11 septembre : L'attaque qui a changé l'Amérique

Le président américain George W. Bush se tient derrière son bureau à l'intérieur du bureau ovale de la Maison Blanche entouré par les médias. (Archive/AFP)
Le président américain George W. Bush se tient derrière son bureau à l'intérieur du bureau ovale de la Maison Blanche entouré par les médias. (Archive/AFP)
Short Url
Publié le Jeudi 09 septembre 2021

11 septembre : L'attaque qui a changé l'Amérique

  • Au lendemain des attentats, les Américains craignent que l'ennemi qui a perpétré le carnage n'échappe au châtiment
  • L'effort initial, qui consistait à éliminer les dirigeants irakiens grâce à des frappes aériennes, échoue, ouvrant la voie à l’invasion terrestre

NEW YORK: Le 11 septembre 2001, le nouveau président George W. Bush, est brusquement propulsé président en temps de guerre.

«Aujourd'hui, notre nation fait face au mal», déclare-t-il dans un discours calme et élaboré prononcé à la Maison Blanche. Remerciant le monde pour son soutien indéfectible, Bush déclare que «l'Amérique et ses alliés s'unissent pour gagner la guerre contre le terrorisme».

Toute nation qui abrite des groupes terroristes est désormais considérée comme un régime hostile, ajoute Bush. Devant une session conjointe du Congrès, il annonce la nouvelle stratégie en politique étrangère : «Notre guerre contre le terrorisme commence avec Al-Qaïda, mais elle ne s'arrête pas là. Elle ne prendra pas fin avant que tous les groupes terroristes de portée mondiale ne soient localisés, arrêtés et vaincus.»

11 sept
Sur cette photo publiée par la Maison Blanche le 16 septembre 2001, le président américain George W. Bush (à droite) s'adresse à son personnel le 11 septembre 2001. (Archive/AFP)

L'ère de l'histoire américaine post-11-Septembre commence alors. Pendant les deux décennies suivantes, la victoire dans la «guerre contre le terrorisme» occupe le devant de la scène. Au lendemain des attentats, les Américains craignent que l'ennemi qui a perpétré le carnage n'échappe au châtiment.

Les yeux sont rivés sur Al-Qaïda. Oussama ben Laden est identifié par les autorités fédérales comme le principal suspect; il serait en Afghanistan, sous la protection du régime taliban. Bush exige que ce dernier livre Ben Laden et tous les autres dirigeants d'Al-Qaïda ou donnent des renseignements à leur sujet. Les talibans refusent.

11 sept
Une capture d'écran (G) prise le 29 octobre 2004 à partir d'une bande vidéo diffusée par la chaîne d'information Al-Jazeera montre le chef d'Al-Qaïda Oussama ben Laden. (Archive/AFP)

Bush promulgue ensuite une résolution conjointe du Congrès qui autorise le recours à la force contre les auteurs des attentats du 11-Septembre.

Par la suite, cette résolution sera citée à diverses occasions par l'administration Bush comme base légale pour des mesures de lutte contre le terrorisme: de l'invasion de l'Afghanistan et de l'Irak à l'extension du pouvoir de surveillance du gouvernement, en passant par la construction du camp de détention de Guantanamo, à Cuba.

11 sept
Les Marines de l'équipe d'artillerie 2 de la 11e unité expéditionnaire de marines se préparent à tirer sur des cibles lors d'un entraînement au tir  fin août 2002. (Archive/AFP)

Le 7 octobre 2001, la guerre en Afghanistan, baptisée «Enduring Freedom Operation» («opération Liberté immuable»), commence. Les frappes aériennes américaines et britanniques ciblent les combattants d'Al-Qaïda et les talibans. La plupart des combats au sol opposent ensuite les talibans à leurs adversaires afghans, l'Alliance du Nord et les forces ethniques pachtounes.

Deux ans plus tard, en 2003, alors qu'environ 8 000 soldats américains font encore partie de la Force internationale d'assistance à la sécurité, supervisée par l'Otan (Organisation du traité de l’Atlantique nord, NDLR), le secrétaire américain à la défense de l’époque, Donald Rumsfeld, déclare que d'importantes opérations de combat ont pris fin en Afghanistan.

11 sept
Un aumônier de l'US Air Force identifié uniquement comme « Fred » dirige les membres d'équipage de l'US Air Force de Charleston, en Caroline du Sud, dans la prière avant le décollage le 18 octobre 2001. (Archive/AFP)

Presque simultanément, l'Amérique se prépare à une autre guerre.

Dans un discours sur l'état de l'Union, Bush qualifie d’«axe du mal» la Corée du Nord, l'Iran et l'Irak. Il considère tous ces pays comme une menace pour la sécurité américaine. Le 20 mars 2003, il annonce que les forces américaines ont entamé des opérations militaires en Irak, promettant de détruire les armes de destruction massive de Saddam Hussein ainsi que son régime dictatorial.

L'effort initial, qui consistait à éliminer les dirigeants irakiens grâce à des frappes aériennes, échoue, ouvrant la voie à l’invasion terrestre.

11 sept

Moins de deux mois plus tard, le 1er mai 2003, Bush, du pont du porte-avions USS Abraham Lincoln, annonce la fin des principales opérations de combat en Irak, arborant une pancarte géante où sont écrits les mots: «Mission accomplie».

Rumsfeld qualifie l'anarchie qui règne dans le pays et les affrontements qui y ont lieu d'«actes désespérés».

L'armée de Saddam Hussein est dissoute. Il est capturé, jugé et pendu. Des élections démocratiques sont organisées.

11 sept
La photo datée du 11 septembre 2001 montre le président américain George W. Bush (à droite) informé par son chef de cabinet Andrew Card des attentats de New York. (Archive/AFP)

Entre-temps, 100 000 civils irakiens ont été tués ainsi que plus de 5 000 soldats américains et alliés. Avec les combats américains en Irak, les talibans, initialement vaincus en Afghanistan, se regroupent. Leurs attaques s’intensifient, attisent la guerre pendant vingt ans, tuent des dizaines de milliers de personnes et provoquent le déplacement de millions de gens.

Quant à l'insaisissable Ben Laden, il échappe à la capture jusqu'au 2 mai 2011. Ce jour-là, il est tué lors d'un raid mené par une équipe de l’US Navy Seal (forces spéciales de la marine de guerre des États-Unis, NDLR) dans sa cachette au Pakistan, pendant la présidence d’Obama.

Cette année, au cours de l’été, lorsque les forces étrangères annoncent leur retrait après l’accord passé entre les États-Unis et les talibans, ces derniers lancent des offensives et entament une avance rapide à travers le pays, s’emparant de sa capitale, Kaboul, le 15 août dernier.

11 sept

La Harvard Kennedy School estime que le coût total des guerres américaines en Afghanistan et en Irak s'élève à 6 000 milliards de dollars (1 dollar = 0,84 euro); ce sont les plus chères de l'histoire des États-Unis. Le coût moyen estimé du déploiement d'un seul soldat américain en Afghanistan est de plus d'un million de dollars par an, pour un coût d'environ 4 000 dollars par contribuable.

En plus de deux guerres outre-mer, la guerre contre le terrorisme est également menée sur le sol américain, où une réorganisation en profondeur de l'État sécuritaire est initiée.

Le 13 novembre 2001, Bush signe une ordonnance qui permet d’établir des tribunaux militaires afin de juger les citoyens non américains affiliés à Al-Qaïda ou impliqués dans toute activité terroriste. Son administration détient les terroristes accusés à Guantanamo, camp dont la légalité ne peut être contestée.

11 sept
Le président américain George W. Bush s'adresse à la nation depuis le bureau ovale le 11 septembre 2001 à la Maison Blanche à Washington, DC. (Archives/AFP)

Les 158 détenus initiaux sont qualifiés de «combattants ennemis», ce qui les place en dehors des protections de la convention de Genève.

Les «méthodes d'interrogatoire améliorées» utilisées à Guantanamo comprennent la privation de sommeil et le simulacre de noyade. Elles suscitent aux États-Unis de nombreux débats sur la légalité, la qualité des informations que les prisonniers peuvent livrer sous la contrainte et la question éthique que soulèvent des méthodes qui, selon les critiques, sont assimilables à la torture.

Plus tard, en 2004, des photographies font surface. Elles montrent des prisonniers maltraités dans la prison d'Abou Ghraib, en Irak, et entraînent un examen minutieux de la politique américaine dans le monde entier.

11 sept
Les membres de la famille et les amis des victimes des attentats du 11 septembre 2001 se rassemblent autour d'un cercle commémoratif sur le site « Ground Zero » le 11 septembre 2002 à New York. (Archive/AFP)

Par ailleurs, les Arabes américains, les Sud-Asiatiques et les musulmans en général deviennent une cible instantanée d'attaques, de menaces, d'abus verbaux et de harcèlement à travers le pays.

Des cocktails Molotov sont lancés dans des mosquées pakistanaises et des fusils d'assaut sont utilisés contre des entreprises yéménites; des étudiants koweïtiens traumatisés se rendent à leur ambassade, à Washington, pour consulter des psychologues.

Le terme «islamophobie» fait son entrée dans le lexique américain.

Bush exhorte les gens à ne pas se venger: «Notre nation doit être consciente qu'il y a des milliers d'Arabes américains qui vivent à New York et qui aiment notre pays autant que nous», déclare-t-il.

11 sept
Le président américain George W. Bush (D), son épouse Laura (C), la conseillère à la sécurité nationale Condoleezza Rice (G) observent une minute de silence le 11 septembre 2002 à la Maison Blanche à Washington, DC. (Archive/AFP)

Deux actions gouvernementales controversées sont tenues pour responsables des années de harcèlement qu’ont subies ces communautés tout en suscitant l'indignation de certains Américains moyens qui craignent la perte des libertés civiles fondamentales et des idéaux sur lesquels leur pays a été construit.

À peine dix jours après le 11-Septembre, alors que son administration est confrontée à des questions difficiles sur des indices relatifs aux attaques imminentes à côté desquels diverses agences sont passées, Bush annonce la création d'un nouveau bureau de coordination pour superviser la sécurité intérieure.

Quelque 22 agences fusionnent alors avec le nouveau Département de la sécurité intérieur des États-Unis (DHS). Les missions du DHS comprennent des programmes de lutte contre le terrorisme, la reconstruction après des catastrophes naturelles, la protection et la réglementation de la frontière américaine et la défense de la nation contre les cyberattaques.

11 sept

Le seul mot de «patrie» pose un problème à beaucoup de personnes. Rumsfeld a lui-même reconnu un jour que «la défense du territoire» sonne plus allemand qu'américain. «Cela respire l'isolationnisme, notion avec laquelle je suis mal à l'aise», confie-t-il.

Le DHS intègre également l'ensemble de l’Immigration and Customs Enforcement ou ICE (service de police douanière et de contrôle des frontières, NDLR), transférant ses fonctions à l'application de l'immigration et des douanes. De toutes les agences du DHS, aucune n'a probablement inspiré autant de mépris que l'ICE.

Chaque année depuis 2001, l'ICE arrête des centaines de milliers de personnes qui ne possèdent pas de casier judiciaire. Ce chiffre a augmenté de 40% pendant la présidence de Trump.

Des agents de l'ICE mènent des opérations d'arrestation dans des palais de justice, des hôpitaux et même dans des écoles où des personnes ciblées déposent leurs enfants. L’arrestation, au Kansas, de Syed Jamal sur la pelouse de son jardin – tandis qu'il aidait ses enfants à se préparer pour se rendre à l'école – en est un exemple. Jamal est un professeur de chimie qui a vécu aux États-Unis pendant trente ans et qui ne possédait pas de casier judiciaire.

11 sept
La ville la plus dynamique du monde est tombée brièvement silencieuse le 11 septembre 2002, alors que les New-Yorkais se souvenaient avec larmes, colère et défi qu'un acte d'extrémisme inimaginable avait brisé leur vie. (Archive/AFP)

Nombreux sont ceux qui, depuis, ont plaidé en faveur de l'abolition du DHS en tant que «méga-agence inutile, incompétente et abusive» avec le sénateur républicain de l'Oklahoma Tom Coburn, qui a siégé au Comité sénatorial sur la sécurité intérieure. À la fin de son mandat, cet homme politique a ainsi déclaré que «le programme local du DHS de lutte contre le terrorisme contribue très peu aux efforts antiterroristes de la nation».

Avant le DHS, l’USA Patriot Act était un autre symbole de l'expansion massive des pouvoirs de surveillance du gouvernement. Il fut également adopté à une écrasante majorité par le Congrès, quelques semaines seulement après le 11-Septembre. Il conférait au gouvernement une série de nouveaux pouvoirs, parmi lesquels des dispositions qui lui permettaient de récupérer facilement des enregistrements de communications et d'interroger quiconque était soupçonné de terrorisme.

11 sept
Un avion commercial détourné s'écrase sur le World Trade Center le 11 septembre 2001 à New York. (Archive/AFP)

Un examen du Conseil de surveillance de la vie privée et des libertés civiles du gouvernement indique: «Nous n'avons pas identifié un seul cas de menace pour les États-Unis dans lequel les enregistrements téléphoniques ont été déterminants dans le cadre d'une enquête antiterroriste. En outre, nous n'avons connaissance d'aucun cas dans lequel ce programme a directement contribué à la découverte d'un complot terroriste jusqu'alors inconnu ou au démantèlement d'une attaque terroriste.»

L'administration Obama a déclaré que la loi avait été «extrêmement utile» dans les enquêtes sur le terrorisme.

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews

 


Trump publie une carte du détroit d'Ormuz en "territoire américain"

Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
Short Url
  • Donald Trump a relancé l’idée controversée de faire du détroit d’Ormuz un « territoire américain », en publiant une carte sur Truth Social
  • Cette déclaration intervient alors que les négociations entre Washington et Téhéran sont dans l’impasse et que la réouverture de ce passage stratégique reste conditionnée à des exigences jugées incompatibles

WASHINGTON: Donald Trump a publié mardi sur son réseau Truth Social une carte montrant le détroit d'Ormuz et le décrivant comme un "nouveau territoire américain", reprenant ainsi une idée déjà exprimée ces derniers jours.

Le président avait pour la première fois parlé de "territoire américain" à propos de cette artère commerciale stratégique la semaine dernière, pendant un meeting et sur un ton qui laissait penser à une plaisanterie.

Le républicain est revenu à la charge lundi pendant un échange avec des journalistes dans le Bureau Ovale, en estimant que ce serait une "très bonne idée".

Ce n'est pas la première fois que Donald Trump, confronté à un obstacle de politique étrangère, lance ainsi une suggestion surprenante ou menaçante d'annexion d'un territoire étranger.

Depuis son retour au pouvoir, il a menacé de faire du Canada le "51e" Etat américain, de s'emparer du Groenland et même évoqué une prise de contrôle de la bande de Gaza, sans passer à l'acte.

Sa suggestion concernant Ormuz intervient alors qu'une issue pacifique au conflit entre l'Iran et les Etats-Unis semble plus lointaine que jamais.

Il y a soixante jours, les deux belligérants avaient signé à grand bruit un protocole d'accord censé déboucher sur un règlement durable, mais qui n'a rien donné.

Washington et Téhéran posent des conditions a priori irréconciliables à la réouverture du détroit, passage névralgique pour le commerce mondial de pétrole.


Iran: le détroit d'Ormuz restera fermé tant que Washington n'aura pas satisfait les exigences de Téhéran

Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
Short Url
  • Téhéran maintient la fermeture du détroit jusqu’au respect des engagements américains
  • Les négociations avancent, mais la méfiance et les tensions restent fortes

TEHERAN: Le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique au coeur du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, restera fermé tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par le protocole d'accord de juin, a annoncé mardi le négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le détroit d'Ormuz "ne sera pas ouvert tant que les engagements américains stipulés dans le protocole d'accord (...) ne seront pas mis en oeuvre", a déclaré M. Ghalibaf, également chef du Parlement, dans un discours diffusé à la télévision d'Etat.

Il a cité parmi ces conditions "la levée du blocus naval (américain), le déblocage des avoirs (iraniens) gelés, la levée de l'embargo pétrolier" contre Téhéran, ainsi que "la fin des opérations militaires sur tous les fronts".

Après l'attaque américano-israélienne contre l'Iran le 28 février, Téhéran a riposté par des frappes sur les pays voisins alliés de Washington et verrouillé le détroit, voie de transit majeur des hydrocarbures, faisant s'envoler les cours du pétrole.

Les Etats-Unis ont imposé de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Un cessez-le-feu a été conclu en avril suivi d'un protocole d'accord en juin en vue de négociations de paix, qui a ensuite volé en éclats après avoir brièvement permis une réouverture du détroit.

Si les hostilités ont récemment baissé en intensité, les efforts diplomatiques menés par les médiateurs marquent le pas.

L'émissaire américain et gendre de Donald Trump, Jared Kushner, a toutefois qualifié lundi de "très positives et animées" les tractations dans le but de conclure un accord entre l'Iran et les Etats-Unis.

S'il a admis sur Fox News qu'il n'y avait pas "beaucoup de confiance" entre les deux parties, il a précisé qu'elles "s'impliquaient très sérieusement".

"Le président Trump va se montrer très patient, il n'aime pas se précipiter pour conclure un accord. Il conclura le bon accord quand celui-ci sera prêt", a-t-il ajouté.

Dans le même temps, l'Iran et Oman mènent depuis plusieurs semaines des discussions pour trouver un accord sur le passage des navires dans le détroit d'Ormuz, situé entre leurs côtes, dont Téhéran revendique le contrôle.

"Si Oman se met en travers de notre chemin, on va leur bombarder la gueule", a déclaré lundi l'imprévisible  président américain, interrogé sur ces discussions par le journaliste de Fox News Trey Yingst.


Désarmement du Hamas à Gaza: Kushner dit espérer des "progrès" d'ici 30 jours

La feuille de route approuvée par le Hamas le 30 juillet prévoyait que la mise hors service des armes serait supervisée par la Force internationale de stabilisation, une unité en cours de création qui doit se déployer à Gaza si la situation s’apaise. (AFP)
La feuille de route approuvée par le Hamas le 30 juillet prévoyait que la mise hors service des armes serait supervisée par la Force internationale de stabilisation, une unité en cours de création qui doit se déployer à Gaza si la situation s’apaise. (AFP)
Short Url
  • Kushner vise un début de désarmement du Hamas sous 30 jours, sous supervision américaine
  • Israël conditionne toute reconstruction de Gaza au désarmement total du Hamas

WASHINGTON: L'émissaire américain Jared Kushner a dit lundi espérer un début de désarmement du Hamas d'ici "30 jours", qui se ferait sous supervision d'un général américain, après avoir rencontré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

"Nous pourrions constater des progrès d'ici à peine 30 jours, avec, espérons-le, le début du retrait d'une partie des armes, et, espérons-le également, le comblement de certains tunnels au cours des 60 à 90 prochains jours", a-t-il déclaré depuis Tel Aviv à la chaîne américaine Fox News.

"Des progrès pourraient donc intervenir assez rapidement, mais cela nécessite la coopération des deux parties, et nous espérons bien sûr surmonter cette épreuve", a ajouté le gendre de Donald Trump.

Selon un responsable israélien, Israël et les États-Unis sont convenus lundi de charger un général américain de superviser le désarmement du Hamas.

Un tel accord vise à satisfaire Israël, après que M. Netanyahu, confronté à une difficile campagne de réélection, a rejeté publiquement le dernier volet d'un plan américain de sortie de guerre dans la bande de Gaza.

"On a eu une très, très bonne réunion aujourd'hui. On a passé près de quatre heures avec lui et son équipe à passer en revue tous les détails (...) et à dissiper certains malentendus", a affirmé M. Kushner, qui avait rencontré la veille des responsables du Hamas.

Le mouvement islamiste palestinien avait donné son accord fin juillet à ce plan américain prévoyant son désarmement et le retrait israélien du territoire palestinien, occupé à plus de 60% par Israël.

Dimanche, M. Kushner avait rencontré des membres de la direction du Hamas, insistant, selon des sources proches des négociations, sur le désarmement du mouvement et appelant à des mesures "vérifiables".

"Ils ont dit tout ce qu'il fallait mais, à l'évidence, il est très très difficile de leur faire confiance", a dit l'émissaire américain à Fox News au sujet de sa rencontre avec le Hamas.

- "Hors service" -

MM. Netanyahu et Kushner "sont convenus qu'aucun redéploiement ni aucune reconstruction n'auraient lieu dans la bande de Gaza avant que le Hamas ne soit désarmé dans l'ensemble" du territoire, a affirmé à l'AFP un haut responsable israélien.

"Il a également été convenu que la première étape vers la démilitarisation de Gaza consisterait à demander au Hamas de remettre ses armes afin qu'elles soient mises hors service sous la supervision d'un général américain", a ajouté ce responsable.

M. Kushner était accompagné de membres du "Conseil de paix" de Donald Trump, notamment l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair.

Selon un responsable de cet organe, qui n'a pas confirmé l'implication d'un général américain, "chaque arme collectée sera entièrement mise hors service".

- Pressions -

L'administration Trump a déjà nommé le général américain Jasper Jeffers à la tête de la Force internationale de stabilisation (ISF) appelée à se déployer à Gaza aux termes du plan du président américain, avalisé par l'ONU, qui a conduit à un cessez-le-feu, précaire, en octobre 2025.

Telle que rendue publique par le "Conseil de Paix" en juillet, la feuille de route prévoit que le désarmement du Hamas aille de pair avec le retrait israélien et soit supervisé par le Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG), un organe de technocrates palestiniens censé gérer provisoirement le territoire.

En rejetant ce texte, M. Netanyahu avait exigé un désarmement "véritable" du Hamas, dont l'attaque sans précédent du 7 octobre 2023 en Israël a déclenché la guerre à Gaza.

Au pouvoir dans ce territoire depuis 2007, le mouvement a annoncé en juillet dissoudre son administration civile et vouloir transférer ses responsabilités au NCAG.

M. Kushner avait insisté dimanche sur l'absence de tout rôle futur du Hamas dans la gouvernance de Gaza, selon les mêmes sources proches des négociations.

Le mouvement palestinien avait de son côté appelé à exercer des pressions sur M. Netanyahu pour débloquer la mise en oeuvre de la feuille de route, avait indiqué un responsable du Hamas à l'AFP.

Pendant des années, les Etats-Unis ont refusé tout contact avec le Hamas, qu'ils classent comme terroriste.

Le Hamas et Israël s'accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu dans le territoire dévasté et en demande d'aide humanitaire.

Au moins 1.265 Palestiniens y ont été tués depuis le début de la trêve, selon le ministère de la Santé du territoire, dont l'ONU juge les chiffres fiables.

Dans le même temps, Israël y a recensé cinq soldats et un contractuel du ministère de la Défense tués.