Biden à la recherche du juste équilibre dans les négociations avec l'Iran

Pour garder ouverte la porte de la diplomatie, le gouvernement Biden pourrait aussi mettre sur la table ses autres exigences visant à endiguer l'interventionnisme de Téhéran au Moyen-Orient ou ses missiles balistiques. (Photo, AFP)
Pour garder ouverte la porte de la diplomatie, le gouvernement Biden pourrait aussi mettre sur la table ses autres exigences visant à endiguer l'interventionnisme de Téhéran au Moyen-Orient ou ses missiles balistiques. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 05 novembre 2021

Biden à la recherche du juste équilibre dans les négociations avec l'Iran

  • «Le gouvernement Biden va devoir avancer sur une ligne de crête, en prouvant à l'Iran qu'il tirera des bénéfices d'une levée des sanctions, sans pour autant céder aux pressions iraniennes»
  • Les dirigeants iraniens réclament l'assurance qu'un compromis ne fera pas les frais d'une éventuelle alternance politique aux Etats-Unis

WASHINGTON : Lorsque les négociations avec l'Iran reprendront fin novembre, les Etats-Unis de Joe Biden, de plus en plus sceptiques sur les intentions de Téhéran, devront trouver un équilibre délicat entre concessions et pressions renforcées, voire menaces militaires.


L'Iran et les autres grandes puissances ont annoncé mercredi que ces pourparlers reprendraient le 29 novembre à Vienne, après cinq mois d'impasse, pour sauver l'accord de 2015 censé empêcher la République islamique d'accéder à l'arme nucléaire.


Mais beaucoup a changé depuis leur suspension en juin.


Les Iraniens ont élu un président ultraconservateur, Ebrahim Raïssi, qui a longuement fait patienter la communauté internationale. Pendant ce temps, les activités atomiques iraniennes ont poursuivi leur montée en puissance jugée de plus en plus dangereuse par les Occidentaux.


De son côté, le président Biden, confiant en début d'année sur sa capacité à relancer l'accord dont son prédécesseur Donald Trump a claqué la porte en 2018, ne cache plus son inquiétude. Et Washington prépare désormais un plan B.


En quittant l'accord, Donald Trump a rétabli les sanctions contre l'Iran qu'il avait permis de lever en 2015. En réponse, Téhéran s'est affranchi de nombreuses restrictions à son programme nucléaire.


Les négociations indirectes de Vienne entre les deux pays ennemis, par l'intermédiaire des autres signataires (Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni, Russie et Union européenne), visent à déterminer quelles sanctions les Américains doivent lever ainsi que le calendrier pour que les Iraniens reviennent dans les clous de leurs engagements.

«Garanties»

"Le gouvernement Biden va devoir avancer sur une ligne de crête, en prouvant à l'Iran qu'il tirera des bénéfices d'une levée des sanctions, sans pour autant céder aux pressions iraniennes", dit à l'AFP Kelsey Davenport, de l'Arms Control Association.


Les sanctions représentent un casse-tête tant l'équipe Trump a tissé une toile difficile à démêler -- rendue encore plus inextricable par de nouvelles mesures punitives imposées par l'actuel gouvernement américain, comme récemment contre les drones iraniens.


Au-delà, les dirigeants iraniens réclament l'assurance qu'un compromis ne fera pas les frais d'une éventuelle alternance politique aux Etats-Unis.


Une garantie impossible à donner pour Joe Biden: les républicains ont prévenu qu'ils torpilleraient l'accord s'ils reviennent au pouvoir. Le président démocrate a toutefois promis, dans une déclaration conjointe avec ses homologues européens, de "continuer à le respecter tant que l'Iran en fait autant".


Le négociateur russe Mikhaïl Ulyanov a salué "une avancée significative vers les assurances et garanties que demande l'Iran".


Mais la vraie question que se posent les Occidentaux est simple: le président Raïssi et, surtout, le guide suprême Ali Khamenei veulent-ils vraiment sauver l'accord?


Les Américains risquent de conclure que non si, le 29 novembre, leurs négociateurs arrivent dans la capitale autrichienne avec des exigences jugées irréalistes.


Dans un changement de ton flagrant, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a prévenu mi-octobre que les Etats-Unis étaient prêts à envisager "toutes les options" face à cette éventualité. Une manière de laisser planer la menace militaire, brandie plus explicitement, à ses côtés, par son homologue israélien Yaïr Lapid.

«Menace de guerre»

Dans une tribune qui n'est pas passée inaperçue, l'ex-diplomate Dennis Ross, qui a été conseiller de présidents démocrates, est allé jusqu'à affirmer quelques jours plus tard que "la menace de guerre" était devenue "la seule manière de parvenir à la paix avec l'Iran".


"Téhéran ne prend plus Washington au sérieux. Pour relancer l'accord nucléaire, la menace d'une escalade militaire doit être sur la table", a-t-il écrit pour la revue Foreign Policy, jugeant "insuffisante" la référence "routinière" aux "autres options".


Mais pour Kelsey Davenport, "les menaces militaires risquent de se retourner contre nous", poussant la République islamique à vouloir ouvertement fabriquer la bombe pour se défendre.


Le problème, reconnaît cette experte, c'est qu'"aucune option à la disposition des Etats-Unis n'est bonne" en dehors d'un retour à l'accord de 2015.


Un durcissement des sanctions, comme évoqué par l'élu démocrate Adam Schiff, semble difficile tant elles sont déjà draconiennes et tant le reste du monde a été échaudé par la volte-face de l'ère Trump.


Pour garder ouverte la porte de la diplomatie, le gouvernement Biden pourrait aussi mettre sur la table ses autres exigences visant à endiguer l'interventionnisme de Téhéran au Moyen-Orient ou ses missiles balistiques, suggère Kelsey Davenport.


Mais "une négociation longue et complexe prendrait du temps, ajoute-t-elle, et le programme nucléaire iranien pourrait progresser" au point de pousser Israël à mettre à exécution sa menace d'action militaire, avec "un risque d'escalade guerrière".

Iran: les développements depuis le retrait américain de l'accord sur le nucléaire

TEHERAN : Rappel des développements depuis le retrait des Etats-Unis en 2018 de l'accord sur le nucléaire iranien, conclu trois ans plus tôt entre Téhéran et les membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU plus l'Allemagne.

Trump sort de l'accord

Le 8 mai 2018, Donald Trump annonce le retrait des Etats-Unis de l'accord sur le programme nucléaire iranien.


Conclu en 2015 à Vienne, il avait permis la levée d'une partie des sanctions contre l'Iran en échange de son engagement à ne pas se doter de l'arme nucléaire.


Washington rétablit de sévères sanctions notamment contre les secteurs pétrolier et financier iraniens.


En mai 2019, M. Trump met fin aux exemptions permettant à huit pays d'acheter du pétrole iranien sans enfreindre les sanctions américaines.

Début du désengagement iranien

Le 8 mai 2019, l'Iran commence à revenir sur certains de ses engagements, souhaitant mettre la pression sur les Européens toujours parties à l'accord --le Royaume-Uni, la Chine, la Russie, la France et l'Allemagne-- pour l'aider à contourner les sanctions étouffant son économie.


Washington décide de nouvelles sanctions.


En septembre, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) affirme que Téhéran a lancé le processus d'enrichissement d'uranium dans ses centrifugeuses avancées.


Début novembre, l'Iran dit produire 5 kg d'uranium faiblement enrichi par jour puis relance des activités d'enrichissement dans l'usine souterraine de Fordo (180 km au sud de Téhéran).


Le 18, l'AIEA indique que les réserves iraniennes d'eau lourde ont dépassé la limite fixée par l'accord.

«Centrifugeuses avancées»
Le 5 janvier 2020, Téhéran dit ne plus se sentir tenu par aucune limite "sur le nombre de ses centrifugeuses", après l'élimination du général iranien Qassem Soleimani par une frappe aérienne américaine à Bagdad.


Paris, Londres et Berlin déclenchent le Mécanisme de règlement des différends prévu dans l'accord pour contraindre Téhéran à respecter ses engagements.


En février, l'Iran se dit disposé à annuler tout ou partie de ses mesures de désengagement si l'Europe lui assure des avantages économiques "significatifs".


Fin mars, Berlin et Paris annoncent que l'Europe a activé le mécanisme de troc Instex pour livrer du matériel médical à l'Iran, durement frappé par le Covid-19, sans s'exposer aux sanctions américaines.


Le 18 novembre, l'AIEA indique que l'Iran a commencé à mettre en service des "centrifugeuses avancées" récemment déplacées dans une partie souterraine de l'usine de Natanz (centre), principal site d'enrichissement d'uranium du pays.

Assassinat d'un physicien nucléaire

Le 27 novembre, un éminent physicien nucléaire, Mohsen Fakhrizadeh, est tué près de Téhéran. L'Iran accuse Israël.


Quelques jours plus tard, le Parlement vote un texte préconisant de produire et stocker au "moins 120 kg par an d'uranium enrichi à 20%". 


Le 4 janvier 2021, l'Iran enclenche le processus destiné à produire de l'uranium enrichi à 20% à Fordo, bien au-delà du seuil fixé par l'accord.

Uranium enrichi

Le 6 avril, des discussions pour sauver l'accord démarrent à Vienne. Les Etats-Unis sont indirectement conviés pour la première fois depuis l'arrivée à la Maison Blanche de Joe Biden, qui dit vouloir réintégrer le pacte.


Le 16, l'Iran annonce avoir commencé à produire de l'uranium enrichi à 60%, après une explosion dans l'usine de Natanz, que Téhéran a imputée à Israël.


Le 6 juillet, Téhéran fait savoir qu'il compte "produire de l'uranium métal avec un taux d'enrichissement de 20%".


Le 5 août, le nouveau président iranien Ebrahim Raïssi affirme être ouvert à "tout plan diplomatique" pour une levée des sanctions.


Le 12 septembre, l'AIEA et l'Iran concluent un accord sur la surveillance du programme iranien. Mais l'instance onusienne déclare peu après s'être vu refuser l'accès "indispensable" à un atelier de fabrication de composants de centrifugeuses.


Le 9 octobre, le chef de l'Organisation de l'énergie atomique annonce que Téhéran a franchi un nouveau seuil en augmentant à plus de 120 kg son stock d'uranium enrichi à 20%.

Reprise des négociations fixée au 29 novembre

Le 13, Washington fait planer la menace d'un recours à l'option militaire contre l'Iran.


Le lendemain, le négociateur européen Enrique Mora est à Téhéran pour presser le gouvernement de reprendre les négociations suspendues depuis juin.


Mercredi 27, un responsable iranien indique que Téhéran est prêt à reprendre les négociations à Vienne.


Le 3 novembre, le gouvernement iranien et l'Union européenne, principale médiatrice dans ces pourparlers indirects entre Washington et Téhéran, annoncent que les négociations reprendront le 29. Un compromis est possible "rapidement", à condition que l'Iran soit "sérieux" dans ses intentions, estime la diplomatie américaine.


Le 4, le président Raïssi a prévenu que Téhéran rejettera toute "exigence excessive" de la part des Occidentaux lors de ces pourparlers.


Israël morcèle Gaza, accentue la pression sur le Hamas pour récupérer les otages

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
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  • Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte
  • Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore

JERUSALEM: Israël a annoncé mercredi que son armée avait commencé à morceler la bande de Gaza et à y saisir de larges zones de territoire pour forcer le mouvement islamiste palestinien Hamas à rendre les otages.

Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte, ont indiqué deux responsables du mouvement islamiste palestinien à l'AFP alors que les bombardements israéliens sur la bande de Gaza ont fait plus de 30 morts mercredi, dont des enfants, selon les secours locaux.

Le Hamas souhaite avancer sur une proposition egypto-qatarie prévoyant un cessez-le-feu de 50 jours, période pendant laquelle le mouvement islamiste libérerait "cinq soldats israéliens" en échange de la remise en liberté de quelque 2.250 prisonniers palestiniens détenus par Israël, a indiqué un de ces deux responsables sous le couvert de l'anonymat

Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore.

"Nous morcelons la bande de Gaza et nous augmentons la pression pas à pas, afin qu'ils nous rendent nos otages", a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Critiques des familles d'otages 

Appelant "les habitants de Gaza à agir maintenant pour chasser le Hamas et rendre tous les otages", le ministre de la Défense, Israël Katz, a menacé une nouvelle fois de confisquer au profit d'Israël de "vastes secteurs" conquis par l'armée à la faveur de l'élargissement de son offensive dans la bande de Gaza.

"Expliquez (...) comment vous comptez éviter la mise en danger des otages", a réagi le Forum des familles, la plus grande association de proches d'otages en Israël, en reprochant au gouvernement d'envoyer "davantage de soldats à Gaza" plutôt que "de libérer les otages par un accord et de mettre fin à la guerre"

De leur côté, une cinquantaine d'otages libérés et des proches d'otages ont estimé dans une lettre ouverte que "la pression militaire met en danger les otages".

"Où est le monde?" 

La guerre a été déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque sans précédent du Hamas ayant entraîné la mort de 1.218 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP basé sur des données officielles.

Sur les 251 personnes enlevées ce jour-là, 58 sont toujours otages à Gaza dont 34 sont mortes selon l'armée israélienne.

En riposte Israël a juré de détruire le Hamas et lancé une campagne de représailles militaires ayant fait au moins 50.423 morts, majoritairement des civils, selon les données du ministère de la Santé du Hamas pour Gaza, jugées fiables par l'ONU.

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours.

Le centre sert de refuge à 160 familles déplacées, a indiqué l'Unrwa.

"Les martyrs sont des jeunes, des garçons et des filles. De quel droit il les tuent? Ils ont visé directement la clinique. Où sont les Nations unies, où est le monde?" a lancé Abou Ahmed Jaber, un déplacé réfugié dans le bâtiment.

L'armée israélienne a confirmé une frappe contre le bâtiment de l'Unrwa affirmant y avoir visé "des terroristes du Hamas".

Treize personnes ont également été tuées par un bombardement sur une maison abritant des déplacés à Khan Younès et deux par une frappe sur une maison à Nousseirat (centre), selon les secours.

Après l'interception de deux projectiles tirés de Gaza en direction d'Israël dans la soirée, l'armée israélienne a appelé les habitants à évacuer plusieurs régions du nord de Gaza, en prévision de frappes.

"Guerre sans limite" 

De son côté, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres est "choqué par les attaques de l'armée israélienne" contre un convoi médical et de secours, qui ont tué 15 secouristes et travailleurs humanitaires la semaine dernière à Gaza, selon son porte-parole.

La "fosse commune" où les secouristes ont été retrouvés expose une "guerre sans limite" à Gaza, a indiqué un responsable du Bureau des opérations humanitaires de l'ONU (Ocha), Jonathan Whittall.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, 1.066 personnes ont été tuées depuis le 18 mars.

Pour accroître la pression sur le Hamas, Israël a bloqué depuis le 2 mars l'entrée de l'aide humanitaire à Gaza, aggravant les pénuries dans le territoire.

Faute de farine et de sucre, des boulangeries ont fermé. "La situation est très difficile, il n'y a pas de farine, pas de pain, pas de nourriture ni d'eau", a témoigné un père de famille, Mahmoud Sheikh Khalil.

A Jérusalem, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, s'est rendu une nouvelle fois sur l'esplanade des Mosquées, lieu disputé dans le secteur oriental de la Ville sainte occupé et annexé par Israël.

Troisième lieu saint de l'islam, l'endroit est pour les juifs, le mont du Temple, lieu le plus sacré du judaïsme. Plusieurs pays arabes ont dénoncé une "provocation" susceptible d'alimenter encore un peu plus les tensions régionales.


Amnesty appelle la Syrie à enquêter sur les massacres d'alaouites en tant que «crimes de guerre»

Le président par intérim Ahmad al-Chareh s'est engagé à poursuivre les auteurs des massacres et a formé une commission d'enquête qui n'a pas encore annoncé ses résultats. (AFP)
Le président par intérim Ahmad al-Chareh s'est engagé à poursuivre les auteurs des massacres et a formé une commission d'enquête qui n'a pas encore annoncé ses résultats. (AFP)
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  • Début mars, les régions du littoral dans l'ouest de la Syrie ont été le théâtre des pires massacres depuis la prise du pouvoir en décembre par une coalition dirigée par des islamistes radicaux
  • Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), plus de 1.700 civils, en grande majorité des alaouites, minorité dont est issu le président déchu Bachar al-Assad, ont été tués

BEYROUTH: Amnesty International a appelé jeudi les autorités syriennes à veiller à ce que les auteurs des massacres d'alaouites en mars rendent des comptes et à enquêter sur ces tueries en tant que "crimes de guerre".

"Le gouvernement syrien doit veiller à ce que les responsables d’une vague de massacres visant des civils alaouites dans des zones côtières soient amenés à rendre des comptes", a affirmé l'ONG dans un communiqué.

Amnesty a également réclamé que ces massacres fassent "l'objet d'enquêtes en tant que crimes de guerre".

Début mars, les régions du littoral dans l'ouest de la Syrie ont été le théâtre des pires massacres depuis la prise du pouvoir en décembre par une coalition dirigée par des islamistes radicaux.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), plus de 1.700 civils, en grande majorité des alaouites, minorité dont est issu le président déchu Bachar al-Assad, ont été tués.

Ces massacres ont eu lieu après des attaques sanglantes de partisans de l'ancien pouvoir contre les forces de sécurité. Ces dernières, des groupes qui leur sont alliés et des jihadistes étrangers ont été pointés du doigt dans le bain de sang.

L'ONU a indiqué avoir recueilli des témoignages selon lesquels les auteurs des massacres "ont effectué des descentes dans les maisons, demandant aux habitants s'ils étaient alaouites ou sunnites avant de les tuer ou de les épargner en fonction de leur réponse".

Le président par intérim Ahmad al-Chareh s'est engagé à poursuivre les auteurs des massacres et a formé une commission d'enquête qui n'a pas encore annoncé ses résultats.

"Les éléments de preuve que nous avons recueillis indiquent que des milices affiliées au gouvernement ont délibérément pris pour cible des civils de la minorité alaouite dans le cadre de graves attaques de représailles, abattant des personnes de sang-froid et à bout portant", a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.

"Pendant deux jours, les autorités ne sont pas intervenues pour mettre fin aux homicides. Une fois de plus, c’est la population civile syrienne qui paie le prix des actions des parties au conflit qui règlent leurs comptes", a-t-elle ajouté.

Amnesty a demandé au gouvernement syrien de "prendre des mesures immédiates pour qu’aucune personne et aucun groupe ne soit pris pour cible en raison de son appartenance confessionnelle".

Lundi, douze autres civils, en majorité des alaouites, ont été tués par des hommes armés dans l'ouest et le centre de la Syrie selon l'OSDH.


L'Arabie saoudite condamne la prise d'assaut de la mosquée Al-Aqsa par un ministre israélien d'extrême droite

Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s'exprimant dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, le 17 juillet 2024. (Screengrab/AFP)
Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s'exprimant dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, le 17 juillet 2024. (Screengrab/AFP)
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  • Le ministère des Affaires étrangères critique les atteintes au caractère sacré du lieu saint.
  • Les violations israéliennes du droit international entravent les efforts de paix et menacent la sécurité mondiale.

RIYAD :  l'Arabie saoudite a condamné la prise d'assaut de la mosquée Al-Aqsa dans la partie occupée de Jérusalem, mercredi, par le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, un homme d'extrême droite.

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a déclaré qu'il condamnait fermement « la prise d'assaut de la mosquée Al-Aqsa par le ministre israélien de la Sécurité nationale sous la protection de la police d'occupation ».

Le ministère a réitéré sa condamnation des attaques contre le caractère sacré de la mosquée Al-Aqsa, a rapporté l'agence de presse saoudienne.

Il a également condamné les forces israéliennes pour avoir pris pour cible une clinique de l'UNRWA dans le camp de Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza, et a dénoncé les attaques contre les organisations de l'ONU et les organisations humanitaires ainsi que leur personnel. 

Le ministère a déclaré : « Le Royaume condamne les violations persistantes par Israël du droit international et du droit humanitaire international et affirme son rejet catégorique de tout ce qui pourrait porter atteinte au statut historique et juridique de Jérusalem et de ses lieux saints.

Il ajoute que les violations israéliennes du droit international entravent les efforts de paix et menacent la sécurité mondiale.

Le ministère a souligné l'importance de protéger les organisations de l'ONU et les organisations humanitaires, ainsi que leur personnel, et a demandé que les autorités israéliennes soient tenues responsables de toutes les violations.

La visite de M. Ben-Gvir dans l'enceinte d'Al-Aqsa, dans la vieille ville de Jérusalem, a été vivement condamnée par la Jordanie et le groupe militant palestinien Hamas.

Réintégration du gouvernement israélien

Le ministre, chef du parti israélien anti-arabe Otzma Yehudit, s'est rendu sur le site après avoir réintégré le gouvernement le mois dernier, à la suite de la reprise de la guerre à Gaza.

Ben Gvir avait quitté le cabinet en janvier pour protester contre l'accord de cessez-le-feu dans la bande de Gaza.

Depuis la formation du gouvernement de Benjamin Netanyahu à la fin de l'année 2022, M. Ben Gvir s'est rendu à plusieurs reprises sur le site d'Al-Aqsa, suscitant à chaque fois l'indignation de la communauté internationale.

Le ministère jordanien des Affaires étrangères a également condamné la visite de mercredi en la qualifiant de « prise d'assaut » et de « provocation inacceptable ».

Le Hamas a parlé d'une « escalade provocatrice et dangereuse », affirmant que cette visite s'inscrivait dans le cadre du génocide en cours contre le peuple palestinien. 

« Nous appelons le peuple palestinien et les jeunes de Cisjordanie à intensifier la confrontation pour défendre notre terre et nos valeurs sacrées, au premier rang desquelles la mosquée Al-Aqsa », a déclaré l'organisation dans un communiqué.

Ce site est le troisième lieu saint de l'islam et un symbole de l'identité nationale palestinienne.

Connu des juifs sous le nom de Mont du Temple, il est également le lieu le plus sacré du judaïsme, car il abrite le second temple détruit par les Romains en 70 après Jésus-Christ.

Selon le statu quo maintenu par Israël, qui occupe l'est de Jérusalem et sa vieille ville depuis 1967, les juifs et les autres non-musulmans sont autorisés à visiter l'enceinte pendant des heures précises, mais ils n'ont pas le droit d'y prier ou d'y exposer des symboles religieux.

Le porte-parole de M. Ben Gvir a déclaré à l'AFP que le ministre « s'y est rendu parce que le site a été ouvert aux non-musulmans après 13 jours », période durant laquelle l'accès était réservé aux musulmans pour la fête de l'Aïd Al-Fitr et la fin du mois sacré musulman du Ramadan.

Ces dernières années, un nombre croissant d'ultranationalistes juifs ont défié les règles, notamment Ben Gvir, qui y a prié publiquement en 2023 et 2024.

Le gouvernement israélien a déclaré à plusieurs reprises qu'il avait l'intention de maintenir le statu quo dans le complexe, mais les craintes des Palestiniens quant à son avenir en ont fait un point chaud de la violence.

Rapport complémentaire de l'AFP.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com