évocation du nom d’Éric Zemmour. «Je veux dire à monsieur Zemmour que quand vous arrivez dans vos bureaux propres, c'est grâce à nous !».

Traditionnel enjeu de campagne, l'immigration est devenue un sujet plus électrique encore après l'entrée en lice à l'automne du polémiste et la droitisation des débats. Plusieurs candidats de tous bords ont depuis multiplié les prises de paroles, suscitant parfois la polémique.

Georgette est arrivée d'Abidjan «un 24 décembre» il y a sept ans, laissant sur place ses deux enfants. Elle espère une régularisation par son travail, grâce à une circulaire permettant de la demander si l'on dispose d'un certain nombre de fiches de paie et d'une présence d'au moins trois ans sur le sol français.

Mais l'angoisse du durcissement des règles contre les sans-papiers -qui sont entre 600.000 et 700.000 en France, selon le ministère de l’Intérieur- plane dans son esprit et les prises de parole sans fard d’Éric Zemmour l'inquiètent.

«Zemmour, c'est le pire»

«Zemmour, c'est le pire», acquiesce Yakouba, venu du Mali il y a cinq ans, peu surpris de «l'agressivité» d'un homme «capable de faire des doigts d'honneur comme à Marseille», en référence à une visite mouvementée en novembre dans la cité phocéenne.

Lui aussi espère la régularisation grâce à son emploi de plongeur dans un restaurant parisien, même si les délais de rendez-vous en préfecture sont parfois extrêmement longs.

En pleine épidémie de Covid-19, entre la mi-mars et la fin 2020, il a pu compter sur très peu de ressources, étant sans emploi stable et exclu du «quoi qu'il en coûte» gouvernemental. Non déclarés par leur employeur, les travailleurs au noir n'ont souvent pu toucher aucune aide du gouvernement, et donc aucun chômage partiel.

La misère et la faim ont particulièrement touché ces travailleurs enserrés par la précarité durant cette période.

«Le gouvernement a parlé de tout le monde sauf des sans-papiers, alors qu'on faisait partie des premiers de corvée, sinon on n'avait pas de revenus», s'énerve Anthioumane Touré, un ancien agent de nettoyage dans le métro.

Après un contrôle d'identité à Montpellier pendant une manifestation, il est sous le coup d'une procédure d'expulsion vers le Mali, qu'il a quitté il y a six ans.

Employé de la «deuxième ligne» pendant la première vague dans un supermarché Carrefour de banlieue parisienne, Gollé Sylla, un Malien de 33 ans, confie pour sa part se sentir «complètement abandonné» par la France.

En décembre, il a demandé à son employeur la signature d'un document indispensable à son dossier de régularisation, révélant au passage qu'il travaillait jusqu'alors sous alias, c'est-à-dire grâce aux papiers d'une autre personne en règle.

Il s'agit d'une pratique courante chez les sans-papiers afin d'obtenir les fiches de paie nécessaires à la demande de régularisation par le travail. En 2019, 40.000 titres de séjour pour motifs économiques ont été délivrés. Mais en retour, il s'est vu notifier une procédure de rupture de contrat.

«Ce sont les oubliés», regrette auprès de l'AFP Marilyne Poulain, responsable du collectif migrants à la CGT. De plus, «en ayant tenu le pays à bout de bras ils se retrouvent stigmatisés dans une grande partie des discours des personnes qui se présentent à l'élection présidentielle».

La syndicaliste rappelle que le gouvernement a permis en 2021 à de nombreux ressortissants étrangers mobilisés contre la crise sanitaire d'être naturalisés, mais seulement lorsqu'ils étaient en situation régulière.

Face au climat politique actuel, «on n'a pas de défense», reconnait Amadou, un Sénégalais de 30 ans, employé d'un restaurant des beaux quartiers parisiens. «On n'osera jamais aller à la télévision dire ce qu'on en pense.»

*Les personnes dont seul le prénom apparaît ont souhaité ne pas révéler leur nom de famille

L'immigration en cinq chiffres

Voici cinq chiffres illustrant l'immigration en France, sujet omniprésent dans les débats à moins de cinquante jours de l'élection présidentielle.

7,6% d'étrangers

La France compte 5,1 millions d'étrangers (non naturalisés), soit 7,6% de la population (contre 6,5% en 1975 et 4,4% en 1946), selon l'Insee.

Parmi eux, 800.000 sont nés en France de nationalité étrangère. En vertu du droit du sol, ceux-ci acquièrent automatiquement la nationalité française à leur majorité s'ils remplissent certaines conditions.

Cette part d'étrangers classe la France 15e sur 27 dans l'Union européenne, selon Eurostat, légèrement en-dessous de la moyenne de l'UE (8,2%) et derrière les autres grands pays de l'UE: Allemagne (12,5%), Espagne (11%) et Italie (8,4%).

110.000 personnes deviennent françaises chaque année

Au cours de la dernière décennie, autour de 110.000 personnes ont acquis la nationalité française chaque année, selon l'Insee. La moitié environ l'acquiert par naturalisation, environ un quart par mariage et un autre quart par déclaration anticipée (un mineur étranger né en France peut demander la nationalité avant sa majorité).

Les acquisitions de la nationalité ont nettement diminué par rapport à la décennie précédente, puisqu'elles oscillaient autour des 140.000 par an entre 2000 et 2010.

Selon Eurostat, en 2019 la France était en proportion le 10e pays de l'UE en matière d'acquisition de la nationalité, à égalité avec l'Allemagne mais derrière l'Italie ou l'Espagne.

272.000 titres de séjours

En 2021, les titres de séjour accordés par la France ont presque retrouvé leur niveau d'avant la crise sanitaire liée au Covid-19, avec 272.000 délivrances, selon le ministère de l'Intérieur. Ils ont été émis pour l'essentiel sur des motifs familiaux (88.000) ou étudiants (85.000).

La crise a en revanche fait chuter les demandes d'asile. 122.000 ont été déposées en 2021, un cumul qui, quoiqu'en hausse par rapport à 2020, reste très inférieur aux 151.000 demandes de 2019. Les trois principaux pays d'origine sont l'Afghanistan, la Côte d'Ivoire et le Bangladesh.

La France est, en proportion de sa population, le 11e pays ayant reçu le plus de demandes d'asile, selon Eurostat (données 2020).

10.000 expulsions

En 2021, un peu plus de 10.000 étrangers en situation irrégulière ont été expulsés par la contrainte du territoire français, toujours selon le ministère. Ces "éloignements forcés" sont en nette baisse depuis la crise puisqu'ils avaient culminé à près de 19.000 en 2019.

Les expulsions sont rendues plus compliquées par "la fermeture des frontières, les refus de test Covid (obligatoire pour renvoyer vers certains pays) et les refus de laissez-passer consulaires par les pays d'origine", selon le ministère de l'Intérieur.

Outre les expulsions, près de 7.000 étrangers en situation irrégulière ont quitté la France en 2021 de leur plein gré.

Il n'y a pas de chiffres officiels du nombre d'étrangers en situation irrégulière en France mais le nombre de bénéficiaires de l'Aide médicale d’État, qui leur est dédiée pour les soins médicaux, sert d'indicateur officieux (383.000 en 2020).

Un excédent budgétaire de 1% du PIB

Les immigrés contribuent au budget français à hauteur de 1,02% du PIB, selon une étude de l'OCDE publiée en octobre qui porte sur 25 pays développés pour la période 2006-2018.

Cela veut dire que les impôts et cotisations versées par la population immigrée font plus que compenser les prestations et services publics dont ils bénéficient (hors budget de la défense et remboursement de la dette publique).

Cet excédent est toutefois moins élevé en France que dans la moyenne des pays étudiés (1,56% du PIB), en raison d'une population immigrée plus vieillissante.


Les images du vol spectaculaire du Louvre dévoilées

Les images du braquage spectaculaire au musée du Louvre, en octobre en plein Paris, filmées par des caméras de vidéosurveillance ont été montrées pour la première fois dimanche par les chaines TF1 et France Télévision. (AFP)
Les images du braquage spectaculaire au musée du Louvre, en octobre en plein Paris, filmées par des caméras de vidéosurveillance ont été montrées pour la première fois dimanche par les chaines TF1 et France Télévision. (AFP)
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  • On y voit notamment deux des cambrioleurs: l'un porte une cagoule noire et un gilet jaune, l'autre est vêtu de noir et d'un casque de moto. Tous deux s’introduisent dans la galerie Apollon où se trouvaient les bijoux.
  • Ces images les montrent enjambant la porte-fenêtre, après être montés via un monte-charge

PARIS: Les images du braquage spectaculaire au musée du Louvre, en octobre en plein Paris, filmées par des caméras de vidéosurveillance ont été montrées pour la première fois dimanche par les chaines TF1 et France Télévision.

On y voit notamment deux des cambrioleurs: l'un porte une cagoule noire et un gilet jaune, l'autre est vêtu de noir et d'un casque de moto. Tous deux s’introduisent dans la galerie Apollon où se trouvaient les bijoux.

louvre

Ces images les montrent enjambant la porte-fenêtre, après être montés via un monte-charge.

L'un des deux hommes, s'attaque, muni d'une disqueuse, à la vitrine dans laquelle se trouvait le diadème de l'Impératrice Eugénie, qu'il parvient à saisir après avoir donné des coups de poings dans le verre.

Il vient ensuite en aide au deuxième malfaiteur s'affairant sur la vitrine voisine, qui attrape plusieurs bijoux à toute vitesse.

Le tout aura duré moins de quatre minutes, sous les yeux de quelques agents impuissants, l'un d'eux brandissant un poteau de guidage sans savoir que faire, selon les images de France Télévisions.

Le butin a été estimé à 88  millions d'euros.

Les voleurs auraient pu être stoppés "à 30 secondes près", a notamment estimé mi-décembre Noël Corbin, chef de l'Inspection générale des affaires culturelles (Igac).


Budget: des chiffrages en cours pour la surtaxe des bénéfices des entreprises, dit Roland Lescure

Le ministre français de l'Économie et des Finances, Roland Lescure (au centre), s'exprime lors d'un examen solennel et d'un vote sur le projet de loi de finances rectificative présenté par le gouvernement afin de continuer à financer provisoirement l'État et les administrations, au Sénat, la chambre haute du Parlement français, à Paris, le 23 décembre 2025. (AFP)
Le ministre français de l'Économie et des Finances, Roland Lescure (au centre), s'exprime lors d'un examen solennel et d'un vote sur le projet de loi de finances rectificative présenté par le gouvernement afin de continuer à financer provisoirement l'État et les administrations, au Sénat, la chambre haute du Parlement français, à Paris, le 23 décembre 2025. (AFP)
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  • Roland Lescure indique que le gouvernement finalise les chiffrages pour une éventuelle surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, en négociation avec le Sénat, tandis que l’opposition et le PS réclament des montants différents
  • La prime d’activité sera augmentée de 50 € en moyenne pour plus de trois millions de ménages, et le gouvernement décidera bientôt de recourir au 49.3 ou à une ordonnance pour faire passer le budget

PARIS: Le ministre de l'Economie et des Finances Roland Lescure a évoqué samedi des chiffrages en cours au sujet d'une éventuelle surtaxe des bénéfices des grandes entreprises samedi, une mesure réclamée par le parti socialiste mais repoussée à l'Assemblée.

"On est en train encore de caler les derniers chiffrages. Pourquoi? Parce qu'on est encore en train de négocier avec les groupes parlementaires du Sénat l'évolution des dépenses des collectivités locales", a commenté le ministre sur France info, rappelant que la mesure figurait dans le budget initial du gouvernement. "Ce n'est pas seulement une demande du PS", a-t-il ajouté.

Lors de son allocution vendredi, le Premier ministre Sébastien Lecornu n'a rien dit de cette éventuelle surtaxe sur les bénéfices des entreprises, censée aider à la négociation avec le PS mais repoussée à l'Assemblée.

Opposés à cette mesure, les groupes LR et Renaissance n'ont pas apporté leur soutien à un amendement du gouvernement jeudi, qui aurait porté le rendement de la surtaxe à 6,3 milliards d'euros, contre 8 milliards en 2025 et 4 milliards dans le projet de loi initial du gouvernement pour 2026.

Les socialistes réclamaient quant à eux le maintien de la surtaxe à 8 milliards. Début janvier, Roland Lescure avait plaidé pour la réintroduction de cette surtaxe à l'Assemblée, après sa suppression au Sénat, nécessaire au compromis, selon lui.

"On est en train de caler ça. Donc on aura l'occasion de vous donner les chiffres exacts dans les 2-3 jours qui viennent au maximum", a précisé le ministre de l'Economie samedi.

M. Lescure a par ailleurs confirmé l'augmentation de 50 euros en moyenne de la prime d'activité, un complément de revenu versé aux travailleurs à revenus modestes, pour plus de trois millions de ménages, une mesure annoncée par le Premier ministre vendredi.

"Il y avait des économies prévues sur la prime d'activité (...) Tout ça, c'est terminé. Mais il y a en plus une hausse de la prime d'activité qui fait à peu près 50 euros pour quelqu'un qui gagne le SMIC", a expliqué Roland Lescure.

Le gouvernement doit trancher d'ici mardi entre un recours au 49.3 ou à une ordonnance budgétaire pour tenter de faire passer le projet de budget sans vote.

"Le vote du budget, j'allais dire traditionnel, est malheureusement proscrit du fait de la manière dont les débats se sont produits. Moi, j'ai été élu à l'Assemblée nationale. Je préfère toujours que l'Assemblée nationale puisse se prononcer. Et on verra dans les heures qui viennent ce qu'on décide", a répondu Roland Lescure, interrogé sur l'option qui sera retenue par le gouvernement.


France: le gouvernement abat ses dernières cartes pour arracher un budget

Le ministre français de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, prononce un discours lors du débat sur le projet de loi de finances pour l'année 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 13 janvier 2026. (AFP)
Le ministre français de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, prononce un discours lors du débat sur le projet de loi de finances pour l'année 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 13 janvier 2026. (AFP)
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  • Sébastien Lecornu est engagé dans une phase décisive de négociations avec les socialistes pour faire adopter le budget 2026 et éviter une censure, dans un contexte d’impasse parlementaire
  • Faute d’accord, le gouvernement devra choisir entre le recours au 49.3 ou une ordonnance budgétaire inédite, au risque de provoquer une crise politique et d’éventuelles législatives anticipées

PARIS: Le premier ministre Sébastien Lecornu, nommé en octobre pour sortir de l'impasse budgétaire dans laquelle la France se trouve depuis des mois, entre dans la toute dernière ligne droite pour trouver un accord sur le budget 2026 avec les socialistes qui lui éviterait une censure, se résignant à une adoption sans vote.

Il s'exprimera "en fin de journée depuis Matignon afin de présenter les éléments de fond pour construire le contenu d'un accord sur le projet de loi de finances pour l'année 2026", a fait savoir vendredi matin son entourage.

Le chef du gouvernement s'est donné jusqu'à mardi pour trouver une solution acceptable aux yeux du parti socialiste (PS) qui l'a jusqu'à présent épargné. Sur le fond mais aussi sur la forme, les deux outils constitutionnels à sa disposition - article 49.3 ou ordonnance (article 47) - étant perçus par ses opposants comme des "passages en force".

Le gouvernement a pris jeudi soir la décision de suspendre les interminables débats budgétaires à l'Assemblée nationale. Un coup de théâtre justifié par l'impossibilité d'aller à un vote sur le budget de l'État.

Le Premier ministre, qui s'est rendu vendredi matin à l'Élysée pour rencontrer le président Emmanuel Macron, a averti qu'un renversement de son gouvernement serait quasi automatiquement synonyme d'élections législatives anticipées qui pourraient coïncider avec les municipales (15 et 22 mars).

- "Saboteurs" -

"On a donné toutes ses chances au débat" mais "nous avons des saboteurs à l'Assemblée nationale", la France insoumise (LFI, gauche radicale) et le Rassemblement national (RN, extrême droite), a accusé à la télévision la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin, en première ligne dans les discussions avec les forces politiques qu'elle a déjà réunies à plusieurs reprises.

La ministre a esquissé quelques pistes de propositions du gouvernement, sur les collectivités locales, en attente d'engagements financiers à quelques semaines des élections municipales, ou la fiscalité.

Pour le cadre général, Matignon a prévenu qu'il souhaitait arriver à un déficit de 5% maximum du PIB, déplorant qu'il atteigne "à ce stade" 5,3%.

Une fois les propositions sur la table, le chef du gouvernement va devoir trancher sur la manière de les faire entrer dans la loi.

Les discussions budgétaires sont théoriquement censées reprendre mardi après-midi, et le Premier ministre devrait donc avoir d'ici là choisir de recourir soit à l'article 49.3, soit à une ordonnance budgétaire.

Amélie de Montchalin a dit qu'elle n'avait "pas de préférence" mais qu'elle souhaitait "de la stabilité et un budget".

Un recours à l'article 49.3, auquel Sébastien Lecornu avait solennellement renoncé à la demande du PS pour éviter une censure, permettrait au gouvernement de faire passer un budget sans vote en retenant les amendements de son choix.

- "Heures décisives" -

Mais il devrait l'utiliser potentiellement trois fois (sur les dépenses, les recettes, puis sur l'ensemble du texte), s'exposant à chaque fois à une censure.

L'ordonnance budgétaire, c'est-à-dire la traduction du budget dans un texte qui n'a pas besoin de passer devant le Parlement, serait inédite, et constituerait un précédent potentiellement lourd de conséquences.

Sauf que, contrairement au 49.3, elle permettrait de doter le pays d'un budget même si le gouvernement devait être censuré par la suite.

Le député socialiste Emmanuel Grégoire a jugé à la télévision "inacceptable" le recours à une ordonnance qui voudrait dire "forcément censure, puisque sur les ordonnances il ne peut pas y avoir d'amendements, d'enrichissement" du texte.

Sur le 49.3, "ça dépend évidemment de la copie finale" et des propositions du gouvernement, a-t-il estimé. "Et donc nous allons vivre évidemment des heures décisives".

Pour Sébastien Lecornu, comme pour les socialistes, un recours au 49.3 aurait un goût amer. Son abandon était un marqueur d'action du Premier ministre et, pour le PS, le signe d'un retour au parlementarisme.