L'immigration, débat star de la campagne présidentielle

La police sécurise la zone lors d'une opération d'évacuation d'un camp de migrants de fortune installé sous un tunnel piétonnier passant sous le périphérique entre Paris et la banlieue nord-est du Pré Saint Gervais tôt le 10 décembre 2021. (Christophe Archambault/AFP)
La police sécurise la zone lors d'une opération d'évacuation d'un camp de migrants de fortune installé sous un tunnel piétonnier passant sous le périphérique entre Paris et la banlieue nord-est du Pré Saint Gervais tôt le 10 décembre 2021. (Christophe Archambault/AFP)
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Publié le Mardi 22 février 2022

L'immigration, débat star de la campagne présidentielle

  • Si l'ampleur prise par le sujet interpelle, les spécialistes s'accordent à dire que le thème, lui, est un grand classique des scrutins présidentiels
  • Depuis 125 ans au moins, l'immigration provoque des poussées de fièvre politique

PARIS : A droite et à l'extrême droite, le sujet migratoire est omniprésent dans la campagne présidentielle. Une place démesurée dans le débat, au regard des chiffres, mais révélatrice d'un «impensé» de la France, qui ne s'assume pas comme pays d'immigration, estiment historiens et démographes.

Si l'ampleur prise par le sujet interpelle, les spécialistes s'accordent à dire que le thème, lui, est un grand classique des scrutins présidentiels, quelle que soit par ailleurs la situation du pays en matière de flux migratoires.

«Le pourcentage d'immigrés, la réalité de l'immigration, n'a jamais eu de rapport avec l'omniprésence de la question dans certaines franges politiques. C'est un sujet cyclique et nous sommes au pic d'un cycle», observe l'historien Pascal Blanchard, auteur de l'«Atlas des immigrations» (2021, Autrement).

Depuis 125 ans au moins, l'immigration provoque des poussées de fièvre politique: du massacre des travailleurs italiens à Aigues-Mortes en 1893 et l'assassinat du président Sadi Carnot par un anarchiste italien en 1894, en passant par l'entre-deux guerres. A l'époque, en 1930, la France est le pays qui compte le plus fort taux d'immigrés au monde.

Aujourd'hui, le niveau de la demande d'asile, symboliquement scruté depuis la crise migratoire de 2015, a bien atteint un record en 2019 (151.000 dossiers), qui n'a reflué depuis qu'en raison de la pandémie. Mais dans l'ensemble, la France est revenue dans le rang: elle est en dessous de la moyenne par le nombre d'étrangers sur son sol (7,6%), 15e sur les 27 pays de l'Union européenne d'après Eurostat.

Comment expliquer, alors, que la question soit si brûlante ?

Amalgames

D'abord parce qu'il s'agit d'un thème «de mobilisation qui marche, qui est fédérateur pour la droite et l'extrême droite» qui le font «monter en puissance depuis sept, huit ans», jusqu'à déployer aujourd'hui «une vision très radicale», analyse Pascal Blanchard. 

Son explosion s'appuie aussi sur «un impensé français»: «Nous sommes historiquement un grand pays d'immigration qui ne s'est jamais pensé comme un grand pays d'immigration», estime l'historien.

L'immigration «ne fait pas partie du Panthéon analytique français», explique-t-il. «On met ça sous le tapis, du coup le sujet se cristallise de manière particulière», là où le voisin allemand, par exemple, s'assume comme «pays d'assimilation», fut-ce en invoquant la «rationalité économique».

Le thème fleurit aussi, depuis quelques années, sur la disparition d'un discours alternatif.

«Pour être élu, il faut forcément mobiliser le +nous+ français. Dans le passé, la gauche est parvenue à contrer ce discours identitaire en privilégiant la question sociale et en l'élargissant aux questions humanitaires», relève Gérard Noiriel, historien spécialiste de l'immigration.

Pour lui, «ce qui distingue le plus notre époque, ce n'est pas l'ampleur de l'immigration, mais la tension de plus en plus vive entre un champ politique qui reste national et les autres sphères d'activité qui sont déjà fortement mondialisées», comme l'économie ou l'immigration.

Enfin, au moment où l'agenda fait s'entrechoquer campagne et procès des attentats du 13 novembre 2015, «l'impact du discours sur l'immigration dans l'opinion s'explique par la multiplication des attentats terroristes commis par des criminels qui se réclament de l'islam», souligne Gérard Noiriel.

Cet amalgame «immigration, islamisme, quartiers populaires, tout ça fabrique une matrice» qui infuse dans la société, reprend Pascal Blanchard.

«Anachronique»

A une époque où la moindre affirmation des candidats est soumise à vérification, «la bataille de chiffres pour savoir s'il y a 250.000 ou 300.000 immigrés entrés en France n'est pas le sujet», poursuit-il.

«Pour leurs électeurs, qu'ils soient 7%, 10% ou 14%, c'est de toute façon trop. Ce n'est pas rationnel, ça joue sur des réalités visuelles, comme lorsqu'on a entendu que l'équipe de France (de football) n'était plus l'équipe de France car il y a trop de Noirs.»

«Ne parler que de chiffres est une impasse», juge également l'actuel patron de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, Didier Leschi.

«La question n'est pas +est-ce qu'il en faut plus ou moins ?+, mais celle de l'intégration», dans un pays où l'immigration est «en grande partie liée à l'échec des espérances portées par la décolonisation», considère l'auteur de «Ce grand dérangement, l'immigration en face» (2020, Gallimard). «Or, aujourd'hui le débat est porté par des gens qui font fi de la question sociale et focalisent l'attention sur les difficultés d'une partie de l'immigration qui a du mal à s'intégrer.»

Le «décalage complet entre réalité de l'immigration, relativement faible, et le ressenti ou l'affirmation» d'une pression migratoire insoutenable donnent à cette campagne «un côté anachronique», constate le démographe Hervé Le Bras.

Et quand bien même faudrait-il répondre en se basant purement sur les chiffres, le compte n'y est pas, explique-t-il.

«En 2019, selon l'Insee, il y a eu 109.000 immigrés de plus en France. Alors sur 67 millions de Français, combien de temps faudra-t-il pour qu'il y ait un grand remplacement ?»

«L'impression qu'on est nuisibles»

A moins de deux mois de l'élection présidentielle, les débats sur l'immigration «donnent la migraine» à Georgette*, une travailleuse sans-papiers ivoirienne déjà éprouvée par deux années de pandémie, qui préfère souvent laisser sa télévision éteinte.

«C'est trop. On a l'impression qu'on est juste nuisibles, qu'on n'apporte rien à la société», s'agace cette employée d'une société de nettoyage de 36 ans, qui vit en région parisienne.

«On prend soin de leurs enfants, on prend soin de leurs parents, on prend soin de leurs maisons» dit-elle, soupirant à l'évocation du nom d’Éric Zemmour. «Je veux dire à monsieur Zemmour que quand vous arrivez dans vos bureaux propres, c'est grâce à nous !».

Traditionnel enjeu de campagne, l'immigration est devenue un sujet plus électrique encore après l'entrée en lice à l'automne du polémiste et la droitisation des débats. Plusieurs candidats de tous bords ont depuis multiplié les prises de paroles, suscitant parfois la polémique.

Georgette est arrivée d'Abidjan «un 24 décembre» il y a sept ans, laissant sur place ses deux enfants. Elle espère une régularisation par son travail, grâce à une circulaire permettant de la demander si l'on dispose d'un certain nombre de fiches de paie et d'une présence d'au moins trois ans sur le sol français.

Mais l'angoisse du durcissement des règles contre les sans-papiers -qui sont entre 600.000 et 700.000 en France, selon le ministère de l’Intérieur- plane dans son esprit et les prises de parole sans fard d’Éric Zemmour l'inquiètent.

«Zemmour, c'est le pire»

«Zemmour, c'est le pire», acquiesce Yakouba, venu du Mali il y a cinq ans, peu surpris de «l'agressivité» d'un homme «capable de faire des doigts d'honneur comme à Marseille», en référence à une visite mouvementée en novembre dans la cité phocéenne.

Lui aussi espère la régularisation grâce à son emploi de plongeur dans un restaurant parisien, même si les délais de rendez-vous en préfecture sont parfois extrêmement longs.

En pleine épidémie de Covid-19, entre la mi-mars et la fin 2020, il a pu compter sur très peu de ressources, étant sans emploi stable et exclu du «quoi qu'il en coûte» gouvernemental. Non déclarés par leur employeur, les travailleurs au noir n'ont souvent pu toucher aucune aide du gouvernement, et donc aucun chômage partiel.

La misère et la faim ont particulièrement touché ces travailleurs enserrés par la précarité durant cette période.

«Le gouvernement a parlé de tout le monde sauf des sans-papiers, alors qu'on faisait partie des premiers de corvée, sinon on n'avait pas de revenus», s'énerve Anthioumane Touré, un ancien agent de nettoyage dans le métro.

Après un contrôle d'identité à Montpellier pendant une manifestation, il est sous le coup d'une procédure d'expulsion vers le Mali, qu'il a quitté il y a six ans.

Employé de la «deuxième ligne» pendant la première vague dans un supermarché Carrefour de banlieue parisienne, Gollé Sylla, un Malien de 33 ans, confie pour sa part se sentir «complètement abandonné» par la France.

En décembre, il a demandé à son employeur la signature d'un document indispensable à son dossier de régularisation, révélant au passage qu'il travaillait jusqu'alors sous alias, c'est-à-dire grâce aux papiers d'une autre personne en règle.

Il s'agit d'une pratique courante chez les sans-papiers afin d'obtenir les fiches de paie nécessaires à la demande de régularisation par le travail. En 2019, 40.000 titres de séjour pour motifs économiques ont été délivrés. Mais en retour, il s'est vu notifier une procédure de rupture de contrat.

«Ce sont les oubliés», regrette auprès de l'AFP Marilyne Poulain, responsable du collectif migrants à la CGT. De plus, «en ayant tenu le pays à bout de bras ils se retrouvent stigmatisés dans une grande partie des discours des personnes qui se présentent à l'élection présidentielle».

La syndicaliste rappelle que le gouvernement a permis en 2021 à de nombreux ressortissants étrangers mobilisés contre la crise sanitaire d'être naturalisés, mais seulement lorsqu'ils étaient en situation régulière.

Face au climat politique actuel, «on n'a pas de défense», reconnait Amadou, un Sénégalais de 30 ans, employé d'un restaurant des beaux quartiers parisiens. «On n'osera jamais aller à la télévision dire ce qu'on en pense.»

*Les personnes dont seul le prénom apparaît ont souhaité ne pas révéler leur nom de famille

L'immigration en cinq chiffres

Voici cinq chiffres illustrant l'immigration en France, sujet omniprésent dans les débats à moins de cinquante jours de l'élection présidentielle.

7,6% d'étrangers

La France compte 5,1 millions d'étrangers (non naturalisés), soit 7,6% de la population (contre 6,5% en 1975 et 4,4% en 1946), selon l'Insee.

Parmi eux, 800.000 sont nés en France de nationalité étrangère. En vertu du droit du sol, ceux-ci acquièrent automatiquement la nationalité française à leur majorité s'ils remplissent certaines conditions.

Cette part d'étrangers classe la France 15e sur 27 dans l'Union européenne, selon Eurostat, légèrement en-dessous de la moyenne de l'UE (8,2%) et derrière les autres grands pays de l'UE: Allemagne (12,5%), Espagne (11%) et Italie (8,4%).

110.000 personnes deviennent françaises chaque année

Au cours de la dernière décennie, autour de 110.000 personnes ont acquis la nationalité française chaque année, selon l'Insee. La moitié environ l'acquiert par naturalisation, environ un quart par mariage et un autre quart par déclaration anticipée (un mineur étranger né en France peut demander la nationalité avant sa majorité).

Les acquisitions de la nationalité ont nettement diminué par rapport à la décennie précédente, puisqu'elles oscillaient autour des 140.000 par an entre 2000 et 2010.

Selon Eurostat, en 2019 la France était en proportion le 10e pays de l'UE en matière d'acquisition de la nationalité, à égalité avec l'Allemagne mais derrière l'Italie ou l'Espagne.

272.000 titres de séjours

En 2021, les titres de séjour accordés par la France ont presque retrouvé leur niveau d'avant la crise sanitaire liée au Covid-19, avec 272.000 délivrances, selon le ministère de l'Intérieur. Ils ont été émis pour l'essentiel sur des motifs familiaux (88.000) ou étudiants (85.000).

La crise a en revanche fait chuter les demandes d'asile. 122.000 ont été déposées en 2021, un cumul qui, quoiqu'en hausse par rapport à 2020, reste très inférieur aux 151.000 demandes de 2019. Les trois principaux pays d'origine sont l'Afghanistan, la Côte d'Ivoire et le Bangladesh.

La France est, en proportion de sa population, le 11e pays ayant reçu le plus de demandes d'asile, selon Eurostat (données 2020).

10.000 expulsions

En 2021, un peu plus de 10.000 étrangers en situation irrégulière ont été expulsés par la contrainte du territoire français, toujours selon le ministère. Ces "éloignements forcés" sont en nette baisse depuis la crise puisqu'ils avaient culminé à près de 19.000 en 2019.

Les expulsions sont rendues plus compliquées par "la fermeture des frontières, les refus de test Covid (obligatoire pour renvoyer vers certains pays) et les refus de laissez-passer consulaires par les pays d'origine", selon le ministère de l'Intérieur.

Outre les expulsions, près de 7.000 étrangers en situation irrégulière ont quitté la France en 2021 de leur plein gré.

Il n'y a pas de chiffres officiels du nombre d'étrangers en situation irrégulière en France mais le nombre de bénéficiaires de l'Aide médicale d’État, qui leur est dédiée pour les soins médicaux, sert d'indicateur officieux (383.000 en 2020).

Un excédent budgétaire de 1% du PIB

Les immigrés contribuent au budget français à hauteur de 1,02% du PIB, selon une étude de l'OCDE publiée en octobre qui porte sur 25 pays développés pour la période 2006-2018.

Cela veut dire que les impôts et cotisations versées par la population immigrée font plus que compenser les prestations et services publics dont ils bénéficient (hors budget de la défense et remboursement de la dette publique).

Cet excédent est toutefois moins élevé en France que dans la moyenne des pays étudiés (1,56% du PIB), en raison d'une population immigrée plus vieillissante.


Guillaume Ancel : le Liban pris au piège par Israël, par la volonté de l’Iran

Guillaume Ancel. (AFP)
Guillaume Ancel. (AFP)
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  • Depuis le 2 mars, deux jours après l’assassinat ciblé du guide suprême iranien Ali Khamenei, le Liban a renoué avec une nouvelle spirale meurtrière, avec son cortège de destructions et de déplacés
  • Pour l’ancien officier de l’armée française Guillaume Ancel (éditeur du blog Ne pas subir), dans la configuration actuelle, « il s’agit moins d’une stratégie d’Israël contre le Liban que d’une stratégie de l’Iran contre Israël »

PARIS : Dans le conflit généralisé que vit actuellement le Moyen-Orient, la balance penche nettement du côté des incertitudes, et la somme des questions qu’il pose l’emporte sur les réponses quant à la nature de son issue.

Le seul élément avéré est que, depuis le début des frappes israélo-américaines, le régime iranien joue sa survie, entraînant le Liban dans son sillage.

Depuis le 2 mars, deux jours après l’assassinat ciblé du guide suprême iranien Ali Khamenei, le Liban a renoué avec une nouvelle spirale meurtrière, avec son cortège de destructions et de déplacés.

Des missiles tirés par le Hezbollah contre Israël sont venus à bout d’un cessez-le-feu fragile, instauré en novembre 2024 sur la ligne de démarcation séparant les deux pays.

Ce parti avait d’ores et déjà prévenu qu’il entrerait dans le conflit si le guide suprême iranien venait à être menacé. Or, une fois Khamenei assassiné, le Hezbollah s’est jeté dans la bataille, faisant fi des menaces émanant des plus hauts responsables israéliens, mettant le Liban en garde contre un déluge de feu qui le réduirait en poussière, à l’image de Gaza.

La riposte israélienne ne s’est pas fait attendre, provoquant à ce jour la mort d’environ 968 personnes et près d’un million de déplacés, alors que les hostilités se poursuivent de part et d’autre et qu’aucune issue ne se profile à l’horizon.

La France a beau inciter les Libanais à prendre les devants et à consolider leur souveraineté sur leur territoire, proposer d’aider le Liban à sortir de la spirale infernale par des négociations directes avec Israël ; Paris a beau rallier des pays tels que le Canada, l’Italie, l’Allemagne et le Royaume-Uni à sa position, ses propos restent inaudibles dans le fracas des déflagrations qui sèment la mort aux quatre coins du pays.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, sera à Beyrouth aujourd’hui pour une nouvelle tentative de désescalade dont l’issue est loin d’être certaine.

Dans ce paysage de chaos et de désolation, il est utile de tenter de démêler les fils, d’essayer d’esquisser les contours de la stratégie israélienne au Liban et de s’interroger sur l’avenir de ce pays piégé dans une équation impossible entre Israël et l’Iran.

Pour l’ancien officier de l’armée française Guillaume Ancel (éditeur du blog Ne pas subir), dans la configuration actuelle, « il s’agit moins d’une stratégie d’Israël contre le Liban que d’une stratégie de l’Iran contre Israël ».

« Si le Hezbollah s’était tenu à l’écart du conflit, il aurait été très difficile pour le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou de justifier une offensive contre le Liban », assure l’officier en réponse à Arab News en français.

Le Hezbollah, acteur politique intégré au système libanais, agit dans les faits comme une force militaire étroitement liée aux intérêts stratégiques des gardiens de la révolution : « ce sont eux qui avaient intérêt à déporter une partie du conflit contre l’Iran au Liban », afin d’enflammer le nord d’Israël.

Dans cette perspective, le front libanais devient une extension du conflit opposant Israël à l’Iran, une manière pour Téhéran d’éviter un face-à-face direct tout en multipliant les foyers de tension.

Cette stratégie d’« externalisation » de la guerre n’est pas nouvelle, affirme Ancel, mais elle atteint aujourd’hui un niveau particulièrement préoccupant, car elle se déploie sur un territoire déjà fragilisé, économiquement exsangue et politiquement fragmenté.

De son point de vue, Israël adopte une réponse fidèle à sa doctrine sécuritaire, qui consiste à frapper fort, vite et de manière dissuasive.

Pour l’État hébreu, la menace posée par le Hezbollah est existentielle : peu importe que le mouvement soit affaibli ou que ses capacités soient entamées, sa simple présence armée à la frontière nord constitue un risque inacceptable à ses yeux.

Mais cette logique, souligne Ancel, comporte ses limites, car les opérations israéliennes, souvent d’une intensité considérable, voire disproportionnée, n’ont jamais réussi à éradiquer le Hezbollah. Au contraire, elles contribuent régulièrement à renforcer sa légitimité interne, tout en infligeant des destructions massives au Liban.

C’est là que se révèle l’un des nœuds du problème : l’impuissance de l’État libanais.

L’armée libanaise ne dispose ni des moyens militaires ni de la légitimité politique pour affronter le Hezbollah, et toute tentative de désarmement par la force risquerait de plonger le pays dans une nouvelle guerre civile, un scénario que tous cherchent à éviter.

Sur le plan diplomatique, l’idée persiste : le Liban devrait reprendre le contrôle de son territoire et mettre fin à l’autonomie militaire du Hezbollah.

La France pour un renforcement de l’armée libanaise

Cette position, défendue notamment par la France, plaide pour un renforcement de l’armée libanaise, avec le soutien de partenaires européens, afin de rééquilibrer progressivement le rapport de force interne.

Cette stratégie se heurte à un obstacle majeur : comment envisager un processus de désarmement dans un pays soumis à des bombardements réguliers, sachant qu’une telle initiative suppose un minimum de stabilité, voire un cessez-le-feu ?

Or, le Hezbollah ne semble pas prêt à suspendre ses opérations sans garanties préalables, et il en va de même pour Israël, qui tourne en outre le dos à la main tendue par les autorités libanaises pour discuter d’une désescalade.

Dans ce contexte, estime Ancel, la clé du conflit libanais ne se trouve pas à Beyrouth, mais à Téhéran : « tant que l’Iran maintient son soutien au Hezbollah, celui-ci conservera sa capacité d’action et sa volonté d’affronter Israël ».

À l’inverse, ajoute-t-il, un affaiblissement du régime iranien pourrait rebattre les cartes et souligne une réalité dérangeante : le Liban dépend largement de décisions prises en dehors de ses frontières, et son destin est suspendu à l’évolution d’un rapport de force régional qui le dépasse.

En attendant, le pays continue de s’enfoncer : les infrastructures sont touchées, les populations déplacées, l’économie touche le fond. Mais le plus inquiétant est le tissu social libanais, historiquement fragile, qui risque de se déliter davantage sous la pression des événements.

Le pronostic est pessimiste, mais Ancel rappelle que le pays a déjà traversé des crises majeures et a su, à plusieurs reprises, éviter l’effondrement total.

« L’essentiel, affirme-t-il, réside dans la manière dont le président américain Donald Trump va terminer cette guerre », qui est déjà dans sa troisième semaine, « et il n’a plus beaucoup de temps devant lui ».

Mais là aussi, on est face à une inconnue, car, souligne Ancel, « personne ne sait dire aujourd’hui quel est l’état du régime iranien : est-ce qu’il est au bord de l’effondrement ou bien est-il capable de résister encore pendant des semaines ? »

Il est en revanche important de signaler que les frappes américaines ciblent essentiellement les centres du pouvoir et les gardiens de la révolution, tout en épargnant l’armée iranienne.

Cela permet donc de penser que « l’armée américaine mise sur le fait que l’armée iranienne prenne le pouvoir », mettant fin au régime des mollahs et des gardiens de la révolution.

Le sort du Liban, affirme Ancel, étroitement lié à celui du régime iranien, dépend donc du dénouement de ce conflit. Si ce dénouement conforte le régime actuel, « je crains que la situation au Liban ne soit vouée à davantage de dégradation ».

Si, en revanche, poursuit-il, le régime iranien s’effondre, « à ce moment-là, le sujet du Hezbollah sera géré et nécessitera une aide internationale pour mettre un terme à son aspect militaire, tout en continuant à exister comme entité politique ».


Moyen-Orient: Macron dénonce une "escalade inconsidérée" et plaide pour une trêve pendant l'Aïd

Le président Emmanuel Macron arrive au sommet de l’Union européenne à Bruxelles le 19 mars 2026. Les dirigeants de l’Union européenne se réunissent dans un contexte de guerre au Moyen-Orient entre les États-Unis, Israël et l’Iran, avec des impacts sur l’énergie et la sécurité. (AFP)
Le président Emmanuel Macron arrive au sommet de l’Union européenne à Bruxelles le 19 mars 2026. Les dirigeants de l’Union européenne se réunissent dans un contexte de guerre au Moyen-Orient entre les États-Unis, Israël et l’Iran, avec des impacts sur l’énergie et la sécurité. (AFP)
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  • Le président Emmanuel Macron dénonce une « escalade inconsidérée » au Moyen-Orient, où les frappes touchent désormais des infrastructures énergétiques, notamment au Qatar
  • Il appelle à un arrêt temporaire des combats pendant l’Aïd al-Fitr et à l’ouverture de discussions directes entre les États-Unis et l’Iran

BRUXELLES: Emmanuel Macron a dénoncé jeudi une "escalade inconsidérée" au Moyen-Orient où la guerre s'est étendue aux sites de production d'hydrocarbures, en particulier au Qatar, et a appelé à "stopper" les combats pendant l'Aïd el-Fitr, la fête qui marque la fin du ramadan.

"Plusieurs (...) pays du Golfe ont été frappés pour la première fois sur leurs capacités de production, de la même manière que l'Iran avait été frappé", a relevé le président français à son arrivée à un sommet européen à Bruxelles, appelant de ses voeux des discussions "directes" entre Américains et Iraniens sur cette question.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, Emmanuel Macron avait proposé un "moratoire sur les frappes ciblant les infrastructures civiles, en particulier les infrastructures énergétiques et hydrauliques" après avoir parlé au président américain Donald Trump et à l'émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani.

Ces frappes se sont poursuivies après cet appel.

"Nous allons continuer de nous mobiliser et, évidemment, nous avons passé aussi ce message aux Iraniens", a dit le président français devant la presse à Bruxelles. Il a ajouté souhaiter "qu'il y ait des discussions directes qui puissent s'établir entre Américains et Iraniens sur ce point".

"Je pense que tous les esprits devraient se calmer et le combat devrait stopper au moins pour quelques jours pour essayer de redonner une chance aux négociations", à la faveur de la fin du ramadan célébrée dans les tout prochains jours, a insisté Emmanuel Macron.


Le ramadan finira vendredi pour tous les musulmans en France

A l'issue d'une démarche exceptionnelle de concertation, plusieurs instances départementales avaient également annoncé en début de semaine la date du 20 mars. (AFP)
A l'issue d'une démarche exceptionnelle de concertation, plusieurs instances départementales avaient également annoncé en début de semaine la date du 20 mars. (AFP)
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  • La commission religieuse de la Grande mosquée, réunie mercredi après-midi, "a constaté l'impossibilité d'observer la nouvelle lune", affirme l'institution dans un communiqué
  • De ce fait "le mois de ramadan durera 30 jours" ce qui fixe à vendredi la date de l'Aïd el-Fitr qui marque la fin du ramadan, mois de jeûne, de prières et de partage pour les cinq à six millions de musulmans vivant en France.

PARIS: Après un début en deux temps qui avait consterné les fidèles, le ramadan se terminera vendredi pour tous les musulmans de France, la Grande mosquée de Paris ayant elle aussi arrêté cette date pour l'Aïd el-Fitr.

La commission religieuse de la Grande mosquée, réunie mercredi après-midi, "a constaté l'impossibilité d'observer la nouvelle lune", affirme l'institution dans un communiqué.

De ce fait "le mois de ramadan durera 30 jours" ce qui fixe à vendredi la date de l'Aïd el-Fitr qui marque la fin du ramadan, mois de jeûne, de prières et de partage pour les cinq à six millions de musulmans vivant en France.

Cette décision met un terme au pataquès qui avait entouré les dates du ramadan cette année en France, déploré par beaucoup comme un signe de division interne.

La Grande mosquée de Paris avait en effet fixé son début au 18 février, à rebours de la date du 19 arrêtée par de nombreuses autres institutions parmi lesquelles le Conseil français du culte musulman (CFCM), ex-instance de représentation de l'islam auprès des pouvoirs publics.

En ce qui concerne la fin du ramadan, le CFCM avait de longue date fixé à vendredi le jour de l'Aïd el-Fitr.

A l'issue d'une démarche exceptionnelle de concertation, plusieurs instances départementales avaient également annoncé en début de semaine la date du 20 mars.

La divergence dans la fixation des dates vient de la méthode retenue, selon que le calcul astronomique est ou non associé à l'observation de la lune.