L’heure du jugement pour l'ancien président Nicolas Sarkozy

L’ex-président français Nicolas Sarkozy (Photo, AFP).
L’ex-président français Nicolas Sarkozy (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 30 septembre 2021

L’heure du jugement pour l'ancien président Nicolas Sarkozy

  • La décision du tribunal correctionnel de Paris est attendue à 10H00 (08H00 GMT)
  • En mars, il était devenu le premier ancien président français (2007-2012) à être condamné à de la prison ferme - trois ans dont un ferme -, pour corruption et trafic d'influence

PARIS: C'est à nouveau l'heure du jugement pour l'ex-président français Nicolas Sarkozy, cette fois dans le dossier dit Bygmalion, portant sur le financement de sa campagne présidentielle en 2012. Un tribunal rend ce jeudi sa décision dans l'affaire liée aux dépenses électorales, presque deux fois supérieures à leur plafond légal.

La décision du tribunal correctionnel de Paris est attendue à 10H00 (08H00 GMT). L'entourage de Nicolas Sarkozy, contacté par l'AFP, n'a pas souhaité donner d'indication sur son éventuelle venue.

En mars, il était devenu le premier ancien président français (2007-2012) à être condamné à de la prison ferme - trois ans dont un ferme -, pour corruption et trafic d'influence, dans une affaire dite "des écoutes", dans laquelle il était poursuivi pour une tentative présumée de corruption d'un juge. Il a fait appel.

Après cinq semaines d'audiences en mai-juin dans le dossier Bygmalion, le parquet a requis contre Nicolas Sarkozy un an de prison, dont six mois avec sursis.

«Show à l'américaine»

Pendant la campagne pour sa réélection à la tête de l'Etat en 2012, Nicolas Sarkozy a été un "candidat désinvolte", demandant "un meeting par jour", des "shows à l'américaine" et a laissé filer les dépenses sans s'en préoccuper, avait soutenu le parquet dans son réquisitoire à deux voix.

Un montage illégal entre le parti de la majorité d'alors, l'UMP -que M. Sarkozy rebaptisera LR par la suite- et la société organisatrice de meetings Bygmalion, aurait couvert cette campagne somptuaire.

Contrairement à ses 13 coprévenus (anciens cadres de la campagne et de l'UMP ainsi que de la société Bygmalion) Nicolas Sarkozy n'est pas mis en cause pour le système de double facturation imaginé pour masquer l'explosion des dépenses de campagne autorisées. 

Il n'est jugé que pour "financement illégal de campagne". Il encourt un an d'emprisonnement et 3.750 euros d'amende.

Bygmalion, ex-UMP, experts-comptables... les 13 prévenus jugés au côté de Sarkozy

Outre Nicolas Sarkozy, treize personnes y sont poursuivies pour escroquerie ou complicité, et complicité de financement illégal de la campagne présidentielle de l'ex-chef de l'Etat en 2012.

Toutes sont soupçonnées d'avoir, à un degré ou un autre, participé au système de double facturation imaginé pour masquer l'explosion des dépenses du candidat jusqu'à un total de 42,8 millions d'euros, près du double du plafond légal.

Le directeur de campagne

Directeur de la campagne, l'ancien préfet et ex-chef de cabinet de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, Guillaume Lambert a affirmé à l'audience que son rôle s'était limité à un "rôle de coordination".

Le parquet a requis contre lui quatre ans de prison avec sursis et 50.000 euros d'amende.

Les cadres de l'UMP

A l'époque directeur de cabinet du patron de l'UMP Jean-François Copé, Jérôme Lavrilleux était aussi le directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy.

Compte tenu de ses "aveux", le parquet a requis trois ans de prison avec sursis et 50.000 euros d'amende à son encontre.

Trois autres cadres de l'UMP à l'époque ont partagé le banc des prévenus avec Jérôme Lavrilleux: Eric Cesari, directeur général et fidèle de Nicolas Sarkozy, Fabienne Liadzé, directrice des ressources, et Pierre Chassat, directeur de la communication.

Tous ont signé des engagements de dépenses pour des conventions fictives du parti, mais ont assuré au tribunal n'avoir rien vu ni rien entendu de la fraude.

Des assurances balayées par l'accusation, qui a requis contre eux de deux à quatre ans de prison avec sursis, des amendes, une interdiction du droit de vote et une inéligibilité de cinq ans. 

Les responsables de Bygmalion

Guy Alvès, cofondateur de l'agence de communication, son adjoint Sébastien Borivent et Franck Attal, directeur adjoint de sa filiale Event & Cie (organisatrice des meetings), ont reconnu leur participation à la fraude, demandée selon eux par l'équipe de campagne et l'UMP.

Elle a requis contre tous les trois des peines de dix-huit mois de prison avec sursis et 100.000 euros d'amende.

Cofondateur et patron de Bygmalion, Bastien Millot - un très proche de M. Copé - a catégoriquement nié avoir été au courant, à l'inverse de ses trois ex-collègues.

Le parquet a requis contre lui la peine la plus lourde: deux ans de prison dont un avec sursis, et 150.000 euros d'amende.

L'Association de financement et les comptables

Le président de l'association de financement de la campagne Philippe Briand (alors député), son trésorier Philippe Blanchetier et les experts-comptables Pierre Godet et Marc Leblanc sont soupçonnés d'avoir "parfaitement perçu le risque financier qu'entraînait le coût prohibitif des meetings".

Des peines de deux à trois avec sursis ont été requises à leur encontre.

Mais il a "incontestablement" bénéficié de la fraude, disposant de moyens bien supérieurs à ceux que la loi autorisait - au moins 42,8 millions au total, soit près du double du plafond légal à l'époque.

Nicolas Sarkozy avait lui tout nié en bloc. "Une fable!", s'était-il emporté à la barre.

"Elle est où la campagne qui s'emballe? Elle est où la campagne en or massif?", avait-il aussi scandé, prenant tout le monde à partie.

«Ca se serait vu»

"Il y a eu des fausses factures et des conventions fictives, c'est avéré". Mais "l'argent n'a pas été dans ma campagne, sinon ça se serait vu", avait martelé l'ancien chef de l'État, estimant que Bygmalion - fondé par des très proches de son rival Jean-François Copé, alors patron du parti UMP - s'était "goinfré" sur sa campagne.

Sa défense avait plaidé la relaxe. "Il n'a signé aucun devis, il n'a signé aucune facture, il a accepté toutes les restrictions qu'on lui a demandées. Il est loin d'être un candidat hystérique, insatiable", avait mis en avant son avocate Me Gesche Le Fur.

Contrairement à ses coprévenus présents tous les jours, Nicolas Sarkozy n'était venu à l'audience que pour son interrogatoire. Une façon de se placer "au-dessus de la mêlée" qui avait ulcéré le parquet.

La "totale désinvolture" de celui qui "ne regrette visiblement rien" est "à l'image de la désinvolture dans sa campagne", avait lancé la procureure Vanessa Perrée.

Révélé deux ans après la défaite de M. Sarkozy, le scandale avait entraîné des déflagrations politiques en série à droite.

"Il y a quatorze prévenus et presque autant de versions". La plupart "n'ont rien vu, rien su, rien entendu, ils ont été victimes de manipulations ou ont servi de fusibles", avait moqué le parquet dans son réquisitoire, pour qui leur culpabilité ne "fait aucun doute". 

Une question, centrale, restera pourtant en suspens, avait admis la procureure Vanessa Perrée. "Qui a ordonné le système ? Nous n'avons pas assez d'éléments pour le démontrer".


Manifestation RN: Tondelier promet une mobilisation à gauche dimanche

La cheffe des Écologistes Marine Tondelier a assuré jeudi que la gauche préparait une mobilisation pour contrer la manifestation du Rassemblement national dimanche en soutien à Marine Le Pen condamnée à une peine d'inéligibilité immédiate, mais n'a donné aucun détail sur cette initiative. (AFP)
La cheffe des Écologistes Marine Tondelier a assuré jeudi que la gauche préparait une mobilisation pour contrer la manifestation du Rassemblement national dimanche en soutien à Marine Le Pen condamnée à une peine d'inéligibilité immédiate, mais n'a donné aucun détail sur cette initiative. (AFP)
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  • "Il se passera quelque chose dimanche", a déclaré la responsable écologiste sur Franceinfo. "Nous sommes en train d'y travailler, nous sommes les maîtres des horloges de nos propres mobilisations"
  • Elle a précisé discuter "avec tous nos partenaires politiques", ainsi qu'avec des "personnes de la société civile avec lesquelles on a l'habitude de se mobiliser et d'autres avec lesquelles on avait jusque là moins l'habitude de se mobiliser"

PARIS: La cheffe des Écologistes Marine Tondelier a assuré jeudi que la gauche préparait une mobilisation pour contrer la manifestation du Rassemblement national dimanche en soutien à Marine Le Pen condamnée à une peine d'inéligibilité immédiate, mais n'a donné aucun détail sur cette initiative.

"Il se passera quelque chose dimanche", a déclaré la responsable écologiste sur Franceinfo. "Nous sommes en train d'y travailler, nous sommes les maîtres des horloges de nos propres mobilisations", a-t-elle déclaré.

Elle a précisé discuter "avec tous nos partenaires politiques", ainsi qu'avec des "personnes de la société civile avec lesquelles on a l'habitude de se mobiliser et d'autres avec lesquelles on avait jusque là moins l'habitude de se mobiliser, mais qui sont tout aussi choqués".

"Nous sommes en train d'y travailler sérieusement et il se passera quelque chose dimanche", a affirmé Marine Tondelier.

Mercredi soir, le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon avait expliqué qu'une initiative pourrait être prise "peut être même dès ce dimanche à la place de la République" à Paris. C'est "une chose qui est en train de se discuter, je ne veux pas anticiper d'une quelconque manière", avait-il précisé lors d'une conférence diffusée sur les réseaux sociaux.

Le Rassemblement national a annoncé dès lundi, lorsque Marine le Pen a été condamnée pour détournement de fonds notamment à cinq ans d'inéligibilité avec application immédiate, l'empêchant de se présenter à la présidentielle, qu'il organiserait un rassemblement de soutien place Vauban à Paris.

Le président du parti d'extrême droite Jordan Bardella a assuré mercredi qu'il ne s'agirait pas d'un "coup de force".

"Je ne veux pas que dimanche, sur toutes les chaînes de télé, la seule chose qu'on leur donne à voir, c'est la grande entreprise de victimisation de Marine Le Pen", a expliqué Marine Tondelier.

"Quelqu'un qui veut être présidente de la République, qui détourne 4,1 millions d'euros et qui, alors qu'elle prône des mesures beaucoup plus ferme et une justice moins laxiste pour tous les Français, ah, quand ça lui arrive à elle, là, c'est très compliqué", s'est-elle agacée.

Prévu depuis plusieurs semaines, un meeting de Renaissance viendra également en concurrence de celui du Rassemblement national. Le président du parti, Gabriel Attal, le Premier ministre François Bayrou et le candidat à la présidentielle Édouard Philippe doivent y intervenir.

 


La manifestation de soutien à Le Pen «n'est pas un coup de force», dit Bardella

La présidente du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), l'eurodéputé Jordan Bardella (G) et la présidente du groupe parlementaire du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, quittent le palais présidentiel de l'Élysée à Paris, le 26 août 2024, après leur rencontre avec le président français. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)
La présidente du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), l'eurodéputé Jordan Bardella (G) et la présidente du groupe parlementaire du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, quittent le palais présidentiel de l'Élysée à Paris, le 26 août 2024, après leur rencontre avec le président français. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)
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  • « Ce n'est pas un coup de force, c'est au contraire une défense très claire et très profonde de l'État de droit et de la démocratie française.
  • « Cela nous semblait nécessaire que nous puissions nous exprimer directement aux Français.

STRASBOURG : La manifestation de soutien à Marine Le Pen prévue dimanche à Paris « n'est pas un coup de force », mais une mobilisation « pour la démocratie », a assuré mercredi Jordan Bardella, président du Rassemblement national, à des journalistes au Parlement européen à Strasbourg.

« Ce n'est pas un coup de force, c'est au contraire une défense très claire et très profonde de l'État de droit et de la démocratie française. C'est une mobilisation en réalité, non pas contre, mais pour la démocratie française », a déclaré l'eurodéputé au sujet de ce rassemblement annoncé par le RN après la condamnation de la triple candidate à la présidentielle à une peine d'inéligibilité immédiate.

« Cela nous semblait nécessaire (...) que nous puissions nous exprimer directement aux Français par l'intermédiaire de ces discours qui seront prononcés dimanche avec l'ensemble de nos cadres, de nos parlementaires et de nos militants », a-t-il ajouté.

Cette condamnation, que le RN qualifie de « scandale démocratique », compromet grandement ses chances de concourir une quatrième fois à la fonction suprême en 2027.

Pour Jordan Bardella, cela ne change « absolument rien » à sa relation avec Marine Le Pen, « si ce n'est qu'elle est peut-être encore plus forte qu'elle ne l'a été par le passé ».

« Je suis à ses côtés, je vais continuer à l'être (...) Nous allons évidemment mener le combat », a assuré l'eurodéputé qui faisait son retour au Parlement européen après avoir manqué les deux premiers jours de la session.

Il a qualifié de « bonne nouvelle » l'annonce de la justice qu'une décision en appel devrait être rendue « à l'été 2026 », donc bien avant la présidentielle.


Condamnation de Marine Le Pen: Macron rappelle au gouvernement l'indépendance de la justice

Le président français Emmanuel Macron (Photo AFP)
Le président français Emmanuel Macron (Photo AFP)
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  • Le président français Emmanuel Macron a « rappelé » que l'autorité judiciaire est indépendante et que les magistrats doivent être protégés
  • Le chef de l'État a également affirmé que « tous les justiciables ont droit au recours ».

PARIS : Mercredi en Conseil des ministres, le président français Emmanuel Macron a « rappelé » que l'autorité judiciaire est indépendante et que les magistrats doivent être protégés, après la condamnation de la cheffe de l'extrême droite Marine Le Pen qui a suscité des attaques contre les juges, ont rapporté des participants.

Le chef de l'État a également affirmé que « tous les justiciables ont droit au recours », selon ces sources. La justice a déjà fait savoir qu'un nouveau procès en appel pourrait se tenir dans des délais qui laissent une porte ouverte à une éventuelle candidature présidentielle en 2027 de la leader du Rassemblement national (RN), principale formation d'extrême droite française. 

Devant la presse, à l'issue du Conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement Sophie Primas a rapporté mercredi les propos du chef de l'État.

« La première chose qu'il a rappelée, a poursuivi Mme Primas, est que la justice est évidemment indépendante et prend ses décisions en toute indépendance, et qu'il faut donc la respecter comme l'un des piliers de notre démocratie. La première, a-t-elle dit, est que la justice est indépendante et qu'elle prend ses décisions en toute indépendance et qu'il faut donc la respecter comme un pilier de notre démocratie.

« La troisième chose, pour rappeler que les menaces qui sont faites à l'encontre des magistrats sont absolument insupportables et intolérables, puisque nous sommes encore une fois dans une démocratie. Et la justice est tout à fait indépendante et doit être respectée », a-t-elle ajouté.

« Et la troisième chose, pour rappeler que chacun a le droit à une justice équivalente et que le droit est le même pour tous. »