Quels sont exactement les liens entre les talibans et Al-Qaida?

Un combattant taliban (2G) avec des habitants à Pul-e-Khumri le 11 août 2021 après que les talibans ont capturé Pul-e-Khumri, la capitale de la province de Baghlan à environ 200 km au nord de Kaboul. (Archive/AFP)
Un combattant taliban (2G) avec des habitants à Pul-e-Khumri le 11 août 2021 après que les talibans ont capturé Pul-e-Khumri, la capitale de la province de Baghlan à environ 200 km au nord de Kaboul. (Archive/AFP)
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Publié le Jeudi 09 septembre 2021

Quels sont exactement les liens entre les talibans et Al-Qaida?

  • S'il existe un point commun qui a permis aux talibans et à Al-Qaïda de garder une présence forte dans le pays, c'est leur capacité à survivre de manière unie comme groupes militants
  • Les États-Unis et l'ONU affirment que les talibans n'ont pas rompu leurs liens avec les talibans. Ils ont fourni les noms des membres d’Al-Qaïda, morts dans différentes provinces d'Afghanistan, alors qu'ils combattaient aux côtés du groupe

PESHAWAR: En privé, les dirigeants talibans afghans affirment qu'ils ont fait suffisamment de sacrifices dans l’intérêt d'Al-Qaïda, bien qu'ils n'aient jamais reconnu publiquement avoir jamais accueilli le groupe, son ancien chef, Oussama ben Laden, ou que l'Afghanistan ait été utilisé pour préparer les attentats du 11-Septembre, ou d'autres opérations.

Ils soutiennent également qu'ils ont perdu le pouvoir en Afghanistan en résistant à l'invasion américaine après les attentats du 11-Septembre, lorsque l'administration Bush a lancé un assaut pour venger les milliers de morts en octobre 2001. Elle voulait détruire Al-Qaïda, et chasser les talibans du pouvoir, pour avoir accueilli Oussama ben Laden sur leur sol.

11 septembre
Une capture d'écran (G) prise le 29 octobre 2004 à partir d'une bande vidéo diffusée par la chaîne d'information Al-Jazeera montre le chef d'Al-Qaïda Oussama ben Laden. (Archive AFP)

L'écart entre les positions adoptées en privé et en public montre que le groupe islamiste, fondé par le mollah Mohammed Omar, ne veut pas assumer la responsabilité des attaques sur les Twin Towers. Les démentis des talibans indiquent qu’ils se considèrent surtout en réalité  comme une victime de l’invasion de l'Afghanistan par les Américains.

Vingt ans plus tard, on ignore toujours véritablement si les talibans sont associés à Al-Qaïda. Cependant, les États-Unis ainsi que l'ONU continuent d'affirmer que les talibans n'ont pas rompu leurs liens avec ce groupe. Ils ont fourni les noms des membres et des affiliés à Al-Qaïda, qui sont morts dans différentes provinces d'Afghanistan, alors qu'ils combattaient aux côtés des talibans.

11 sept
Des combattants fidèles au gouverneur de Kandahar Gul Agha se tiennent dans l'épave de l'enceinte de l'ancien chef des talibans, le mollah Mohammad Omar, le 14 décembre 2001. (Archive/AFP)

Les talibans ont dénoncé ces allégations comme étant de la propagande, et ils ont présenté des démentis catégoriques. Cette réaction n'est pas surprenante, sachant qu'aux termes de l'accord de paix de Doha du 29 février 2020 entre les talibans et les États-Unis, le groupe doit se dissocier d'Al-Qaïda.

Dès le départ, les talibans ont entretenu une relation trouble et controversée avec Al-Qaïda. Il n’était pas évident de savoir qui contrôlait les autres. En Occident, on considérait généralement qu'Al-Qaïda finançait et gérait les talibans. Les dirigeants du groupe afghan ont toujours contesté cette affirmation, assurant qu’étant au pouvoir en Afghanistan, ce sont eux qui dictaient les règles.

La relation entre les deux groupes a toujours été assez étrange: d’un côté, les talibans étaient des Afghans, connus pour leurs talents de combattants, et avec la réputation de résister avec succès aux envahisseurs, dont trois superpuissances (la Grande-Bretagne, l'Union soviétique et les États-Unis). Les membres d'Al-Qaïda, quant à eux, étaient pour la plupart des Arabes venant de différents pays, inspirés par diverses causes, et attirés en Afghanistan par l'appel de la guerre.

11 sept

Curieusement, la première rencontre entre Ben Laden et la direction des talibans s'est déroulée dans un climat de suspicion. Elle s'est tenue à Jalalabad quelques jours seulement avant la chute de Kaboul aux mains des talibans, le 26 septembre 1996. Une délégation des talibans, conduite par l'un de leurs commandants, le mollah Mohammed Sadiq – qui avait perdu son fils dans les combats contre les moudjahidine de la province de Logar quelques jours plus tôt – a été envoyée chez Ben Laden, à la périphérie de Jalalabad, pour le rencontrer, et comprendre ses objectifs.

Ils ne savaient pas si Ben Laden resterait à Jalalabad, quitterait l'Afghanistan, ou accompagnerait les moudjahidine afghans qui tentaient de s'échapper, après avoir été vaincus par les talibans. Ces derniers venaient alors tout juste de s'emparer de la ville et se dirigeaient vers Kaboul.

Des combattants talibans montent la garde dans un véhicule au bord de la route à Kaboul le 16 août 2021, après une fin étonnamment rapide à la guerre de 20 ans en Afghanistan. (Archive/AFP)
Des combattants talibans montent la garde dans un véhicule au bord de la route à Kaboul le 16 août 2021, après une fin étonnamment rapide à la guerre de 20 ans en Afghanistan. (Archive/AFP)

J'ai été témoin de la conversation entre le mollah Sadiq, le mollah Mohammed Rabbani, chef adjoint des talibans à l'époque, et le mollah Borjan, le plus haut commandant militaire des talibans, organisée afin de définir une position unifiée avant les négociations avec Ben Laden.

Tous ont exprimé leurs réserves sur ses intentions, et ont décidé d’adopter une position ferme avant de décider de laisser le chef d'Al-Qaïda rester dans les zones contrôlées par les talibans. Finalement, le problème a été résolu lorsqu'il a donné l'assurance qu'il resterait fidèle aux talibans et accepterait le mollah Omar comme «Commandeur des croyants» (amir al mou’minin). Peu de temps après, il prêtait allégeance au mollah Omar, information qui fut ensuite transmise au chef taliban lors d'une interview que j'avais réalisée.

Le chef suprême des talibans était appelé «Commandeur des croyants», parce qu'il avait le dernier mot sur toutes les questions concernant le groupe. Il n'avait de comptes à rendre à personne, et chaque membre était responsable devant lui. On devait obéir à ses ordres, et tout écart était considéré comme un péché.

11 sept
Des combattants talibans ont déposé leurs armes alors qu'ils se rendaient pour rejoindre le gouvernement afghan lors d'une cérémonie à Herat en 2021. (Archive/AFP)

S'il existe un point commun qui a permis aux talibans et Al-Qaïda de garder une présence forte dans le pays, c'est leur capacité à survivre de manière unie comme groupes militants. Sinon, les deux auraient pu se séparer plusieurs fois.

Avec le recul, la décision des talibans de se doter d’un chef suprême, lorsqu'ils sont apparus comme un mouvement à l'automne 1994 à Kandahar, s'est avérée cruciale pour maintenir l’unité des troupes. Al-Qaïda disposait aussi d’un fondateur plein de ressources: Oussama ben Laden.

Pendant vingt-sept longues années, les talibans sont restés largement unis, bien que leurs membres soient issus de groupes de moudjahidine afghans rivaux. Ses dirigeants ont résisté aux tentations politiques et aux motivations financières qui auraient pu les pousser à faire défection, ou à mener des guerres séparées contre les factions des moudjahidine et les forces de l'Otan dirigées par les États-Unis.

11 sept
Des combattants talibans sont photographiés dans un véhicule de la Direction nationale de la sécurité afghane (NDS) dans une rue de Kandahar le 13 août 2021. (Archive/AFP)

Bien que l’on ait constaté quelques divisions mineures dans le groupe, notamment à la suite de l’émergence d’une branche dirigée par le mollah Mohammed Rasoul, aucune n'a été suffisamment importante pour l'affaiblir et provoquer son effondrement.

Jusqu'à présent, les talibans ont eu trois chefs suprêmes, dont le mollah Omar, un religieux de village de Kandahar, partiellement instruit, qui en fut le fondateur, et en est resté le chef suprême jusqu'à sa mort, en 2016. Son leadership était incontesté tant qu'il était en vie, et même sa mort a été gardée secrète pendant près de deux ans, car d'autres personnalités talibanes craignaient que le groupe ne se sépare, découvrant l’absence de leur leader.

Les deux autres chefs suprêmes ont été le mollah Akhtar Mohammed Mansour, un commandant militaire controversé, qui a été tué lors d'une frappe de drones américains dans la province pakistanaise du Baloutchistan, et le cheikh Haibatullah Akhundzada, un érudit religieux respecté qui a mené les talibans à leur plus grande victoire militaire à ce jour: la prise de tout le pays.

Le mollah Omar, comme nous le savons, a refusé de livrer Ben Laden aux États-Unis après les attentats du 11-Septembre. D'énormes pressions ont été exercées sur lui, en particulier la menace d'une invasion américaine de l'Afghanistan, mais aucun argument n'a pu le faire changer d'avis.

11 sept
Cette photo non datée obtenue le 30 juillet 2015 avec l'aimable autorisation du département d'État américain montre le mollah Omar. (Archive AFP)

Le gouvernement pakistanais, qui était proche des talibans, a également fait pression sur le groupe par l'intermédiaire d'érudits religieux pakistanais et de l'Inter-Services Intelligence (ISI) de l'armée pour remettre Ben Laden aux États-Unis ou à l'Arabie saoudite. Une fois encore, les efforts n'ont pas abouti.

La dernière étape de cette chaîne d’événements a été l'invasion américaine, l'effondrement du régime taliban, et la mort d’un grand nombre de ses combattants. Le mollah Omar a clairement indiqué que les enseignements islamiques ne lui permettaient pas de trahir et de livrer un autre musulman, même s’il y avait 10 millions de dollars de récompense pour sa tête.

Twitter : @rahimyusufzai1

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Attaques de drones sur des infrastructures pétrolières en Russie, une raffinerie en feu

Un véhicule de recrutement militaire renversé à Lviv, à la suite des troubles qui ont éclaté après que des officiers ont interpellé un homme soupçonné de se soustraire au service militaire et l'ont conduit dans un centre de recrutement le 8 juillet 2026, dans le contexte de l'invasion russe de l'Ukraine. (Photo : document fourni / Bureau du procureur général ukrainien / AFP)
Un véhicule de recrutement militaire renversé à Lviv, à la suite des troubles qui ont éclaté après que des officiers ont interpellé un homme soupçonné de se soustraire au service militaire et l'ont conduit dans un centre de recrutement le 8 juillet 2026, dans le contexte de l'invasion russe de l'Ukraine. (Photo : document fourni / Bureau du procureur général ukrainien / AFP)
  • Le gouverneur de la région de Rostov, Iouri Slioussar, également dans le sud de la Russie, a indiqué que deux installations de stockage d'hydrocarbures à Azov avaient pris feu, suite à des frappes
  • Ces nouvelles attaques contre des infrastructures pétrolières interviennent au moment où le pays connaît des difficultés d'approvisionnement en carburant, qui sont particulièrement sévères dans la péninsule de Crimée voisine

MOSCOU: Des attaques de drones ont visé plusieurs infrastructures pétrolières dans le sud de la Russie vendredi, déclenchant un incendie dans une raffinerie de la région de Krasnodar, ont indiqué les autorités, faisant état de la destruction de 376 drones ukrainiens dans la nuit.

"A la suite de la chute de débris de drones, un incendie s’est déclaré à la raffinerie d'Ilskiï", a indiqué le quartier général opérationnel de la région de Krasnodar sur Telegram, précisant qu'il n'y a pas eu de victimes.

Le gouverneur de la région de Rostov, Iouri Slioussar, également dans le sud de la Russie, a indiqué que deux installations de stockage d'hydrocarbures à Azov avaient pris feu, suite à des frappes.

Ces nouvelles attaques contre des infrastructures pétrolières interviennent au moment où le pays connaît des difficultés d'approvisionnement en carburant, qui sont particulièrement sévères dans la péninsule de Crimée voisine.

Entre 20H00 locales jeudi et vendredi 7H00, les forces russes ont détruit 376 drones ukrainiens, a précisé le ministère russe de la Défense sur la messagerie Max.

La Russie continue de frapper presque quotidiennement l'Ukraine, plus de quatre ans après le début de la guerre, pire conflit en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale, jusqu'à présent sans issue diplomatique.

L'Ukraine a également intensifié ses frappes sur le territoire russe, parfois très loin de la frontière, visant particulièrement des infrastructures de transport et de stockage d'hydrocarbures pour tenter d'assécher la capacité de Moscou à financer son effort de guerre.


L'Iran cherche à tuer Donald Trump, a affirmé Israël auprès de Washington

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu écoute le président américain Donald Trump s'exprimer devant les journalistes lors d'une conférence de presse conjointe à la résidence Mar-a-Lago de Trump, à Palm Beach, en Floride. (AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu écoute le président américain Donald Trump s'exprimer devant les journalistes lors d'une conférence de presse conjointe à la résidence Mar-a-Lago de Trump, à Palm Beach, en Floride. (AFP)
  • Israël a transmis aux États-Unis des renseignements affirmant que l'Iran préparerait un nouveau projet d'assassinat contre Donald Trump, selon des médias américains.
  • Ces révélations surviennent sur fond de tensions entre Washington et Israël concernant la guerre en Iran, certains responsables américains évoquant une possible tentative d'influencer la politique de Donald Trump

WASHINGTON: Israël a transmis à Washington des informations de ses services de renseignement selon lesquelles l'Iran prépare un nouveau plan pour assassiner Donald Trump, rapportent jeudi le Wall Street Journal et CNN en citant des sources anonymes.

Les deux médias américains sont avares en détails. Selon une source citée par CNN, l'alerte est arrivée cette semaine aux oreilles des Américains. Selon une autre source auprès de la chaîne, les Israéliens ont confirmé un nouveau plan iranien déjà partiellement détecté par les services américains.

Interrogée par l'AFP, la Maison Blanche n'a pas démenti, renvoyant simplement vers des déclarations de Donald Trump datant de mercredi: "Ils veulent éliminer le dirigeant américain - moi. Je suis sur une sorte de liste, j'ai vu ce matin que je suis sur toutes leurs listes".

Le président avait alors quitté le sommet de l'Otan en Turquie avec l'ancien avion présidentiel, et non le nouveau offert par le Qatar, en raison de questions de sécurité, selon le New York Times.

Ces fuites évoquant un nouveau complot interviennent au moment où la relation entre Israël et les Etats-Unis et leurs deux dirigeants, le Premier ministre Benjamin Netanhayu et Donald Trump, bat de l'aile à propos de la guerre en Iran.

Les Etats-Unis sont le principal allié d'Israël, mais le président américain s'est à plusieurs reprises livré ces dernières semaines à des critiques publiques de M. Netanyahu, après que la guerre menée par Israël contre le Hezbollah au Liban a menacé les pourparlers avec l'Iran.

Des sources américaines citées par CNN estiment que cette transmission d'informations israéliennes aux Américains pourrait constituer un effort du gouvernement Netanyahu visant à convaincre Donald Trump de poursuivre ses bombardements contre l'Iran, redémarrés cette semaine.

Les Etats-Unis ont assassiné le puissant général iranien Qassem Soleimani en Irak en 2020, lors du premier mandat du républicain, et l'Iran a publiquement menacé de représailles, notamment à l'encontre de Donald Trump.

L'Iran vient d'inhumer son défunt guide suprême Ali Khamenei, tué dans une frappe américano-israélienne fin février au tout début de leur guerre, après plusieurs jours de funérailles marquées le désir de vengeance.


L'armée américaine dit avoir mené une nouvelle série de frappes en Iran, sur 90 cibles

Des personnes se rassemblent sur la place Ferdowsi à Téhéran pour les funérailles du guide suprême iranien, Ali Khamenei. (AFP)Les États-Unis annoncent avoir frappé environ 90 cibles militaires en Iran, dont des systèmes de défense antiaérienne
Des personnes se rassemblent sur la place Ferdowsi à Téhéran pour les funérailles du guide suprême iranien, Ali Khamenei. (AFP)Les États-Unis annoncent avoir frappé environ 90 cibles militaires en Iran, dont des systèmes de défense antiaérienne
  • Les États-Unis annoncent avoir frappé environ 90 cibles militaires en Iran, dont des systèmes de défense antiaérienne
  • Selon le Centcom, ces frappes visent à réduire les capacités de l’Iran à menacer la navigation commerciale dans le détroit d’Ormuz

WASHINGTON: L'armée américaine a atteint quelque 90 "cibles militaires" en Iran, parmi lesquelles des systèmes de défense antiaérienne, lors de sa dernière série de frappes, a annoncé mercredi soir le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

"Les Etats-Unis ont achevé une nouvelle série de frappes contre l'Iran, le 8 juillet, afin de dégrader davantage la capacité de l'Iran à s'en prendre au transport maritime commercial et à d'innocents marins civils dans le détroit d'Ormuz", a détaillé le Centcom dans un communiqué publié sur X.