11 septembre : L'attaque qui a changé l'Amérique

Le président américain George W. Bush se tient derrière son bureau à l'intérieur du bureau ovale de la Maison Blanche entouré par les médias. (Archive/AFP)
Le président américain George W. Bush se tient derrière son bureau à l'intérieur du bureau ovale de la Maison Blanche entouré par les médias. (Archive/AFP)
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Publié le Jeudi 09 septembre 2021

11 septembre : L'attaque qui a changé l'Amérique

  • Au lendemain des attentats, les Américains craignent que l'ennemi qui a perpétré le carnage n'échappe au châtiment
  • L'effort initial, qui consistait à éliminer les dirigeants irakiens grâce à des frappes aériennes, échoue, ouvrant la voie à l’invasion terrestre

NEW YORK: Le 11 septembre 2001, le nouveau président George W. Bush, est brusquement propulsé président en temps de guerre.

«Aujourd'hui, notre nation fait face au mal», déclare-t-il dans un discours calme et élaboré prononcé à la Maison Blanche. Remerciant le monde pour son soutien indéfectible, Bush déclare que «l'Amérique et ses alliés s'unissent pour gagner la guerre contre le terrorisme».

Toute nation qui abrite des groupes terroristes est désormais considérée comme un régime hostile, ajoute Bush. Devant une session conjointe du Congrès, il annonce la nouvelle stratégie en politique étrangère : «Notre guerre contre le terrorisme commence avec Al-Qaïda, mais elle ne s'arrête pas là. Elle ne prendra pas fin avant que tous les groupes terroristes de portée mondiale ne soient localisés, arrêtés et vaincus.»

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Sur cette photo publiée par la Maison Blanche le 16 septembre 2001, le président américain George W. Bush (à droite) s'adresse à son personnel le 11 septembre 2001. (Archive/AFP)

L'ère de l'histoire américaine post-11-Septembre commence alors. Pendant les deux décennies suivantes, la victoire dans la «guerre contre le terrorisme» occupe le devant de la scène. Au lendemain des attentats, les Américains craignent que l'ennemi qui a perpétré le carnage n'échappe au châtiment.

Les yeux sont rivés sur Al-Qaïda. Oussama ben Laden est identifié par les autorités fédérales comme le principal suspect; il serait en Afghanistan, sous la protection du régime taliban. Bush exige que ce dernier livre Ben Laden et tous les autres dirigeants d'Al-Qaïda ou donnent des renseignements à leur sujet. Les talibans refusent.

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Une capture d'écran (G) prise le 29 octobre 2004 à partir d'une bande vidéo diffusée par la chaîne d'information Al-Jazeera montre le chef d'Al-Qaïda Oussama ben Laden. (Archive/AFP)

Bush promulgue ensuite une résolution conjointe du Congrès qui autorise le recours à la force contre les auteurs des attentats du 11-Septembre.

Par la suite, cette résolution sera citée à diverses occasions par l'administration Bush comme base légale pour des mesures de lutte contre le terrorisme: de l'invasion de l'Afghanistan et de l'Irak à l'extension du pouvoir de surveillance du gouvernement, en passant par la construction du camp de détention de Guantanamo, à Cuba.

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Les Marines de l'équipe d'artillerie 2 de la 11e unité expéditionnaire de marines se préparent à tirer sur des cibles lors d'un entraînement au tir  fin août 2002. (Archive/AFP)

Le 7 octobre 2001, la guerre en Afghanistan, baptisée «Enduring Freedom Operation» («opération Liberté immuable»), commence. Les frappes aériennes américaines et britanniques ciblent les combattants d'Al-Qaïda et les talibans. La plupart des combats au sol opposent ensuite les talibans à leurs adversaires afghans, l'Alliance du Nord et les forces ethniques pachtounes.

Deux ans plus tard, en 2003, alors qu'environ 8 000 soldats américains font encore partie de la Force internationale d'assistance à la sécurité, supervisée par l'Otan (Organisation du traité de l’Atlantique nord, NDLR), le secrétaire américain à la défense de l’époque, Donald Rumsfeld, déclare que d'importantes opérations de combat ont pris fin en Afghanistan.

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Un aumônier de l'US Air Force identifié uniquement comme « Fred » dirige les membres d'équipage de l'US Air Force de Charleston, en Caroline du Sud, dans la prière avant le décollage le 18 octobre 2001. (Archive/AFP)

Presque simultanément, l'Amérique se prépare à une autre guerre.

Dans un discours sur l'état de l'Union, Bush qualifie d’«axe du mal» la Corée du Nord, l'Iran et l'Irak. Il considère tous ces pays comme une menace pour la sécurité américaine. Le 20 mars 2003, il annonce que les forces américaines ont entamé des opérations militaires en Irak, promettant de détruire les armes de destruction massive de Saddam Hussein ainsi que son régime dictatorial.

L'effort initial, qui consistait à éliminer les dirigeants irakiens grâce à des frappes aériennes, échoue, ouvrant la voie à l’invasion terrestre.

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Moins de deux mois plus tard, le 1er mai 2003, Bush, du pont du porte-avions USS Abraham Lincoln, annonce la fin des principales opérations de combat en Irak, arborant une pancarte géante où sont écrits les mots: «Mission accomplie».

Rumsfeld qualifie l'anarchie qui règne dans le pays et les affrontements qui y ont lieu d'«actes désespérés».

L'armée de Saddam Hussein est dissoute. Il est capturé, jugé et pendu. Des élections démocratiques sont organisées.

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La photo datée du 11 septembre 2001 montre le président américain George W. Bush (à droite) informé par son chef de cabinet Andrew Card des attentats de New York. (Archive/AFP)

Entre-temps, 100 000 civils irakiens ont été tués ainsi que plus de 5 000 soldats américains et alliés. Avec les combats américains en Irak, les talibans, initialement vaincus en Afghanistan, se regroupent. Leurs attaques s’intensifient, attisent la guerre pendant vingt ans, tuent des dizaines de milliers de personnes et provoquent le déplacement de millions de gens.

Quant à l'insaisissable Ben Laden, il échappe à la capture jusqu'au 2 mai 2011. Ce jour-là, il est tué lors d'un raid mené par une équipe de l’US Navy Seal (forces spéciales de la marine de guerre des États-Unis, NDLR) dans sa cachette au Pakistan, pendant la présidence d’Obama.

Cette année, au cours de l’été, lorsque les forces étrangères annoncent leur retrait après l’accord passé entre les États-Unis et les talibans, ces derniers lancent des offensives et entament une avance rapide à travers le pays, s’emparant de sa capitale, Kaboul, le 15 août dernier.

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La Harvard Kennedy School estime que le coût total des guerres américaines en Afghanistan et en Irak s'élève à 6 000 milliards de dollars (1 dollar = 0,84 euro); ce sont les plus chères de l'histoire des États-Unis. Le coût moyen estimé du déploiement d'un seul soldat américain en Afghanistan est de plus d'un million de dollars par an, pour un coût d'environ 4 000 dollars par contribuable.

En plus de deux guerres outre-mer, la guerre contre le terrorisme est également menée sur le sol américain, où une réorganisation en profondeur de l'État sécuritaire est initiée.

Le 13 novembre 2001, Bush signe une ordonnance qui permet d’établir des tribunaux militaires afin de juger les citoyens non américains affiliés à Al-Qaïda ou impliqués dans toute activité terroriste. Son administration détient les terroristes accusés à Guantanamo, camp dont la légalité ne peut être contestée.

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Le président américain George W. Bush s'adresse à la nation depuis le bureau ovale le 11 septembre 2001 à la Maison Blanche à Washington, DC. (Archives/AFP)

Les 158 détenus initiaux sont qualifiés de «combattants ennemis», ce qui les place en dehors des protections de la convention de Genève.

Les «méthodes d'interrogatoire améliorées» utilisées à Guantanamo comprennent la privation de sommeil et le simulacre de noyade. Elles suscitent aux États-Unis de nombreux débats sur la légalité, la qualité des informations que les prisonniers peuvent livrer sous la contrainte et la question éthique que soulèvent des méthodes qui, selon les critiques, sont assimilables à la torture.

Plus tard, en 2004, des photographies font surface. Elles montrent des prisonniers maltraités dans la prison d'Abou Ghraib, en Irak, et entraînent un examen minutieux de la politique américaine dans le monde entier.

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Les membres de la famille et les amis des victimes des attentats du 11 septembre 2001 se rassemblent autour d'un cercle commémoratif sur le site « Ground Zero » le 11 septembre 2002 à New York. (Archive/AFP)

Par ailleurs, les Arabes américains, les Sud-Asiatiques et les musulmans en général deviennent une cible instantanée d'attaques, de menaces, d'abus verbaux et de harcèlement à travers le pays.

Des cocktails Molotov sont lancés dans des mosquées pakistanaises et des fusils d'assaut sont utilisés contre des entreprises yéménites; des étudiants koweïtiens traumatisés se rendent à leur ambassade, à Washington, pour consulter des psychologues.

Le terme «islamophobie» fait son entrée dans le lexique américain.

Bush exhorte les gens à ne pas se venger: «Notre nation doit être consciente qu'il y a des milliers d'Arabes américains qui vivent à New York et qui aiment notre pays autant que nous», déclare-t-il.

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Le président américain George W. Bush (D), son épouse Laura (C), la conseillère à la sécurité nationale Condoleezza Rice (G) observent une minute de silence le 11 septembre 2002 à la Maison Blanche à Washington, DC. (Archive/AFP)

Deux actions gouvernementales controversées sont tenues pour responsables des années de harcèlement qu’ont subies ces communautés tout en suscitant l'indignation de certains Américains moyens qui craignent la perte des libertés civiles fondamentales et des idéaux sur lesquels leur pays a été construit.

À peine dix jours après le 11-Septembre, alors que son administration est confrontée à des questions difficiles sur des indices relatifs aux attaques imminentes à côté desquels diverses agences sont passées, Bush annonce la création d'un nouveau bureau de coordination pour superviser la sécurité intérieure.

Quelque 22 agences fusionnent alors avec le nouveau Département de la sécurité intérieur des États-Unis (DHS). Les missions du DHS comprennent des programmes de lutte contre le terrorisme, la reconstruction après des catastrophes naturelles, la protection et la réglementation de la frontière américaine et la défense de la nation contre les cyberattaques.

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Le seul mot de «patrie» pose un problème à beaucoup de personnes. Rumsfeld a lui-même reconnu un jour que «la défense du territoire» sonne plus allemand qu'américain. «Cela respire l'isolationnisme, notion avec laquelle je suis mal à l'aise», confie-t-il.

Le DHS intègre également l'ensemble de l’Immigration and Customs Enforcement ou ICE (service de police douanière et de contrôle des frontières, NDLR), transférant ses fonctions à l'application de l'immigration et des douanes. De toutes les agences du DHS, aucune n'a probablement inspiré autant de mépris que l'ICE.

Chaque année depuis 2001, l'ICE arrête des centaines de milliers de personnes qui ne possèdent pas de casier judiciaire. Ce chiffre a augmenté de 40% pendant la présidence de Trump.

Des agents de l'ICE mènent des opérations d'arrestation dans des palais de justice, des hôpitaux et même dans des écoles où des personnes ciblées déposent leurs enfants. L’arrestation, au Kansas, de Syed Jamal sur la pelouse de son jardin – tandis qu'il aidait ses enfants à se préparer pour se rendre à l'école – en est un exemple. Jamal est un professeur de chimie qui a vécu aux États-Unis pendant trente ans et qui ne possédait pas de casier judiciaire.

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La ville la plus dynamique du monde est tombée brièvement silencieuse le 11 septembre 2002, alors que les New-Yorkais se souvenaient avec larmes, colère et défi qu'un acte d'extrémisme inimaginable avait brisé leur vie. (Archive/AFP)

Nombreux sont ceux qui, depuis, ont plaidé en faveur de l'abolition du DHS en tant que «méga-agence inutile, incompétente et abusive» avec le sénateur républicain de l'Oklahoma Tom Coburn, qui a siégé au Comité sénatorial sur la sécurité intérieure. À la fin de son mandat, cet homme politique a ainsi déclaré que «le programme local du DHS de lutte contre le terrorisme contribue très peu aux efforts antiterroristes de la nation».

Avant le DHS, l’USA Patriot Act était un autre symbole de l'expansion massive des pouvoirs de surveillance du gouvernement. Il fut également adopté à une écrasante majorité par le Congrès, quelques semaines seulement après le 11-Septembre. Il conférait au gouvernement une série de nouveaux pouvoirs, parmi lesquels des dispositions qui lui permettaient de récupérer facilement des enregistrements de communications et d'interroger quiconque était soupçonné de terrorisme.

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Un avion commercial détourné s'écrase sur le World Trade Center le 11 septembre 2001 à New York. (Archive/AFP)

Un examen du Conseil de surveillance de la vie privée et des libertés civiles du gouvernement indique: «Nous n'avons pas identifié un seul cas de menace pour les États-Unis dans lequel les enregistrements téléphoniques ont été déterminants dans le cadre d'une enquête antiterroriste. En outre, nous n'avons connaissance d'aucun cas dans lequel ce programme a directement contribué à la découverte d'un complot terroriste jusqu'alors inconnu ou au démantèlement d'une attaque terroriste.»

L'administration Obama a déclaré que la loi avait été «extrêmement utile» dans les enquêtes sur le terrorisme.

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews

 


Russie: un immeuble endommagé à Moscou dans une frappe de drone ukrainienne

Un immeuble résidentiel a été endommagé à Moscou dans la nuit de dimanche à lundi dans une rare frappe de drone ukrainienne, a indiqué le maire de la capitale russe Sergueï Sobianine. (AFP)
Un immeuble résidentiel a été endommagé à Moscou dans la nuit de dimanche à lundi dans une rare frappe de drone ukrainienne, a indiqué le maire de la capitale russe Sergueï Sobianine. (AFP)
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  • "Le drone a visé un immeuble" dans la rue Mosfilmovskaïa, dans l'ouest de Moscou, a écrit sur Telegram Sergueï Sobianine le maire de la capitale russe
  • Pour sa part, la chaîne de télévision russe Vesti a diffusé des images sur lesquelles on voit un appartement endommagé, avec des murs effondrés et des portes brisées

MOSCOU: Un immeuble résidentiel a été endommagé à Moscou dans la nuit de dimanche à lundi dans une rare frappe de drone ukrainienne, a indiqué le maire de la capitale russe Sergueï Sobianine.

Cette attaque intervient à quelques jours des célébrations le 9 mai de la victoire soviétique sur l'Allemagne nazie, à l'occasion desquelles la Russie ne déploiera pas cette année de matériel militaire pour le traditionnel défilé sur la place Rouge - pour des raisons de sécurité, selon le Kremlin.

"Le drone a visé un immeuble" dans la rue Mosfilmovskaïa, dans l'ouest de Moscou, a écrit sur Telegram Sergueï Sobianine. "Personne n'a été blessé", a-t-il précisé.

Pour sa part, la chaîne de télévision russe Vesti a diffusé des images sur lesquelles on voit un appartement endommagé, avec des murs effondrés et des portes brisées.

Selon M. Sobianine, deux autres drones visant Moscou ont été abattus dans la nuit par les systèmes de défense aérienne et un autre appareil sans pilote a été neutralisé lundi matin.

Depuis le début de son offensive en Ukraine en février 2022, conflit le plus sanglant en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale, la Russie bombarde régulièrement l'ensemble du territoire ukrainien et notamment ses infrastructures essentielles.

En représailles, Kiev frappe des cibles en Russie, assurant viser des sites militaires mais aussi des infrastructures d'hydrocarbures afin de réduire la possibilité pour Moscou de financer son effort de guerre.

Si la région moscovite fait régulièrement l'objet d'attaques de drones ukrainiennes, Moscou elle-même est plus rarement visée.

L'Ukraine, qui tente de repousser l'offensive contre son territoire, avait cherché à perturber le défilé du 9 mai l'an dernier avec des attaques de drones visant Moscou les jours précédents.

Le Kremlin a annoncé que l'armée russe ne déploierait pas de matériel militaire lors du défilé sur la place Rouge samedi prochain en raison de la "menace terroriste" posée par Kiev.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a estimé lundi que la Russie ne pouvait "se permettre" actuellement de faire défiler des équipements militaires à Moscou et avait "peur" que des drones ukrainiens ne perturbent les commémorations. "Cela montre qu'ils ne sont pas forts", a-t-il affirmé lors d'un sommet en Arménie.


Trump lance une opération pour débloquer le détroit d'Ormuz, mise en garde de l'Iran

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  • A partir de lundi matin heure locale, la marine américaine escortera au travers du détroit d'Ormuz des navires de pays "qui n'ont rien à voir avec le conflit au Moyen-Orient", a annoncé M. Trump
  • Il a toutefois averti que si cette opération, baptisée Project Freedom ("Projet Liberté"), devait être entravée par l'Iran, cela "devrait malheureusement être traité par la force", en saluant des discussions "très positives" avec Téhéran

TEHERAN: Donald Trump a annoncé une opération à partir de lundi pour débloquer des navires bloqués depuis deux mois dans le Golfe, mais le commandement militaire iranien a prévenu qu'il attaquerait dans ce cas l'armée américaine.

Le président américain, qui a déclenché les hostilités contre l'Iran le 28 février avec Israël, a évoqué dimanche soir "un geste humanitaire" et de "bonne volonté" en faveur des marins bloqués par la fermeture du détroit d'Ormuz.

A partir de lundi matin heure locale, la marine américaine escortera au travers du détroit d'Ormuz des navires de pays "qui n'ont rien à voir avec le conflit au Moyen-Orient", a annoncé M. Trump.

Il a toutefois averti que si cette opération, baptisée Project Freedom ("Projet Liberté"), devait être entravée par l'Iran, cela "devrait malheureusement être traité par la force", en saluant dans le même temps des discussions "très positives" avec Téhéran par l'intermédiaire du Pakistan.

L'Iran a rétorqué lundi en menaçant l'armée américaine.

"Nous mettons en garde toute force armée étrangère, en particulier l'agressive armée américaine: s'ils ont l'intention de s'approcher du détroit d'Ormuz ou d'y pénétrer, ils seront ciblés et attaqués", a affirmé le général Ali Abdollahi, chef du commandement des forces armées.

"Toute intervention américaine dans le nouveau régime maritime du détroit d'Ormuz sera considérée comme une violation du cessez-le-feu" entré en vigueur le 8 avril, avait auparavant averti président de la commission du Parlement iranien sur la sécurité nationale, Ebrahim Azizi.

Dans un communiqué, le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a précisé que l'opération annoncée par Donald Trump impliquerait des destroyers lance-missiles, plus d'une centaine d'aéronefs et 15.000 soldats.

"Pénuries" 

Depuis le début des hostilités, l'Iran bloque le détroit d'Ormuz, par lequel transite d'ordinaire un cinquième de la consommation mondiale de pétrole. Washington a répliqué début avril en bloquant à son tour les ports iraniens.

Le président français Emmanuel Macron a appelé lundi à une réouverture du détroit d'Ormuz "concertée" entre "l'Iran et les Etats-Unis". Il s'est montré sceptique quant à la nouvelle opération lancée par Donald Trump, jugeant son cadre "pas clair".

"La fermeture effective du détroit d'Ormuz a des répercussions énormes sur l'Indo-Pacifique", a souligné pour sa part la Première ministre japonaise Sanae Takaichi, la région étant très dépendante du Moyen-Orient pour son énergie.

Le blocage du détroit a fait flamber les cours du pétrole au plus haut depuis 2022 et l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Les prix se sont stabilisés lundi sur les marchés asiatiques, avec un baril de Brent, la référence mondiale, grappillant 0,39% à 108,59 dollars, bien loin des 126 dollars dépassés jeudi.

Le nombre de navires commerciaux présents dans le Golfe s'élevait à 913 le 29 avril, dont 270 pétroliers et une cinquantaine de navires gaziers, a indiqué jeudi l'entreprise spécialisée dans le suivi maritime AXSMarine. Quelque 20.000 marins seraient concernés, selon un haut responsable de l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO.

"Beaucoup de ces navires subissent des pénuries de nourriture et de tout ce qui est nécessaire pour permettre aux équipages de rester à bord de façon saine", a souligné Donald Trump.

"Au cimetière" 

Depuis le début de la guerre, qui a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, Téhéran a instauré de facto des droits de passage pour franchir le détroit.

La situation est bloquée depuis le cessez-le-feu du 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes israélo-américaines sur l'Iran et de représailles de Téhéran dans la région.

Entre le détroit d'Ormuz et le volet nucléaire, les points de discorde restent importants et les efforts pour relancer les négociations ont échoué, malgré une première rencontre directe au Pakistan le 11 avril.

Pour redonner une chance aux discussions, Téhéran a soumis une nouvelle proposition à Washington, qui y a répondu, a indiqué dimanche la diplomatie iranienne.

Selon l'agence Tasnim, Téhéran réclame dans ce plan une liste de mesures: le retrait des forces américaines des zones proches de l'Iran, la levée du blocus des ports iraniens et du gel des avoirs du pays, le financement de réparations, la levée des sanctions, un "mécanisme" concernant le détroit d'Ormuz et "la fin de la guerre sur tous les fronts y compris au Liban".

Le dossier nucléaire ne figure apparemment pas dans le plan, or il s'agit d'une question centrale pour les Etats-Unis et Israël, qui accusent l'Iran de vouloir se doter de la bombe atomique - ce que la République islamique dément.


Un responsable iranien juge "probable" une reprise de la guerre avec les Etats-Unis

Des personnes chantent lors d’un rassemblement à Téhéran, en Iran, le 29 avril 2026. (Majid Asgaripour/Agence de presse West Asia via Reuters)
Des personnes chantent lors d’un rassemblement à Téhéran, en Iran, le 29 avril 2026. (Majid Asgaripour/Agence de presse West Asia via Reuters)
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  • La reprise du conflit entre l’Iran et les États-Unis est jugée « probable » après l’échec des négociations et le rejet par Donald Trump d’une nouvelle proposition iranienne
  • Malgré un cessez-le-feu, les tensions restent élevées (blocus, présence militaire, crise économique), et le conflit continue sous d’autres formes dans la région

TEHERAN: Un responsable militaire iranien a jugé samedi "probable" une reprise de la guerre avec les Etats-Unis, après le rejet par Donald Trump d'une nouvelle offre de Téhéran pour relancer les négociations de paix.

Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes israélo-américaines sur l'Iran et de représailles de Téhéran dans la région.

Une première session de pourparlers directs à Islamabad le 11 avril s'est révélée infructueuse, et jusqu'ici sans lendemain tant les divergences restent fortes entre les deux camps, du détroit d'Ormuz au volet nucléaire.

L'Iran a transmis cette semaine un nouveau texte via le Pakistan, médiateur des discussions, sans qu'aucun détail ne filtre sur le contenu.

Donald Trump a cependant dit vendredi n'être "pas satisfait" de cette dernière mouture, répétant qu'à son sens les dirigeants iraniens étaient "désunis" et incapables de s'entendre sur une stratégie de sortie du conflit.

Le président américain, qui avait déjà menacé d'anéantir la "civilisation" iranienne, a ajouté qu'il préférerait ne pas avoir à "pulvériser une fois pour toutes" l'Iran mais qu'une reprise de la guerre restait "une option".

Il a été briefé jeudi par l'armée sur de possibles nouvelles actions militaires.

"Une reprise du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis est probable, et les faits ont démontré que les Etats-Unis ne respectaient aucune promesse ou accord", a réagi samedi Mohammad Jafar Asadi, inspecteur adjoint du commandement des forces armées Khatam Al-Anbiya, cité par l'agence de presse Fars.

"Les forces armées sont parfaitement préparées à toute nouvelle tentative d'aventurisme ou à toute action imprudente de la part des Américains", a-t-il ajouté.

- "Terminées" -

Donald Trump avait théoriquement jusqu'à vendredi pour demander l'autorisation du Congrès américain pour poursuivre la guerre. Il a préféré envoyer une lettre à des responsables parlementaires pour leur notifier que les hostilités contre l'Iran étaient "terminées", même si plusieurs élus démocrates ont souligné que la présence continue de forces américaines dans la région indiquait le contraire.

L'USS Gerald Ford, le plus grand porte-avions du monde, a quitté le Moyen-Orient, mais 20 bâtiments de la marine américaine, dont deux autres porte-avions, restent déployés.

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ses répercussions continuent de secouer l'économie mondiale, avec notamment des cours du pétrole montés cette semaine à des niveaux inédits depuis 2022.

Car si les bombardements ont cessé, le conflit perdure sous d'autres formes: Washington impose un blocus aux ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du détroit d'Ormuz, par lequel transitait auparavant un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

Alors que Donald Trump s'indigne du refus des Européens de le soutenir militairement face à l'Iran, le Pentagone a annoncé le retrait de quelque 5.000 militaires d'Allemagne d'ici un an, une réduction conséquente de ses effectifs sur le continent.

Le président a été particulièrement agacé par des propos du chancelier allemand Friedrich Merz affirmant que les Américains n'avaient "aucune stratégie" en Iran et que Téhéran "humiliait" la première puissance mondiale.

-  Nouvelles exécutions -

Pendant ce temps, l'Iran reste inflexible. "Nous n'accepterons certainement pas qu'on nous impose" une politique, a lancé vendredi le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï.

Negar Mortazavi, du groupe de réflexion Center for International Policy, souligne "la cohésion" du pouvoir iranien, uni dans une "bataille existentielle".

Si à la faveur de la trêve, les Iraniens ont pu renouer avec une certaine normalité, leur quotidien est plombé par l'inflation qui explose tout comme le chômage, dans un pays déjà affaibli par des décennies de sanctions internationales.

Le guide suprême, Mojtaba Khamenei, a d'ailleurs exhorté dans un message écrit, les entreprises qui ont subi des dégâts à "éviter autant que possible les licenciements", au nom de la "guerre économique et culturelle" que mène l'Iran.

Amir, 40 ans, raconte débuter sa journée en "regardant les infos, et les nouvelles d'exécutions" par le pouvoir iranien. La justice a encore annoncé samedi la pendaison de deux hommes accusés d'espionnage au profit d'Israël.

"J'ai l'impression d'être coincé au purgatoire", dit-il à l'AFP. "Les Etats-Unis et Israël finiront par nous attaquer encore" pendant que "le monde ferme les yeux".

Sur le front libanais, où Israël combat le mouvement pro-iranien Hezbollah malgré le cessez-le-feu, de nouvelles frappes sur le sud du pays ont fait 13 morts, dont un enfant, selon les autorités libanaises.