11 septembre : L'attaque qui a changé l'Amérique

Le président américain George W. Bush se tient derrière son bureau à l'intérieur du bureau ovale de la Maison Blanche entouré par les médias. (Archive/AFP)
Le président américain George W. Bush se tient derrière son bureau à l'intérieur du bureau ovale de la Maison Blanche entouré par les médias. (Archive/AFP)
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Publié le Jeudi 09 septembre 2021

11 septembre : L'attaque qui a changé l'Amérique

  • Au lendemain des attentats, les Américains craignent que l'ennemi qui a perpétré le carnage n'échappe au châtiment
  • L'effort initial, qui consistait à éliminer les dirigeants irakiens grâce à des frappes aériennes, échoue, ouvrant la voie à l’invasion terrestre

NEW YORK: Le 11 septembre 2001, le nouveau président George W. Bush, est brusquement propulsé président en temps de guerre.

«Aujourd'hui, notre nation fait face au mal», déclare-t-il dans un discours calme et élaboré prononcé à la Maison Blanche. Remerciant le monde pour son soutien indéfectible, Bush déclare que «l'Amérique et ses alliés s'unissent pour gagner la guerre contre le terrorisme».

Toute nation qui abrite des groupes terroristes est désormais considérée comme un régime hostile, ajoute Bush. Devant une session conjointe du Congrès, il annonce la nouvelle stratégie en politique étrangère : «Notre guerre contre le terrorisme commence avec Al-Qaïda, mais elle ne s'arrête pas là. Elle ne prendra pas fin avant que tous les groupes terroristes de portée mondiale ne soient localisés, arrêtés et vaincus.»

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Sur cette photo publiée par la Maison Blanche le 16 septembre 2001, le président américain George W. Bush (à droite) s'adresse à son personnel le 11 septembre 2001. (Archive/AFP)

L'ère de l'histoire américaine post-11-Septembre commence alors. Pendant les deux décennies suivantes, la victoire dans la «guerre contre le terrorisme» occupe le devant de la scène. Au lendemain des attentats, les Américains craignent que l'ennemi qui a perpétré le carnage n'échappe au châtiment.

Les yeux sont rivés sur Al-Qaïda. Oussama ben Laden est identifié par les autorités fédérales comme le principal suspect; il serait en Afghanistan, sous la protection du régime taliban. Bush exige que ce dernier livre Ben Laden et tous les autres dirigeants d'Al-Qaïda ou donnent des renseignements à leur sujet. Les talibans refusent.

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Une capture d'écran (G) prise le 29 octobre 2004 à partir d'une bande vidéo diffusée par la chaîne d'information Al-Jazeera montre le chef d'Al-Qaïda Oussama ben Laden. (Archive/AFP)

Bush promulgue ensuite une résolution conjointe du Congrès qui autorise le recours à la force contre les auteurs des attentats du 11-Septembre.

Par la suite, cette résolution sera citée à diverses occasions par l'administration Bush comme base légale pour des mesures de lutte contre le terrorisme: de l'invasion de l'Afghanistan et de l'Irak à l'extension du pouvoir de surveillance du gouvernement, en passant par la construction du camp de détention de Guantanamo, à Cuba.

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Les Marines de l'équipe d'artillerie 2 de la 11e unité expéditionnaire de marines se préparent à tirer sur des cibles lors d'un entraînement au tir  fin août 2002. (Archive/AFP)

Le 7 octobre 2001, la guerre en Afghanistan, baptisée «Enduring Freedom Operation» («opération Liberté immuable»), commence. Les frappes aériennes américaines et britanniques ciblent les combattants d'Al-Qaïda et les talibans. La plupart des combats au sol opposent ensuite les talibans à leurs adversaires afghans, l'Alliance du Nord et les forces ethniques pachtounes.

Deux ans plus tard, en 2003, alors qu'environ 8 000 soldats américains font encore partie de la Force internationale d'assistance à la sécurité, supervisée par l'Otan (Organisation du traité de l’Atlantique nord, NDLR), le secrétaire américain à la défense de l’époque, Donald Rumsfeld, déclare que d'importantes opérations de combat ont pris fin en Afghanistan.

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Un aumônier de l'US Air Force identifié uniquement comme « Fred » dirige les membres d'équipage de l'US Air Force de Charleston, en Caroline du Sud, dans la prière avant le décollage le 18 octobre 2001. (Archive/AFP)

Presque simultanément, l'Amérique se prépare à une autre guerre.

Dans un discours sur l'état de l'Union, Bush qualifie d’«axe du mal» la Corée du Nord, l'Iran et l'Irak. Il considère tous ces pays comme une menace pour la sécurité américaine. Le 20 mars 2003, il annonce que les forces américaines ont entamé des opérations militaires en Irak, promettant de détruire les armes de destruction massive de Saddam Hussein ainsi que son régime dictatorial.

L'effort initial, qui consistait à éliminer les dirigeants irakiens grâce à des frappes aériennes, échoue, ouvrant la voie à l’invasion terrestre.

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Moins de deux mois plus tard, le 1er mai 2003, Bush, du pont du porte-avions USS Abraham Lincoln, annonce la fin des principales opérations de combat en Irak, arborant une pancarte géante où sont écrits les mots: «Mission accomplie».

Rumsfeld qualifie l'anarchie qui règne dans le pays et les affrontements qui y ont lieu d'«actes désespérés».

L'armée de Saddam Hussein est dissoute. Il est capturé, jugé et pendu. Des élections démocratiques sont organisées.

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La photo datée du 11 septembre 2001 montre le président américain George W. Bush (à droite) informé par son chef de cabinet Andrew Card des attentats de New York. (Archive/AFP)

Entre-temps, 100 000 civils irakiens ont été tués ainsi que plus de 5 000 soldats américains et alliés. Avec les combats américains en Irak, les talibans, initialement vaincus en Afghanistan, se regroupent. Leurs attaques s’intensifient, attisent la guerre pendant vingt ans, tuent des dizaines de milliers de personnes et provoquent le déplacement de millions de gens.

Quant à l'insaisissable Ben Laden, il échappe à la capture jusqu'au 2 mai 2011. Ce jour-là, il est tué lors d'un raid mené par une équipe de l’US Navy Seal (forces spéciales de la marine de guerre des États-Unis, NDLR) dans sa cachette au Pakistan, pendant la présidence d’Obama.

Cette année, au cours de l’été, lorsque les forces étrangères annoncent leur retrait après l’accord passé entre les États-Unis et les talibans, ces derniers lancent des offensives et entament une avance rapide à travers le pays, s’emparant de sa capitale, Kaboul, le 15 août dernier.

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La Harvard Kennedy School estime que le coût total des guerres américaines en Afghanistan et en Irak s'élève à 6 000 milliards de dollars (1 dollar = 0,84 euro); ce sont les plus chères de l'histoire des États-Unis. Le coût moyen estimé du déploiement d'un seul soldat américain en Afghanistan est de plus d'un million de dollars par an, pour un coût d'environ 4 000 dollars par contribuable.

En plus de deux guerres outre-mer, la guerre contre le terrorisme est également menée sur le sol américain, où une réorganisation en profondeur de l'État sécuritaire est initiée.

Le 13 novembre 2001, Bush signe une ordonnance qui permet d’établir des tribunaux militaires afin de juger les citoyens non américains affiliés à Al-Qaïda ou impliqués dans toute activité terroriste. Son administration détient les terroristes accusés à Guantanamo, camp dont la légalité ne peut être contestée.

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Le président américain George W. Bush s'adresse à la nation depuis le bureau ovale le 11 septembre 2001 à la Maison Blanche à Washington, DC. (Archives/AFP)

Les 158 détenus initiaux sont qualifiés de «combattants ennemis», ce qui les place en dehors des protections de la convention de Genève.

Les «méthodes d'interrogatoire améliorées» utilisées à Guantanamo comprennent la privation de sommeil et le simulacre de noyade. Elles suscitent aux États-Unis de nombreux débats sur la légalité, la qualité des informations que les prisonniers peuvent livrer sous la contrainte et la question éthique que soulèvent des méthodes qui, selon les critiques, sont assimilables à la torture.

Plus tard, en 2004, des photographies font surface. Elles montrent des prisonniers maltraités dans la prison d'Abou Ghraib, en Irak, et entraînent un examen minutieux de la politique américaine dans le monde entier.

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Les membres de la famille et les amis des victimes des attentats du 11 septembre 2001 se rassemblent autour d'un cercle commémoratif sur le site « Ground Zero » le 11 septembre 2002 à New York. (Archive/AFP)

Par ailleurs, les Arabes américains, les Sud-Asiatiques et les musulmans en général deviennent une cible instantanée d'attaques, de menaces, d'abus verbaux et de harcèlement à travers le pays.

Des cocktails Molotov sont lancés dans des mosquées pakistanaises et des fusils d'assaut sont utilisés contre des entreprises yéménites; des étudiants koweïtiens traumatisés se rendent à leur ambassade, à Washington, pour consulter des psychologues.

Le terme «islamophobie» fait son entrée dans le lexique américain.

Bush exhorte les gens à ne pas se venger: «Notre nation doit être consciente qu'il y a des milliers d'Arabes américains qui vivent à New York et qui aiment notre pays autant que nous», déclare-t-il.

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Le président américain George W. Bush (D), son épouse Laura (C), la conseillère à la sécurité nationale Condoleezza Rice (G) observent une minute de silence le 11 septembre 2002 à la Maison Blanche à Washington, DC. (Archive/AFP)

Deux actions gouvernementales controversées sont tenues pour responsables des années de harcèlement qu’ont subies ces communautés tout en suscitant l'indignation de certains Américains moyens qui craignent la perte des libertés civiles fondamentales et des idéaux sur lesquels leur pays a été construit.

À peine dix jours après le 11-Septembre, alors que son administration est confrontée à des questions difficiles sur des indices relatifs aux attaques imminentes à côté desquels diverses agences sont passées, Bush annonce la création d'un nouveau bureau de coordination pour superviser la sécurité intérieure.

Quelque 22 agences fusionnent alors avec le nouveau Département de la sécurité intérieur des États-Unis (DHS). Les missions du DHS comprennent des programmes de lutte contre le terrorisme, la reconstruction après des catastrophes naturelles, la protection et la réglementation de la frontière américaine et la défense de la nation contre les cyberattaques.

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Le seul mot de «patrie» pose un problème à beaucoup de personnes. Rumsfeld a lui-même reconnu un jour que «la défense du territoire» sonne plus allemand qu'américain. «Cela respire l'isolationnisme, notion avec laquelle je suis mal à l'aise», confie-t-il.

Le DHS intègre également l'ensemble de l’Immigration and Customs Enforcement ou ICE (service de police douanière et de contrôle des frontières, NDLR), transférant ses fonctions à l'application de l'immigration et des douanes. De toutes les agences du DHS, aucune n'a probablement inspiré autant de mépris que l'ICE.

Chaque année depuis 2001, l'ICE arrête des centaines de milliers de personnes qui ne possèdent pas de casier judiciaire. Ce chiffre a augmenté de 40% pendant la présidence de Trump.

Des agents de l'ICE mènent des opérations d'arrestation dans des palais de justice, des hôpitaux et même dans des écoles où des personnes ciblées déposent leurs enfants. L’arrestation, au Kansas, de Syed Jamal sur la pelouse de son jardin – tandis qu'il aidait ses enfants à se préparer pour se rendre à l'école – en est un exemple. Jamal est un professeur de chimie qui a vécu aux États-Unis pendant trente ans et qui ne possédait pas de casier judiciaire.

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La ville la plus dynamique du monde est tombée brièvement silencieuse le 11 septembre 2002, alors que les New-Yorkais se souvenaient avec larmes, colère et défi qu'un acte d'extrémisme inimaginable avait brisé leur vie. (Archive/AFP)

Nombreux sont ceux qui, depuis, ont plaidé en faveur de l'abolition du DHS en tant que «méga-agence inutile, incompétente et abusive» avec le sénateur républicain de l'Oklahoma Tom Coburn, qui a siégé au Comité sénatorial sur la sécurité intérieure. À la fin de son mandat, cet homme politique a ainsi déclaré que «le programme local du DHS de lutte contre le terrorisme contribue très peu aux efforts antiterroristes de la nation».

Avant le DHS, l’USA Patriot Act était un autre symbole de l'expansion massive des pouvoirs de surveillance du gouvernement. Il fut également adopté à une écrasante majorité par le Congrès, quelques semaines seulement après le 11-Septembre. Il conférait au gouvernement une série de nouveaux pouvoirs, parmi lesquels des dispositions qui lui permettaient de récupérer facilement des enregistrements de communications et d'interroger quiconque était soupçonné de terrorisme.

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Un avion commercial détourné s'écrase sur le World Trade Center le 11 septembre 2001 à New York. (Archive/AFP)

Un examen du Conseil de surveillance de la vie privée et des libertés civiles du gouvernement indique: «Nous n'avons pas identifié un seul cas de menace pour les États-Unis dans lequel les enregistrements téléphoniques ont été déterminants dans le cadre d'une enquête antiterroriste. En outre, nous n'avons connaissance d'aucun cas dans lequel ce programme a directement contribué à la découverte d'un complot terroriste jusqu'alors inconnu ou au démantèlement d'une attaque terroriste.»

L'administration Obama a déclaré que la loi avait été «extrêmement utile» dans les enquêtes sur le terrorisme.

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews

 


Trump avertit qu'il va frapper «fort» l'Iran, après des attaques contre des bases américaines

L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays. (AFP)
L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays. (AFP)
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  • "Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", a déclaré le président américain dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News
  • La Jordanie, alliée de Washington et ciblée déjà par Téhéran, avait dit tôt mercredi avoir abattu cinq missiles venus d'Iran

TEHERAN: Donald Trump a averti que les Etats-Unis allaient frapper "fort" l'Iran après des tirs iraniens contre des bases américaines en Jordanie, relançant, après quelques jours d'accalmie, le conflit qui s'étend au Moyen-Orient.

L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays.

Cette reprise des hostilités, suspendues depuis samedi, a ravivé les inquiétudes pour l'approvisionnement en or noir. Vers 12H00 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, s'échangeait à 87,99 dollars, en hausse de 4,64%.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", a déclaré le président américain dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

La Jordanie, alliée de Washington et ciblée déjà par Téhéran, avait dit tôt mercredi avoir abattu cinq missiles venus d'Iran.

Les Gardiens de la Révolution iraniens, puissante force armée, ont revendiqué une attaque de missiles contre "une base aérienne et le centre de commandement central des Etats-Unis".

"Violation flagrante" 

Washington a de son côté annoncé des frappes en Irak contre des groupes armés pro-iraniens, menées conjointement avec l'Arabie saoudite, visée plus tôt par des missiles en provenance du territoire irakien.

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens -  et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

Cette coalition a dénoncé une "escalade dangereuse".

Si M. Trump a affirmé, selon le journaliste de Fox News, que les frappes étaient "coordonnées avec le gouvernement irakien", la présidence irakienne a dénoncé une "violation flagrante de la souveraineté de l'Irak".

Le Conseil ministériel irakien pour la sécurité nationale a ensuite indiqué avoir adopté "un plan de sécurité global (...) pour faire face à toute violation de la souveraineté de l’Irak et empêcher toute entité d’utiliser le territoire irakien pour menacer les États voisins".

Les groupes pro-iraniens en Irak ont démenti être derrière les tirs ayant visé des installations pétrolières dans l'est de l'Arabie saoudite.

"Des avions de combat américains et saoudiens ont frappé plusieurs sites logistiques et d'armement terroristes dans l'est de l'Irak", a écrit le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Téhéran a également condamné les frappes dans le pays voisin. Sa télévision d'Etat a fait état dans l'après-midi de bombardements américains sur une ville à la frontière avec l'Irak.

A Téhéran, des habitants exhalent leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières échanges de frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, resté relativement calme depuis 2022, opposant les rebelles yéménites houthis à l'Arabie saoudite.

Ryad soutient militairement le gouvernement yéménite face aux Houthis, soutenus par l'Iran.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Guerre par procuration" 

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...) La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", déclare à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

Le gouvernement yéménite a accusé mercredi les Houthis de vouloir imposer des droits de passage aux navires transitant par la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb, un goulet d'étranglement à son extrémité sud.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule.

Les Gardiens iraniens ont d'ailleurs annoncé mercredi avoir frappé et arrêté trois pétroliers qui tentaient de franchir ce détroit, par lequel transitait avant la guerre quelque 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié dans le monde.

Washington avait dit la semaine dernière vouloir "laisser de la place aux négociations" avec les Iraniens, avec une pause dans les hostilités.

Les nouvelles frappes mercredi sont intervenues au lendemain de la visite à Washington du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a rencontré Donald Trump pour la première fois depuis le début de la guerre régionale, déclenchée par des attaques de leurs pays contre l'Iran le 28 février.


Plus personne à la rue : un défi de taille pour le nouveau Premier ministre britannique

Des tentes alignées pour des personnes sans domicile sont photographiées dans une rue de Londres le 28 juillet 2026. (AFP)
Des tentes alignées pour des personnes sans domicile sont photographiées dans une rue de Londres le 28 juillet 2026. (AFP)
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  • Andy Burnham promet d'en finir avec le sans-abrisme, malgré un bilan mitigé à Manchester et une hausse record des sans-abri en Angleterre
  • Les experts jugent que 340 M£ ne suffiront pas et réclament davantage de logements sociaux et d'investissements

LONDRES: En arrivant à Downing Street, Andy Burnham s'est engagé à ce que plus personne ne dorme dans la rue au Royaume-Uni. Une promesse ambitieuse que le nouveau Premier ministre avait déjà faite en tant que maire du Grand Manchester, avec un résultat mitigé.

Sur une petite place du centre de Londres, Kevin, 60 ans, vend "The Big Issue", un journal au profit des sans-abri.

"Ca me permet de tenir le coup", dit cet homme sans domicile fixe depuis sa sortie de prison en 2010.

Interrogé sur l'engagement du nouveau chef du gouvernement travailliste, qui a pris ses fonctions le 20 juillet, il se montre sceptique : "Je pense que ça ne veut rien dire: il vient de Manchester et n'a pas réussi à régler le problème là-bas".

Pour Kevin, qui dort sous une tente, les centres d'hébergement ne sont pas toujours préférables à la rue. "J'ai fréquenté trois foyers différents dans le centre de Londres et je n'y mettrais même pas mon chien. C'était dégoûtant. On voyait des seringues partout".

- Records -

En 2017, tout juste élu maire de l'agglomération de Manchester, Andy Burnham avait annoncé le programme "A Bed Every Night" ("Un lit chaque nuit"), qui a permis de faire passer le nombre des personnes dormant dans la rue de 268 cette année-là à 90 en 2021, selon les autorités locales. Mais ce chiffre est remonté à 197 en 2025.

Dans toute l'Angleterre, le nombre des gens à la rue a atteint en 2025 un record de 4.793, selon les chiffres du gouvernement. Et le groupe de réflexion Institute for Public Policy Research (IPPR) s'attend à voir ce chiffre augmenter de 25% d'ici à 2030.

Plus largement, 382.000 personnes n'avaient pas de domicile permanent en 2025 en Angleterre, selon l'association Shelter.

Les collectivités locales, compétentes pour s'occuper des sans-abri mais confrontées à des coupes budgétaires, peinent à lutter contre ce phénomène.

Des associations prennent le relais, telle "Hackney Night Shelter" qui offre gratuitement un lit à une vingtaine de personnes pendant deux semaines au maximum.

Les stores à lamelles grises des dortoirs rappellent le passé du bâtiment, qui abritait autrefois des bureaux, même si l'association a su aménager l'espace pour le rendre accueillant.

Mark Palframan, 61 ans, son directeur, salue l'objectif d'Andy Burnham. "C'est un objectif réaliste", estime-t-il, à condition d'y consacrer les ressources suffisantes.

- Travailleurs sans abri -

Situation préoccupante, beaucoup de personnes sans domicile fixe ont un emploi. Le refuge a en particulier hébergé des assistants d'éducation et des professionnels du cinéma.

"Autrefois, le travail permettait de sortir du sans-abrisme", souligne M. Palframan, pour qui il serait utile de s'attaquer au coût de la vie, d'améliorer les droits des locataires et d'accélérer les procédures d'asile.

Eddie, un Lituanien de 46 ans, a travaillé pendant la moitié des 20 années qu'il a passées au Royaume-Uni.

Portant un treillis militaire, il se prépare à passer une nouvelle nuit dehors dans le quartier branché d'Hackney, à Londres.

"Je travaillais pour une entreprise de déménagement. Quand elle a arrêté de me payer, (...) je n'ai plus pu payer mon loyer, alors j'ai vécu dans le camion que j'utilisais pour le travail", explique-t-il.

Bénéficiaire d'allocations pour handicap, Eddie a aussi vécu dans un squat qui a été fermé après l'interdiction en 2012 des occupations illégales d'immeubles résidentiels abandonnés.

- Bâtiments vides -

"Il y a des bâtiments vides, pourquoi ne pas laisser les gens y vivre ?", interroge-t-il.

L'association londonienne Street Storage, quant à elle, met des espaces de stockage à la disposition des sans-abri.

Il y avait un chef cuisinier qui "rangeait ici sa tenue et ses couteaux de cuisine, dormait dehors pendant la journée, venait les récupérer le soir, travaillait de nuit, les rapportait le matin", raconte sa dirigeante, Rachel Woolf.

Andy Burnham s'est engagé à consacrer 340 millions de livres (près de 400 millions d'euros) pour mettre fin au sans-abrisme "au plus vite".

Cette somme ne suffira pas "à régler le problème", commente Maya Singer Hobbs, chercheuse à l'IPPR, qui insiste sur la nécessité de construire plus de logements sociaux.

Ce qui requiert un "investissement initial" important mais permettrait de "réaliser des économies" sur le long terme, souligne-t-elle. Le coût s'élèverait toutefois à plusieurs "milliards" et il ne faut donc pas s'attendre à des annonces avant que le gouvernement ne présente son budget plus tard dans l'année.


Séisme au Japon: plusieurs dizaines de blessés, des personnes piégées dans un centre commercial

Un puissant séisme a secoué mardi le sud-ouest du Japon, causant plusieurs dizaines de blessés, faisant s'effondrer des bâtiments et provoquant des incendies, la télévision faisant état de "nombreux" morts dans un centre commercial endommagé. (AFP)
Un puissant séisme a secoué mardi le sud-ouest du Japon, causant plusieurs dizaines de blessés, faisant s'effondrer des bâtiments et provoquant des incendies, la télévision faisant état de "nombreux" morts dans un centre commercial endommagé. (AFP)
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  • Le tremblement de terre survenu à 16H27 (07H27 GMT) sur l'île de Kyushu, était de magnitude 7,1 selon l'agence météorologique nippone JMA. Une alerte au tsunami émise après la secousse a été levée
  • La secousse a par ailleurs atteint le niveau maximum (7) sur une échelle distincte utilisée au Japon, qui mesure la force avec laquelle les séismes sont ressentis à un endroit donné, selon la JMA

TOKYO: Un puissant séisme a secoué mardi le sud-ouest du Japon, causant plusieurs dizaines de blessés, faisant s'effondrer des bâtiments et provoquant des incendies, la télévision faisant état de "nombreux" morts dans un centre commercial endommagé.

A Kashima, dans le département de Kumamoto touché par la secousse, le deuxième étage d'un centre commercial s'est effondré, piégeant de "nombreuses personnes" à l'intérieur, ont annoncé les services de secours. Une déflagration y avait été entendue.

Selon la chaîne de télévision privée TBS, un "nombre considérable" de personnes y ont trouvé la mort. Contactée par l'AFP, la police locale s'est dite incapable de confirmer d'éventuelles victimes à ce stade.

Le tremblement de terre survenu à 16H27 (07H27 GMT) sur l'île de Kyushu, était de magnitude 7,1 selon l'agence météorologique nippone JMA. Une alerte au tsunami émise après la secousse a été levée.

La secousse a par ailleurs atteint le niveau maximum (7) sur une échelle distincte utilisée au Japon, qui mesure la force avec laquelle les séismes sont ressentis à un endroit donné, selon la JMA.

Des images de télévision montraient des ponts routiers en partie détruits, des bâtiments éventrés et des wagons de trains de marchandises renversés.

"Nous évaluons encore l'ampleur des blessés et des dégâts matériels", a déclaré la Première ministre Sanae Takaichi lors d'une intervention télévisée.

"Des coupures de courant et des incendies se produisent dans certaines zones, des routes et ponts ont été endommagés, et des bâtiments se sont effondrés", a-t-elle ajouté.

La télévision publique NHK faisait état d'au moins 50 personnes hospitalisées après le séisme et de 12 habitations effondrées près de la ville de Yatsushiro.

"Terrifiée"

"La secousse a été assez forte et a duré longtemps. J'étais terrifiée", a confié à l'AFP Chiharu Hara, une recruteuse de 35 ans en déplacement professionnel dans le département de Kumamoto.

Dans les locaux de son client, "rien n'est tombé du plafond, mais le bâtiment a violemment oscillé. J'ai eu peur qu'il s'effondre. Tout le monde a paniqué", explique-t-elle, ajoutant que les routes sont partiellement fermées et faisant état de problèmes de connexion téléphonique.

"Lorsque le séisme s'est produit, les secousses étaient si fortes que je ne pouvais pas rester debout", a déclaré à la télévision un employé de la NHK dans le département de Kumamoto

"C'était vraiment très fort. Les secousses se poursuivent à l'heure où je vous parle", ajoutait-il.

Aucune anomalie immédiate n'a été constatée dans les centrales nucléaires de la région, selon l'Autorité japonaise de régulation nucléaire.

Quelque 45.000 foyers et installations sont privés d'électricité dans le département de Kumamoto, selon l'opérateur Kyushu Electric Power, qui a précisé que trois réacteurs nucléaires de la région continuaient de fonctionner normalement.

Le géant taïwanais des puces électroniques TSMC, qui a ouvert une usine de semi-conducteurs à Kumamoto en 2024 et en construit une autre dans cette région, a indiqué à l'AFP avoir évacué son personnel par mesure de précaution.

Séismes meurtriers 

Kumamoto avait été frappé en 2016 par deux séismes dévastateurs -- l'un de magnitude 6,5, suivi deux jours plus tard par un autre de magnitude 7,3. Ils ont fait 273 morts et plus de 2.800 blessés.

Un séisme de magnitude 7,2 avait par ailleurs frappé le nord du Japon le 25 juin dernier, sans faire de morts ni causer de dégâts importants.

Le Japon est l'un des pays les plus exposés aux séismes au monde, situé à la jonction de quatre grandes plaques tectoniques le long de la bordure occidentale de la "ceinture de feu" du Pacifique.

L'archipel, qui compte environ 125 millions d'habitants, enregistre généralement plusieurs centaines de secousses chaque année et représente environ 18% des séismes recensés dans le monde.

La très grande majorité d'entre eux sont de faible intensité, même si les dégâts qu'ils provoquent varient en fonction de leur localisation et de la profondeur à laquelle ils se produisent sous la surface terrestre.

Le pays reste marqué par le gigantesque séisme sous-marin de magnitude 9,0 survenu en 2011, qui avait déclenché un tsunami faisant quelque 18.500 morts ou disparus et provoqué la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima.