11 septembre : L'attaque qui a changé l'Amérique

Le président américain George W. Bush se tient derrière son bureau à l'intérieur du bureau ovale de la Maison Blanche entouré par les médias. (Archive/AFP)
Le président américain George W. Bush se tient derrière son bureau à l'intérieur du bureau ovale de la Maison Blanche entouré par les médias. (Archive/AFP)
Short Url
Publié le Jeudi 09 septembre 2021

11 septembre : L'attaque qui a changé l'Amérique

  • Au lendemain des attentats, les Américains craignent que l'ennemi qui a perpétré le carnage n'échappe au châtiment
  • L'effort initial, qui consistait à éliminer les dirigeants irakiens grâce à des frappes aériennes, échoue, ouvrant la voie à l’invasion terrestre

NEW YORK: Le 11 septembre 2001, le nouveau président George W. Bush, est brusquement propulsé président en temps de guerre.

«Aujourd'hui, notre nation fait face au mal», déclare-t-il dans un discours calme et élaboré prononcé à la Maison Blanche. Remerciant le monde pour son soutien indéfectible, Bush déclare que «l'Amérique et ses alliés s'unissent pour gagner la guerre contre le terrorisme».

Toute nation qui abrite des groupes terroristes est désormais considérée comme un régime hostile, ajoute Bush. Devant une session conjointe du Congrès, il annonce la nouvelle stratégie en politique étrangère : «Notre guerre contre le terrorisme commence avec Al-Qaïda, mais elle ne s'arrête pas là. Elle ne prendra pas fin avant que tous les groupes terroristes de portée mondiale ne soient localisés, arrêtés et vaincus.»

11 sept
Sur cette photo publiée par la Maison Blanche le 16 septembre 2001, le président américain George W. Bush (à droite) s'adresse à son personnel le 11 septembre 2001. (Archive/AFP)

L'ère de l'histoire américaine post-11-Septembre commence alors. Pendant les deux décennies suivantes, la victoire dans la «guerre contre le terrorisme» occupe le devant de la scène. Au lendemain des attentats, les Américains craignent que l'ennemi qui a perpétré le carnage n'échappe au châtiment.

Les yeux sont rivés sur Al-Qaïda. Oussama ben Laden est identifié par les autorités fédérales comme le principal suspect; il serait en Afghanistan, sous la protection du régime taliban. Bush exige que ce dernier livre Ben Laden et tous les autres dirigeants d'Al-Qaïda ou donnent des renseignements à leur sujet. Les talibans refusent.

11 sept
Une capture d'écran (G) prise le 29 octobre 2004 à partir d'une bande vidéo diffusée par la chaîne d'information Al-Jazeera montre le chef d'Al-Qaïda Oussama ben Laden. (Archive/AFP)

Bush promulgue ensuite une résolution conjointe du Congrès qui autorise le recours à la force contre les auteurs des attentats du 11-Septembre.

Par la suite, cette résolution sera citée à diverses occasions par l'administration Bush comme base légale pour des mesures de lutte contre le terrorisme: de l'invasion de l'Afghanistan et de l'Irak à l'extension du pouvoir de surveillance du gouvernement, en passant par la construction du camp de détention de Guantanamo, à Cuba.

11 sept
Les Marines de l'équipe d'artillerie 2 de la 11e unité expéditionnaire de marines se préparent à tirer sur des cibles lors d'un entraînement au tir  fin août 2002. (Archive/AFP)

Le 7 octobre 2001, la guerre en Afghanistan, baptisée «Enduring Freedom Operation» («opération Liberté immuable»), commence. Les frappes aériennes américaines et britanniques ciblent les combattants d'Al-Qaïda et les talibans. La plupart des combats au sol opposent ensuite les talibans à leurs adversaires afghans, l'Alliance du Nord et les forces ethniques pachtounes.

Deux ans plus tard, en 2003, alors qu'environ 8 000 soldats américains font encore partie de la Force internationale d'assistance à la sécurité, supervisée par l'Otan (Organisation du traité de l’Atlantique nord, NDLR), le secrétaire américain à la défense de l’époque, Donald Rumsfeld, déclare que d'importantes opérations de combat ont pris fin en Afghanistan.

11 sept
Un aumônier de l'US Air Force identifié uniquement comme « Fred » dirige les membres d'équipage de l'US Air Force de Charleston, en Caroline du Sud, dans la prière avant le décollage le 18 octobre 2001. (Archive/AFP)

Presque simultanément, l'Amérique se prépare à une autre guerre.

Dans un discours sur l'état de l'Union, Bush qualifie d’«axe du mal» la Corée du Nord, l'Iran et l'Irak. Il considère tous ces pays comme une menace pour la sécurité américaine. Le 20 mars 2003, il annonce que les forces américaines ont entamé des opérations militaires en Irak, promettant de détruire les armes de destruction massive de Saddam Hussein ainsi que son régime dictatorial.

L'effort initial, qui consistait à éliminer les dirigeants irakiens grâce à des frappes aériennes, échoue, ouvrant la voie à l’invasion terrestre.

11 sept

Moins de deux mois plus tard, le 1er mai 2003, Bush, du pont du porte-avions USS Abraham Lincoln, annonce la fin des principales opérations de combat en Irak, arborant une pancarte géante où sont écrits les mots: «Mission accomplie».

Rumsfeld qualifie l'anarchie qui règne dans le pays et les affrontements qui y ont lieu d'«actes désespérés».

L'armée de Saddam Hussein est dissoute. Il est capturé, jugé et pendu. Des élections démocratiques sont organisées.

11 sept
La photo datée du 11 septembre 2001 montre le président américain George W. Bush (à droite) informé par son chef de cabinet Andrew Card des attentats de New York. (Archive/AFP)

Entre-temps, 100 000 civils irakiens ont été tués ainsi que plus de 5 000 soldats américains et alliés. Avec les combats américains en Irak, les talibans, initialement vaincus en Afghanistan, se regroupent. Leurs attaques s’intensifient, attisent la guerre pendant vingt ans, tuent des dizaines de milliers de personnes et provoquent le déplacement de millions de gens.

Quant à l'insaisissable Ben Laden, il échappe à la capture jusqu'au 2 mai 2011. Ce jour-là, il est tué lors d'un raid mené par une équipe de l’US Navy Seal (forces spéciales de la marine de guerre des États-Unis, NDLR) dans sa cachette au Pakistan, pendant la présidence d’Obama.

Cette année, au cours de l’été, lorsque les forces étrangères annoncent leur retrait après l’accord passé entre les États-Unis et les talibans, ces derniers lancent des offensives et entament une avance rapide à travers le pays, s’emparant de sa capitale, Kaboul, le 15 août dernier.

11 sept

La Harvard Kennedy School estime que le coût total des guerres américaines en Afghanistan et en Irak s'élève à 6 000 milliards de dollars (1 dollar = 0,84 euro); ce sont les plus chères de l'histoire des États-Unis. Le coût moyen estimé du déploiement d'un seul soldat américain en Afghanistan est de plus d'un million de dollars par an, pour un coût d'environ 4 000 dollars par contribuable.

En plus de deux guerres outre-mer, la guerre contre le terrorisme est également menée sur le sol américain, où une réorganisation en profondeur de l'État sécuritaire est initiée.

Le 13 novembre 2001, Bush signe une ordonnance qui permet d’établir des tribunaux militaires afin de juger les citoyens non américains affiliés à Al-Qaïda ou impliqués dans toute activité terroriste. Son administration détient les terroristes accusés à Guantanamo, camp dont la légalité ne peut être contestée.

11 sept
Le président américain George W. Bush s'adresse à la nation depuis le bureau ovale le 11 septembre 2001 à la Maison Blanche à Washington, DC. (Archives/AFP)

Les 158 détenus initiaux sont qualifiés de «combattants ennemis», ce qui les place en dehors des protections de la convention de Genève.

Les «méthodes d'interrogatoire améliorées» utilisées à Guantanamo comprennent la privation de sommeil et le simulacre de noyade. Elles suscitent aux États-Unis de nombreux débats sur la légalité, la qualité des informations que les prisonniers peuvent livrer sous la contrainte et la question éthique que soulèvent des méthodes qui, selon les critiques, sont assimilables à la torture.

Plus tard, en 2004, des photographies font surface. Elles montrent des prisonniers maltraités dans la prison d'Abou Ghraib, en Irak, et entraînent un examen minutieux de la politique américaine dans le monde entier.

11 sept
Les membres de la famille et les amis des victimes des attentats du 11 septembre 2001 se rassemblent autour d'un cercle commémoratif sur le site « Ground Zero » le 11 septembre 2002 à New York. (Archive/AFP)

Par ailleurs, les Arabes américains, les Sud-Asiatiques et les musulmans en général deviennent une cible instantanée d'attaques, de menaces, d'abus verbaux et de harcèlement à travers le pays.

Des cocktails Molotov sont lancés dans des mosquées pakistanaises et des fusils d'assaut sont utilisés contre des entreprises yéménites; des étudiants koweïtiens traumatisés se rendent à leur ambassade, à Washington, pour consulter des psychologues.

Le terme «islamophobie» fait son entrée dans le lexique américain.

Bush exhorte les gens à ne pas se venger: «Notre nation doit être consciente qu'il y a des milliers d'Arabes américains qui vivent à New York et qui aiment notre pays autant que nous», déclare-t-il.

11 sept
Le président américain George W. Bush (D), son épouse Laura (C), la conseillère à la sécurité nationale Condoleezza Rice (G) observent une minute de silence le 11 septembre 2002 à la Maison Blanche à Washington, DC. (Archive/AFP)

Deux actions gouvernementales controversées sont tenues pour responsables des années de harcèlement qu’ont subies ces communautés tout en suscitant l'indignation de certains Américains moyens qui craignent la perte des libertés civiles fondamentales et des idéaux sur lesquels leur pays a été construit.

À peine dix jours après le 11-Septembre, alors que son administration est confrontée à des questions difficiles sur des indices relatifs aux attaques imminentes à côté desquels diverses agences sont passées, Bush annonce la création d'un nouveau bureau de coordination pour superviser la sécurité intérieure.

Quelque 22 agences fusionnent alors avec le nouveau Département de la sécurité intérieur des États-Unis (DHS). Les missions du DHS comprennent des programmes de lutte contre le terrorisme, la reconstruction après des catastrophes naturelles, la protection et la réglementation de la frontière américaine et la défense de la nation contre les cyberattaques.

11 sept

Le seul mot de «patrie» pose un problème à beaucoup de personnes. Rumsfeld a lui-même reconnu un jour que «la défense du territoire» sonne plus allemand qu'américain. «Cela respire l'isolationnisme, notion avec laquelle je suis mal à l'aise», confie-t-il.

Le DHS intègre également l'ensemble de l’Immigration and Customs Enforcement ou ICE (service de police douanière et de contrôle des frontières, NDLR), transférant ses fonctions à l'application de l'immigration et des douanes. De toutes les agences du DHS, aucune n'a probablement inspiré autant de mépris que l'ICE.

Chaque année depuis 2001, l'ICE arrête des centaines de milliers de personnes qui ne possèdent pas de casier judiciaire. Ce chiffre a augmenté de 40% pendant la présidence de Trump.

Des agents de l'ICE mènent des opérations d'arrestation dans des palais de justice, des hôpitaux et même dans des écoles où des personnes ciblées déposent leurs enfants. L’arrestation, au Kansas, de Syed Jamal sur la pelouse de son jardin – tandis qu'il aidait ses enfants à se préparer pour se rendre à l'école – en est un exemple. Jamal est un professeur de chimie qui a vécu aux États-Unis pendant trente ans et qui ne possédait pas de casier judiciaire.

11 sept
La ville la plus dynamique du monde est tombée brièvement silencieuse le 11 septembre 2002, alors que les New-Yorkais se souvenaient avec larmes, colère et défi qu'un acte d'extrémisme inimaginable avait brisé leur vie. (Archive/AFP)

Nombreux sont ceux qui, depuis, ont plaidé en faveur de l'abolition du DHS en tant que «méga-agence inutile, incompétente et abusive» avec le sénateur républicain de l'Oklahoma Tom Coburn, qui a siégé au Comité sénatorial sur la sécurité intérieure. À la fin de son mandat, cet homme politique a ainsi déclaré que «le programme local du DHS de lutte contre le terrorisme contribue très peu aux efforts antiterroristes de la nation».

Avant le DHS, l’USA Patriot Act était un autre symbole de l'expansion massive des pouvoirs de surveillance du gouvernement. Il fut également adopté à une écrasante majorité par le Congrès, quelques semaines seulement après le 11-Septembre. Il conférait au gouvernement une série de nouveaux pouvoirs, parmi lesquels des dispositions qui lui permettaient de récupérer facilement des enregistrements de communications et d'interroger quiconque était soupçonné de terrorisme.

11 sept
Un avion commercial détourné s'écrase sur le World Trade Center le 11 septembre 2001 à New York. (Archive/AFP)

Un examen du Conseil de surveillance de la vie privée et des libertés civiles du gouvernement indique: «Nous n'avons pas identifié un seul cas de menace pour les États-Unis dans lequel les enregistrements téléphoniques ont été déterminants dans le cadre d'une enquête antiterroriste. En outre, nous n'avons connaissance d'aucun cas dans lequel ce programme a directement contribué à la découverte d'un complot terroriste jusqu'alors inconnu ou au démantèlement d'une attaque terroriste.»

L'administration Obama a déclaré que la loi avait été «extrêmement utile» dans les enquêtes sur le terrorisme.

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews

 


Trump exige une "capitulation sans condition" de l'Iran, toujours sous les bombes

Le président américain Donald Trump a exigé vendredi la « capitulation sans condition » de l’Iran, une escalade spectaculaire de ses exigences une semaine après le début de la guerre qu’il a lancée aux côtés d’Israél. (AFP)
Le président américain Donald Trump a exigé vendredi la « capitulation sans condition » de l’Iran, une escalade spectaculaire de ses exigences une semaine après le début de la guerre qu’il a lancée aux côtés d’Israél. (AFP)
Short Url
  • Donald Trump exige la « capitulation sans condition » de l’Iran après une semaine de guerre menée avec Israél, alors que de nouvelles explosions secouent Téhéran et que le conflit s’intensifie
  • Les hostilités s’étendent dans la région : l’Iran vise Israél et des pays du Golfe, tandis que les frappes israéliennes au Liban provoquent des centaines de victimes et un déplacement massif de civils

TEHERAN: Donald Trump a exigé la "capitulation sans conditions" de l'Iran après une semaine de guerre, des explosions secouant de nouveau Téhéran vendredi.

"Il n'y aura pas d'accord avec l'Iran, seulement une CAPITULATION SANS CONDITION! Après cela, et le choix d'un ou plusieurs dirigeants FORMIDABLES ET ACCEPTABLES (...), nous travaillerons sans relâche pour relever l'Iran, le rendre économiquement plus grand, meilleur et plus fort que jamais", a écrit le président américain sur son réseau Truth Social - faisant s'envoler les cours du pétrole.

"MAKE IRAN GREAT AGAIN!" (Rendez sa grandeur à l'Iran!), a-t-il ajouté, détournant son slogan "Make America Great Again.

Plusieurs nouvelles puissantes explosions ont retenti dans la capitale iranienne vendredi en début de soirée, dans l'est de la ville, régulièrement visé ces derniers jours, et de larges colonnes de fumée noire s’élevaient au dessus des immeubles selon les journalistes de l'AFP sur place.

Dans la journée, pour le premier vendredi - jour de prière - depuis la mort de l'ayatollah Ali Khamenei, des foules d'hommes et femmes en noir se sont rassemblées, certains brandissant des drapeaux iraniens, d'autres des portraits du défunt guide suprême.

La nuit précédente, les explosions se sont enchainées comme jamais encore depuis le début du conflit, déclenché samedi par l'attaque israélo-américaine sur le pays.

"La ville s'est vidée, beaucoup de gens sont partis", assure Robert, 60 ans, un homme d'affaires de Téhéran interrogé par l'AFP alors qu'il franchit la frontière entre Iran et Arménie. "On entend le bruit des explosions (...) au moins cinq ou six fois par jour".

- La banlieue sud de Beyrouth se vide -

L'Iran continue à riposter en ciblant Israël et ses voisins du Golfe, assurant viser des bases et intérêts américains. Des missiles et drones ont visé le Koweït et Bahreïn, l'Arabie saoudite et le Qatar.

L'armée iranienne a affirmé avoir visé un pétrolier américain dans le Golfe, qui était "en feu".

Au Liban, aspiré dans le conflit quand le Hezbollah pro-iranien a attaqué Israël pour "venger" la mort de Ali Khameini, le bilan des bombardements massifs israéliens lancés en riposte ne cesse de s'alourdir: 217 personnes ont été tuées, et 798 blessées depuis lundi, selon les autorités.

Des dizaines de milliers d'habitants fuient les frappes israéliennes à travers le pays, souvent sans savoir où aller.

"Les conséquences de ce déplacement sur le plan humanitaire et politique pourraient être sans précédent", s'est inquiété le Premier ministre libanais, Nawaf Salam.

La veille, Israël avait demandé - c'est une première - aux habitants de toute la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, d'évacuer avant des bombardements nocturnes. Dans la matinée sur place, les images de l'AFP montrent bâtiments éventrés et véhicules calcinés.

Les frappes se sont poursuivies dans la journée de vendredi. L'une a touché un immeuble de dix étages, proche de centres d'accueil de déplacés à Saïda (sud) selon un photographe de l'AFP.

Le mouvement chiite libanais continue de tirer des roquettes sur Israël, 70 vendredi selon l'armée israélienne, qui a elle dit avoir visé "500 cibles" au Liban depuis lundi et tué "70 terroristes" du Hezbollah.

L'armée a aussi accusé le groupe d'attaques "coordonnées" avec Téhéran pendant la nuit, "dans une tentative de submerger nos systèmes de défense" a-t-elle dit.

La crise "constitue une urgence humanitaire majeure nécessitant une réponse immédiate", a alerté à Genève Ayaki Ito, directeur des urgences de l'agence de l'ONU pour les réfugiés.

- Enquête sur la frappe d'une école -

La guerre qui a embrasé le Moyen-Orient inquiète d'autant plus chancelleries et opérateurs économiques que la question de sa durée est désormais ouvertement posée.

Un envoi de troupes au sol en Iran représenterait une "perte de temps", a affirmé Donald Trump à la chaîne NBC News. Son ministre de la Défense Pete Hegseth a exclu une issue rapide: "nous ne sommes qu'au début des combats".

Alors que le Kurdistan irakien, où sont basés des groupes kurdes iraniens en exil, est aussi visé par des missiles et drones, le président américain a assuré jeudi être "tout à fait pour" une offensive des milices kurdes contre Téhéran, sans préciser si les Etats-Unis leur fournirait un quelconque soutien.

Les questions se multiplient par ailleurs au sujet d'une frappe qui aurait visé une école à Minab (sud de l'Iran) au premier jour du conflit, tuant 150 personnes selon les autorités du pays.

Une enquête du New York Times, se basant notamment sur des images satellite, suggère que les Etats-Unis pourraient effectivement en être responsables. Ils auraient voulu cibler une base navale voisine.

Reuters, s'appuyant sur deux responsables américaines anonymes, assure que les enquêteurs militaires américains jugent "probable" que les forces américaines en soient "responsables".

Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, a exigé que l'enquête promise par les Etats-Unis soit "rapide" et "transparente".

Les autorités iraniennes font état d'un bilan d'environ un millier de morts depuis le début de la guerre, un chiffre que l'AFP n'est pas en mesure d'authentifier.

Treize personnes, dont sept civils, ont été tuées dans les pays du Golfe, dont une fillette de 11 ans au Koweït. En Israël, 10 personnes ont été tuées, selon les autorités.


Iran: Madrid campe sur ses positions et exclut "catégoriquement" toute collaboration avec Washington

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez fait une déclaration au palais de La Moncloa le 4 mars 2026 à Madrid en réponse aux propos de Donald Trump. Pedro Sanchez a rejeté les critiques de Donald Trump sur le refus de l’Espagne de laisser des avions américains utiliser ses bases pour frapper l’Iran, affirmant « non à la guerre ». (AFP)
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez fait une déclaration au palais de La Moncloa le 4 mars 2026 à Madrid en réponse aux propos de Donald Trump. Pedro Sanchez a rejeté les critiques de Donald Trump sur le refus de l’Espagne de laisser des avions américains utiliser ses bases pour frapper l’Iran, affirmant « non à la guerre ». (AFP)
Short Url
  • Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez maintient fermement la position de l’Espagne : dire « non à la guerre » contre l’Iran et refuser que les États-Unis utilisent les bases espagnoles, malgré les menaces de Donald Trump
  • Sa position reçoit un soutien européen et international, tandis que sur le plan intérieur, elle peut renforcer son électorat de gauche à un an des législatives de 2027

MADRID: Revendiquant son choix de dire "non à la guerre" contre l'Iran malgré les menaces de Donald Trump, le gouvernement espagnol a campé sur ses positions mercredi et démenti "catégoriquement" toute intention de collaborer avec Washington, après des déclarations de la Maison Blanche annonçant une volte-face espagnole.

Lors d'une allocution solennelle prononcée mercredi matin, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a promis que son pays ne serait "pas complice" des attaques américano-israéliennes menées contre l'Iran "par peur des représailles de certains", une référence directe au dirigeant américain.

Mardi, Donald Trump, déjà agacé depuis plusieurs mois par le refus de l'Espagne de consacrer 5% de son PIB à ses dépenses de défense dans le cadre de l'Otan, avait vertement reproché au gouvernement espagnol de gauche de refuser à l'aviation américaine l'accès à deux bases militaires situées dans le sud du pays pour sa campagne militaire contre l'Iran entamée samedi.

"L'Espagne a été terrible", a cinglé Donald Trump, menaçant directement Madrid de "cesser" complètement les relations commerciales entre les deux pays.

Malgré des difficultés à adopter une position commune très clairement définie face aux attaques menées contre l'Iran, ces tentatives d'intimidation ont valu au chef du gouvernement espagnol une série de marques de soutien de ses homologues européens, du président du Conseil européen Antonio Costa au président français Emmanuel Macron.

- "Pas la moindre idée" -

La prise de position du chef du gouvernement espagnol, qui a pourtant aussi condamné la riposte iranienne et redit son opposition au régime "des ayatollahs", lui a aussi valu un message chaleureux sur X du président iranien, qui a salué la "conduite responsable" de l'Espagne.

Dans la soirée, la porte-parole de la Maison Blanche a cependant semé le doute pendant quelques instants, assurant que l'Espagne avait finalement "accepté de coopérer" avec les forces armées américaines.

"Je pense qu'ils ont entendu haut et fort le message du président hier", a déclaré Karoline Leavitt, avant d'être quasi immédiatement démentie par le ministre des Affaires étrangères espagnol José Manuel Albares.

La position de l'Espagne "n'a absolument pas changé", a assuré le ministre sur la radio Cadena Ser, démentant "catégoriquement" toute intention de coopérer avec les Etats-Unis dans ce conflit. "D'où cela peut-il venir (ces déclarations, ndlr)? Je n'en ai pas la moindre idée", a-t-il asséné, réitérant le refus espagnol de laisser les Etats-Unis utiliser les bases andalouses au coeur d'un traité signé entre les deux pays en 1953, quand Franco dirigeait encore l'Espagne.

Sur le plan intérieur, la prise de position de Pedro Sanchez, dont le gouvernement appelle depuis samedi à une cessation des hostilités et une résolution pacifique du conflit, est vue par certains observateurs comme un moyen de resserrer son électorat autour d'une thématique qui fait consensus au sein de la gauche espagnole.

- "Immense animosité" -

Entre défaites dans des scrutins régionaux, affaires judiciaires visant des proches et accusations de harcèlement sexuel au sein de son Parti socialiste (PSOE), le moment politique est en effet délicat pour le dirigeant socialiste, à un an des prochaines législatives attendues au printemps 2027.

Sur X, le patron du Parti populaire (droite), principal parti d'opposition, Alberto Núñez Feijóo, a exhorté Donald Trump à "respecter" l'Espagne, tout en accusant Pedro Sanchez d'utiliser la politique étrangère à des fins "partisanes".

Même le quotidien El País, réputé proche de la gauche, a mis en garde Pedro Sanchez mercredi matin, avant son intervention, en lui suggérant "d'éviter la tentation (...) d'utiliser l'immense animosité qui existe à l'égard de Trump dans la société espagnole pour gagner en popularité".

Le slogan pacifiste "Non à la guerre" avait été utilisé par la gauche espagnole en 2003 lors de l'intervention militaire des Etats-Unis en Irak, où des troupes de Madrid avaient été déployées un temps, sous le gouvernement de droite de José Maria Aznar, alors très aligné sur les positions américaines.

Les attentats jihadistes qui avaient fait 192 morts le 11 mars 2004 dans quatre trains de banlieue à Madrid avaient dans ce contexte été attribués par de nombreux Espagnols à cette intervention en Irak, et la gauche avait remporté les législatives organisées trois jours plus tard.


Près de 150 disparus dans le naufrage d'une frégate iranienne au large du Sri Lanka

Près de 150 personnes sont portées disparues et plusieurs corps ont été repêchés après le naufrage d'un navire de guerre iranien mercredi au large du Sri Lanka, à la suite de ce que des membres d'équipage ont décrit comme une explosion, ont indiqué les autorités du pays. (AFP)
Près de 150 personnes sont portées disparues et plusieurs corps ont été repêchés après le naufrage d'un navire de guerre iranien mercredi au large du Sri Lanka, à la suite de ce que des membres d'équipage ont décrit comme une explosion, ont indiqué les autorités du pays. (AFP)
Short Url
  • La cause de ce qui pourrait être une explosion survenue à bord de la frégate, qui aurait auparavant participé à un exercice militaire dans le port indien de Visakhapatnam, n'est pas encore déterminée
  • Ce naufrage survient en pleine guerre au Moyen-Orient, après le lancement de frappes contre l'Iran par Israël et les Etats-Unis

COLOMBO: Près de 150 personnes sont portées disparues et plusieurs corps ont été repêchés après le naufrage d'un navire de guerre iranien mercredi au large du Sri Lanka, à la suite de ce que des membres d'équipage ont décrit comme une explosion, ont indiqué les autorités du pays.

La marine sri‑lankaise a secouru 32 marins de la frégate IRIS  Dena, mais l'espoir s'amenuise pour les 148 autres membres d'équipage, a indiqué le ministre des Affaires étrangères de l'île et des responsables de l'armée.

La cause de ce qui pourrait être une explosion survenue à bord de la frégate, qui aurait auparavant participé à un exercice militaire dans le port indien de Visakhapatnam, n'est pas encore déterminée.

Ce naufrage survient en pleine guerre au Moyen-Orient, après le lancement de frappes contre l'Iran par Israël et les Etats-Unis.

Le ministre des Affaires étrangères, Vijitha Herath, a indiqué au parlement que les 32 Iraniens secourus, "grièvement blessés", avaient été transportés vers un hôpital situé au sud de l'île.

Deux navires de la marine et un avion ont été déployés pour rechercher d'éventuels survivants.

Un appel de détresse a été lancé mercredi à l'aube depuis la frégate et, moins d'une heure plus tard, un navire est arrivé sur la zone, à environ 40 kilomètres au sud du port méridional de Galle, a précisé le ministre.

La frégate avait complètement coulé et il ne restait plus qu'une nappe d'hydrocarbure lorsque les bateaux de la marine sri-lankaise sont arrivés sur place.

Les recherches se poursuivent 

"Nous poursuivons les recherches, mais nous ne savons pas encore ce qu'il est advenu du reste de l'équipage", a déclaré à l’AFP un responsable de l'armée.

Le directeur de l'hôpital de Karapitiya, à Galle, S. D. Ranga, a indiqué qu'on lui avait signalé qu'il pourrait y avoir des morts, mais que seuls 32 marins blessés avaient été amenés.

Un député de l'opposition a demandé si le navire avait subi un bombardement dans le cadre de la guerre au Moyen-Orient mais il n'y a pas eu de réaction immédiate du gouvernement.

Contacté par l'AFP, l'ambassadeur iranien à Colombo, Alireza Delkhosh, n'était pas immédiatement joignable.

"Nous avons répondu à un appel de détresse conformément à nos obligations internationales étant donné que c'est dans notre zone de recherches et de sauvetage de l'océan Indien", a précisé à l'AFP un porte-parole de la marine sri-lankaise Buddhika Sampath.

"Nous avons retrouvé quelques corps dans la zone où le navire a sombré", a-t-il annoncé un peu plus tard.

Le Sri Lanka est resté neutre depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, appelant au dialogue.

Un peu plus d'un million de Sri-Lankais travaillent au Moyen-Orient, représentant une source cruciale de devises pour ce pays qui se relève à peine de sa pire crise économique survenue en 2022.

La marine et l'armée de l'air sri-lankaises ont toutes deux indiqué qu'elles ne diffuseraient pas d'images des opérations de secours car elles concernaient l'armée d'un autre pays.