Procès des attentats de 2015: le puzzle «complexe» des armes et des intermédiaires

Commémoration du deuxième anniversaire de l'attaque meurtrière contre Charlie Hebdo, le 7 janvier 2017 à la Place de la République à Paris (Photo, AFP)
Commémoration du deuxième anniversaire de l'attaque meurtrière contre Charlie Hebdo, le 7 janvier 2017 à la Place de la République à Paris (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Jeudi 01 octobre 2020

Procès des attentats de 2015: le puzzle «complexe» des armes et des intermédiaires

  • Au cours des quatre années d'investigations, jamais les policiers ne sont parvenus à établir le circuit ayant permis à Chérif et Saïd Kouachi d'acquérir leur arsenal
  • Comment cet arsenal est-il passé des mains de Claude Hermant à celles du jihadiste ?

PARIS : Ils ont relevé les empreintes, épluché les fadettes, multiplié les auditions et les perquisitions... Au procès des attentats de janvier 2015, les enquêteurs ont reconstitué mercredi le puzzle liant les accusés aux auteurs des attaques, en se penchant sur la question des armes.

Aide à l'acquisition de fusils d'assaut et de pistolets pour les uns, achat de gilets tactiques et de Taser pour les autres: pas à pas, ces policiers ont détaillé les éléments qui valent à une partie des 14 accusés d'être jugés devant la cour d'assises spéciale de Paris.

Un travail d'investigation « complexe » et « minutieux », ont souligné les enquêteurs, en évoquant les précautions prises par les frères Kouachi et Amédy Coulibaly pour échapper aux radars et effacer les traces de la préparation des attentats, qui ont fait 17 morts.

Au cours des quatre années d'investigations, jamais les policiers ne sont parvenus à établir le circuit ayant permis à Chérif et Saïd Kouachi d'acquérir leur arsenal -- deux fusils d'assaut, deux pistolets automatiques et un lance-roquettes.

Concernant Amédy Coulibaly, huit des armes retrouvées dans l'Hyper Cacher ou dans l'appartement "conspiratif" loué par le tueur à Gentilly (Val-de-Marne) ont vu leur provenance confirmée. Mais des zones d'ombre demeurent sur la façon exacte dont il les avait récupérées.

Selon les enquêteurs, ces huit armes ont été achetées à une société slovaque, qui les vendait démilitarisées. A l'origine de cette commande, un trafiquant lillois, connu comme une figure de l'extrême-droite dans la région: Claude Hermant, ancien indicateur des douanes et des gendarmes.

« Claude Hermant remilitarisait les armes », explique une enquêtrice de la sous-direction antiterroriste (SDAT), jean bleu et veste kaki. « La balistique a montré que des munitions retrouvées chez lui et à l'Hyper Cacher avaient le même marquage », ajoute-t-elle.

« Peu de certitudes »

Comment cet arsenal est-il passé des mains de Claude Hermant à celles du jihadiste ? Au cours des investigations, plusieurs traces d'ADN ont été identifiées sur des armes ou des billets de banque appartenant au tueur de l'Hyper Cacher. Parmi elles, celles de Nezar Mickaël Pastor Alwatik, Amar Ramdani et Saïd Makhlouf.

Mais c'est surtout le rôle des deux derniers qui concentre les soupçons. Entre octobre et décembre 2014, les deux accusés, qui se présentent comme des cousins éloignés, se sont rendus à six reprises dans la région lilloise, selon leurs relevés téléphoniques.

Pourquoi ces multiples allers-retours ? En garde à vue, Saïd Makhlouf a raconté être allé voir des prostituées et qu'Amar Ramdani l'avait « accompagné ». Des déclarations jugées peu crédibles par l'avocat général: « Lille, ça fait un peu loin. Des prostituées, il y en a à Paris », estime-t-il.

Voyage à des fins personnelles ou déplacement réalisé à la demande d'Amédy Coulibaly ? « Ce qui pose question, c'est le silence de Ramdani et Makhlouf pendant toute la durée de l'instruction », juge l'enquêtrice. « Jamais ils n'ont donné d'éléments permettant de vérifier leurs déclarations ».

Un manque de coopération également reproché à Mohamed Fares, fils de l'employeur de Saïd Makhlouf. Ce trentenaire, mis en cause dans le dossier des attentats par un courrier anonyme envoyé fin 2017, est soupçonné d'avoir servi d'intermédiaire avec le réseau de Claude Hermant.

A-t-il traité directement avec le trafiquant ? Que savait-il de la destination des armes ? A l'écoute du récit fait par les enquêteurs, son avocate s'agace. "Dans ce dossier, il y a beaucoup de trous dans la raquette", insiste Me Safya Akorri, jugeant "ténus" les éléments mis en avant par l'accusation.

Un jugement partagé par Me Isabelle Coutant-Peyre, qui défend Ali Riza Polat, « bras droit » présumé d'Amédy Coulibaly, qu'il aurait aidé à se procurer des armes.

« Malgré quatre ans d'instruction, on a peu de certitudes » hormis sur le rôle de « Claude Hermant », affirme l'avocate. « Des gens ont été arrêtés rapidement » mais « ce ne sont probablement pas les vrais responsables de ces tragédies », estime-t-elle, en regrettant l'absence du trafiquant sur les bancs des accusés.

Dans le cadre d'une procédure disjointe qui portait sur un trafic d'armes plus large que celui des attentats, Claude Hermant a été condamné à huit ans de prison en février 2019.

Il sera entendu jeudi par la cour d'assises en qualité de simple témoin


Première mission du porte-avions nucléaire français Charles de Gaulle aux Philippines

Le 6 juillet 1999, un prototype du Rafale M02 effectue un appontage sur la piste du porte-avions nucléaire Charles de Gaulle à Brest (Photo Getty Images)
Le 6 juillet 1999, un prototype du Rafale M02 effectue un appontage sur la piste du porte-avions nucléaire Charles de Gaulle à Brest (Photo Getty Images)
Short Url
  • L'ambassadrice de France a jugé dimanche que ces exercices militaires étaient « encore plus importants » en raison de la montée des tensions en mer de Chine méridionale.
  • La France cherche à réaffirmer son poids dans la région Asie-Pacifique, où la Chine et les États-Unis sont en concurrence pour exercer leur influence.

SUBIC BAY FREEPORT ZONE PHILIPPINES : Le porte-avions nucléaire français Charles de Gaulle a effectué sa première mission aux Philippines, où l'ambassadrice de France a jugé dimanche que ces exercices militaires étaient « encore plus importants » en raison de la montée des tensions en mer de Chine méridionale.

« Compte tenu de la montée des tensions, il est d’autant plus important de défendre le droit international et la liberté de navigation, que ce soit en mer ou dans les airs », a déclaré l'ambassadrice Marie Fontanel sur le pont du porte-avions, dans la baie de Subic, au nord de Manille.

Le groupe aéronaval a rejoint la marine des Philippines vendredi pour ces exercices.

Constitué de quelque 3 000 marins, il avait quitté le port de Brest en novembre pour une mission de plusieurs mois en mer Rouge, dans l'océan Indien et dans le Pacifique, durant laquelle il doit intégrer régulièrement des frégates ou des sous-marins de pays étrangers.

La France cherche à réaffirmer son poids dans la région Asie-Pacifique, où la Chine et les États-Unis sont en concurrence pour exercer leur influence.

Les Philippines cherchent pour leur part à renforcer leurs relations avec leurs alliés face aux confrontations régulières entre Manille et Pékin concernant la mer de Chine méridionale. Pékin y revendique en effet la majeure partie de cette voie navigable stratégique.

En novembre, Manille avait annoncé l'achat à la France de 40 vedettes rapides de patrouille dans le cadre d'un accord de 440 millions de dollars (environ 420 millions d'euros).


L'écrivain Boualem Sansal a entamé une grève de la faim, a déclaré son avocat

Short Url
  • « Je suis inquiet pour sa santé, comme pour la possibilité même d'un procès équitable », a affirmé Me François Zimeray, avocat français de l'écrivain, confirmant une information du JDD.
  • Selon Me Zimeray, qui a expliqué ne pas avoir obtenu de visa pour se rendre en Algérie afin de voir son client, Boualem Sansal aurait pris cette décision « en raison des pressions exercées contre lui pour changer d'avocat ».

PARIS : L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, incarcéré en Algérie depuis mi-novembre, a entamé lundi une grève de la faim, a indiqué son avocat dimanche à l'AFP, précisant tenir cette information d'une source judiciaire.

« Je suis inquiet pour sa santé, comme pour la possibilité même d'un procès équitable », a affirmé Me François Zimeray, avocat français de l'écrivain, confirmant une information du JDD.

Selon Me Zimeray, qui a expliqué ne pas avoir obtenu de visa pour se rendre en Algérie afin de voir son client, Boualem Sansal aurait pris cette décision « en raison des pressions exercées contre lui pour changer d'avocat ».

« Ni la pondération dans l'expression de sa défense, ni la retenue face à la campagne abjecte que j'ai subie dans certains médias algériens, ni le respect du cadre judiciaire de ce pays ne semblent avoir été appréciés par un régime qui persiste à me refuser le visa sans raison valable, privant Boualem Sansal de la défense de son choix », a martelé l'avocat.

Ce dernier a également affirmé que le protocole de soin suivi par Boualem Sansal avait été interrompu, alors que l'écrivain souffrirait d'un cancer, d'après des informations de presse.

Boualem Sansal est poursuivi en vertu de l'article 87 bis du Code pénal algérien, qui sanctionne comme acte terroriste ou subversif tout acte visant la sûreté de l'État, l'intégrité du territoire, la stabilité et le fonctionnement normal des institutions.

Selon le quotidien français Le Monde, le pouvoir algérien aurait mal pris les déclarations de Boualem Sansal au média français Frontières, réputé d'extrême droite, reprenant la position du Maroc selon laquelle le territoire de ce dernier pays aurait été amputé sous la colonisation française au profit de l'Algérie.

Son incarcération a provoqué les protestations de nombreux intellectuels et écrivains, qui estiment les poursuites sans aucun fondement.

Boualem Sansal a longtemps affirmé être né en 1949, ce qui lui donnerait aujourd'hui 75 ans. En décembre, son éditeur Antoine Gallimard avait pour sa part indiqué qu'il était en vérité né en 1944 et avait donc 80 ans.


Immigration : un conseil interministériel se réunit mercredi

Le ministre français de l'Intérieur Bruno Retailleau (C) serre la main d'un agent de la police nationale française dans une caserne de pompiers après une attaque au couteau à Mulhouse, dans l'est de la France, où un homme est soupçonné d'avoir tué une personne et grièvement blessé deux agents de police, le 22 février 2025 (Photo par SEBASTIEN BOZON / AFP)
Le ministre français de l'Intérieur Bruno Retailleau (C) serre la main d'un agent de la police nationale française dans une caserne de pompiers après une attaque au couteau à Mulhouse, dans l'est de la France, où un homme est soupçonné d'avoir tué une personne et grièvement blessé deux agents de police, le 22 février 2025 (Photo par SEBASTIEN BOZON / AFP)
Short Url
  • Ce conseil, qui était prévu avant l'attaque de Mulhouse, « se réunira ce mercredi », a déclaré Jean-Noël Barrot lors d'un entretien avec Europe 1 et CNews, où il était interrogé sur l'attaque de samedi.
  • Interrogé sur TF1, le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, a indiqué que le suspect faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF) et a accusé l'Algérie de l'avoir refoulé à 10 reprises.

PARIS : Le gouvernement français réunira un conseil interministériel de contrôle de l'immigration mercredi, alors qu'une attaque au couteau, perpétrée par un Algérien en situation irrégulière, a fait un mort samedi à Mulhouse, a assuré dimanche le ministre des Affaires étrangères.

Ce conseil, qui était prévu avant l'attaque de Mulhouse, « se réunira ce mercredi », a déclaré Jean-Noël Barrot lors d'un entretien avec Europe 1 et CNews, où il était interrogé sur l'attaque de samedi.

Au cours de l'entretien, le ministre a été interrogé sur les discussions avec ses homologues algériens concernant les obligations de quitter le territoire français (OQTF).

« Cette attaque terroriste nous appelle à amplifier encore la mobilisation qui est la nôtre pour mieux contenir et prévenir les conséquences de la présence de ce terroriste islamiste sur le territoire national », a estimé le ministre avant d'évoquer le conseil interministériel.

Interrogé sur TF1, le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, a indiqué que le suspect faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF) et a accusé l'Algérie de l'avoir refoulé à 10 reprises.

Le Premier ministre, François Bayrou, a d'ailleurs convoqué un conseil interministériel de contrôle de l'immigration ce mercredi. « Nous devons faire plus et nous devons faire mieux », a-t-il déclaré.

M. Barrot a également affirmé avoir demandé « aux 19 ambassadeurs, dans les pays où nous rencontrons le plus de difficultés pour renvoyer les étrangers en situation irrégulière, à me faire un rapport circonstanciel dont je présenterai les résultats ce mercredi au Premier ministre pour que nous puissions prendre des mesures fortes ».

« Il y a des pays vis-à-vis desquels il nous faut effectivement prendre des mesures fortes. Il y en a d'autres où, au contraire, il nous faut des mesures d'accompagnement », a-t-il ajouté.